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En japonais, Manga désigne la bande dessinée, chez nous c'est la bande dessinée japonaise, voire l'esthétique déclinée au cinéma.

Des mangas pour remplacer les journaux ?

Posté par 2goldfish le 22.10.09 à 10:08 | tags : bd, web, manga
Kim Jong Il embête tout le monde avec ses essais nucléaires

Newsmanga.com est, exactement comme son nom l'indique, un site qui propose à ses visiteurs de découvrir l'actualité sous la forme de mangas.

 

Plutôt que de simples dessins de presse comme on en connaît chez nous, newsmanga raconte les affaires du Japon et du monde sous la forme de mangas de deux pages, dans lesquels on peut voir des versions un peu enfantines de Barack Obama et Kim Jong Il se disputer dans des mises en scènes caricaturales.

C'est bien sûr totalement incompréhensible quand on ne lit pas le japonais et c'est bien dommage puisque ça a l'air d'être une excellente façon de s'informer en quelques secondes. Personne pour lancer un site équivalent avec des blogueurs BD français qui pour une fois auraient quelque chose d'intéressant à raconter ?




Astro Boy contre l'édition française !

Posté par 2goldfish le 01.06.09 à 11:16 | tags : bd, manga

La publication d'Astro Boy en France est une longue histoire qui ne finit pas bien. D'abord, il y a eu Glénat qui dans les années 1990, pendant le premier boom du manga, a voulu capitaliser sur la légende du Dieu du manga et sur les souvenirs du dessin animé qui passait sur la Cinq dans les années 1980, pour publier en intégralité l'oeuvre la plus connue d'Osamu Tezuka.

Malheureusement, l'aspect primitif des premiers mangas réalisés par un auteur encore très influencé par Walt Disney et les comics strips d'avant guerre, ajouté à une adaptation médiocre, n'aura pas séduit les fans d'Akira et Dragon Ball et après une douzaine de petits volumes, la publication s'arrête, loin encore des trente deux volumes japonais. Ces douze volumes sont aujourd'hui épuisés et pendant quelques années, on en est resté là d'Astro en français.

 

Il y a quelques mois, c'est Kana qui décide de reprendre le flambeau, peut-être parce que Tezuka est plus à la mode aujourd'hui (l'éditeur Asuka a pu déjà reprendre avec succès Blackjack, une autre oeuvre de Tezuka abandonnée par Glénat), peut-être aussi parce que plus tard dans l'année sortira dans les salles une adaptation américaine en 3D des aventures d'Astro. On était prêts à saluer l'initiative de Kana jusqu'à ce qu'on se rende compte que l'éditeur ne prévoit de publier que cinq gros volumes des aventures d'Astro, frustrant notre désir d'exhaustivité avec une sélection des "meilleures" histoires. Au final, on n'aura pas plus à lire en quantité qu'à l'époque de Glénat mais heureusement, l'adaptation est d'une meilleure qualité.

 

Reste qu'on ne peut toujours pas lire comment Tezuka a graduellement introduit des thèmes humanistes et politiques dans ce qui n'était qu'un manga d'aventure et de science fiction pour enfant curieusement violent. Bien sûr, une telle lecture demanderait un travail d'édition assez complexe, l'auteur étant plusieurs fois dans sa carrière revenu sur son propre travail pour modifier les origines d'Astro, quand il ne le tuait pas pour en finir avec lui, avant de le ressuciter quelques temps plus tard sous la pression du public, sans grand soucis de cohérence narrative. On peut heureusement espérer qu'à l'avenir un éditeur ressucite une nouvelle fois Astro à la demande du public et nous donne enfin l'édition exhaustive et commenté qu'il mérite.







Le musée du Manga et le musée Tezuka au Japon : visite express

Posté par 2goldfish le 08.05.09 à 10:20 | tags : exposition, bd, manga

Jean Giraud était il y a quelques jours au musée international du Manga de Kyoto pour l'inauguration de l'exposition "le monde moebiusien". L'exposition, pleine d'originaux de Moebius, pose une fois de plus le problème de l'exposition de la BD.

 

Le musée-bibliothèque de Kyoto

Une exposition consacrée à un écrivain, c'est plus simple : on n'expose pas ses oeuvres, qui ne sont pas vraiment spectaculaires, on expose sa vie à travers quelques artefacts symboliques - des objets lui ayant appartenu, des photos, des lettres... Un auteur de BD, on a plutôt tendance à afficher ses planches originales et à s'en tenir là, comme si elles étaient des oeuvres à contempler à la manière d'un tableau. La planche originale, pourtant, ça n'est guère plus qu'un croquis : la véritable forme de l'oeuvre d'un auteur de BD, la forme finale, c'est la forme imprimée. La planche n'est qu'une étape intérmédiaire : l'intérêt de la planche exposée est finalement assez limité quand l'album est publié et accessible à tous.

 

La solution à ce dilemme choisie par le musée de Kyoto pour son exposition permanente, c'est de proposer au public une immense bibliothèque accessible à tous. C'est très bien, sauf qu'il manque alors à cette bibliothèque ce qui devrait en faire un musée : à l'exception d'une poignée de titres, tous ces mangas ne sont absolument pas mis en valeur, aucun contexte n'est fourni. Ajoutons à cela que la collection est finalement assez pauvre (que des mangas pour enfants et ados, rien d'alternatif ni "d'auteur") et l'expérience du musée du manga à Kyoto est finalement très décevante.

 

Le musée du Manga à Kyoto ressemble une bibliothèque

 

Le Musée Tezuka : visions futuristes

Pas si loin de ça, à Takarazuka, on trouve le musée Osamu Tezuka, consacré à l'oeuvre du "dieu du manga". Dans ce bâtiment impressionant, inspiré des visions futuristes de l'auteur et plein de statues du Phénix, d'Astroboy ou de Princesse Saphir, on a un peu l'impression de pénétrer dans un parc à thème. Le plus gros de l'exposition est au rez-de-chaussée où la vie de Tezuka est retracé dans une série de capsules qui présentent quelques planches originales de l'auteur au milieu d'autres artefacts comme ses dessins d'enfant, ses plumes favorites ou son légendaire béret. On a aussi droit à tout un tas d'écrans projetant quelques-uns de ses travaux animés (qui sont aussi tous accessibles à la demande via une grande base de données incompréhensible au non-japonisant), une immense bibliothèque, une salle de cinéma... Au final, la place accordée à ses planches est minime et ça n'est donc pas plus mal.

 

Les fameuses capsules biographiques
 
 
A Angoulême devrait s'ouvrir le mois prochain le Nouveau Musée de la Bande Dessinée, qui promet beaucoup. Beaucoup d'originaux, beaucoup d'albums en lecture libre et beaucoup d'autres choses. Au final on ne saura pas vraiment à quoi ça ressemblera avant d'y être allé. On espère une expérience plus proche de celle du musée Tezuka que de celle du musée de Kyoto : plus qu'une bibliothèque, mais pas une fausse galerie d'art.
 
Lire aussi :



Mes voisins les Yamada : les Simpson japonais ?

Posté par Céline le 27.04.09 à 16:39 | tags : bd, manga, news
Si les Simpson étaient japonais, ils seraient... les Yamada : une famille plutôt déjantée, créée par le mangaka Isaichii Ichii dans les années 80, et dont on peut désormais retrouver les aventures dans la collection Shampooing chez Delcourt.
 

Il y a quelques années, les studios Ghibli avait proposé une version animée de Mes voisins les Yamada. Comme la bd, le film était composé de petites scènes indépendantes évoquant le quotidien de cette famille japonaise : malgré ses jolies couleurs pastel, ses cocasseries et gags très poétiques, il n'avait cependant pas connu autant de succès que les précédentes œuvres du réalisateur Isao Takahata - à qui l'on doit notamment le bouleversant Tombeau des lucioles. Au final, les voix enfantines et les couleurs arc-en-ciel avaient peut-être fait perdre aux Yamada l'humour grinçant qui les caractérisait dans la bd.

Car si la famille japonaise dépasse rarement les bornes - les gags sont toujours très acceptables - ses membres révèlent des personnalités pas toujours très glorieuses, qui moquent d'une certaine façon (gentiment) les structures d'une société que l'on sait très codifiée : la grand-mère très tenace n'en fait qu'à sa tête ; la mère, paresseuse, voit comme un véritable calvaire les tâches domestiques dont elle a la responsabilité ; le père qui se voudrait chef de famille a du mal à se faire respecter ; le fils Noburo est un looser qui n'obtient jamais la moyenne en cours, tandis que sa petite sœur, plus espiègle, assiste et participe aux joyeuses tribulations de sa famille. Une typologie qui évoque bien évidemment les Simpson de Matt Groening : des Simpson assagis, qui mangeraient des sushis et ne joueraient pas à s'étrangler pour un rien...

 

Lire aussi :

Le roman graphique de Burroughs sera-t-il publié un jour ? 

Blaise, la BD qui nous fait rire... de nous-mêmes  




Le manga pour les filles qui aiment les garçons qui aiment les garçons...

Posté par 2goldfish le 02.07.08 à 09:06 | tags : manga, sexe et littérature

Ce qui est bien avec le manga, c'est qu'il est généralement bien découpé en catégories lisibles pour les initiés. Il y a le shonen pour les garçons travaillés par leurs hormones, le shojo pour les filles romantiques, le hentai pour les pervers, l'ecchi pour les pervers de moins de dix-huit ans, le gekiga pour les intellos, etc... Il y a même tout un tas de sous catégories pour désigner des niches spécifiques : "ero guro" pour les fans d'érotisme gore, par exemple, ou "Yaoi". Au non initié, le yaoi apparaitra comme le manga gay : on y trouve deux personnages masculins qui vivent une histoire d'amour et de sexe. Généralement il y a un dominant et un dominé (désignés bien sûr par des termes japonais spécifiques que je vous épargne).

 

A y regarder de plus près cependant, le style utilisé est le même que celui des mangas pour fille : des personnages androgynes, un trait fin et souple, des fleurs qui surgissent de nulle part pour exprimer l'motion des personnages... Le yaoi est en fait fait par et pour des jeunes filles. Comme les jeunes hommes occidentaux s'émeuvent volontiers d'histoires lesbiennes, les japonaises elles sont de plus en plus nombreuses à se délécter des émois homosexuels de jeunes éphèbes. Le fait que l'idéal masculin représenté dans les mangas soit très effeminé ne fait que rajouter à la confusion des genres.

 

On spécule beaucoup sur les raisons qui peuvent pousser les jeunes japonaises (et quelques occidentales) à lire ces mangas. Il y a forcément un lien avec le sexisme de la société japonaise et des mangas traditionnels dans lesquels la femme séduit souvent son homme en lui préparant un bon déjeuner mais seulement une fois qu'elle a surmonté sa timidité maladive (qui est une preuve de "pureté", offrir à manger à tous les garçons qui passent, c'est le propre de la trainée). En s'identifiant à l'un des hommes dans une relation homosexuelle, les jeunes filles peuvent se placer dans une situation d'égal à égal. Il y aurait aussi peut-être le fait de voir des hommes se comporter "comme des femmes", montrer des émotions, se laisser dominer dans la relation... Et puis soyons honnête, les hommes fantasment à mort sur les lesbiennes, les femmes peuvent bien aimer voir s'entrechoquer de beaux corps d'homme. Une scène entre deux hommes, c'est deux fois plus de satisfaction pour les yeux...

 

La toute nouvelle revue Manga, 10 000 images disponible en librairie, offre dans son premier numéro un regard très complet (bien que teinté d'amateurisme) sur ce phénomène encore peu connu en France. Il faut saluer la création en France d'une revue critique aussi poussée sur le manga auquel elle manquait jusqu'ici cruellement. Espérons juste que les numéros suivants ressemblent un peu moins à un bulletin de fan.




Neil Cohn et le langage visuel

Posté par 2goldfish le 05.05.08 à 11:09 | tags : bd, comics, manga, web


Neil Cohn est un expert mondial, une sommité dans le domaine de la théorie de la bande dessinée. Ce n'est pas très difficile, me direz vous avec raison, puisqu'il n'y a pas tant de concurrence que ça. Certes, il y en a de plus en plus mais il suffit d'avoir écrit quelques bouquins mal fichus comme Scott McCloud et ça y est, vous êtes à l'avant-garde d'un champ d'étude encore largement inexploré.

Neil Cohn est un étudiant en linguistique, et sa théorie, c'est que ce que nous appelons bédé, comics, manga, art séquentiel, graphic novel ou autre, utilisent un Langage Visuel qui au-delà de toute considération "artistique" de style et d'esthétique est avant tout un moyen de communiquer, un langage avec sa syntaxe, sa grammaire, ses coutumes et ses figures de style.

Sur son site emaki.net on trouve toute une série d'essais en PDF généralement passionnants mais qui demandent pour certains un sacré bon niveau d'anglais (le jargon sémiologique est déjà bien assez difficile à suivre en français pour moi). Il a aussi un blog qui est heureusement assez facile à lire et toujours très instructif. On peut y suivre sa participation dans certaines discussions théoriques de la blogosphère, des exemples de "langage visuel" trouvés au dos des sièges dans un avion ou au bas des pistes de ski, et surtout le raffinement en direct de ses théories.

L'un des éléments les plus distinctifs de sa théorie par rapport à celles de McCloud et Will Eisner (qui, pour toutes bancales qu'elles me semblent, sont les mieux connues par tout le monde, moi le premier) c'est son refus de l'équation case = moment qui implique que la bédé est un découpage du temps en petites cases, un peu comme une série d'images statiques piochées dans la bobine d'un film. Les cases seraient plutôt comme les mots d'une phrase, certaines tenant lieu de sujet, d'autres de verbe, de conjonction etc... Ironiquement, les bédés théoriques de McCloud en sont un bon exemple : elles ne présentent pas une histoire avec un déroulement narratif dans le temps mais plus une série d'idées découpées en case pour être mieux articulées. Les planches de Chris Ware sont elles aussi une bonne preuve : souvent, au milieu de ses dessins il insère une case remplit d'une simple conjonction "et", "mais", "cependant".

Commencer à penser comme ça peu transformer votre façon de lire la bédé et de la percevoir. Loin d'être le simple storyboard que la conception trop répandue de "l'espace temps" suggère, la bédé est un véritable langage visuel, qui comme un autre langage peut dès lors être évalué avant toute chose selon la capacité à communiquer clairement de l'émetteur d'un message plutôt que sur sa capacité à dessiner des muscles saillants aux barbares et des seins ronds aux elfes.



Acide manga test

Posté par 2goldfish le 29.02.08 à 15:37 | tags : manga, science-fiction

Dans ce qui ressemble fort à un futur proche, le Japon a légalisé le commerce et l'usage d'à peu près toutes les drogues et permis l'ouverture de "bars à pompes" où les salarymen las peuvent venir s'envoyer divers hallucinogènes de synthèse derrière la cravate après une dure journée de travail. Evidemment cette nouvelle consommation récréative respectable de la bonne société se démarque bien de celle des junkies qui fréquentent des bars à pompes crades, tenus par des médecins peu regardants sur les risques encourus par leurs clients, et qui se font harceler par la "police sanitaire" s'ils sont pris en flagrant délit d'hallucination dans la rue.

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Ultra Heaven

Keiichi Koike

Glénat




Remina : rire ou frémir

Posté par 2goldfish le 28.02.08 à 18:24 | tags : manga

Dans un futur proche, le professeur Oguro reçoit le prix nobel pour sa découverte d'une nouvelle planète apparue soudainement et mystérieusement d'une autre dimension. Il n'a sans doute jamais vu de film catastrophe et donne à cette planète le nom de Remina, sa fille. Cette dernière est jolie et profite de l'attention des médias pour devenir une "idol". Les japonais ont la réputation d'être bien organisés et ce phénomène là ne les fait pas mentir : une idol c'est une jeune fille dont le métier consiste à faire un peu de chant, de mannequinat et/ou de comédie mais dont on admets volontiers que le rôle est avant tout d'être jolie et de faire vendre un peu puis d'être oubliée. Les idols, ce sont des Paris Hilton institutionnalisées, reconnues pour ce qu'elles sont, et rien de plus.

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Rémina : La planète de l'enfer

Junji Ito

Tonkam




Lady Snowblood : Kill Kazuo

Posté par 2goldfish le 18.12.07 à 10:49 | tags : manga

Lady Snowblood est un gros manga avec un large bandeau jaune sur lequel il est écrit "le manga qui a inspiré Kill Bill".
Le bon côté, c'est que ça cache un peu le travail raté de l'éditeur français qui plagie l'éditeur américain qui plagiait l'affiche de Kill Bill. D'ailleurs, ce serait plutôt l'adaptation cinématographique, que le manga lui-même, qui aurait inspiré Quentin Tarantino. Le marketing a ses raisons bien sûr et on ne va pas lui en vouloir, mais on aurait bien vu un bandeau "Kazuo Koike, l'auteur à cause de qui vous lisez des mangas" à la place.

Kazuo Koike est un scénariste spécialisé dans les mangas de samouraïs/ninjas/yakuzas (bref, de Japonais qui s'entretuent). Il est entre autre l'auteur de Crying Freeman et de Lone Wolf & Cub. Les thèmes adultes de ses mangas (comprendre par là que non seulement on y découpe à grands coups de sabre mais qu'en plus on y baise allègrement) ont éveillé l'intérêt de pas mal d'Occidentaux dans les années 1970-1980, en premier parmi eux Frank Miller, et ils y ont en bonus découvert une façon de raconter totalement nouvelle, le fameux "découpage cinématographique" du manga.

On pourra débattre de la justesse du qualificatif, le découpage de Lady Snowblood par exemple joue bien du rythme d'une manière qui évoquait sans doute le cinéma au lecteur occidental habitué à des comics ou des BD européennes plutôt statiques, cependant il le fait par un jeu sur la taille et la forme des cases ainsi que des compositions de page bourrées de diagonales dans tous les sens, des techniques totalement étrangères au cinéma. Aujourd'hui, on qualifierait plus volontiers de cinématographique les comics très statiques influencés par le découpage "écran large" que Warren Ellis a élaboré avec Bryan Hitch sur The Authority.

Cela dit, Koike a certainement été influencé par le cinéma de Sergio Leone. Ses combats au sabre doivent beaucoup aux duels au pistolet de l'Italien. Lady Snowblood est une histoire de vengeance bête et méchante. Dans une prison pour femmes, une détenue meurt en donnant naissance à une fille à qui elle laissera pour tout héritage une liste de noms et une dette de sang. Devenue adulte, la petite fille est une tueuse au sang froid qui gagne sa vie en louant ses talents et en profite pour rechercher les hommes dont elle doit se venger.

Koike est un scénariste suffisament habile pour qu'on ne s'ennuie pas. Il peint en arrière-plan le Japon de la fin du XIXe siècle, en pleine perte d'identité avec l'arrivée des Occidentaux et de leurs armes à feu. Pourtant, l'important ce n'est pas cette histoire assez banale, mais plutôt, comme chez Leone, la scène d'action vers laquelle tout tend depuis le début. C'est là que toute l'habileté de ses découpages éclate au grand jour, mise en valeur par le dessin efficace de Kazuo Kamimura.


Lady Snowblood
Kazuo Koike (scénario), Kazuo Kamimura (dessin)
Kana Senseï




Phénix : l'oeuvre d'Osamu Tezuka

Posté par 2goldfish le 26.11.07 à 10:32 | tags : manga

Phénix, sûrement la pièce maîtresse de l'oeuvre gigantesque d'Osamu Tezuka, est enfin réédité en France pour le plus grand bonheur de ceux qui comme moi ont découvert le génie de Tezuka trop tard pour se procurer la première édition des années quatre-vingt-dix. Les nouvelles couvertures sont assez laides, comme l'étaient de toute façon les anciennes, et le choix fait cette fois-ci de retourner les planches originales pour adopter le sens de lecture occidental a logiquement les défauts et les qualités inverse du choix de l'édition précédente... Bref, il n'y a pas grand chose à dire de ce côté là, si ce n'est qu'on aurait bien voulu un objet un peu plus luxueux, surtout un papier plus blanc, à la manière de la réédition de Bouddah.


C'est que Phénix a beaucoup à voir avec la biographie en manga de Siddharta Gautama du même auteur. On y trouve en fait les mêmes thèmes mais dans une présentation plus claire et plus complète. Phénix, c'est onze volumes presque tous indépendants (au moins en surface) qui racontent chacun un bout de l'histoire de l'humanité et de sa quête d'immortalité. Chaque histoire est celle d'une poignée de personnages en quête du mythique oiseau de feu dont on dit que quiconque boira son sang obtiendra la vie éternelle. Le truc c'est bien sûr que ce n'est jamais ceux qui le chassent qui l'attrapent et que les rares personnages qui goûtent son sang finissent par le regretter. Le premier volume se déroule aux premières heures du Japon, le second aux dernières de l'humanité et les suivants alternent entre science-fiction et récits semi-historiques en se rapprochant toujours plus de notre époque. Tezuka n'aura malheureusement jamais achevé son grand oeuvre, mais on imagine qu'il prévoyait un final ayant pour cadre le présent.

Plus que temporel, cependant, le mouvement qui anime Phénix est celui des idées. Chaque histoire apporte une nouvelle précision, une nouvelle couche à une philosophie bouddhiste d'abord simple (respectons tout ce qui est vivant, renonçons au désir, acceptons la mort, etc...) mais qui se raffine chaque fois un peu plus. Ainsi, la première histoire est celle, de facture assez classique, d'une reine cruelle qui voudrait rester belle éternellement et de ceux qu'elle écrase dans la course à l’immortalité, le tout finissant en petite leçon à la morale assez prévisible. Dès les volumes suivants les choses se compliquent, le magnifique quatrième volume étant consacré aux trajectoires symétriques de deux sculpteurs dans le Japon médiéval, le cinquième à un homme qui après avoir été ressucité par la science ne voit plus les hommes que comme des amas de matière inerte, mais voit les robots comme des hommes... Toujours pourtant l'histoire est grosso-modo la même, celle de la volonté destructrice des hommes et de l'un d'entre eux qui apprend à s'en libérer.

Et puis il y a l'inventivité constante de Tezuka, capable de composer de véritables poèmes visuels, de bouleverser toutes les constructions classique de la page de BD parfois parce que simplement c'est ce qui semble avoir le plus de sens, d'autres fois parce qu'il y a visiblement longuement réfléchi et d'autres fois encore parce que, sans doute, il s'ennuyait. Phénix reste une oeuvre absolument unique dans l'histoire de la BD, d'une ampleur, d'une ambition et d'une profondeur époustouflantes, un monument que devraient lire tous les aspirants auteurs de BD, comme une leçon d'humilité et comme un défi à relever. Les lecteurs eux doivent le lire parce qu'il n'existe pas de meilleure preuve de la valeur de la bande dessinée en tant qu'art.

Phénix
Osamu Tezuka
11 tomes chez Tonkam

 

 




Yapou, le pire manga du monde ?

Posté par 2goldfish le 12.09.07 à 11:12 | tags : manga, sexe et littérature

La Cité de Verre de Paul Auster, adapté par Paul Karasik et David Mazuchelli, voilà le contre-exemple que tout le monde cite quand on parle de l'inintérêt uniforme des adaptations de romans en BD. Je l'ai lu il y a quelques années. C'était effectivement très très bon. Et, mis à part quelques oeuvres plus obscures qui existent certainement et qui me surprendront peut-être un jour, je peux me permettre d'aborder les autres adaptations de ce type sans m'attendre à grand chose.

J'ai été pris en traître par l'adaptation en manga de Yapou: Bétail Humain, classique de la littérature SM japonaise d'après-guerre. La couverture (imprimée du mauvais côté du bouquin, pour ajouter à la confusion) met bien en avant une citation élogieuse de nos confrères de Chronic'Art qui, je l'ai découvert plus tard, parlaient en fait du roman de Shôzô Numa et nullement du manga que j'avais entre les mains.

Le roman de Numa racontait l'histoire d'un couple composé d'une Allemande et d'un Japonais, qu'une voyageuse temporelle égarée dans le XXe siècle rammène chez elle, dans un futur dominé par des femmes blanches. Leurs époux leur sont soumis, mais le pire sort a été réservé aux Japonais, devenus les "yapous", sous-hommes utilisés comme animaux de compagnie, repose-pied et/ou sex toy. Je n'ai pas lu le roman, mais ce que j'ai pu en deviner, d'après cette, c'est que tout comme pour Sade, passée la révélation de la justesse de la vision sociale (ici le masochisme du Japon vis-à-vis des vainqueurs de 1945), si on n'a pas un vif intérêt personnel pour la description du dressage des êtres humains et des diverses humiliation qu'on leur fait subir, on s'ennuit bien vite.

L'adaptation en manga de Tatsuya Egawa est confondante de médiocrité. Le dessin est étonnament mauvais. Etonnament, parce que si les Japonais ne produisent pas des planches qui cherchent à égaler la qualité illustrative de la BD européénne, le système de production en masse du manga nous a habitués à un certain professionalisme, ici totalement absent. Pourtant, le pire est sans doute l'abscence de tout travail d'adaptation. Le texte original, plein de longues descriptions de la société misandre du futur, ne se prétait pas vraiment à la BD sans un gros travail de réécriture. Egawa ne s'en est manifestement pas rendu compte, se contentant de multiplier les pavés de texte accompagnés d'illustrations inutiles.

Publié dans la "sérieuse" collection Kami, l'importation de Yapou chez nous laisserait perplexe même dans une collection érotique moins prétentieuse. C'est en fait si mauvais que la lecture en devient divertissante, un peu comme une "fan fiction" Harry Potter, Tome 1 : Harry Potter à l'école des sorciers érotique ou un film de Steven Seagal. Pour ma part, je me lasse assez vite de la médiocrité et je ne regarde jamais les séries Z plus de quelques minutes. Bref, si vous croisez ce manga : passez votre chemin.

Yapou : Bétail humain
Tatsuya Egawa
Kami

 




Naruto : bon pour les hormones

Posté par 2goldfish le 24.07.07 à 13:14 | tags : bd, jeunesse, manga

Alors que même ma mère a entendu parler de Titeuf, la BD qui plait aux enfants depuis plusieurs années, et qu'en général les autres grands succès hexagonaux ont leur petite notoriété, il se vend des mangas Naruto à la pelle sans que nous autres adultes ne soyons mis au courant. Cela tient sans doute au chauvinisme des médias et à la ghettoïsation du manga qu'on doit en bonne part, rappelons-le, à Ségolène Royal. Naruto, c'est pratiquement un manga sur dix vendu en France, et pas loin d'être la BD la plus vendue aux Etats-Unis et au Japon. Le grand nombre de volumes que compte la série (trente-six à ce jour au Japon, 28 chez nous) et leur parution trimestrielle aide évidemment beaucoup. Les lecteurs de Masashi Kishimoto sont beaucoup moins nombreux que ceux de J.K. Rowling mais il en tire le maximum.

Une fois que je me suis apperçu de ce que les gamins lisaient dans mon dos, j'ai décidé comme tout adulte responsable de me pencher dessus. L'âge m'a rendu arrogant bien sûr et c'est pourquoi j'ai été fort surpris de trouver un manga de grande qualité : pas d'un grande valeur artistique ni d'une grande subtilité et certainement pas fait pour quelqu'un de mon âge mais proche de la perfection pour l'ado que je me rappelle avoir été. J'y aurais investi mon argent de poche sans hésiter.

L'histoire est très classique : Naruto est un orphelin qui rêve d'entrer à l'académie des ninjas pour gagner le respect que son village lui refuse. Il est désobéissant et pas très travailleurs mais capable quand il s'y met d'accomplir de petits exploits.
Il découvre dans le premier volume qu'alors qu'il était encore un nourisson on a utilisé son corps pour enfermer un démon (un "renard à neuf queues") ce qui explique à la fois l'attitude des villageois à son égard et sa prédisposition au combat et à la rebellion. Il rentre dans l'académie ou il apprend les vertus de l'obéissance, du travail en équipe et toutes ces choses qu'on apprend aux enfants pour qu'ils nous obéissent.

Evidemment, tout ça ne serait rien sans de spectaculaires affontements de ninjas aux techniques abracadabrantes. On se rappelle à cette occasion que le manga a d'abord impressionné les occidentaux par sa capacité à représenter l'action de manière beaucoup plus dynamique et efficace que tout ce qu'on avait jamais vu par chez nous. A ce titre Naruto s'en sort très bien et les techniques ninjas permettent de nombreux rebondissements imprévisibles (au début tout du moins, je n'ai pas lus les vingt-huit volumes).

Bien sûr Naruto est un peu violent, mais sans jamais être gore, et qui se souvient avoir été un garçon de treize ans saura reconnaitre l'intérêt indéniable de shurikens géants et autres armes mortelles exotiques. Naruto ne tombe de plus jamais dans la facilité du coup de vent qui soulève les jupes des filles, grand classique du manga pour ado : le seul personnage féminin est une camarade de Naruto et plus ou moins son égale dans les combats, et elle porte un pantalon.
Ce personnage féminin est d'ailleurs ce qui permet au manga de s'élever au dessus de ceux que j'ai connu à mon époque. là où ils étaient tous dans l'exaltation du travail, de la souffrance et du sacrifice et où les personnages féminins se limitaient à la damoiselle en détresse assexuée et à la méchante perverse, Naruto ajoute un triangle amoureux très mignon, traité avec plus d'humour que d'émotion mais qui marche très bien auprès d'un public de garçons qui joue encore les dégoutés devant les scènes d'amour au cinéma, juste au cas où les copains regarderaient.

En conclusion, même s'il n'a sans doute pas attendu votre permission, si votre fils commence à avoir des poils un peu partout mais pas encore au menton, vous pouvez tout à fait le laisser lire Naruto. Pour ce qui est de canaliser un afflux incontrôlable d'hormones, ça reste beaucoup plus sain que 300.




Manga-légo

Posté par 2goldfish le 19.07.07 à 11:06 | tags : manga, web

 

S'il est quelque chose de pénible pour celui qui aime un peu de formalisme dans sa BD, c'est de devoir justifier son goût en trouvant d'autres qualités soi disant moins superficielles dans une oeuvre qui à nos yeux n'en a pas forcément besoin. Il y a encore quelques jours je lisais ces mots "Je trouve ça super qu'il y est un chapitre symétrique dans Watchmen mais ça n'a aucun putain de rapport avec la façon dont le monde tourne en réalité" et je me disais que je pourrais essayer de démolir l'argument mais j'ai en fait surtout envie de dire : "et alors ?". 

Le formalisme en BD, avec ces petites cases qu'on peut réarranger comme des légos (ou des clipos pour les moins doués), c'est souvent super ludique. Ca a peut-être aussi quelque chose à voir avec la relative jeunesse de cet art ou avec le fait qu'il est en grande partie l'oeuvre de gros geeks, mais peu importe, le résultat c'est qu'il y a en général plus de fun dans une BD "expérimentale" que dans la moyenne des films/romans/poteries auxquels ont peut appliquer cet adjectif.

Tout ça pour vous dire, donc, que je ne chercherais pas à vous embrouiller avec des explications stupides sur "ce qui se passe entre ou derrière les cases" de ce court manga trouvé sur un blog anglophone et qui s'appelle "Abstraction" sans doute juste parce que ça sonne plutôt cool. Vous devez lire ce truc, puis faites touner le lien, c'est du bon.




Kitaro est un peu repoussant

Posté par 2goldfish le 21.06.07 à 12:34 | tags : manga

Ce premier volume de Kitaro Le Repoussant, manga populaire au Japon à un niveau équivalent à celui d'Astro Le Petit Robot ou par chez nous disons... Tintin, s'ouvre sur une introduction de l'éditeur qui nous explique tout l'intérêt culturel d'une oeuvre qui aurait pratiquement à elle seule réconciliée les japonais avec leurs racines mystiques et leur inconscient. NonNonBâ et 3, Rue des Mystères, les deux recueils de Shigéru Mizuki parus précédemment chez Cornélius s'ouvraient déjà sur pareille note mais aucun des deux n'en avait tant besoin.

Il est d'ailleurs judicieux d'avoir publié ces deux ouvrages indépendants avant de s'attaquer au plus gros morceau de l'oeuvre du mangaka manchot : outre le fait que l'éditeur a pu jauger la demande, il a pu attirer son attention avec un premier album ultra-respectable (et respecté puisqu'il a obtenu le grand prix à Angoulême) et aussi la préparer à mieux accepter le côté un peu vieillot de Kitaro. Kitaro est un petit mort-vivant qui n'a qu'un oeil (si on ne compte pas celui équipé de bras et de jambes qui se perche souvent sur son épaule) et qui erre dans le japon contemporain pour résoudre les problèmes surnaturels des hommes tels que les vampires ou les chats mangeurs d'homme.

On a d'abord l'impression d'avoir à faire à une histoire d'horreur un peu naïve, puis à une série humoristique pour enfants quelque part entre Charles Addams et Walt Disney sans l'élégance de l'un ou de l'autre. Ces premiers chapitres n'ont vraiment d'intérêt que comme artefacts de la culture populaire japonaise et risquent d'en repousser plus d'un. Très vite pourtant, Mizuki a trouvée la voie qu'on lui connait déjà en France, un mélange de tradition japonaise et d'idiosyncrasies comico-humanistes. Ses talents de conteurs s'affirment aussi assez rapidement passées les maladresses du début.

Ai-je déjà mentionné en parlant de Mizuki combien malgré mon grand amour pour ses mangas je n'ai pas grand chose à dire sur eux ? Non ? En tout cas j'ai un sacré sentiment de déjà-vu en tentant tant bien que mal d'écrire ce billet. Pour me rassurer, je peux me dire que je n'ai rien lu ailleurs sur Mizuki qui ne me semble beaucoup plus réussi que mes propres tentatives (ça m'arrive pourtant souvent). Peut-être est-ce la grande humilité de ces oeuvres qui s'accorde mal des louanges qu'elles méritent pourtant. Il devrait encore praître onze autres volumes de Kitaro Le repoussant. Assez de temps, espérons-le, pour que tout le monde trouve son chemin et ses mots vers lui.

 

Kitaro Le Repoussant

Shigéru Mizuki

Cornélius




Confusions de genres

Posté par 2goldfish le 31.05.07 à 11:00 | tags : bd, manga

 

On avait déjà parlé de Iô Kuroda, auteur entre autre du Clan Des Tengu, et c'était pour en dire le plus grand bien. Daiô, le recueil de ses histoires courtes que vient de publier Sakka est l'occasion cependant de corriger l'erreur de pronom faite à l'époque : Kuroda est apparemment une femme, comme l'indique sans doute son prénom, bien que je ne sache toujours pas avec certitude si Iô n'est pas plutôt son nom de famille. Cette confusion des genres aura au moins été l'occasion pour moi de vérifier l'inexactitude de l'idée répandue qu'on peut reconnaître le sexe d'un dessinateur dans son style (le "bon sens" voulant que les femmes fassent du "mou et lumineux" et les hommes quelque chose de plus "cassant et sombre". hum...). Dès lors en tant que journaliste mâle et hétérosexuel, il sera de bon ton pour moi d'écrire comme si je draguais l'auteur. Allons-y :
Daîo, c'est le recueil des histoires courtes de la charmante Iô Kuroda, jeune mangaka qui monte grâce à un pinceau très expressif et un peu fou qu'elle n'hésite pas à manipuler en tout sens, à maltraiter presque pour obtenir un résultat qui combine les avantages du crayonné avec la souplesse du pinceau, même si on la soupçonne, coquine, de tâter aussi un peu de la plume. Ces histoires qu'elle nous présente son pour une bonne part des oeuvres de jeunesse, dont on pardonnera volontiers les défauts scénaristiques pour s'attarder sur le trait, qu'elle a toujours eu si joli. Quand par contre pointe l'écriture surréaliste qu'on lui connaît sur les tengu, son marriage avec un dessin toujours vif et saisissant fait des merveilles, comme dans ce "Coupe du Monde 1962" qui juxtapose l'historiette d'un orphelin japonais et la crise des missiles de Cuba pour un résultat à la fois poignant et hilarant.
Malgré l'inhérente inégalité de ce genre de collection, on est immanquablement séduit par Kuroda même dans la légèreté de vignettes absurdes trop nombreuses. Ainsi lorsqu'elle s'offre le temps d'une dernière histoire aux mains d'un homme, le scénariste Yoshitomo Yoshimoto (quel nom ridicule !), si on peut apprécier la structure et la direction qu'il lui apporte, on ne manquera pas de regretter un peu la douce folie finalement si plaisante des oeuvres de Kuroda en solo.
Précisons avant d'en finir que si j'ai grossièrement infléchi mon ton, je n'en ai pas moins été absolument sincère.

 

Daiô
Iô Kuroda
Sakka

PS : J'ai depuis la rédaction de ce billet appris que ce n'était pas parce que ce rustre de Iô Kuroda s'était représenté comme une femme dans l'un de ses mangas qu'il en était une. Je suis maintenant à 90% certain que c'est un homme, en tout cas je suis sûr qu'il a un bouc. Mon intégralité journalistique ainsi que ma flemme générale me poussent à laisser le billet tel quel.




Des manga à Branly

Posté par Floriane le 17.04.07 à 12:40 | tags : exposition, manga

manga à BranlyDécidément, le service des activités culturelles du musée du Quai Branly ne cessera jamais de faire preuve d'imagination ! A côté de propositions plus convenues mais incontournables, comme le cycle consacré à Paul-Emile Victor, grand explorateur s'il en est, c'est au pays du manga que l'on nous convie cette fois. Eh oui : tandis que les collections présentent des éléments ethnographiques, les animations font le lien avec la culture japonaise contemporaine, qui finalement ne leur est pas si étrangère ...
Au programme, du 14 au 21 avril : des conférences pour mieux pénétrer cette culture encore réputée " jeune ", des projections de films (attention : le cinéma est minuscule), et des stages d'initiation sous l'égide de l'Ecole Eurasiam.
La plupart des activités proposées sont gratuites. Tout le programme sur le site.
Sur le mag : présentation de la programmaton du Théâtre Claude Lévi-Strauss.




Manga Haïku

Posté par 2goldfish le 07.04.07 à 10:43 | tags : manga

En France la norme pour l'auteur de BD semi-alternatif est d'aborder par l'autobiographie ou l'autofiction les problèmes du monde et de ses habitants à travers le prisme curieux d'un ennui très bourgeois. Au Japon, on raconte plus souvent à la troisième personne, avec un détachement assumé dans ses racines zen qui, trop souvent, n'est qu'un autre ennui déguisé. Et on le fait souvent dans des histoires courtes, des études de caractère pas trop approfondies qui s'inscrivent dans une tradition du minimalisme qui ne sied que trop bien aux auteurs et aux lecteurs désireux de ne "pas se prendre la tête". Un haïku ne compte que dix-sept syllabes et s'il faut du génie pour en faire quelque chose de grand, il faut quasiment de l'opiniâtreté pour en faire une catastrophe.

Assez semblable au sympathique What A Wonderful World d'Inio Asano dont je vous avait un peu parlé par le passé, le diptyque A Scene / B Scene de Tomo Taketomi s'inscrit donc dans cette lignée de mangas qui travaillent par petites touches et il s'en sort plutôt pas mal. Sa particularité est de s'intéresser aux marges de la société japonaise. Sexe, drogue etc... On n'est pas chez Murakami Ryu pourtant : les histoires finissent plutôt bien et les personnages ont fondamentalement bon coeur.

Je pourrais sans doute chercher une série d'adjectifs plus ou moins flatteurs sur ce manga, mais par soucis d'honnêteté envers vous, cher lecteur, je dois bien reconnaître qu'il n'y a en fait pas grand chose à dire sur le travail de Tomo Taketomi. Son intention est d'autant plus claire qu'elle n'est pas très originale et il s'acquitte de sa tâche plutôt bien. Au moins une histoire sur deux vaut le coup d'avoir été racontée comme elle l'a été. On se demandera alors juste s'il n'aurait pas mieux valu faire un seul recueil. La mise en scène n'a rien d'exceptionnel mais le talent du dessinateur pour donner vie à ses personnages, mariant brillamment un relatif réalisme à des expressions parfois caricaturales, si. Mince, j'ai recommencé les adjectifs. Bon, enfin bref, c'est plutôt bon. Voilà.

A Scene / B Scene

Tomo Taketomi

MadeIn




Gogo Monster : De l'harmonica pour des monstres invisibles

Posté par 2goldfish le 22.03.07 à 11:21 | tags : angoulême, manga

S'il fallait une preuve que le marché de la BD est passé d'une logique de fonds à une logique de nouveautés, Gogo Monster de Taiyou Matsumoto ferait bien l'affaire. Publié fin 2005 chez un gros éditeur (Delcourt) visiblement décidé à le soutenir, primé à Angoulême en 2006, ce beau, gros livre est aujourd'hui difficile à trouver en librairie, bien qu'il ne soit pas épuisé. A l'heure d'Amazon et de la longue queue, ce n'est pas dramatique, mais pas moins significatif. Vous pouvez facilement mettre la main dessus, mais ça n'arrivera pas par hasard.

L'histoire de Gogo monster est celle d'une poignée d'écoliers : Makoto, le nouveau qui voudrait bien être l'ami de Yuki, gamin étrange qui joue de l'harmonica pour des monstres invisibles et Sasaki qui porte en permanence un carton sur la tête. Il est plutôt difficile de vous résumer ce qui se passe, entre autres parce que je ne suis pas sûr de tout avoir compris : les choses deviennent plutôt confuses quand Yuki et Makoto pénètrent le quatrième étage de l'école, celui qui est fermé pour d'obscure raisons (bien que le fait qu'il s'y passe des choses dignes d'Inland Empire y soit sans doute pour quelque chose). Mon incompréhension n'empêche pourtant pas, au contraire, ma fascination.

Taiyou Matsumoto essaye avec son trait tremblant et son encrage un peu sale de nous faire croire qu'il ne sait pas dessiner pour cacher une précision photographique dans la capture des attitudes de ses personnages. Ses perspectives touchent souvent à la limite de la justesse sans jamais la dépasser : l'école est une présence très concrète, un bâtiment plus oppressant que les professeurs qui l'occupent, débilitant par son simple volume et sa laideur fonctionnelle. Le travail sur les décors est véritablement exceptionnel.

Je l'avoue, j'ai tout de même quelques petites idées quand au sens de ce que j'ai lu. Au delà de la classique histoire du gamin sensible écrasé institution trop rigide et qui s'évade dans un monde imaginaire, il y a quelque chose de bien plus sombre qui court à travers les pages de Gogo Monster. Quelque chose du genre "les monstres ne sont pas ceux qu'on croit". Il faudra juste que je le relise pour mettre le doigt dessus avec certitude. Quelque chose que, pour une fois, j'ai très envie de faire.

 




Et les Oiseaux domineront le monde ...

Posté par 2goldfish le 28.02.07 à 13:29 | tags : bd, manga

Si vous commencez à vous fatiguer de lire tous mes billets sur les oeuvres d'Osamu Tezuka, dites vous que pour chcune de ses oeuvres que je chronique ici, il en parait cinq autres que je laisse sous silence. Histoire Pour Tous et la Légende de Songoku chez Delcourt, Ludwig B. chez Asuka, Don Dracula chez Soleil... Tout ça rien que dans les derniers mois, et j'en ai surement ratés quelques-uns. Tezuka semble une véritable mine d'or pour les éditeurs et il y en a visiblement assez pour tous. Le problème qui se pose au lecteur est alors de choisir quel manga lire parmis tout ceux là s'il ne veut pas consacrer tout son temps et son porte monnaie à un auteur assez formidable, certe, mais aussi assez inégal. Du coup, on juge les livres sur leur couvertures, et on peut présumer qu'Unico La Petite Licorne n'est pas pour nous, par exemple (un préjugé que j'invite evidemment nos lecteurs à contredire si besoin est). On peut se dire que Prince Norman est surement très bien, puisque c'est Cornélius qui l'a édité, et que c'est sans doute une honte pour moi d'être passé à côté. Vous pouvez aussi écouter mon conseil et vous ruer sur Demain Les Oiseaux les yeux fermés.
Quelques part entre les Oiseaux d'Hitchcock et la Planète desSinges, ce manga de 1971 publié en un seul gros volume peut servir d'introduction parfaite à l'oeuvre du père du manga moderne. Le pretexte est simple : les oiseaux de la terre deviennent mystérieusement intelligent et prennent très vite le pouvoir sur l'homme, le réduisant à l'état d'esclave. Tezuka revisite alors quelques grands genre du cinéma hollywoodien transposé dans la société des oiseaux : western, polar, épopée biblique... Tout ça fait sans grande élégance dans le dessin où la métaphore mais avec une vitalité et une force qui prennent le pas sur toutez autre considération.

Demain les Oiseaux, c'est avant tout une histoire sur le pouvoir, la domination, la soumission et la bêtise humaine. On ne peut s'empêcher d'y voir un parallèlle avec le Japon d'après guerre : traumatisé par les bombes, soumis à l'occupant américain, menacé par les voisins chinois et russe et écrasé par la culpabilité qui empêchait toute fierté nationale. Pas si étonnant qu'ils aient pu faire preuve d'un peu de lucidité.

Demain les Oiseaux
Osamu Tezuka
Delcourt




Comic Cue, anthologie de l'autre manga

Posté par 2goldfish le 09.02.07 à 09:20 | tags : bd, manga

L'initiative de Dargaud (via la collection "alternative" MadeIn de sa collection manga Kana - une belle façon de se cacher) d'importer du japon la revue anthologique Comic Cue ne peut qu'être saluée. Certes, l'adaptation aurait mérité quelques efforts supplémentaires, notamment les polices de caractères sont mal choisies et/ou mal intégrées, défigurant souvent les planches. Et puis si la présentation des auteurs et de leurs oeuvres est une bonne idée, se contenter d'un résumé des planches qu'on vient de lire est pour le moins absurde, tout comme l'inclusion de dix pages consacrées aux aliments favoris de Doreamon, un personnage de manga pour enfant très célèbre au Japon mais totalement incoonu par chez nous. Bon, admettons le, c'est catastrophique.

Reste que dans ces pages, on voit un manga très différent de celui qui hante habituellement les rayonnages, différent même de la plupart des collections "pour adulte" (non, je ne veux pas parler de ceux là). Nous avons ici vraiment à faire des mangas qui feront dire à l'homme de la rue "mais mon p'tit neveu de six ans il saurait dessiner comme ça", un critère qui en vaut bien un autre pour définir l'Art Véritable. Evidemment, une anthologie de manga d'auteur contient forcément sa part de tentative plus ou moins fructueuse de reproduction du quotidien façon zen, d'humour absolument incompréhensible et de références obscures. Un peu comme avec le manga pas d'auteur. Enfin bon, c'est le principe d'une anthologie de ne pa plaire entièrement à tout le monde. Et il y a quelques vrais bons moment dans celle ci, d'un genre qu'on n'a pas l'habitude de voir par chez nous.
Mis à part Iô Kuroda et Junko Mizuno, bien peu des auteurs de Comic Cue sont édité chez nous, ce qui rend l'ouvrage à la fois d'autant plus intéressant et frustrant. Il est aussi, vous l'aurez compris,bourré de défauts. J'aimerais vraiment, pourtant, pouvoir vous en dire plus de bien.

Comic Cue

collectif

MadeIn




Le manga est-il de droite ?

Posté par 2goldfish le 06.02.07 à 10:51 | tags : manga

Pour ce qui est de la valorisation de la valeur travail, le Japon a des années d'avance sur nous (ou de retard, bien sûr).En fait ils valorisent même quelque chose qui n'est pas tellement bien vu dans notre culture : l'obéissance. Parfois on l'apprécie chez les autres, et à peu près tout le monde veut bien lui reconnaitre au minimum une certaine utilité, mais en dehors de la littérature sado-masochiste, on serait bien en peine de trouver un éloge de l'obéissance dans une quelconque oeuvre française. On a souvent dénoncé à plus où moins juste titre la violence et le sexe dans les mangas et dessin animés japonais servis à nos enfants, mais personne ne semble jamais s'être inquiété de tous ces mangas sur un gamin qui rêve de devenir cuisinier, footballeur ou gymnaste et apprend pour cela à longueur d'épisode à s'entrainer jusqu'à dix heures du soir pieds nus dans la neige, à se soumettre au coups de batons de son senseï et à oublier son individualité au profit de l'équipe. Est-ce un hasard si la génération qui a grandit avec Olive Et Tom en est à se demander qui n'est pas de droite ? A en juger par le relatif échec des mangas à nous transformer en créatures immorales et violentes, sans doute n'ont-ils pas plus fait de nous des travailleurs dociles, heureusement.
Tout ça pour en venir à Un Monde Formidable, recueil d'histoires courtes en deux volumes qui pour la plus grande part traite de la jeunesse japonaise, du moment où elle doit abandonner ses rêves pour le monde du travail. Des vignettes d'adolescence en perdition et de la schizophrénie ordinaire d'une société tolérante avec toutes les excentricités tant qu'elles s'expriment hors du lieu de travail. Le dessin aérien d'Inio Asano et la relative indifférence de la narration allègent un peu un livre plein de désespoir lycéen. La vie de ceux qui n'ont pas reçu suffisamment de coups de bâton de leur senseï est assez déprimante, surtout quand vient le temps de la résignation. L'effet cumulatif est assez désespérant, mieux vaut garder les deux mangas à côté de son lit pour se déprimer un petit coup le matin en se levant, ça fait merveille.

Un Monde Formidable

Inio Asano

MaDeIn




3, rue des mystères

Posté par 2goldfish le 02.02.07 à 15:10 | tags : bd, manga

Je vous avais déja parlé du magnifique NonNonBâ, paru lui aussi chez Cornélius, qui nous avait permis de découvrir le talent de Shiguéru Mizuki pour la première fois en français. Et Cornélius semble en avoir été suffisamment content pour publier en plus de ce 3, rue des mystères la série Kitaro le Repoussant à partir du mois de Février. Le livre qui nous intéresse pour l'instant est une collection d'histoire courtes datant des années soixante/soixante-dix. On pourrait parler d'histoires d'horreur, mais le but n'est pas vraiment d'effrayer.
Dans toutes ces histoires question des morts et de leur royaume. Un scientifique qui travaille sur un elixir d'immortalité se retrouve projeté dans le royaume des morts où on lui demande de concevoir un élixir anti-résurrection, un mangaka fauché tombe amoureux d'un fantôme... Ce genre de conte morbide se retrouve dans toutes les cultures, des trucs qu'on se raconte pour mieux accepter notre destin de carcasse pourissante. La vision de Mizuki n'est pas particulièrement originale, ni même particulièrement orientale. S'il est meilleur dessinateur, il n'a pas l'inventivité de Tezuka. Ce qui séduit vraiment dans dans ses oeuvres, c'est l'humanisme et la sérennité qui s'en dégagent, ainsi que la maitrise totale du langage de la BD dont Mizuki fait preuve (mais jamais étal).

Il serait facile d'évoquer l'histoire tragique de la vie de l'auteur pour expliquer d'où il sort toute ça. Mais la souffrance n'explique pas tout. Sa grande connaissance des yokaï, ces esprits du Japon animiste qu'on retrouve dans l'oeuvre d'Hayao Miyazaki, Mizuki la tient de sa grand mère, qui lui a transmis ce savoir mis en péril par la modernisation du Japon de l'entre deux guerre. Tout peut tout aussi bien venir de là. Où alors, c'est parce qu'il est manchot qu'il a du se concentrer deux fois plus sur ses planches. Qu'est-ce que j'en sais, moi ?

3, rue des mystères

Shigueru Mizuki

Cornélius




Comment va la BD ?

Posté par 2goldfish le 16.01.07 à 15:45 | tags : bd, comics, édition, manga
titeufComme chaque année à cette époque vient de tomber le rapport de Gilles Ratier de l'Association des Critiques et journalistes de BD (l'ACBD), qui dresse un état des lieux chiffré du marché de la BD en France et en tire des conclusions forcément controversées. Cette année, après la "mangalisation" de l'an dernier, le grand thème est "la maturation" ou, en d'autres termes "tout va super bien, merci". Encore une fois, plus de BD ont été publiées en France que jamais auparavant : 4130 ont été publiées en 2006, soit près de 80 par semaines. La concentration des gros éditeurs se poursuit, mais dans le même temps les petites structures se multiplient et jamais il n'y a eu autant d'éditeurs. Le succès des mangas ne se dément pas sans qu'il nuise à la production nationale, les adaptations en film, dessins animés et jeux vidéos se multiplient comme les produits dérivés. Certes s'il y a plus d'albums parus, le chiffre d'affaire global du milieu n'a pas augmenté pour la première fois depuis plusieurs années, mais c'est justement là une preuve de "maturité" pour Ratier, pas le début de la fin.
Il faut dire qu'en face, beaucoup d'auteurs et d'éditeurs annoncent depuis longtemps qu'on va droit dans le mur, qu'il y a une surproduction d'albums, que les nouveautés disparaissent aussi vite des rayons qu'elles apparaissent... Le temps leur donnera forcément raison : quiconque attend une catastrophe suffisamment longtemps finira bien par la voir arriver. Le fait qu'il paraisse actuellement 900% de plus de BD qu'en 1995 permet en tout cas de douter que le marché se soit déjà "stabilisé".
narutoQue ce château de cartes s'écroule ou pas, il est sans doute plus important de voir les changements structurels. Côté bonnes nouvelles, ce sera cette fois ci moi qui parlerai de maturité pour le marché du manga qui a vu cette année se développer enfin une vraie branche "alternative" partagée entre oeuvres d'auteurs et classiques autres que ceux de Tezuka. Par contre, les éditeurs "traditionnels" comme Le Seuil qui viennent marcher su les plates bandes des indépendants risquent fort de les étouffer.
Le plus important/inquiétant est toutefois un autre phénomène relevé par Ratier : les nouveautés représentent soixante pour cent des ventes contre quarante pour les "fonds", un rapport qui s'est inversé depuis dix ans. C'est certes un bon signe pour la vitalité de la production, mais pas vraiment pour sa mémoire, et la publication en série restant la norme, c'est peut-être là le plus gros danger pour la stabilité du marché. Du coup on voit apparaître tout un tas de formules pour revaloriser le fond : des éditions intégrales, des formats moins coûteux pour Pratt ou Hergé ou à l'inverse des éditions de luxe comme la version "remasterisée" d'Asterix.
Et la qualité, dans tout ça ? Le top des ventes, en dehors de Titeuf, est principalement dominé par de vieilles franchises malades comme Thorgal ou Lucky Luke et les nouveautés qui se vendent le mieux sont importés d'autres médias, comme Kaamelot ou Bigard. Bref, ça ressemble assez au cinéma français partagé entre les Bronzés 3 et les productions Besson. La disparité des tirages entre ces grosses machines et une BD "normale" n'a jamais été aussi grande, mais il reste que plus de BD publiées, ça veut dire plus de bonnes BD. Au moins un peu.



Le Chaos chez Tezuka

Posté par 2goldfish le 29.12.06 à 11:25 | tags : manga
tezuka, avaler la terreOn connaît aujourd'hui plutôt bien l'histoire résumée d'Osamu Tezuka en France. En 1947 il publie La Nouvelle Ile Au Trésor, manga révolutionnaire qui s'ouvre sur une séquence de huit pages muettes, donnant naissance au style cinématographique du manga moderne. Il a alors pu abandonner sa carrière de médecin qui l'ennuyait tant pour se lancer dans le manga à plein temps, puis l'animation, façonnant la culture populaire japonaise à une échelle dont les équivalents occidentaux qu'on lui donne souvent, Disney et Hergé, ne pouvaient que rêver.  Sauf que, au fur et à mesure que son oeuvre est publiée en France, on se rend compte que cette définition était encore très réductrice.
Certes, on ne trouve pratiquement pas un mangaka qui n'a pas été influencé directement ou indirectement par Tezuka (sauf chez certains de ses contemporains comme Shigéru Mizuki), mais à la lecture d'Avaler La Terre que vient d'importer Kanko, on se rend compte qu'il y a encore tout un tas de choses que Tezuka a inventé et que le manga moderne n'a pas digéré. Ses ambitions "cinématographiques", Tezuka a pu les assouvir en montant son studio d'animation.
tezuka, avaler la terreDans ses mangas, il s'est alors concentré sur les possibilités de la page, la découpant dans tous les sens, multipliant les petites cases, jouant avec le sens de lecture, les diagonales, la taille et la forme des cases. Les permutations de ses compositions ne sont cependant jamais là juste pour la démonstration technique. Le rythme des planches de Tezuka est d'une élasticité inédite en son temps.
Dans Avaler La Terre, une femme bafouée fait promettre à ses filles de la venger en détruisant la société des hommes. Elle provoqueront le chaos social en détruisant l'économie et en s'attaquant à la notion même d'identité en mettant sur le marché des secondes peaux qui permettent aux femmes de se faire passer pour des hommes et aux noirs pour des blancs. C'est évidemment une critique sociale à peine déguisée (le manga date de 1968), mais contrairement à ce à que laisse présager le pitch, Tezuka embrasse le chaos avec joie si c'est pour détruire une société corrompue. On a en fait l'impression qu'il a changé d'avis en cours de route pour une position qui va beaucoup mieux avec le chaos qui habite ses planches.

Avaler la Terre
Osamu Tezuka



Tentoumushi No Otomurai

Posté par 2goldfish le 15.12.06 à 10:01 | tags : littérature en vidéo, manga
Ne me demandez pas ce que ça veut dire, mais la mangaka Akino Kondoh dont le Lézard Noir vient de publier le recueil "Eiko" fait aussi des animations assez fascinantes. Jetez donc aussi un oeil sur "Densa Kamo Shirenai", tant que vous y êtes.





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