
Newsmanga.com est, exactement comme son nom l'indique, un site qui propose à ses visiteurs de découvrir l'actualité sous la forme de mangas.
Plutôt que de simples dessins de presse comme on en connaît chez nous, newsmanga raconte les affaires du Japon et du monde sous la forme de mangas de deux pages, dans lesquels on peut voir des versions un peu enfantines de Barack Obama et Kim Jong Il se disputer dans des mises en scènes caricaturales.
C'est bien sûr totalement incompréhensible quand on ne lit pas le japonais et c'est bien dommage puisque ça a l'air d'être une excellente façon de s'informer en quelques secondes. Personne pour lancer un site équivalent avec des blogueurs BD français qui pour une fois auraient quelque chose d'intéressant à raconter ?

La publication d'Astro Boy en France est une longue histoire qui ne finit pas bien. D'abord, il y a eu Glénat qui dans les années 1990, pendant le premier boom du manga, a voulu capitaliser sur la légende du Dieu du manga et sur les souvenirs du dessin animé qui passait sur la Cinq dans les années 1980, pour publier en intégralité l'oeuvre la plus connue d'Osamu Tezuka.
Malheureusement, l'aspect primitif des premiers mangas réalisés par un auteur encore très influencé par Walt Disney et les comics strips d'avant guerre, ajouté à une adaptation médiocre, n'aura pas séduit les fans d'Akira et Dragon Ball et après une douzaine de petits volumes, la publication s'arrête, loin encore des trente deux volumes japonais. Ces douze volumes sont aujourd'hui épuisés et pendant quelques années, on en est resté là d'Astro en français.
Il y a quelques mois, c'est Kana qui décide de reprendre le flambeau, peut-être parce que Tezuka est plus à la mode aujourd'hui (l'éditeur Asuka a pu déjà reprendre avec succès Blackjack, une autre oeuvre de Tezuka abandonnée par Glénat), peut-être aussi parce que plus tard dans l'année sortira dans les salles une adaptation américaine en 3D des aventures d'Astro. On était prêts à saluer l'initiative de Kana jusqu'à ce qu'on se rende compte que l'éditeur ne prévoit de publier que cinq gros volumes des aventures d'Astro, frustrant notre désir d'exhaustivité avec une sélection des "meilleures" histoires. Au final, on n'aura pas plus à lire en quantité qu'à l'époque de Glénat mais heureusement, l'adaptation est d'une meilleure qualité.
Reste qu'on ne peut toujours pas lire comment Tezuka a graduellement introduit des thèmes humanistes et politiques dans ce qui n'était qu'un manga d'aventure et de science fiction pour enfant curieusement violent. Bien sûr, une telle lecture demanderait un travail d'édition assez complexe, l'auteur étant plusieurs fois dans sa carrière revenu sur son propre travail pour modifier les origines d'Astro, quand il ne le tuait pas pour en finir avec lui, avant de le ressuciter quelques temps plus tard sous la pression du public, sans grand soucis de cohérence narrative. On peut heureusement espérer qu'à l'avenir un éditeur ressucite une nouvelle fois Astro à la demande du public et nous donne enfin l'édition exhaustive et commenté qu'il mérite.
Jean Giraud était il y a quelques jours au musée international du Manga de Kyoto pour l'inauguration de l'exposition "le monde moebiusien". L'exposition, pleine d'originaux de Moebius, pose une fois de plus le problème de l'exposition de la BD.
Une exposition consacrée à un écrivain, c'est plus simple : on n'expose pas ses oeuvres, qui ne sont pas vraiment spectaculaires, on expose sa vie à travers quelques artefacts symboliques - des objets lui ayant appartenu, des photos, des lettres... Un auteur de BD, on a plutôt tendance à afficher ses planches originales et à s'en tenir là, comme si elles étaient des oeuvres à contempler à la manière d'un tableau. La planche originale, pourtant, ça n'est guère plus qu'un croquis : la véritable forme de l'oeuvre d'un auteur de BD, la forme finale, c'est la forme imprimée. La planche n'est qu'une étape intérmédiaire : l'intérêt de la planche exposée est finalement assez limité quand l'album est publié et accessible à tous.
La solution à ce dilemme choisie par le musée de Kyoto pour son exposition permanente, c'est de proposer au public une immense bibliothèque accessible à tous. C'est très bien, sauf qu'il manque alors à cette bibliothèque ce qui devrait en faire un musée : à l'exception d'une poignée de titres, tous ces mangas ne sont absolument pas mis en valeur, aucun contexte n'est fourni. Ajoutons à cela que la collection est finalement assez pauvre (que des mangas pour enfants et ados, rien d'alternatif ni "d'auteur") et l'expérience du musée du manga à Kyoto est finalement très décevante.

Le Musée Tezuka : visions futuristes
Pas si loin de ça, à Takarazuka, on trouve le musée Osamu Tezuka, consacré à l'oeuvre du "dieu du manga". Dans ce bâtiment impressionant, inspiré des visions futuristes de l'auteur et plein de statues du Phénix, d'Astroboy ou de Princesse Saphir, on a un peu l'impression de pénétrer dans un parc à thème. Le plus gros de l'exposition est au rez-de-chaussée où la vie de Tezuka est retracé dans une série de capsules qui présentent quelques planches originales de l'auteur au milieu d'autres artefacts comme ses dessins d'enfant, ses plumes favorites ou son légendaire béret. On a aussi droit à tout un tas d'écrans projetant quelques-uns de ses travaux animés (qui sont aussi tous accessibles à la demande via une grande base de données incompréhensible au non-japonisant), une immense bibliothèque, une salle de cinéma... Au final, la place accordée à ses planches est minime et ça n'est donc pas plus mal.

Si les Simpson étaient japonais, ils seraient... les Yamada : une famille plutôt déjantée, créée par le mangaka Isaichii Ichii dans les années 80, et dont on peut désormais retrouver les aventures dans la collection Shampooing chez Delcourt.Il y a quelques années, les studios Ghibli avait proposé une version animée de Mes voisins les Yamada. Comme la bd, le film était composé de petites scènes indépendantes évoquant le quotidien de cette famille japonaise : malgré ses jolies couleurs pastel, ses cocasseries et gags très poétiques, il n'avait cependant pas connu autant de succès que les précédentes œuvres du réalisateur Isao Takahata - à qui l'on doit notamment le bouleversant Tombeau des lucioles. Au final, les voix enfantines et les couleurs arc-en-ciel avaient peut-être fait perdre aux Yamada l'humour grinçant qui les caractérisait dans la bd.
Car si la famille japonaise dépasse rarement les bornes - les gags sont toujours très acceptables - ses membres révèlent des personnalités pas toujours très glorieuses, qui moquent d'une certaine façon (gentiment) les structures d'une société que l'on sait très codifiée : la grand-mère très tenace n'en fait qu'à sa tête ; la mère, paresseuse, voit comme un véritable calvaire les tâches domestiques dont elle a la responsabilité ; le père qui se voudrait chef de famille a du mal à se faire respecter ; le fils Noburo est un looser qui n'obtient jamais la moyenne en cours, tandis que sa petite sœur, plus espiègle, assiste et participe aux joyeuses tribulations de sa famille. Une typologie qui évoque bien évidemment les Simpson de Matt Groening : des Simpson assagis, qui mangeraient des sushis et ne joueraient pas à s'étrangler pour un rien...
Lire aussi :
Ce qui est bien avec le manga, c'est qu'il est généralement bien découpé en catégories lisibles pour les initiés. Il y a le shonen pour les garçons travaillés par leurs hormones, le shojo pour les filles romantiques, le hentai pour les pervers, l'ecchi pour les pervers de moins de dix-huit ans, le gekiga pour les intellos, etc... Il y a même tout un tas de sous catégories pour désigner des niches spécifiques : "ero guro" pour les fans d'érotisme gore, par exemple, ou "Yaoi". Au non initié, le yaoi apparaitra comme le manga gay : on y trouve deux personnages masculins qui vivent une histoire d'amour et de sexe. Généralement il y a un dominant et un dominé (désignés bien sûr par des termes japonais spécifiques que je vous épargne).
A y regarder de plus près cependant, le style utilisé est le même que celui des mangas pour fille : des personnages androgynes, un trait fin et souple, des fleurs qui surgissent de nulle part pour exprimer l'motion des personnages... Le yaoi est en fait fait par et pour des jeunes filles. Comme les jeunes hommes occidentaux s'émeuvent volontiers d'histoires lesbiennes, les japonaises elles sont de plus en plus nombreuses à se délécter des émois homosexuels de jeunes éphèbes. Le fait que l'idéal masculin représenté dans les mangas soit très effeminé ne fait que rajouter à la confusion des genres.
On spécule beaucoup sur les raisons qui peuvent pousser les jeunes japonaises (et quelques occidentales) à lire ces mangas. Il y a forcément un lien avec le sexisme de la société japonaise et des mangas traditionnels dans lesquels la femme séduit souvent son homme en lui préparant un bon déjeuner mais seulement une fois qu'elle a surmonté sa timidité maladive (qui est une preuve de "pureté", offrir à manger à tous les garçons qui passent, c'est le propre de la trainée). En s'identifiant à l'un des hommes dans une relation homosexuelle, les jeunes filles peuvent se placer dans une situation d'égal à égal. Il y aurait aussi peut-être le fait de voir des hommes se comporter "comme des femmes", montrer des émotions, se laisser dominer dans la relation... Et puis soyons honnête, les hommes fantasment à mort sur les lesbiennes, les femmes peuvent bien aimer voir s'entrechoquer de beaux corps d'homme. Une scène entre deux hommes, c'est deux fois plus de satisfaction pour les yeux...
La toute nouvelle revue Manga, 10 000 images disponible en librairie, offre dans son premier numéro un regard très complet (bien que teinté d'amateurisme) sur ce phénomène encore peu connu en France. Il faut saluer la création en France d'une revue critique aussi poussée sur le manga auquel elle manquait jusqu'ici cruellement. Espérons juste que les numéros suivants ressemblent un peu moins à un bulletin de fan.

Neil Cohn est un expert mondial, une sommité dans le domaine de la théorie de la bande dessinée. Ce n'est pas très difficile, me direz vous avec raison, puisqu'il n'y a pas tant de concurrence que ça. Certes, il y en a de plus en plus mais il suffit d'avoir écrit quelques bouquins mal fichus comme Scott McCloud et ça y est, vous êtes à l'avant-garde d'un champ d'étude encore largement inexploré.
Neil Cohn est un étudiant en linguistique, et sa théorie, c'est que ce que nous appelons bédé, comics, manga, art séquentiel, graphic novel ou autre, utilisent un Langage Visuel qui au-delà de toute considération "artistique" de style et d'esthétique est avant tout un moyen de communiquer, un langage avec sa syntaxe, sa grammaire, ses coutumes et ses figures de style.
Sur son site emaki.net on trouve toute une série d'essais en PDF généralement passionnants mais qui demandent pour certains un sacré bon niveau d'anglais (le jargon sémiologique est déjà bien assez difficile à suivre en français pour moi). Il a aussi un blog qui est heureusement assez facile à lire et toujours très instructif. On peut y suivre sa participation dans certaines discussions théoriques de la blogosphère, des exemples de "langage visuel" trouvés au dos des sièges dans un avion ou au bas des pistes de ski, et surtout le raffinement en direct de ses théories.

Dans ce qui ressemble fort à un futur proche, le Japon a légalisé le commerce et l'usage d'à peu près toutes les drogues et permis l'ouverture de "bars à pompes" où les salarymen las peuvent venir s'envoyer divers hallucinogènes de synthèse derrière la cravate après une dure journée de travail. Evidemment cette nouvelle consommation récréative respectable de la bonne société se démarque bien de celle des junkies qui fréquentent des bars à pompes crades, tenus par des médecins peu regardants sur les risques encourus par leurs clients, et qui se font harceler par la "police sanitaire" s'ils sont pris en flagrant délit d'hallucination dans la rue.
Glénat
Dans un futur proche, le professeur Oguro reçoit le prix nobel pour sa découverte d'une nouvelle planète apparue soudainement et mystérieusement d'une autre dimension. Il n'a sans doute jamais vu de film catastrophe et donne à cette planète le nom de Remina, sa fille. Cette dernière est jolie et profite de l'attention des médias pour devenir une "idol". Les japonais ont la réputation d'être bien organisés et ce phénomène là ne les fait pas mentir : une idol c'est une jeune fille dont le métier consiste à faire un peu de chant, de mannequinat et/ou de comédie mais dont on admets volontiers que le rôle est avant tout d'être jolie et de faire vendre un peu puis d'être oubliée. Les idols, ce sont des Paris Hilton institutionnalisées, reconnues pour ce qu'elles sont, et rien de plus.
Rémina : La planète de l'enfer
Tonkam
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