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L'actualité des éditions Naïve.
Chuck Klosterman autopsie la culture pop
Au final, Klosterman possède un sens de l'humour tellement surévalué, et surtout des goûts tellement douteux, qu'on croirait lire une version sérieuse des encadrés musicaux ironiques de Bret Easton Ellis dans American Psycho. Comme le dit la citation de la quatrième de couv' : "Lire Sexe, drogues et pop corn c'est comme regarder la TV avec la télécommande d'un autre". Or, il n'y a rien de plus énervant au monde ! Je, la Mort et le Rock'n'Roll Chuck Klosterman est critique rock à Spin magazine, dans la réalité mais dans son autofiction aussi. Je, la Mort et le Rock'n'Roll ("une histoire vraie à 85%" écrit Klosterman) aurait pu être d'un ennui profond, tellement ses thèmes sentent le revival de la littérature rock des dernières années : narcissisme, usage de stupéfiants divers, cynisme chic, et du rock, du rock, la grande putain du rock, muse prêtant son corps au tout et n'importe quoi littéraire.Alors, qu'est ce qui fait que le roman de Klosterman fonctionne ? Les blagues, un peu. La mort, beaucoup. Klosterman livre dans son oeuvre tout ce qu'il intériorise dans sa véritable existence. Sorte de faux timide rongé par une conscience aiguë de ses défauts et une espèce de culpabilité aussi éternelle qu'irraisonnée, il écrit quelque part à la croisée du détachement clinique, des confessions psychopathologiques, et du surréalisme d'un metteur en scène attaqué par sa propre imagination. Saupoudrez le tout d'humour de cimetière, de classements sociologiques basés sur les drogues, les alcools et les régions d'où vous venez, et de références quasi-névrotiques à KISS où aux mastodontes préhistoriques, et vous obtiendrez un livre attachant, pas foncièrement génial mais suffisament original et (drôlement) morbide pour n'être jamais ennuyeux, et contenant la chronique de Kid A (Radiohead) la plus intéressante (et bizarre) que j'aie jamais lue. Vous obtiendrez aussi une véritable petite encyclopédie sur les morts violentes de rockeurs (ou inspirées par des rockeurs, ou causées par des rockeurs...) depuis 1950. Ça vous fera rire... Je m'appelle Chloe, je suis Indochinoise depuis 23 ans
"Bonsoir. Je m'appelle Chloé et je suis indochinoise depuis 23 ans. J'avais dix ans quand j'ai commencé, c'était dans un camping, l'été de la mort de ma mère. J'ai d'abord écouté en cachette, sur des transistors qui traînaient, pendant des fêtes. Au retour des vacances, je crois que c'était déjà trop tard. Le 45-tours, l'album, les suivants, les maxis, les pirates. Ca a duré comme ça toute mon adolescence. Le réveil sonnait à peine qu'il me fallait ma première chanson. Quelque chose de fort, si possible. Avec beaucoup de synthés dedans. Ca m'apaisait autant que ça me rendait forte. Comme du ciment qui m'engrossait, affermissant les fondations. Je n'étais qu'un drame iodé, soudain l'épique m'envahissait, pulsations, neurotransmetteurs. C'était devenu vital, plus que les Lexomil." Le style Delaume fonctionne assez bien dans ce dispositif allégé. Ses séquences nominales sont efficaces, intelligibles. Evidemment, il faut se farcir Indochine (mais bon...) et aussi quelques inserts qui font la marque de fabrique et l'identité littéraire de l'auteur (les drames familiaux ne sont jamais loin et suggèrent la détresse de la narratrice, posés là comme pour faire peur, avec une grande discrétion, et sans explication inutile, pour une fois, serait-on tenté de souligner). Certains diront de la Dernière Fille Avant la Guerre que c'est un attrape-nigauds, un livre arty comme les autres, écrit avec beaucoup de désinvolture et en roue libre. On peut y voir aussi un petit travail juste et précis, plein d'émotion et de tendresse. Disons que La Dernière Fille avant la guerre est un Chloé Delaume pour les Nuls, ceux qui n'ont pas aimé les autres livres et n'aimeront peut-être pas les autres mais reconnaissent que cette fille fait de la littérature en conscience, une littérature programmatique et intelligente, et qui, même si on la tient pour un anti-modèle, doit être abordée avec respect et considération. Un bon Delaume : La dernière fille avant la guerreCommençons par la conclusion, puisque c'est ce qui importe : j'ai pris du plaisir à lire le dernier livre de Chloé Delaume, sorti il y a quelques semaines maintenant dans la collection Naïve, et ce n'est pas si fréquent. Disons même que c'est la première fois. Si les vingt dernières pages du texte sont quelque peu en deça d'un démarrage émouvant et drolatique, La dernière fille avant la guerre est un livre à découvrir et à consommer sans modération (1h de lecture tout au plus), avec légèreté, un petit exercice de style qui témoigne de la science narrative et de la finesse d'une écrivain qui, de mon point de vue (biaisé et inobjectif), est plus efficace dans les formes courtes et affranchies d'enjeu que lorsqu'elle pose à de plus grandes ambitions ou à rénover le langage. La dernière fille avant la guerre
Une légère morsure
Morsure J'ai appris à ne pas rire du démon de Arno Bertina
Dans J'ai appris à ne pas rire du démon, Bertina établit le portrait en creux de Johnny Cash à partir de 3 séquences de vie, racontées par un tiers : dans le 1er récit, Cash est encore représentant de commerce et installe sa "singularité" face à un vendeur de bibles admiratif. Dans le deuxième, Cash s'est fait coffrer et discute, en manque, addiction et drogue avec un flic fan de rock. Dans le 3ème, un producteur harangue le chanteur pour lui redonner de sa superbe après sa rencontre-faillite de 20 ans avec le prêcheur Billy Graham. Les 3 angles choisis par Bertina sont parfaits, à la fois originaux, bien établis dans la biographie réelle de Cash, et traités avec aisance. Le point commun entre les narrateurs est qu'ils se coltinent, face à un Cash en situation de faiblesse, une image d'eux-mêmes "en admiration". Le frottement à l'individu de génie est ce qui les rassemble et dans Naïve editions
Sylvain Coher : Fideicommis "Quoi qu'elle fasse, quoi qu'on lui dise, Agat ne capitulera pas. Jamais. Il lui faudrait une contrainte tangible, une certitude intérieure, ce qui est loin d'être le cas. Il avait rendez-vous, a-t-elle affirmé dans un bureau sans fenêtre, avec une petite moue butée, rebelle, qui n'arrangeait rien à son affaire. On lui a demandé avec qui et là, bien sûr, elle ne savait pas quoi répondre. S'est passé les deux mains dans les cheveux. Un femme, certainement. Elle était même au cimetière cette salope, vous auriez du la voir, l'arrêter, je ne sais pas moi." Nous non plus, on ne sait pas. Sylvain Coher narre la transformation d'un paisible prof d'histoire en tenancier de tripot cynique et violent. Pourquoi ? Parce qu'il a hérité d'un hôtel de passe, ce qui est un excellent point de départ pour un roman. Fideicommis, Sylvain Coher. Naïve Editions. Tideland de Mitch Cullin "En soulevant les cailloux les uns après les autres j'ai fredonné la chanson. La femme-fantôme allait trouver mon signe universel de l'amitié et ça la ferait sans doute rire, ou au moins sourire. Elle se mettrait à siffler sa jolie mélodie, pleinement consciente que quelqu'un se souciait d'elle. Je prévoyais de revenir le lendemain, voir ce qu'elle aurait fait avec les cailloux cette fois. Mais ça ne s'est pas passé comme ça."
Jeliza Rose quitte LA pour une ferme texane décrépie où elle retrouve son père, un ancien rocker héroïnomane. Abandonnée à sa solitude, Jeliza se laisse aller à des envolées oniriques peuplées de requins, de femmes fantômes et d'écureuils qui se prennent pour Spiderman. Une parabole de l'Amérique désenchantée, entre le conte de fées et le film d'épouvante. Mais qui serait capable d'adapter un tel délire au cinéma ? Celui qui trouve gagne ma dose hebdomadaire de LSD. Les autres peuvent toujours lire la réponse dans le blog ciné. Tideland, de Mitch Cullin (Naïve éditions). MAJ : lire les chroniques de Tideland, le livre, Tideland et voyage au Tideland en textes et images; . Lire aussi l'entretien avec Mitch Cullin. Ronald Wright : La fin du progrès "Depuis le début des années 90, la population mondiale s'est multipliée par quatre, et son économie (mesure brute du fardeau que l'homme impose à la nature) par plus de quarante. Nous avons atteint un stade où il nous faut soumettre l'expérience à un contrôle rationnel et nous prémunir contre les dangers actuels et potentiels. Il n'en tient qu'à nous. Si nous échouons - si la biosphère ne peut plus assumer notre subsistance parce que nous l'avons dégradée ou pulvérisée - la nature haussera simplement les épaules en concluant que laisser des singes diriger un laboratoire était amusant pour un moment, mais que, en fin de compte, c'était une mauvaise idée ".Partant du principe que la plupart des civilisations ont bati leur propre perte, le Canadien Ronald Wright met à jour une logique du progrès qui part du développement d'une société hiérarchisée et va au pilage intensif des ressources naturelles après avoir mis en oeuvre une minorité qui surconsomme au détriment de tous les autres. Erudit et simplement écrit, la fin du progrès est un nouvel exemple de ce que les penseurs nord-américains sont capables de faire. On en reparle dans le mag dès qu'on a trouvé un truc intelligent à ajouter. La fin du progrès, Ronald Wright. Naïve Editions. |
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