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Quand les livres parlent des medias ou que les medias parlent de livre.
Tout le monde veut Debord à son bord Afin d'aider l'Etat à réunir les fonds nécessaires pour acquérir et conserver les archives de Guy Debord, le président de la BNF Bruno Racine a organisé, lundi dernier, un dîner de gala auquel il a convié de potentiels donateurs : 500 euros par couvert, et plus si affinités...Tout a commencé en janvier dernier, au moment où Christine Albanel déclare "trésor national" les archives de Debord. Le fonds précieux, qui regroupe tous les manuscrits de l'écrivain, dont celui de La Société du spectacle, devait rejoindre le centre de recherche sur l'avant-garde de l'Université de Yale. Pas moyen. La France veut garder ses agitateurs aussi. Mais pour cela, il faut payer. Plusieurs centaines de milliers d'euros, et dans moins de trente mois, sans quoi les archives fileraient direct à l'autre bout du monde. D'où l'idée de faire appel à des mécènes. La veille du dîner, Alain Beuve-Méry cite dans un article du Monde d'éventuels participants : Total, Veolia ou Roeder ont réservé des tables, tout comme Sotheby's, les galeries d'art Ropac ou Templon. De nombreux autres donateurs habitués de la BNF devraient également être de la partie : Nahed Ojjeh, la veuve du marchand d'armes Akram Ojjeh, Pierre Bergé, cofondateur de la maison de couture Yves Saint Laurent, Pierre Leroy, collectionneur et cogérant du groupe Lagardère. Alors, tous ces gens-là seraient des admirateurs de Debord ? Alain Beuve-Méry glisse une remarque qui pourraient expliquer l'intérêt de certains des convives : « pour les entreprises qui font des bénéfices, l'opération est intéressante, car les dons sont fiscalement déductibles à hauteur de 90 % ; pour les particuliers, le seuil est fixé à 60 %. » Le très radical site du Jura Libertaire s'insurge et dénonce « une extravagante récupération étatique », reprenant les termes employés par l'écrivain lui-même au sujet de l'usage, en 1986, d'une photo de Lautréamont sur les billets de loterie nationale. Debord espérait alors voir les « invités du Comte de Lautréamont » venir troubler « les grandes satisfactions » des responsables de l'opération, faisant référence au saccage organisée par les surréalistes dans une boîte de nuit ouverte en 1930, et trop hâtivement appelée le Maldoror. "Nous sommes les invités du comte de Lautréamont" avait clamé la bande à Breton en faisant littéralement péter le champagne et fuir les invités en tenue de soirée. Pour l'auteur de l'article, les similitudes sont évidentes entre le souper mondain du Maldoror et le dîner organisé par Bruno Racine, qui « réunira autour de la princesse Alice Debord au pays des merveilles spectaculaires et marchandes, quelques marchands de canons, quelques trafiquants d'art (à moins que ce ne soit le contraire), et la représentante d'un gouvernement dont le chef a pour programme explicite la liquidation de mai 68 ». Les "invités de Debord" sont-ils alors, comme promis, venus troubler la tranquillité de cette petite société du spectacle ? MAJ : Libération propose un compte-rendu du dîner, qui selon le Jura libertaire aurait rapporté 180.000 euros, "soit moins du dixième de la somme que la France doit réunir dans les deux ans et demi qui viennent." L'écrivain Dave Eggers vous réconforte sur l'avenir du papier Êtes-vous : pessimiste pour l'avenir du livre ? Inquiet face au déclin de la lecture ? Si c'est le cas, l'écrivain et super héros Dave Eggers, à qui l'on doit notamment les éditions McSweeney's, est là pour vous réconforter.
Au cours d'une conférence donnée le mois dernier à New York, l'auteur d'Une oeuvre déchirante d'un génie renversant a promis de remonter personnellement le moral de tous ceux qui se sentent abattus ou désespérés en raison de la mort (supposée) du support papier. « Si avez le moindre doute, écrivez-moi (...) je vous prouverai que vous avez tort » a-t-il déclaré en prenant soin de préciser : deggers@826national.org. Eggers dit ne pas s'être douté que sa promesse (et son adresse mail) ferait aussitôt le tour du web. Inondé des messages de nombreuses personnes en quête de réconfort, il opte finalement pour une réponse collective, dont voici un extrait : « Les rapports selon lesquels plus personne - notamment les jeunes - ne lit aujourd'hui sont énormément exagéré, et manquent, presque toujours, de faits sur lesquels s'appuyer. En réalité, les ventes de livres pour jeunes adultes sont en progression. Les enfants apprennent autant des livres qu'ils le faisaient autrefois.(...) » Confiant, Dave Eggers annonce également que le prochain numéro de la revue McSweeney's sera publié dans le format d'un journal : une façon de montrer que les publications papier peuvent l'emporter si elles renouvellent leur modèle et propose « une expérience différente» de celle du net. « C'est le moment de rugir de nouveau, de réaffirmer et de célébrer la beauté de la page imprimée ». L'écrivain conclura finalement son message en rappelant que son compte mail, créé pour une raison bien précise, ne sera pas consulté régulièrement. Et en s'excusant, aussi, auprès de tous ceux qui lui ont demandé du réconfort sur d'autres sujets - comme le réchauffement de la planète ou la récession... Pour ces questions-là, on attend donc qu'un nouvel écrivain se dévoue pour remonter le moral des foules. Lire aussi : François Mauriac : homosexuel ou pas, est-ce bien là la question ? Ce sont deux fervents admirateurs de François Mauriac. Au point d'en avoir chacun donné une biographie. L'un il y a trente ans, l'autre plus récemment : ils pourraient pourtant bien s'entendre. Seulement, ils ne sont pas d'accord sur un point - l'importance qu'il faut accorder à l'homosexualité de l'auteur de Thérèse Desqueyroux. Voilà qui sent le clash littéraire.S'il lui a souvent été reproché son manque d'objectivité, le journaliste et écrivain Jean Lacouture n'en reste pas moins l'auteur de l'une des premières et plus importantes biographies consacrées à Mauriac, parue voilà bientôt trente ans (François Mauriac, Seuil, 1980). Ce qui n'empêche pas son travail d'être remis en cause aujourd'hui : par Jean-Luc Barré notamment, éditeur de la collection "Bouquins" qui vient de publier chez Fayard une nouvelle biographie de Mauriac (C'était François Mauriac, Biographie intime, 1885-1940), dans laquelle il fait de l'homosexualité de l'écrivain le moteur de son œuvre.
L'homosexualité de Mauriac - longtemps supposée, puis "officialisée" par son fils Jean dans Le Général et le journaliste - Lacouture n'en parlait pas, ce que Barré lui reproche ouvertement : "(...) dans son livre, un garçon dont Mauriac tombe amoureux change mystérieusement de sexe. C'était un tabou à l'époque. Je comprends mal cette hypocrisie. On fausse l'image du personnage en lui refusant sa vérité", affirme-t-il dans un entretien pour le Nouvel Obs. Pour Barré, l'attirance de Mauriac pour les hommes a été déterminante dans sa carrière d'écrivain : "C'est l'anti-Gide sur ce point. Il s'est caché toute sa vie. Il avait compris que toute forme de coming out est une manière d'épuiser le sujet et une restriction de sa liberté. Sorti de son ambiguïté, Mauriac ne serait pas devenu Mauriac."
Lacouture n'est pas d'accord - pas d'accord du tout. Il publie alors une tribune dans Libé pour mettre les choses à plat, rappelant s'être adressé à Claude Mauriac, "héritier intellectuel et spirituel" de l'écrivain, lorsqu'il entreprit son projet de biographie : "il me mit d'emblée en garde contre telles ou telles évocations qui pouvaient blesser sa mère, Jeanne Mauriac, que je respectais et admirais". Si le biographe a pu, au fil de ses recherches, découvrir certaines "anecdotes" ou "climats", il ne les a alors pas jugés être "un fil conducteur de l'œuvre".
Entre Lacouture, attaché à une certaine pudeur et aux normes de son époque, et Barré, qui focalise quasi-exclusivement sur la sexualité d'un écrivain dont l'œuvre ne peut assurément pas être lue à la seule lumière de ses penchants sexuels, une querelle est ouverte à laquelle chacun peut prendre parti (Jean Daniel par exemple, fondateur du Nouvel Obs, a publié un article pour assurer Lacouture de son soutien, suite à la parution de l'entretien avec Barré dans son magazine). Bien sûr, qu'il peut être intéressant de connaître les moeurs et désirs d'un écrivain qui fréquentait Jean Cocteau et Lucien Daudet. Mais pas que. Encore un journaliste rejeté par Salinger
Âgé de 90 ans, l'auteur de L'Attrape-Coeurs fuit les médias, et vit reclus dans une maison de Cornish, dans le New Hampshire, avec sa troisième épouse. En apprenant l'identité du visiteur, il aurait laissé échappé une exclamation : "Oh no !", ou "quelque chose dans le genre". Dans une interview - la dernière - accordée en 1974 au New York Times, Salinger affirmait déjà vouloir écrire pour lui seulement, afin de "se protéger et protéger son travail". Après L'Attrape-cœur, l'écrivain n'a publié que quelques recueils de nouvelles, et aujourd'hui, personne ne saurait dire s'il continue toujours à écrire, ou s'il conserve quelques précieux manuscrits à l'abri des regards du monde. Ce n'est pas Tom Leonard qui en saura davantage. L'épouse de Salinger - "une femme séduisante à la dentition parfaite et portant un carré blond", juge-t-il bon de préciser - lui aurait demandé de partir. Persévérant, le journaliste s'est alors mis en tête d'interroger les voisins de l'écrivain, n'obtenant d'eux que des informations sans intérêt : Salinger fréquente tel supermarché, commande tel plat à tel café... L'expédition jusqu'à Cornish n'aura donc servi, comme tant d'autres, qu'à irriter l'auteur tant attaché à son intimité. Et voilà, ce qu'il arrive, quand vous écrivez un chef d'œuvre sur la jeunesse et la rébellion : on ne vous fiche plus la paix. Les Bienveillantes de Littell : trop long et trop cher pour les Anglo-saxons ? Grotesque. Pervers. Répugnant. Le verdict d'une majorité de critiques anglo-saxons sur Les Bienveillantes de Jonathan Littell, paru ce mois-ci aux Etats-Unis, est sans appel. Le roman, récompensé en 2006 par le prix de l'Académie française et le Goncourt, ne suscite pas beaucoup d'enthousiasme outre-Atlantique. Mais que reproche-t-on donc à The Kindly Ones, version US des Bienveillantes ?
On trouve, dans différents titres de la presse anglo-saxonne, plusieurs types d'arguments anti-Littell, pas vraiment bienveillants... Tour d'horizon.
Trop cher... Le prix de The Kindly Ones - 29,99 $ ! - publié par l'éditeur HarperCollins, en indigne quelques-uns. Dans une tribune du Wall Street Journal, la critique Sara Neslon pointe du doigt le but commercial du livre - un pavé de 1000 pages - et déclare ouvertement qu'elle n'en finira pas la lecture.
Trop racoleur... Plus fort, la même journaliste va jusqu'à comparer Littell à Britney Spears, affirmant que les deux personnalité partagent la même "tendance à la lubricité" recherchée par les éditeurs... Michiko Kakutani, chroniqueuse star du New York Times, considère, elle, que sous le titre The Kindly Ones se cache un roman « volontairement sensationnaliste et délibérément répugnant ».
Trop ambitieux... Il n'en fallait pas plus pour que Donald Morrison, l'auteur de l'article controversé sur « La mort de la culture française » s'empare de l'affaire. Il assène le coup de grâce dans un article du Financial Times : d'après lui, Les Bienveillantes « tente de poser les grandes questions. Et échoue magnifiquement »!
Trop cliché... Pour Peter Kemp du Sunday Times, le récit s'apparente carrément à une diarrhée verbale, à un « monologue pachydermique » agrémenté de références douteuses sur le nazisme. Malsain, lourd, cliché. Sur le net aussi, les critiques acides des internautes pleuvent.
Source : ActuaLitté, Le Monde McEwan révèle avoir offert l'asile à Salman Rushdie, visé par une fatwa Alors que l'on commémorait le 14 février dernier les vingt ans de la fatwa prononcée par l'Ayatollah Khomeini contre Salman Rushdie, un article de Daniel Zalewski à paraître dans le New-Yorker révèle qu'à l'époque, Ian McEwan, proche de Rushdie, offrit à l'écrivain menacé l'asile dans l'une de ses résidences.Quelques jours après le lancement de la fatwa, Rushdie avait donc rejoint McEwan dans sa maison située dans les Cotswolds (centre de l'Angleterre). Une longue période d'exil commençait alors pour l'auteur des Versets sataniques. « Il devait partir. Un moment terrible pour lui », se souvient McEwan. « Nous écoutions le flash de 8 heures de la BBC. Il se tenait droit à côté de moi, il faisait la une de l'actualité. Le Hezbollah consacrait désormais toute son énergie et sa force au projet de l'assassiner. » Même au-delà de la controverse liée au roman de Rushdie, McEwan a tendance à défendre, depuis longtemps, une approche scientifique et rationnelle du monde. Des témoignages lui ont cependant attribué des vues bien plus spirituelles. Martin Amis se rappelle ainsi d'un voyage qu'il fit avec McEwan en 1972 le long de la passe de Khyber, itinéraire hippie par excellence. « Ian était plus hippie que je ne l'étais (...) Il possédait de nombreux caftans, vous savez. » McEwan, lui, dément avoir jamais porté de caftans. En réalité, ses opinions sur la religion se sont probablement endurcies avec le temps. Il avait notamment suscité la polémique en déclarant "mépriser l'islamisme", qui selon lui prive la société de ses libertés. Selon le New Yorker, l'écrivain serait désormais poursuivi par les médias avec une avidité qui n'est autrement réservée qu'à Amy Winehouse... McEwan, qui assigne au roman la tâche d'interpeler, sinon de provoquer le lecteur, travaille depuis décembre 2007 sur un nouvel ouvrage qui traite du réchauffement climatique, sujet inspiré d'un voyage dans l'archipel de Spitsberger (Norvège). Illustration : image publiée en décembre 2006 dans le Newstateman par Ziauddin Sardar, qui dénonce la domination de Martin Amis, Salman Rushdie et Ian McEwan sur les lettres britanniques. Le critique avait employé pour qualifier le trio le terme de "Blitcons", contraction de "British literary neoconservatives" ("les néo-conservateurs de la littérature britannique"). David Angevin et son livre positif sur Sarkozy censurés sur France 2 ?
Le journaliste-romancier David Angevin - qui s'était fait connaître avec Boborama, dans lequel il réglait son compte à son ex-employeur Télérama - a été élégamment déprogrammé de l'émission de Laurent Ruquier, "On est pas couchés", diffusée samedi dernier.
Son livre, Dans la peau de Nicolas, vendu comme le premier livre "positif" sur le président, n'a donc finalement pas eu droit à ce bonus non négligeable de médiatisation sur lequel tablaît son éditeur, Le serpent à plumes - qui a retiré 2 000 exemplaires du roman pour l'occasion. Dans un entretien accordé à Fluctuat, David Angevin, évoque des "médias à l'antisarkozysme pavlovien" qui ne supporteraient pas les discours dissonants. Les évènements semblent lui donner raison.
"Tricardé" car pas assez antisarkozyste ? En fait de "positif", Dans la peau de Nicolas, fausse autobiographie du président à la première personne, s'attache à rétablir certaines vérités sur la supposée mainmise de Sarkozy sur les médias. Selon un article de Rue89, la production du talk show culturel de Ruquier a invoqué comme excuse "un temps de parole trop long autour de Sarkozy", étant donné la présence sur le plateau de Patrick Rambaud, venu présenter le très satirique Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier. Alors pourquoi ne pas annuler l'invitation de Patrick Rambaud plutôt que celle de David Angevin ? Habitué à subir les foudres de la presse, celui-ci est du genre à rentrer par la fenêtre et a posté sur Dailymotion une vidéo dans laquelle il dit tout ce qu'il aurait voulu dire sur son roman, sur la "fausse impertinence" de celui de Rambaud et des médias "politiquement corrects" décidemment bien rancuniers... Le poème "people" fait son retour dans le New Yorker
Roger Angell, entré au New Yorker en 1956, reprend la plume pour se soumettre à ce petit exercice annuel savoureux auquel il a officié entre pendant plus de 20 ans jusqu'à sa suppression en 1998. Le poème de voeux "people", inventé par Frank Sullivan en 1932, était une véritable institution, attendue par les lecteurs du New Yorker comme l'un de ces marqueurs immanquables de l'entrée dans la période des fêtes de fin d'année. Mais après 1998, Angell est sec et laisse tomber le poème, si difficile à renouveler année après année. Mais heureusement, certaines traditions ne se font pas oublier si facilement et l'année 2008 fournit au vieil auteur foison d'inspiration et l'institution fait son comeback.
"Carla Bruni, comment ça va?"
Alors qui trouve-t-on cité dans ce bijou en vers d'associations parfois grinçantes de près de 70 personnalités? Cocorico : une seule française et pas n'importe laquelle. Carla Bruni, notre first lady herself qui a marqué les esprits lors de son petit tour de promo dans la grosse pomme pendant que son président de mari sauvait le monde au G20. Viennent ensuite en vrac des politiques : "welcome pres.elect Obama", le congressman de l'Ohio, Dennis J. Kucinich, double candidat malheureux à la primaire démocrate dans une rime pauvre avec "spinach". Angell avoue avoir eu besoin de l'aide de ses jeunes collègues, plus au fait de la pop culture. Aussi trouve-ton les inévitables Paris Hilton (accolée à Colin Powell, tout de même !), Miley Cyrus, Beyonce, J.K. Rowling, les Pussycat Dolls, autant de people un peu cheap, de "filles de" (Suri Cruise, Bristol Palin, Chelsea Clinton) mis au même niveau que les nouvelles stars de la crise (Fannie Mae, Freddie Mac entre autres), les sportifs qui ont marqué 2008, année olympique (Michael Phelps, Usain Bolt) ou des écrivains, cinéastes ou universitaires dits "sérieux" (l'auteure Susan Choi, la première présidente de Harvard, Drew Gilpin Faust ou l'architecte Zaha Hadid). Le tout assaisonné de jeux de mots et de blagues bienvenues sur la crise. Un peu de légèreté et d'ironie dont les américains (et le monde entier) ont bien besoin en ces temps déprimants. Le Canard (enchaîné) se gave avant les fêtes En cette veille de Noël, le Canard est partout. Avant que son foie engraissé n'atterisse dans vos assiettes, il pourrait bien figurer en bonne place sous votre sapin.La sortie du Vrai Canard, livre enquête à charge de Karl Laske et Laurent Valdiguié sur les dessous honteux du célèbre journal satirique, le Canard enchaîné, n'est pas passée inaperçue. Suscitant une de ces polémiques dont les médias raffolent, Le Vrai Canard figurait à la date du 7 décembre dans le top 20 des ventes de Livres Hebdo/Ipsos pour la deuxième semaine consécutive tandis que l'anthologie de caricatures Le Canard Enchaîné : La Vème République en 2 000 Dessins a été tirée à 70 000 exemplaires et est en rupture de stock. Alors pourquoi une telle passion pour le sympathique palmipède ? Il semblerait que deux écoles s'affrontent : les déçus et les fidèles. Les déçus comme les fans sont servis Ceux qui voyaient dans le Canard enchaîné le quasi seul journal vraiment indépendant financièrement et libre ont vu leurs illusions brisées par les révélations du Vrai Canard. Un fonctionnement interne limite dictatorial, des revenus obscurs et une collusion avec les politiques, principales sources d'information de la fameuse rubrique "la Mare aux canards", donneraient un journal obligé de renvois d'ascenseur, tels que le passage à l'as pendant la campagne présidentielle d'un sujet sur les revenus de Maître Sarkozy, avocat d'affaire... Et les autres ? Ceux qui ne veulent pas croire aux complot sont convaincus par la ligne de défense du journal. Les auteurs du Vrai Canard seraient des aigris recalés de la rédaction la plus riche de France et leur enquête n'aurait aucune valeur. Avec pour ultime preuve, les dénégations mollassonnes des politiques cités comme indics. Ces fans irréductibles se seront rués sur le dernier opus de la collection d'anthologies de dessins publiés par le Canard, comme pour prouver une intacte insolence. Sans doute quelques uns auront droit aux deux ouvrages pour Noël. Gavés. Avant même de passer à table... Source: La République des Livres "Animaus, biciclette, filosofie" : faut-il réformer l'orthographe ?
Ancien enseignant devenu chercheur à l'Institut national de recherche pédagogique, André Chervel, qui a récemment publié L'orthographe en crise à l'école. Et si l'histoire montrait le chemin ? (éditions Retz), appelle à une réforme drastique de l'orthographe. Le seul moyen, selon lui, d'éviter que l'orthographe ne devienne « une pratique d'élite », qui produirait de la discrimination « auprès de ceux qui ne la maîtrisent pas ».
« S'il fallait réellement enseigner à tous l'orthographe actuelle, cela aurait un coût énorme, en efforts et en temps », explique le grammairien, interviewé par Le Monde. Avant de l'enseigner, il faut la réformer - la simplifier - comme cela a d'ailleurs été fait à plus d'une reprise au cours de l'histoire. Exit alors toutes les règles de grammaire qui font le sel des exercices de primaire. Par exemple, toutes les doubles consonnes inutiles pour la prononciation serait supprimées : on écrirait donc "colège", "dificile", "inocent"... Une réforme qui est aussi censée rapprocher la France de ses voisins européens : « On écrirait une "ipotèse" (ipotesi en italien), une "bibliotèque" (biblioteca en espagnol, italien, portugais, roumain), une "biciclette", une "cronique", un "daufin"...
Et quand on lui demande si écrire "des animaus" ou "filosofie" ne serait pas finalement « faire violence à tous ceux qui aiment la langue française », André Chervel répond avec assurance : « Ce n'est pas en figeant l'orthographe qu'on maintient la tradition.(...) On ne peut pas accepter la fracture orthographique de la société et laisser un nombre croissant de jeunes Français en situation d'infériorité ou d'échec face à l'écriture de la langue nationale. » Les vœux d'André Chervel sont beaux parce qu'égalitaires. Bon, on pourra quand même trouver sa proposition un peu... radicale, sans être réac ou élitiste pour autant. L'écrivain Stéphane Zagdanski condamné pour injure sur son blog
L'affaire Zagdanski vs Malausséna
L'écrivain et philosophe Stéphane Zagdanski a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir injurié sur son site internet le neveu d'Antonin Artaud, Serge Malausséna, unique ayant-droit de l'écrivain mort en 1948. Zagdanski, en grand admirateur d'Antonin Artaud l'évoque dans son essai consacré au cinéma, La mort dans l'oeil, tant cet écrivain, acteur, dramaturge, qui a flirté avec le surréalisme avant de céder à la folie et de finir interné le fascine. Et Malausséna lui adresse un mail en février 2007 pour lui demander de retirer un extrait de l'émission radiophonique d'Artaud, "Pour en finir avec le jugement de Dieu", placé en fond sonore sur une page de son site internet perso baptisé "Paroles des jours". Furieux, Zagdanski publie le lendemain sur son blog une lettre ouverte à l'héritier d'Artaud qu'il traite, entres autres amabilités, d'"ultime chiure électrochoquante", de "crétin chicaneur" arguant que "cela fait longtemps que des milliers d'anonymes peuvent se procurer en quelques secondes sur internet l'intégralité des enregistrements d'Artaud, gratuitement et sans avoir à rendre compte à ta malsaine caboche monomane". Maulausséna, pas certain de pouvoir faire reconnaître sa requête d'ayant droit par la justice, se venge de Zagdanski en l'attaquant pour "injure". Injure reconnue par la 17e chambre correctionnelle qui a estimé que "ni la nature essentiellement littéraire du site sur lequel ce texte a été mis en ligne, ni la qualité d'écrivain du prévenu ne confèrent à ce dernier une immunité particulière", ont encore relevé les juges, avant de conclure que les propos "méprisants" et "particulièrement virulents" étaient bien "injurieux".
Les blogs et les sites d'info indépendants dans le viseur
Si, contrairement à l'affaire de Filippis, la responsabilité directe de Zagdanski est avérée et qu'il n'y a pas eu de dérive de procédure, cette histoire fait figure de parabole au moment où, face au flou juridique qui règne sur la blogosphère, les politiques et législateurs tiennent un double discours entre respect de la liberté d'expression, essence même des blogs, et répression de ses dérives. Ainsi, on l'a entendu, Nicolas Sarkozy - toujours prompt à surfer sur la vague émotionnelle - s'est déclaré favorable à une dépénalisation des délits de presse tels que l'injure et la diffamation. Or quasiment au même moment, le Sénat votait en lousedé un projet de loi visant à prolonger les délais de prescription de ces délits de trois mois à un an, spécifiquement lorsqu'ils sont commis sur internet ! Dans le but avoué de favoriser la mutliplication des affaires, dans les tribunaux déjà submergés, rappelons-le. Seuls seront exemptés les sites d'info adossés à des titres de presse papier (Libé, le Monde, l'Express etc...). Dans la ligne de mire, donc, les blogs sur lesquels officient de nombreux journalistes et les sites d'info indépendants.
Ce projet de loi doit encore passer devant la commission des lois de l'Assemblée. Espérons que les députés se souviendront de leur vive "émotion" lors de l'affaire de Filippis au moment de voter...
Atelier de trivialités (2) : la littérature, les foires et le vinLa France reste un curieux pays, un pays où se tiennent des manifestations littéraires en forme de foire, dans lesquelles on associe vin et littérature, foie gras et poésie, théâtre et gésiers de canard. Un pays où, comme ici à Angers (un salon parmi d'autres - n'y voyez aucun mépris contre les vins d'Anjou), le livre est fêté sous couvert de grands crus et en mémoire d'un acteur de second rang et alcoolique notoire érigé en totem de l'esprit national (Jean Carmet, remember La Soupe aux choux) et où, tout se termine toujours par.... un autographe de Bernard Werber et une apparition de Claude Sarraute, vue à la télé. Les Salons du livre qui se tiennent depuis début septembre dans toute la France n'ont, malgré les efforts des organisateurs qui rivalisent de ruses pour donner des gages à l'art (expositions de peinture, conférences, concours de nouvelles, remises de prix), jamais été autre chose que des courses à l'échalotte. Le jeu consiste à dénicher les gens connus, à picorer des livres qu'on trouve majoritairement en grande surface et à pêcher dans les yeux bilouteux d'écrivains en campagne une connivence qui tient plus à la complicité créée par leurs apparitions dans les magazines ou les émissions de télé qu'à la connaissance et au respect de leurs oeuvres. Partout le rituel se répète, immuable et terrifiant. Un accueil par le maire de la ville qui échange quelques mots avec PPDA, figure de proue de la caravane depuis des décennies (sera-t-il là cette année?), avant de poser pour le quotidien régional ; des soirées, des buffets froids, des dédicaces, des ivresses. Les journalistes dupliquent les articles, copient-collent des séquences en roue libre sur le nombre d'auteurs présents avant de consacrer un encart aux figures établies et aimées par le public. Pour peu que Bernard Pivot débarque et c'est la chenille qui redémarre. Culture, vinasse, patrie. Littérature, pêches et tradition. C'est dans ce genre de fêtes de village, de librairies médiocres à ciel ouvert, que l'on peut, comme l'on introduirait son doigt dans le cul d'une vache, sentir l'âge du pays, mesurer son caractère maladif et prendre la température de son déclin. Vieux lecteurs, vieux auteurs, allures de notaires de province, clichés chabroliens, balzaciens, peu importe, le pays du pantalon en velours, des cravates endimanchées, des marchés de primeurs se rassemble comme un cauchemar. La France est vieille jusque dans sa manière d'habiller les spectacles culturels. Elle ressemble parfois à une caricature d'elle-même qui nous fait douter du bien-fondé de toutes les conneries démagogiques entendues sur sa "spécificité", son irrédentisme, sa façon altière de porter les droits de l'homme, son exception culturelle. Le tableau est exagéré. On peut s'amuser à en rajouter trois couches mais le spectacle est, en soi, et lorsqu'on le regarde de près, assez abominable. Notre monde littéraire, notre société, saisie un dimanche matin à Nancy, Angers, Bordeaux, Paris, partout ailleurs, appartiennent au siècle d'avant. Il est à peu près certains qu'à se présenter ainsi, ni l'un ni l'autre ne méritent de passer au suivant. Mai 68 : les pavés sont ramollisQuarante plus tard, que signifie Mai 68 ? L'initiative du collectif Le Pavé en mousse (diffusée à plusieurs reprises par Marianne2) laisse sceptique. Même si elles partent d'un bon sentiment, les diverses opérations organisées restent isolées et tristouillettes.
Ils font ça pour rire. Et au fond, cette histoire d'anniversaire doit-elle vraiment être prise plus au sérieux ? Comme le dit Hervé Hamon dans son entretien avec Fluctuat, "il ne s'agit pas de se moquer de mai 68". Ces "événements" ont marqué l'histoire, bouleversé les mentalités, marqué un tournant, etc... Seulement, la façon dont les écrivains, penseurs, politiques, médias, un peu tout le monde, choisissent de commémorer ce moment n'a-t-elle pas un côté cérémonieux qui entre en totale contradiction avec l'esprit mai 68 ? Nous autres jeunes qui ne l'avons pas vécu, à notre tour d'être out, parce qu'on ne peut pas bien en parler, et pas autrement que comme d'un mythe révolu et digéré. En général, ceux qui l'ont fait, ils nous laissent plutôt imaginer que mai 68, c'était trop cool. N'empêche qu'on est pas encore tout à fait au clair, là dessus. D'un côté il y a le président de la république qui annonce vouloir "liquider mai 68" (il veut liquider plein de trucs), et de l'autre, une avalanche d'ouvrages et de dossiers qui redonne à ce printemps un petit goût de révolution. Flu prend le parti de participer à l'éboulement, et souffle quand même les bougies avec un dossier mai 68. Guillaume Musso, agent du futur ? C'est celui qui le dit qui y est (4)"Acceptez enfin de vendre le livre comme une savonnette, un parfum ou de la lingerie fine et le marché s'éclairera comme une aube nouvelle." Ces paroles prophétiques prononcées par un éditeur imaginaire dans une nouvelle de Jack London dont j'ai oublié le titre (ça fait sérieux !) étaient prémonitoires des débats qui agitent (assez peu finalement) le monde de l'édition. Le livre est-il un produit comme un autre ? Faut-il le vendre au supermarché ? Bah oui, d'ailleurs on ne s'en prive pas. Peut-on imaginer d'en faire la publicité ou de lui consacrer, comme ici, une sorte de bande-annonce, de lancement ou de teaser ? Cette petite séquence proposée par Guillaume Musso (qui remplacera pour l'occasion Marc Lévy, excusé..), est l'une des choses les plus intelligentes qu'il m'ait été donné de voir en provenance d'une maison d'édition française. Il faut bien avouer qu'en la matière, nous accusons encore une fois une bonne quinzaine d'années de retard sur les éditeurs anglo-saxons qui n'ont jamais eu ce questionnement de savoir si oui ou non pour vendre un ouvrage il fallait lui appliquer les techniques de... vente. Cela fait un bail que ce genre de mini-films existent. Il suffit de se promener sur Youtube pour découvrir, un peu partout, des séquences parfois supervisées par l'auteur lui-même qui ne font honte à personne. Tapez Coupland, tapez Gibson, tapez Bret Easton Ellis et vous verrez ce dont il est question. La Vieille France moisie n'a pas adopté le dixième des techniques de stimulation mercatico-intellectuelle : sites dédiés, pseudo univers qui crédibilise le livre, conférence de lancement sur Second Life, confettis-extrait qui sont des découpes du livre disposées dans une assiette et permettent de le... goûter comme on goûterait un saucisson... Heureusement pour nous, à défaut de nous faire basculer dans le futur de la littérature, Guillaume Musso, avec son physique de Sylvain Marconnet endimanché, ses faux airs de VRP de province, est là pour faire avancer l'histoire. Son dernier roman, Je reviens te chercher, porte bien son nom : sa main généreuse nous est tendue depuis une modernité dont nous devons pas avoir peur : site internet de niveau professionnel, lecture (ardue) du prologue de ce chef d'oeuvre en forme de livre virtuel (essayez donc de tourner les pages, p***), clip de lancement... Guillaume Musso est notre phare, notre lanterne. Son éditeur XO a tout compris et sait désormais que le marché du livre est un monde ultraconcurrentiel (je ne vous rappelle pas le nombre de livres qui sortent chaque mois - les petits imbéciles qui se plaignent des embouteillages le mercredi sur les écrans de cinéma n'ont jamais sorti un bouquin en septembre), où il n'y a de salut que dans la mise en place de franchises ou figures immédiatement identifiables par le consommateur (Nothomb, Houellebecq,...) ou par une logique poussée de différenciation produit. Il faut évidemment prendre exemple sur lui et faire tout pareil. L'avenir du roman français et plus généralement de son rayonnement à l'international reposent dans cette capacité à sortir de l'obscurantisme éditorial pour embrasser la modernité. Comme l'écrit Musso dans son dernier et sinistre opus (on peut être un vendeur moderne et vendre de la m***, ne l'oubliez jamais, si d'aventure les éditeurs français se décidaient à jouer le jeu), "Dépêchez-vous de vivre, dépêchez-vous d'aimer. Nous croyons toujours avoir le temps, mais ce n'est pas vrai. Un jour nous prenons conscience que nous avons franchi le point de non-retour, ce moment où l'on ne peut plus revenir en arrière. Ce moment où l'on se rend compte qu'on a laissé passer sa chance.." Ceux qui aiment Musso aiment-ils Marc Lévy, de la même façon ? Peut-on aimer un écrivain pour son physique comme on aimerait M Pokora ? Il faut lire Guillaume Musso parce qu'il fait partie des écrivains qui réussissent à remplir une page avec le plus petit nombre de mots au monde. Ses phrases sont si brèves qu'elles ressemblent à des éternuements, ses dialogues sont si courts qu'ils ressemblent à des tirades absurdes de Beckett. Ses situations sont si simples qu'elles ressemblent aux images mentales qui vous montaient au cerveau, lorsque vous étiez en Terminale, et essayez de vous représenter la différence entre le concept et la chose.... Quel rapport avec ce qu'on vient de dire ? Aucun évidemment et c'est ce qui est bien."C'est la rencontre improbable..." http://www.guillaumemusso.com/ (site qui vaut le détour) Si tu lis ça, je couche pasLe Libé daté d'hier a soulevé une question amusante, et qui peut aussi, si on est vraiment sensible, s'avérer assez épineuse. Peut-on coucher avec quelqu'un dont les goûts littéraires laissent à désirer ? C'est la Sunday Book Review du New York Times qui a d'abord consacré une page entière au sujet, dans un article titré «It's not you, it's your books», et signé Rachel Donadio. Le truc aurait pu tout aussi bien venir de l'agaçante Carrie Bradshaw de Sex and the City. Un peu de vocabulaire : le literary dealbreaker est donc une "rupture pour cause littéraire". Si ce motif peut paraître complètement futile, il n'est pas si aberrant que ça. Au contraire, il renvoie plus généralement au problème de savoir si deux personnes aux goûts culturels complètement opposés peuvent être amoureusement compatibles. Agnès Jaoui en avait fait le moteur de son film Le Goût des autres, avec Bacri en chef d'entreprise pas très branché culture.L'auteur de l'article de Libé, Edouard Launet, a surtout relevé les réactions des lecteurs du NY Times. D'un côté, il y a ceux qui n'ont pas compris que la question vaut seulement pour un happy few, vivant principalement dans "le sud de Manhattan ou quelques arrondissements centraux de Paris", et qu'elle peut bien évidemment être considérée comme une grosse blague. Ceux-là s'insurgent contre l'intolérance d'un partenaire qui vous préférerait plutôt en passionné(e) de Proust que de Danielle Steel (oui, là on fait dans l'extrême). Ensuite, il y a ceux qui classent assez catégoriquement certains ouvrages comme potentielles causes littéraires de rupture. Trio vainqueur : le Da Vinci Code de Dan Brown, L'alchimiste de Paulo Coelho et Les Cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini. Enfin, une autre école, à laquelle Edouard Launet n'adhère pas du tout, qui voudrait, en gros, que "les filles qui aiment James Joyce ne sont pas nécessairement super au lit". C'est vrai qu'il faut, d'abord, en trouver assez pour pouvoir comparer. Jean-Luc Delarue dirait : "si vous avez déjà rompu avec un partenaire en raison de ses goûts littéraires, ou si vous choisissez vos partenaires en fonction de ses goûts littéraires, venez témoigner."
Lire l'article d'Edouard Launet : "Rupture littéraire, on achève bien d'imprimer" dans Libération Cartographie des goûts littéraires : du nul au sublime
Possible qu'on ait déjà mentionné ce site par le passé, mais sans doute pas pour dire la même chose, alors, comme deux fois valent mieux qu'une seule, on ne saurait trop conseiller d'aller y refaire un tour. L'interface n'est pas des plus élaborées mais le site literature-map permet en tapant le nom d'un auteur de voir instantanément la liste des auteurs proximes ou proches par l'ambiance, le style, les thèmes, l'époque, l'esprit, et qu'il est possible de lire à leur tour.
Les lecteurs, dont je suis, qui travaillent par cercles concentriques autour d'obsessions individuelles (découverte d'un livre sur un thème donné, une accroche = découverte d'un auteur = épuisement de tous les livres de cet auteur puis retour et passage à un autre auteur) apprécieront le procédé qui permet, à peu de frais (bien que d'une façon assez robotique) de sauter d'un auteur à l'autre et donc d'alimenter la machine compulsive. La typologie des parcours de lecture est presque aussi variée que les lecteurs eux-mêmes mais ne doit pas dissimuler que nous avons tous un profil opératoire bien défini qui n'est que rarement le fruit du hasard.
Presque autant que ce qu'on lit, la manière dont on vient aux livres est révélatrice de ce qu'on y cherche. Il y a les lecteurs qui musardent et picorent du livre au hasard des découvertes, ceux qui travaillent sur les quatrièmes de couvertures, selon la couleur de la jaquette, qui aiment telle ou telle maison d'édition, les lecteurs qui suivent les magazines ou qui relèvent d'un groupe ou d'une école de lecture (les blogs de filles, fluctuat, le cercle des vierges disparues, le club des lecteurs nerd, les gothiques...), ceux qui ont une démarche scientifique, une orientation exclusive, une approche par genre, ceux qui ont des tendances pantagruéliques (tout lire, tout connaître) mais aucun qui fait n'importe quoi.
De là à dire qu'on lit comme on vit, et qu'on pourrait tirer quelque chose de votre spectographie de lecteur (quels livres ?, combien ?) et inventer une science concurrente ou complémentaire de la psychanalyse, il n'y a qu'un pas qu'on ne franchira pas aujourd'hui. Les études sociologiques dont on peut lire de temps en temps les conclusions (que lisent les français ?) restent jusqu'ici à la surface des choses et sont commandées pour la plupart à des fins économiques (le rapport livre/journal, le rapport essais/romans/documents). Quelqu'un qui voudrait s'amuser pourrait dresser une étude clinique des liens entre la personnalité et les choix de lecture qui, sans nul doute, nous apprendrait des choses. On pourrait ainsi "profiler" les lecteurs comme on "profile" des serial killers, et pourquoi pas détecter les seconds d'après les premiers, dès le plus jeune âge (ça ne vous rappelle rien?). Ambitieux ou idiot ? A vous de voir... Les étudiants en lettres pourraient en faire un beau thème de recherche à mi-chemin entre les neurosciences et la littérature.
En attendant, la carte du tendre livre fonctionne pour le meilleur (tapez Burroughs par exemple, Bukowski ou Zola) et pour le pire (tapez Marc Levy, tapez Beigbeder et vous constaterez qu'ils sont presque les pires auteurs des orbites dont ils composent le centre). Vous constaterez ainsi, ce qu'on savait depuis longtemps, que souvent le nul cotoye le sublime, que, dans un périmètre de proximité, et autour de lignes communes, un bon écrivain peut virer au nul et un tocard au génie. William Gibson présente Spook CountryIl en est aujourd'hui des livres comme des films. Ils ont leurs trailers, leurs bandes annonces, leur making off, bientôt leurs illustrations qui seront vendues à part dans les librairie avec la mention sur la couverture : "cet ouvrage comporte des photos, en vente séparément, renseignez vous auprès de notre personnel pour les acquérir". Une idée que William Gibson a déjà fait sienne avec son dernier roman Spook Contry (ainsi que mes amis du Cafard Cosmique l'ont rapidement noté) puisque des rues, des places, bref, des lieux du livre sont bien évidemment disponible sur internet par le biais de google map, streetwiew and so on. On apprend beaucoup de chose dans cet interview et sa présentation, pour ce que j'en sais, est véritablement révolutionnaire puisqu'on a droit ici à un véritable petit film. Ceci étant, il ne s'agit bien sûr que du sommet de l'iceberg médiatique qui se met en place autour de Spook Contry. La preuve, quelques jours plus tard, il était en conférence lecture sur Second Life. Et preuve que nous sommes bien dans le domaine de la science-fiction, quand il répond, Gibson n'ouvre pas la bouche... Naturellement, je ne saurais trop vous conseiller de suivre le lien du Cafard, vous aurez droit à la liste non-exhaustive des interviews/reviews de l'auteur et de son oeuvre sur le net (et oui, les cafards sont bien utiles parfois... ce post leurs est tout naturellement dédié) Transfuge, dernière transfusion
Les fantômes traquent les gratuits La scène se joue maintenant un matin sur deux, lorsque le livreur du gratuit "20 minutes" accuse quelques minutes de retard (8H05 au lieu de 8H00) dans le déballage et la mise en exposition des nouvelles du jour. Dans le hall de la gare Montparnasse, où je débarque, cent à cent cinquante personnes se tiennent à l'arrêt pendant 5 ou 10 minutes, figées et suspendues devant l'entrée de la porte Océane, se pressent les uns contre les autres, attendent sans parler, les bras le long du corps, le regard fixé, hypnotique, anxieux et avide sur la camionnette et le déchargement des pallettes. Lorsque les journaux arrivent enfin, une pagaille sinistre s'en suit où des gens, comme vous et moi, normaux et sans histoire, se jettent sur les piles de gratuits, en arrachant deux ou dix avant de les redéposer plus loin, sur une poubelle, un muret ou une rampe d'escalier. Il y a dans ces scènes nouvelles (on les connaissait sur le parvis d'une façon plus dynamique lorsque des hôtesses distribuaient des échantillons de yaourts ou de pizzas), un côté glaçant et inquiétant. Ce n'est pas tant l'objet de convoitise qui dérange (les journaux traditionnels sont morts maintenant, c'est une certitude, et Libération peut bien nous tartiner 2 pages chaque jour sur sa survie, les dés sont jetés) que ce paysage de fous dans lequel nous vivons. Les corps des hommes contemporains sans âme sont suspendus à ces offrandes comme casques et vêtements à leurs crochets dans la Salle des Pendus. Le fait que notre devenir-fantôme s'exprime pour la possession d'un objet d'ouverture et d'information est encore plus inquiétant.Dans cette immobilisation physique et verbale de la foule, c'est le monde qui s'arrête de vivre, dans l'attente de recevoir des nouvelles de lui-même. En cela, il se donne pour ce qu'il est : un Spectre-Monde fasciné par son reflet.
Telerama dans l'air du temps![]() Mercredi sort en kiosque, la nouvelle formule du plus cultivé des magazines télé. Soucieux de renforcer l'aspect communautaire, les dirigeants du journal ont eu l'idée de reprendre des phrases du courrier des lecteurs pour leur campagne. Et d'être un peu plus virulent dans l'accroche : "nous sommes durs, vous êtes pires", assure le magazine à ses lecteurs. L'affiche ci-dessus est la plus controversée, la régie Metrobus (groupe Publicis) ayant refusé de l'afficher. A part ça ? Et bien le nouveau -et très classe- blog télé de Flu est en ligne. "Nous sommes généreux, vous n'êtes pas mal non plus". La fin d'une époquePosté par Easywriter le 14.09.06 à 16:17 | tags : média
![]() "Je vous ai oublié, je suis tombé dans un coma journalistique atroce qui, en multipliant mes points de vue, m'a fait oublié le seul, le vrai, le mien. Ce tunnel me voit dévorer tout ce que je vois, ce que je peux lire. Je suis devenu glouton. J'ai gagné cette capacité à accumuler, mais je ne ressens plus le gout de ce que j'ingurgite. Je lis, je vois, je pense, j'examine, je partage, je regarde mais jamais plus je ne réagis, je n'explose, je ne m'engage. (...)J'ai cru me voir évoluer, sans réaliser que je m'enterrais six pieds sous terre. J'ai cru me cultiver, sans voir que je ne faisais qu'entretenir cette illusion qui me conforte. J'ai cru m'informer, sans m'apercevoir que je ne m'accrochais finalement qu'à un modèle que je croyais combattre. Aujourd'hui j'ai retrouvé la mémoire, mais il est trop tard, je n'ai rien fait, je n'ai rien vu. A force d'y croire, j'ai fini par donner vie à mes peurs : les autres ont gagné" Réflexion d'une lectrice sur le site de Libération qui propose une discussion autour de sa survie...
Jim Harrison cause dans le poste Voilà un rendez-vous qui nous met l'eau à la bouche : Jim Harrison, jouisseur patenté et amateur de bonnes chères s'il en est, s'invite sur France Culture, toute la semaine prochaine dans A voix nue. La rencontre avec le poète des grand espaces étant réalisée par l'impeccable Clémence Boulouque, cette série est à écouter et conserver précieusement. 17:02 - 17:27 A Voix nue. Du lundi 03 au vendredi 06 sur France Culture. Serge July : Citizen Fake Drôle d'hommage, comme gêné aux entournures, dans Libération du jour. Dans son edito, le vieux Serge adopte une position christique - je quitte Libération pour que Libération vive - mais après tout le journal a 33 ans.Un papier de Sorj Chalandon, l'une des dernières figures historiques encore en poste, empreint d'une émotion qui se voudrait maitrisée mais qui se révèle emphatique - après tout Libé en fait souvent trop. Des invités à témoigner au profil socio-politique suspect et dont la carrière se conjugue à l'imparfait : Nicole Notat, Daniel Cohn-Bendit, Harlem Désir - mais après tout Libé est le porte-parole de la gauche eighties et convertie aux valeurs du marché. Alors que le quotidien revisite sa pureté originelle, sa philosophie éditoriale révolutionnaire, le pétillant cahier Tentations invite le directeur artistique de Balanciaga. Plus drôle : c'est le jour que choisit Villepin pour y publier une tribune. Le plus parlant reste cette image de Une ( qui n'est pas l'illustration ci-contre). Celle d'un type tout seul - comme sur quasiment toutes les photos parues récemment. On jurerait qu'il est au fond de son confortable loft , juste à côté de sa machine à laver ( en réalité la salle du hublot où ont lieu les conférences de rédaction). Un capitaine d'industrie qui va avoir droit à son portrait en dernière page de Libération. Décidément, ils sont forts en photos à Libé. Sur le forum : Que va faire Serge July ? Salut l'artiste![]() C'est un type dont aura du mal à faire l'éloge. Un homme de presse aujourd'hui certes isolé, et à peine soutenu à demi-mots par une rédaction dont la timidité égale le déboussolement. Bien sûr le journal qu'il dirige ne vivait plus que sur sa réputation, une histoire symbolique chargée mais qui appartient aujourd'hui au folklore. Finalement , l'actionnaire majoritaire du titre aura eu sa peau, pour des motifs économiques assurent les uns, des désaccords plus politiques estiment les autres. Surement les deux, est -on tenté de penser. L'indignation n'est pas de mise, encore une fois nous ne regretterons pas vraiment ce type. Mais bon, la solidarité contrafernelle ça existe. Alors, bon vent, Alain Génestar. Bien jouer au foot, mode d'emploi On avait dit tout le bien qu'on pensait du livre de François Bégaudeau, jouer juste. La pièce qu'en avait tiré Isabelle Duprez (illus.) nous avait un peu moins emballé malgré quelques moments héroïques. Le théâtre n'avait malheureusement pas grand-chose à apporter à un texte qui se donne surtout dans sa musicalité et son propos mais autorise peu de jeu de scène. Sur Flu : entretien avec François Bégaudeau à l'occasion de la parution de jouer juste. |
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