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Chuck Palahniuk se fout-il de nous avec Pygmy ?

Posté par Myosotis le 24.06.09 à 10:46 | tags : vo, littérature en vidéo, roman
 
Le nouveau roman de Chuck Palahniuk est sorti il y a quelques semaines maintenant et fait bruisser la communauté des fans : s'agit-il du roman le plus intéressant de l'écrivain auteur de Fight Club et Choke ou au contraire, de exercice médiocre d'un auteur qui ne sait plus comment faire pour se renouveler et produire de l'événementiel ?
 
 
L'histoire de Pygmy est assez simple : un jeune étranger de 13 ans s'introduit aux Etats-Unis dans une famille adoptive moyenne (et dysfonctionnelle) pour... faire le mal. Le gamin est un terroriste en puissance, programmé par une société totalitaire, venu monter le plus grand coup contre l'Oncle Sam depuis le 11 septembre : il affûte ses armes, ses plans malgré lui et se confronte à la singularité de la culture américaine. Si tous les ingrédients semblent présents pour faire un bon Palahniuk (une situation potentiellement explosive, un outsider, un pitch cocasse, une vision décentrée de l'Amérique, du sexe et de la violence...), le roman fait parler pour son style.
Palahniuk s'y appuie comme souvent sur des dialogues fournis et surtout s'amuse à raconter l'intrigue à partir du point de vue de ce terroriste en devenir. Du coup, les lecteurs se plaignent que le proto-anglais africano-asiat' utilisé par Palahniuk est quasi incompréhensible et surtout très très difficile à lire. Certains crient au génie, d'autres considèrent que l'écrivain se fout de leur gueule et a utilisé cet argument pour pousser au maximum ses travers : ne plus écrire que de façon très distendue, hypracool, par des séquences rachitiques, des verbes, des expressions à peine liées les unes aux autres. En attendant, le teaser est suffisamment bien fait pour donner envie... d'une adaptation au cinéma ? La traduction n'est pas annoncée mais notre exemplaire en vo vole quelque part entre les Etats-Unis et la France. Premiers indices de lisibilité cet été.



Marc Levy : fini de se payer sa tête...

Posté par Myosotis le 22.06.09 à 10:24 | tags : littérature en vidéo, best-seller, roman, news
 
A force de se payer la tête de Marc Levy, le lobby "Fluctuat aime Marc Levy" a enfin réussi à faire plier l'auteur des bestsellers sentimentaux les plus abyssaux de la décennie : cette fois-ci, c'est sûr, la grande réconciliation s'annonce et prendra corps jeudi (le 25 juin) dans un roman d'AVENTURES, en deux volumes, baptisé Le Premier Jour.
 
Soutenue par d'alléchantes vidéos, la sortie du Premier Jour nous rassure : Marc Levy a enfin pris du champ, de l'ambition et de l'ampleur. L'histoire du Premier Jour (dépêchons, Le huitième jour, il y a Pascal Duquenne qui débarque) nous emmène d'Afrique en Europe, aux basques de 2 personnages qui pourraient bien "tomber en amour" l'un de l'autre (hum...). Il y a des éléphants, des tremblements de terre, des tempêtes, un volcan, des passages secrets, des souterrains, une archéologue, un astrophysicien. La nana veut découvrir le premier homme, lui la première étoile : ils vont faire quête commune en parcourant la planète poursuivis par des espions qui n'acceptent pas facilement la liberté.
 
On dit qu'Indiana Jones a déclaré que "c'est le meilleur roman que j'ai lu depuis au moins 20 ans", qu'Hemingway a envoyé un SMS d'outre-tombe à Levy pour le féliciter, qu'Ushuyaya, le déo des fauves, a préempté les droits pour une adaptation publicitaire...
 
Plus sérieusement, c'est une vraie victoire du grand roman d'aventures d'avoir su rallier à sa cause un mastodonte tel que Marc Levy, qui, à l'exception de ses Enfants de la liberté, ne s'était pas aventuré très loin dans le romanesque. Certes, Levy a toutes les chances de n'être ni Conrad, ni London, mais gageons qu'il saura donner à coups de chromo jungle et d'aventures safari, le goût de lire autre chose que les comédies sentimentales à ses centaines de milliers de lecteurs.
 
Interrogé par TF1 dimanche soir (la consécration en matière d'exposition médiatique), Marc Levy a fait preuve de beaucoup de retenue sur son art, gratifiant le journaliste d'un surprenant constat sur sa soi-disant fortune : "il ne faut pas croire ce que l'on raconte. Le milieu de l'écriture n'enrichit personne. Certes, je vends des livres mais je touche peau de zob sur les poches et sur les grands formats, je prends quoi ? deux euros à tout casser. Je ne suis pas riche..." Bon, allez Marc, 2 euros x 10 x 400 000, ça fait... hum... 8 millions d'euros, hors cession de droits et publication étrangères : on nous aurait menti ? Ce n'est pas encore assez pour aller se taper Paris Hilton en boîte mais cela permet de voir venir. En dehors de cette petite hypocrisie judéo-chrétienne, Marc a été parfait et défendu le roman d'aventures comme l'avenir de la littérature. Cela suffit à notre bonheur. Il faut le voir sur son site jouer avec ces Action Men girafe, petit navion, sur fond de savane au clair de soleil pour le croire : Marc est des nôtres, il a écrit son grand roman comme les autres ! Rendez-vous est pris pour une chronique en bonne et due forme dès qu'on aura réussi à mettre la main (gratuitement) sur le livre.

Clin d'oeil à Jeanne qui me demandait dans un mail récent :"Où puis-je me procurer les livres de Marc Lévy ? J'en ai entendu beaucoup de bien..." - Euh... les bouquinistes, Jeanne, essaye les bouquinistes. On ne peut vraiment rien faire pour toi.
 
Lire aussi :






Un hommage à Nerval, le vrai fou d'amour

Posté par Myosotis le 22.05.09 à 09:53 | tags : poésie, littérature en vidéo

La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants,

Cette chanson d'amour qui toujours recommence ?...

Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence ?...

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d'un souffle prophétique...

Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encore sous l'arc de Constantin
- Et rien n'a dérangé le sévère portique
 

Pourquoi après tout ne pas fêter aujourd'hui en poésie le 201 ème anniversaire de la naissance de Gérard de Nerval ? Parce qu'on ne fête pas les 201ème anniversaires de naissance en général ou parce qu'on ne vit généralement pas jusqu'à cet âge avancé... Ce n'est pas une raison suffisante s'agissant d'un poète qui se pendit (c'est gai) un soir de Noël et qui, toute sa vie, défia les règles de la raison. Fasciné par Napoléon et son épopée dans ses premières années, Gérard de Nerval était un type bizarre : il considérait, ce qui était plutôt rare à l'époque, que l'Allemagne était un pays ami de la France et "notre mère à tous". Il faut dire que sa mère y était morte alors qu'il n'avait que deux ans.

 

Affilié à la veine romantique, membre du Cénacle, entre Théophile Gautier, Hugo et Pétrus Borel), Gérard de Nerval eut une carrière étrange, entre la poésie et le journalisme, avant de littéralement devenir dingue d'amour. Il tomba en admiration devant une jeune actrice, Jenny Colon, qu'on imagine sexy et ronde à souhait, avant de devenir à moitié fou lorsque celle-ci en épousa un autre. Le poète quitta, à partir de cette époque (la fin des années 1830, début 1840) le monde réel pour souffrir d'hallucinations et de flash métahistoriques (il voyait l'Allemagne, sa mère, des royaumes pro-prusse partout) qui le conduisirent à l'internement.

Quelque peu remis de ses émotions, Gérard de Nerval noya sa folie dans des voyages dont il tira des récits incroyables. Le plus célèbre reste son Voyage en Orient, tout simplement l'un des plus beaux récits de voyage de l'époque. De retour en Europe, sa santé mentale ne s'arrangea pas puisqu'il repassa à maintes reprises par la case Asile avant de fêter Noël dignement. Tandis que l'époque préféré exalter la figure plus aventurière et sexy de Rimbaud, un peu plus tard, le vrai fou d'amour, l'Amok du XIXème siècle, c'est sans conteste Gérard de Nerval. Il ne faut pas l'oublier. A l'image de ce Delfica habité, sa poésie est brillante, ultraclassique et savoureusement ravagée par le mélange des époques, des champs de réalité, la fusion des images et des dimensions.

 

En bonus : lecture de Fantaisie, son plus beau poème peut-être. Mais qui est cette femme qui apparaît à la fenêtre ? 1. la mort 2. son amour perdu ? 3. sa mère 4. Yvonne de Galais ?

 

Gérard de Nerval - Fantaisie



Fans de Cormac McCarthy, rendez-vous au Texas...

Posté par Céline le 19.05.09 à 12:05 | tags : exposition, news, littérature en vidéo
 
Alors que l'adaptation au cinéma de La Route est prévu pour le mois d'octobre aux Etats-Unis, l'Université de San Marco au Texas propose actuellement une exposition dédiée à l'écrivain Cormac McCarthy qui, en dépit du succès de ses œuvres, vit à l'abri en de toutes les lumières médiatiques.

Les nombreuses archives réunies par l'exposition retracent la carrière exceptionnelle de McCarthy, depuis son premier roman, The Orchard Keeper (Le Gardien du verger, 1965), jusqu'à son œuvre inachevée - The Passenger, dont rien ne sera cependant dévoilé avant sa publication. Parmi les documents présentés, figurent notamment : le manuscrit de The Stonemason, une pièce écrite en 1994, qui évoque une famille afro-américaine vivant dans le Kentucky ; quatre scénarios, dont celui de No Country for Old Men, qui fut écrit en 1984 avant que l'écrivain n'en fasse un roman 20 ans plus tard. Ou encore : des cartes de Saltillo et de Zacatecas, qui ont sans doute servi à la rédaction de All the pretty horses (De si jolis chevaux, 1992) ; une correspondance avec un docteur qui fut intégrée par la suite à The Crossing (Le Grand Passage, 1994).

Dans l'une de ses rares interviews (accordée ici au New York Times), McCarthy avait expliqué avoir choisi l'éditeur Random House pour son premier roman, uniquement parce que celui-ci était "le seul qu'(il) connaissait". Des lettres rédigées à l'époque témoignent d'ailleurs de la joie qu'il éprouva à voir son premier livre accepté... Dix romans plus tard, McCarthy est salué comme l'un des meilleurs écrivains de son temps, très justement comparé à William Faulkner - un autre "Southwestern Writers" - et lauréat du prix Pulitzer pour La Route (2007). La rumeur raconte qu'il serait actuellement en train de travailler à trois nouveaux romans.



Quimby The Mouse de Chris Ware en dessin animé !

Posté par 2goldfish le 11.05.09 à 15:27 | tags : bd, littérature en vidéo, comics

Chris Ware et l'émission de radio "This American Life" avait déjà collaboré à la création d'un très court métrage animé inspiré de son travail : ils remettent le couvert avec cette fois une animation de Quimby the Mouse, personnage de vieux dessin animé à la Felix The Cat créé par Ware dans ses jeunes années et qui n'avait jusqu'ici jamais été animé.

 

Avec une chanson d'Andrew Bird pour l'ambiance, le résultat est bien plus satisfaisant que la dernière fois. Les aventures dépressives de Quimby, la souris avec trop de têtes, ont toujours été muettes et proches du cartoon. L'un de ses principaux intérêts cependant, c'est la maestria avec laquelle Ware construit ses planches et on n'en retrouve pas d'équivalent dans la mise en scène plan plan de l'animateur John Kuramoto mais peu importe, Quimby bouge, on a toujours voulu voir ça.
 
Quimby the Mouse, This American Life, sur Vimeo.



Julia Palombe danse la poésie érotique

Posté par Myosotis le 10.05.09 à 10:30 | tags : littérature en vidéo, elucubration, sexe et littérature, poésie
 
L'Internet n'est pas le paradis de l'érotisme et encore moins des littératures érotiques. Il faut faire de réels efforts pour tomber sur quelque chose d'intéressant : des vieux textes, des ouvrages littéraires, rarement illustrés, des conversations et des écrits qui ne sombrent pas directement dans le graveleux, le porno et le hardcore, devenus depuis... hum... tout le temps, l'alpha et l'omega de l'offre en ligne. Sur Youtube, la censure régnant, on peut peut-être plus facilement trouver son compte si on ne recherche pas les sensations fortes et s'offrir quelques réels frissons innocents. Quelques lectures de texte en ligne, du Baudelaire, du Crébillon (en cherchant bien), quelques images volées, beaucoup d'adolescentes qui lisent, déclament.... cela ne va généralement pas très loin.
 
Et puis, il y a cette étrange vidéo promotionnelle, un teaser énigmatique pour un spectacle (un pestacle, un sex live show) de littérature érotique : Baudelaire (encore lui) et d'autres, lus, chantés, dansés par Julia Palombe. Spectacle de poésie érotique, striptease littéraire, crée par Julia Palombe et réalisé par le légendaire John B. Root. Oh bon sang ! Il y a le numéro de téléphone. Je laisse un massage,.... un message. Voici que la littérature érotique est sauvée. Mieux que Lucchini, mieux que Robert Hossein en Angélique, mieux que Daniel Pennac en Bartleby, que les interminables Monologue du Vagin qui ont plombé des générations d'amateurs de théatre, Julia Palombe ? Sûrement, peut-être.
 
Il ne s'agit pas de ça (la chose) mais bien d'une véritable danseuse, une vraie, avec des chaussons, au service des arabesques littéraires et caresses versifiées, qui a déjà dansé Neruda et Cervantes, rien que ça. A voir sûrement, si on vous en laisse le temps, ou à recevoir en spectacle privé, à domicile et en bon bourgeois. Désolé.



Carol Ann Duffy, la poète royale qui inspire des réalisateurs en herbe

Posté par Gwenola le 07.05.09 à 18:10 | tags : poésie, littérature en vidéo
Carol Ann Duffy, première femme à obtenir le rôle de "poète royal" (poet laureate) a beaucoup fait parler d'elle ces derniers jours. Au-delà de la polémique entourant son homosexualité, Duffy est aussi l'auteur d'un poème controversé - Education for leisure - condamné l'année dernière à être retiré des programmes scolaires, car accusé de faire l'apologie de la violence.
 
Le poème évoque la jeunesse, son aspiration à plus d'attention, son errance. Il mentionne notamment le jet d'un poisson rouge dans la cuvette des toilettes ("I pour the goldfish down the bog. I pull the chain. I see that it is good.") et s'achève sur l'image angoissante d'une jeunesse déambulant dans les rues armée de couteaux à pain, faisant explicitement référence au fléau qu'est l'arme blanche en Angleterre. En voici les premiers vers : "Today I am going to kill something. Anything./I have had enough of being ignored and today/I am going to play God."("Aujourd'hui je m'apprête à tuer quelque chose. N'importe quoi. J'en ai assez d'avoir été ignoré et aujourd'hui, je vais jouer à Dieu").
 
Il n'en fallait pas plus pour susciter une polémique en Angleterre, et pour que le texte soit banni du programme du CGSE (équivalent du brevet des collèges) : les évocations de couteaux et de la mort du poisson ayant été perçu comme de possibles incitations à la violence (on songe à cette occasion aux incriminations du même type parfois faites aux jeux vidéos).
 
Aujourd'hui le poème est toujours disponible dans les manuels mais n'est plus étudié dans le cadre du CGSE. Etonnant, quand on sait que le monarque anglais vient d'octroyer à son auteur la fonction de poète officiel de la cour d'Angleterre. A en croire pourtant le nombre de vidéos d'adolescents inspirés par le poème circulant sur le web (la plupart ont été réalisées dans le cadre d'un exercice scolaire), on ne doute pas de l'intérêt que la poésie de Duffy peut susciter chez ces élèves. Les ados semblent metttre du coeur à l'ouvrage dans leurs petits films artistiques, dont les influences sont peut-être à chercher du côté de l'Elephant de Gus Van Sant ou des films de Larry Clark.


 
 
 
 



The Sword : le nouveau cycle des Luna Brothers

Posté par Myosotis le 30.04.09 à 16:34 | tags : littérature en vidéo, vo, bd, comics
 
Il ne m'était jamais venu à l'esprit que les frères Luna (Jonathan et Joshua) pouvaient avoir un visage et surtout qu'ils pouvaient être aussi... jeunes. Créateurs d'une des sagas les plus intéressantes et sensuelles de ces dernières années, Girls, dont on a déjà parlé, les Luna Brothers sont en train de fournir à Image une nouvelle série à succès, à l'ancienne presque et archétypale de la nouvelle manière de voir les comics.
 
The Sword, dont les 12 premiers épisodes sont sortis en volume ces derniers mois (en VO) est une aventure impeccable qui lorgne vers l'American Gods de Gaiman, empruntant à la fantasy tout en gardant un ancrage fort dans la veine "girl next door" qui a assis le succès de Girls et d'autres chefs d'oeuvre comme Y : The Last Man.
 
On est toujours dans l'Amérique profonde cette fois mais dans un contexte quasi mythique : une famille est à table (une grande soeur, un père, une mère plan plan et une jeune soeur tétraplégique) quand des intrus dérangent le repas et assassinent tout le monde. Ils cherchent des noises au père qu'ils prennent pour un certain Demetrios et qui leur aurait subtilisé une épée (the sword). Le père débarque, nie et la soeur handicapée assiste au massacre de sa famille par les étrangers au moyen de superpouvoirs élémentaires (l'un contrôle l'eau, l'autre le feu, l'air,...). La jeune handicapée passe à travers le plancher, on la croit morte quand sa main se resserre sur une épée..... C'est ainsi que démarre le cycle.
 
L'épée est magique et la jeune femme se remet à marcher. The Sword évoque pêle-mêle A History of Violence (un homme a dissimulé sa vérité à sa famille), Kill Bill (il va s'agir ensuite de venger la famille....) et un tas d'autres cycles mi-SF, mi-fantastique. Transformée, l'handicapée Dara Brighton désormais dotée, lorsqu'elle a l'épée en main, d'une superpuissance incroyable. Les secrets de The Sword, qui plongent leurs racines dans la mythologie des Iles Grecques, nous sont livrés dans le volume 2. Il est question de dieux, de sacrifices humains, de civilisations perdues. Dara est flanquée d'une amie courageuse et d'un sidekick masculin trouillard. Elle est enlevée par le gouvernement américain et poursuit sa vengeance de manière implacable. Le scénario est clairement moins original que celui de Girls, un rien répétitif mais le dessin toujours aussi fantastiquement léché et immature. Les Luna Brothers abusent des effets éprouvés dans Ultra ou Girls, des premiers plans ultralisibles, des effets flous et des visages qui se ressemblent tous. Cela ne nous empêche pas de marcher à fond et de partager la cavale des vengeurs avec angoisse et exaltation. C'est simple, bêbête mais on adore ces deux-là et tout ce qu'ils nous servent désormais. Traduction à venir, sûrement, chez Delcourt.
 



Un livre en 3 minutes avec l'Espresso Book Machine... what else ?

Posté par Gwenola le 17.04.09 à 17:17 | tags : news, numérique, littérature en vidéo, édition
 
3 minutes chrono ! En moins de temps qu'il n'en faut pour vous faire un petit noir, la machine de la firme d'impression Lightning source vous sert un livre sur le pouce à partir du fichier numérique contenant votre publication.
 
Inventée par la compagnie On Demand Books (littéralement "Livres à la demande"), elle sera présentée à la Foire du livre de Londres qui se tiendra du 20 au 22 avril. La machine, déjà répandue aux Etats-Unis et qualifiée de « Meilleure invention 2007 » par le Time Magazine sera la première du genre sur le sol anglais. Des éditeurs prestigieux, comme Hachette Book Group ou McGraw-Hill et Macmillan ont déjà décidé d'acquérir cette imprimerie miniature. L'intérêt est d'abord d'ordre économique.
 
L'appareil représente aussi un gain de temps. L'Espresso Book Machine (EBM pour les intimes) est capable d'imprimer jusqu'à 112 pages à la minute. Bon... mais après ? Elle vous permet aussi d'imprimer directement votre texte à partir d'un fichier à déposer sur le site de Blackwell, le premier spécialiste du livre à proposer les services de l'EBM. Pas mal. Elle produit également moins d'émission de CO2 et évite les surplus d'impression. Oui, mais fait-elle du bon café ? Non. Du percolateur, elle n'a que la proximité du nom. Déçus ?

La bête curieuse, de retour de son voyage d'affaires au salon du livre londonien sera visible à Charing Cross à compter du 27 avril dans la boutique Blackwell.

 

Lire aussi :

Le lecteur pliable du futur selon Ars Electronica

Un logiciel peut-il remplacer Shakespeare ou Tolstoï ? 

Et si le livre numérique était né en 68 ? 




William Blake : le génie qui excuse tout ou à peu près....

Posté par Myosotis le 16.04.09 à 17:48 | tags : littérature en vidéo, poésie, elucubration

William Blake est un génie, de la poésie, du mysticisme, de la gravure, de la lithographie, de la peinture et d'un tas d'autres choses. Il n'a pas inventé l'assiette décorée (celle qui trône dans la salle à manger de votre belle-mère) mais a fait d'elle une oeuvre spirituelle et transcendante pour les siècles et les siècles. C'est entendu. L'exposition de ses oeuvres au Petit Palais est l'événement littéraire (qui n'en est pas un) de l'année.

 

 

Exceptionnelle. Sûrement une révélation visuelle, bien qu'il ne soit pas certain que l'homme d'aujourd'hui soit capable (je dis bien capable) de saisir exactement la culture (folle) dont parlait Blake. Ses illustrations sont des miracles picturaux mais aussi des énigmes pour l'interprétation, dont nous n'avons pas en notre possession le dixième des clés. Du coup, Blake est obscur, branché et permet les pires absurdités. On a fait de lui le Jim Morrisson des poètes parce qu'il avait donné à Huxley le nom de son essai (The Doors of perception) qui donnerait son nom au groupe du Lézard débraillé. Soit. Blake a été conjugué à la sauce Jarmush, cité par Belmondo dans Le Corps de mon ennemi, mais aussi par Alan Moore, c'est déjà mieux, à la fin de From Hell.

 

Il fait l'objet de dizaines, de centaines, de milliers de vidéos qui, comme celles qui sont sélectionnées ci-dessous, font de lui le poète ultime : inspiré, fou, possédé, le poète rêveur capable de faire descendre ses visions prophétiques et insensées dans des figures communes ou vouées à le devenir : un tigre, un agneau, un arbrisseau, une... nouvelle Jerusalem. Si ces tentatives sont plutôt... ratées, elles prennent Blake par le bon bout et le seul qui vaille peut-être pour le découvrir : se confronter à l'oeuvre et regarder si elle nous plaît. Lire "Jerusalem", "Le Mariage", "Les Chants d'Innocence" et faire ce que l'on peut.

Ceux qui lisent l'anglais pourront se procurer la biographie impeccable de Peter Ackroyd. Le livre a une tendance poussée à voir le génie en Blake et à voir la folie et le manque de hauteur dans son entourage. Blake était misogyne, sauf en ce qui concerne sa femme, ce qui n'est déjà pas mal. Il n'était pas si marrant que ça et a mis dans sa vie une sacrée mauvaise foi. Les principes oui, mais point trop n'en faut, si on veut réussir dans l'artisanat de l'art. Blake aurait pu prendre exemple sur Shakespeare qui avait su, lui, concilier plus habilement génie et business. S'agissant de Blake, tout est bon à savoir, rien n'est inutile, sa vie, son oeuvre, tout n'est que poésie, mystère et exotisme à l'anglaise. Qu'on comprenne ou qu'on ne comprenne pas, le message est simple : il faut apprendre à lire les yeux fermés. Ole !

 

The Tyger

 
Poison Tree

 

The Lamb



Voir le diaporama de l'expo William Blake

Pour ceux qui veulent aller plus loin et y aller en VO, c'est ici.




Mort de Maurice Druon, un partisan... sur tous les fronts

Posté par Gwenola le 15.04.09 à 16:04 | tags : littérature en vidéo, news

Co-auteur de l’impérissable Chant des Partisans avec son oncle Joseph Kessel, l’écrivain et Académicien Maurice Druon est mort hier à l’âge de 90 ans.

 

Fervent résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, l’homme était un admirateur de Charles de Gaulle. Auteur de la saga épique des Rois maudits, qui donna lieu à deux adaptations à succès pour le petit écran, Druon fut aussi un homme politique : nommé Ministre de la Culture par Georges Pompidou, il véhicule un certain conservatisme et se voit accusé par certains de ses détracteurs de participer à la répression culturelle (il menaça un temps de couper les subventions aux dramaturges jugés "subversifs" !). Provocateur et traditionnel à la fois, réac et résistant, Maurice Druon a siégé à partir de 1966 à l'Académie française avant d'en être élu secrétaire perpétuel.

 

De cet immortel, on préfère surtout retenir la collaboration au texte "Chant de libération", devenu le "Chant des Partisans", qui s'ouvre sur cette strophe : " Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ? Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? ". Cette composition, écrite à Londres en 1942, est à l'origine celle de la chanteuse et guitariste d’origine russe Anna Marly. Elle fut par la suite transposée en vers par Maurice Druon et Joseph Kessel. Devenu symbole de la résistance durant la Seconde Guerre mondiale, le chant sera repris, au fil des années, par de nombreuses voix, de celle d'Yves Montand à celle des jeunes manifestants de gauche. Pas besoin de partager les dernières idées de Monsieur Druon pour être ému par ses paroles. La poésie est une arme universelle...

 

 

La version française chantée par Anna Marly.


Le chant est ensuite mis en musique et interprété par l'acteur et chanteur Yves Montand.

Puis c’est au tour du chanteur Marc Ogeret :

Il existe enfin la version remixée ("Motivés"), du groupe Zebda.




L'étrange succès de Benoît Duteurtre : c'est celui qui le dit qui y est (23)

Posté par Myosotis le 08.04.09 à 12:45 | tags : littérature en vidéo, roman, elucubration
 
Benoît Duteurtre est une figure assez intéressante de la littérature française d'aujourd'hui. Reconnu et méconnu à la fois, il se taille à chaque sortie d'un roman un franc succès critique (à quelques exceptions près) et populaire, sans représenter à la manière d'Angot, de Houellebecq ou d'autres, une sorte de Formule 1 du paysage littéraire ou une star du genre. Les romans de Duteurtre présentent un ensemble de qualités qui correspondent parfaitement au goût de l'époque :
 
1) ils sont inscrits dans le présent : Duteurtre a parlé de l'interdiction de fumer, de l'écologie, de l'opérette, des vaches (donc de nous), de la société d'aujourd'hui, du conformisme et des grands sujets qui font l'air du temps. Ces approches sont simples, mais colorées subtilement d'anticipation, assises sur des personnages taillés près du corps et qui renvoient au quotidien de chacun. Ce réalisme culturel, à défaut d'être vraiment social (Duteurtre parle et écrit bourgeois) en fait l'un des rares écrivains français généralistes à parler macro et macrosocial.
 
2) ils sont un brin satiriques et intelligemment bâtis : l'exemple le plus emblématique du talent de Duteurtre est son Service clientèle, encensé par la presse de droite et de gauche et qui s'intéressait quasi exclusivement aux "nouvelles technologies" et à leur portée envahissante, voire avilissante. Portables, abonnements internet : le tout était abordé assez brillamment (drôle disons) comme s'il s'agissait d'une approche journalistique, tendance magazine féminin. Duteurtre sait amuser et ne lésine pas sur les rapprochements bizarroïdes. Dans son avant dernier ouvrage, il parle de sa famille, du Président René Coty dont il est le descendant, de la bourgeoisie, des chrétiens. A son échelle, Duteurtre est le Etienne Chatiliez du livre, un renifleur de tendances plutôt habile et un romancier éditorialiste inspiré. Petite entorse à la règle, son dernier ouvrage Ballets Roses, s'il navigue toujours en eaux IVème République, parle des parties fines d'André Le Toquer, président de l'Assemblée Nationale, de notables et filles de petite vertu, soit une vrai histoire vraie au service de l'imagination.
 
3) ils sont bien écrits : cela doit être souligné. Nourri chez Houellebecq, Duteurtre est un des tenants de l'Ecriture Contemporaine, soit une écriture... française... sans trop de fioritures mais d'une limpidité et d'une lisibilité totales. Il est donc moderne tout en restant classique. Pas de mots savants (ou pas trop), pas d'effets de style intempestifs, pas de recherche excessive d'originalité mais une quête d'efficacité et de précision qui est tout à fait louable. Il ne faut pas confondre ce type d'écriture avec une écriture sans âme ou "surimi", ce serait une grave erreur.
 
4) ils sont tenus de telle sorte qu'ils ne blessent pas et ne créent pas la polémique : c'est vraisemblablement là la faiblesse de Duteurtre. Il ne parle souvent que de ce dont on attend qu'il parle. Son observation sociale est consensuelle (il est du côté de la majorité) et dépasse rarement les limites de l'acceptable. Duteurtre, connu à ses débuts pour être l'amant d'Annie Ernaux, a des allures de gendre idéal... du moins dans ses livres. Il est simple, normal, présente bien et pense à l'avenant. Ses prises de position sont courageuses mais peu radicales. En cela, il a un côté académique, presque Vieille France et finalement plutôt conservateur qui peut agacer et fait que les réactions à ses livres et à son écriture sont peu marquées. Duteurtre comme les français aime l'eau tiède qui se donne des allures d'eau bouillante. Il aime l'engagement qui ne fait pas mal aux jambes et les prises de risques... calculées.
 
A l'image de cette scène (un rien ennuyeuse) en vidéo où le point de fixation trop fugace est son intervieweuse poitrinée, le discours de Duteurtre est un discours dramatique parce qu'il met (presque) tout le monde d'accord, un discours intéressant, intelligent mais qui appelle sur le fond et la forme à la concorde. L'excellente littérature doit comporter (peut-être ?) une part de violence et de méchanceté qui semble absente de son mode d'élaboration. Cette absence de rage et ce côté rigolard font qu'on peut aimer Duteurtre mais pas totalement le prendre au sérieux. Le satiriste doit inspirer de la peur (Houellebecq) et Duteurtre fait sourire. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas lire Les pieds dans l'eau, A propos des vaches, Chemins de fer, Service Clientèle,... mais qu'on n'y trouvera pas tout ce qu'on pourrait y venir chercher.



Le bateau ivre : Rimbaud dans tous ses états

Posté par Myosotis le 03.04.09 à 11:01 | tags : poésie, littérature en vidéo, élucubration
"Le bateau ivre" est l'un des poèmes les plus fameux de Rimbaud, celui par lequel il gagna ses galons de poète "voyant", comme il l'exposait lui-même l'année de sa composition en 1871. Le poème, un bateau qui rompt ses amarres comme le poète avec la norme, l'esprit avec la raison, la vision avec l'ordre, est un poème programmatique, qui expose en une longueur exceptionnelle chez Rimbaud (vingt et quelques strophes), la substance du travail qui sera effectué par la suite.
 
Sur le net, le poème est celui qui donne lieu peut-être au plus de développements (à égalité avec la poésie romantique du "Dormeur du Val") sous forme de commentaires composés (pour les élèves de lycée), d'essais mais aussi de peintures, de dessins, de films illustrés etc. Le Bateau Ivre se déguste à toutes les sauces, pour le meilleur parfois et pour le pire le plus souvent. Dans les trois exemples sélectionnés, on voit toute la vanité que peut avoir une rendition qui tente de transformer la matière rimbaldienne en ce qu'elle n'est pas : la funky attitude ne lui va pas, ni celle qui tend à faire de Rimbaud ce type aux semelles de vent qu'on habille en marin et en bohémien ceinturé d'un accordéon.
 
Ni funky, ni réaliste populaire, ni marin, ni gitan, ni soldat, ni rien : le seul Rimbaud qui marche en images est celui de ces 3 ados qui lui offrent ce qu'il mérite : un petit film au poil à l'esthétique Gus Van Sant, mélancolique, épuré et baladeur. Rimbaud est un poète qui étrangement (pour ce qu'il est populaire) ne souffre pas la récupération, le travestissement, l'habillage. Lu par des acteurs célèbres, il devient lourd et toc. Lu par des gens qui savent lire, il ne dégage plus rien. Il ne produit ses meilleurs effets que débarrassés de tous les artifices, tel qu'en lui-même, une série de vers écrits par un jeune homme d'à peine 17 ans, qui monte à Paris, lus par d'autres jeunes hommes d'à peu près le même âge et avec des rêves pleins la tête.
 
Le bateau ivre scolaire par Alexandre, Aymeric, Valentin
 
Le bateau ivre néoréaliste par Madrillet
 
Le bateau ivre Funky par Alain Ligier




Le lecteur pliable du futur selon Ars Electronica

Posté par Céline le 19.03.09 à 15:46 | tags : numérique, littérature en vidéo, e-book
Si les divers acteurs sur le marché du livre numérique ne cessent d'élargir et d'optimiser leur offre, bien des lecteurs ne sont cependant pas encore convaincus de l'utilité de posséder un e-book. Pour y remédier, Ars Electronica, une structure visant à promouvoir la création numérique, propose dans une vidéo un prototype de lecteur pliable alliant classe et efficacité.
 
Qui le premier, de Sony, Kindle et cie, saura élaborer un produit comme celui-ci ? Avec ce lecteur du futur (proche), tout semble en effet possible - et si facile... On vous laisse le découvrir dans la vidéo.
 



Les voix fantômes de William Burroughs : vidéo et bande-son

Posté par Maxence le 13.03.09 à 18:01 | tags : science-fiction, littérature en vidéo, elucubration

La poétesse canadienne Myra Davies, adepte du spoken word (l'ancêtre du slam actuel), le dit très bien dans "Burroughs' Bunker", un morceau en forme d'hommage à l'écrivain renégat de la beat generation, qui ouvre son dernier album Cities & Girls : la diction de William Burroughs était si particulière qu'on se moquait finalement de ce qu'il avait à dire...

Pour être définitivement captivé par ses lectures à haute voix, il suffisait de se laisser bercer par le flot lent et boueux de la langue burroughsienne. Un rythme qui héritait en droite ligne des mouvements lourds, plus aqueux que liquides, du fleuve Mississipi dont l'écrivain parle tant dans son œuvre. Ce fleuve au bord duquel, jeune homme, il se postait pour tirer à la carabine sur les vautours qui en hantaient les îlots, en compagnie de Jack Kerouac.

Et en effet, la diction de Burroughs possède cette dimension hypnotique indéniable, au point qu'anglophone ou non, l'auditeur est véritablement fasciné par le débit du bonhomme. Un débit lent et répétitif, comparable aux chants des esclaves de la caroline du sud, d'où est originaire l'auteur. Un rythme qui fait également penser à ces vieux blues, "A Slow Train is Coming"... Un ton plus mort que vif, une énonciation qui n'était pas feinte, comme on peut également le voir sur cette vidéo exceptionnelle tirée des archives de l'INA, capturée durant son passage à Paris (le fameux épisode de la rue Gît-le-Coeur).

Les curieux pourront également découvrir ou redécouvrir ses textes et leur pouvoir, lus par l'auteur lui-même, sur l'excellent site Ubu.com. Extraits du Festin nu, des Garçons sauvages, morceaux d'interviews fictifs, routines, Ubu.com est une véritable mine en la matière. Une journée passée à réécouter les monologues de cette voix fantôme et on finit par se persuader que William Burroughs est bien là quelque part. La preuve avec l'incroyable interview posthume récemment proposée par notre collègue Myosotis...




Be a Nose : les croquis d'Art Spiegelman en vidéo

Posté par 2goldfish le 11.03.09 à 12:28 | tags : comics, littérature en vidéo, bd
"Be A Nose!", c'est une collection de croquis des carnets d'Art Spiegelman qui vient d'être éditée outre-Atlantique par McSweeney's. On y retrouve les obsessions psychanalytiques et artistiques de l'auteur de Maus et Breakdowns exprimées sans filtre, ou du moins sans le même gros filtre intellectuel qui caractérise son travail habituel.
En tout cas, c'est de ça que ça à l'air quand on jette un oeil à la bande annonce qui anime quelques-uns des dessins trouvés dans ces carnets.
 



Innsmouth de Lovecraft, la comédie musicale

Posté par 2goldfish le 06.03.09 à 09:58 | tags : elucubration, littérature en vidéo
Comme le montre l'adaptation ratée de Watchmen : les gardiens dans les salles en ce moment, ce n'est pas parce qu'une adaptation est "fidèle" qu'elle est bonne. Au contraire, les deux termes sont plutôt antithétiques. Prenez l'oeuvre de H. P. Lovecraft. Sa misanthropie en a toujours fait la grande favorite des geeks qui trouvent en elle un réconfort à leur solitude. Un peu comme il trouvent un réconfort à leus troubles existentiels dans l'univers bourré de sens de Watchmen. Comme les geeks sont des gens créatifs, ou du moins comme ils ont du temps à tuer, à travers les années ils en ont réalisé beaucoup, des adaptations de Lovecraft. Des adaptations plus ou moins réussies mais le plus souvent peu fidèles parce que rééllement réappropriées.
 
Peut-être parce que les geeks d'aujourd'hui ne ressemblent tout de même au fond pas tant que ça à un vieil anglais acariâtre et raciste du début du siècle dernier. Ceux qui se font appeler The HP Lovecraft Historical Society, par exemple, enregistrent depuis des années des chansons inspirées de l'univers de leur maître. Et quand un autre geek en prend une pour la mettre en image, ça donne ça, "Fishmen", une version du Cauchemard d'Innsmouth en comédie musicale :
 



L'écriture automatique est-elle passée de mode ? Atelier de trivialités (11)

Posté par Myosotis le 19.02.09 à 15:27 | tags : littérature en vidéo, élucubration
 
L'écriture automatique à la Breton est un peu passée de mode, le cut-up à la Burroughs-Gysin n'a plus le vent en poupe. Ce qui marche un maximum en ce moment comme en témoignent les dizaines de vidéos similaires à celle-ci que l'on peut regarder sur le net, c'est l'écriture automatique spirite. Matériel nécessaire : une bougie, une pénombre semi-nocturne renforcée si possible par des rideaux lourds en velours rouge, une table ronde en bois de préférence, une autre bougie, un stylo, une ou deux amies frémissantes (prendre si disponibles des jeunes filles fraîches et au teint pâle, des rousses et brunes prioritairement), un gothique, une planche Ouija (à défaut une ardoise avec une craie blanche taillée en pointe) et un embryon de tempête (pluie bienvenue).
 
L'écriture spirite permet théoriquement d'interroger les esprits des disparus célèbres, proches ou inconnus, de convoquer des démons de bas étage et accessoirement de tenter quelques vers poétiques. A lire les questions sur les forums comme celle-ci : "J'essaie depuis quelque temps de faire de l'écriture auto, mais j'ai l'impression que ca tourne en séance de spiritisme ! En fait je prends une feuille de papier et un stylo,j 'écris le prénom de ma grand-mère et j'attends en essayant de me concentrer et de penser à elle. Je n'écris rien mais mon stylo bouge et forme des espèces de dessin bizzare qui ne représente rien de connu ! Je sens une présence (ou plusieurs,je ne sais pas) près de moi, alors j'arrête parce que je commence à avoir peur. A votre avis comment dois je interpréter cela ? Quelle est la différence entre le spiritisme et l'écriture automatique ? Est-ce que les 2 sont dangereux ?" Le projet n'est pas sans risques et ne laisse pas indemne.
 
Sur le plan strictement littéraire, il n'est pas démontré que l'écriture spirite soit un must. Les mots sont décousus, peu nombreux, assez mal écrits et on n'obtient rarement autre chose que des séquences sans queue ni tête. Ceux qui ont une ambition littéraire et qui voudraient vraiment persévérer dans cette voie auraient intérêt à suivre ces quelques conseils élémentaires :
 
1. Utiliser un stylo feutre plutôt qu'un bille ou un plume. Il glisse mieux et ne risque pas de déraper, si l'esprit venait à s'exciter. Pensez qu'un revenant qui aurait tout ce chemin jusqu'à vous préférerait clairement user d'un pinball noir classieux et léger que pousser un Montblanc à 1000 euros de 350 grammes.
 
2. Convoquer de préférence un esprit sachant écrire et ayant une réputation littéraire établie. Pour rappel, la convocation se fait assez simplement en écrivant en haut de page le nom de celui-ci que vous appelez. Pas la peine d'appeler Marc Lévy (ok, ce n'est pas un bon exemple), Jean D'Ormesson, ou Pascal Sevran. N'appelez pas non plus une célébrité internationale du type Shakespeare, qui de notoriété spirite, a décidé depuis 250 ans, de ne plus répondre à ce genre d'appels idiots. Prenez un écrivain moyenne-gamme, un peu oublié, genre Montesquieu, le Cardinal de Retz ou que peu de jeunes tels que vous iront solliciter. Cela maximisera vos chances d'avoir une réponse. Evitez évidemment les stars gothiques telles que Baudelaire ou Poe. Ils ne se déplaceront pas.
 
3. Si vous n'obtenez pas de bons résultats, remballez votre matériel et tentez la tout aussi simple manipulation des enregistrements à la Raudive. Prenez un magnétophone ou un enregistreur MP3, réglez votre équaliseur sur une sensibilité maximale aux basses (un réglage "The Fall" fait très bien l'affaire), et allez vous coucher. Lorsque vous vous réveillerez, connectez votre lecteur à votre chaîne hi-fi et poussez le volume à fond. Vous tenez votre poème.
 
Illustration par une de mes tentatives récentes, poème obtenu après une nuit d'enregistrement en janvier : "Pain, Pain, crise, tu n'auras point /Main main, cris, mange ta main /Pas à pas, pain à pain, décharne et décharge / de tes poids gras double t'évideras." La ponctuation a été rajoutée, ainsi que quelques mots de transition. Pour un poème en écriture spirite, ce n'est pas si mal. J'avais pour l'occasion convoqué l'écrivain américain Sinclair Lewis, mort le 10 janvier 1951 à Rome. Je ne sais pas si ces quelques mots sont de sa main, mais cela montre que l'écriture spirite, ça marche !     
 



Quand Arletty lisait Louis-Ferdinand Céline

Posté par Maxence le 11.02.09 à 16:45 | tags : roman, littérature en vidéo

Il y aurait beaucoup à dire sur le site anglais Ubu.com, référence mondiale en ligne de poésie sonore que ses créateurs glanent et archivent tout autour de la planète. Mais c'est plus exactement sur la lecture de Mort à crédit de Louis Ferdinand Céline par la chanteuse Arletty que l'on se penchera aujourd'hui. Mort à crédit, œuvre impérissable de celui qui reste aujourd'hui encore le plus grand des stylistes français, méritait une grande voix. Avec Arletty, elle l'a trouvée.

Il faut dire que l'actrice populaire et l'écrivain partagent une histoire commune. Tous deux natifs de Courbevoie, ils furent également tous deux accusés de collaboration. Céline pour les écrits que l'on sait (entre autres), Arletty pour avoir commis la faute de tomber amoureuse d'un officier allemand. Celle qui déclarait à ce propos, "Si mon coeur est à la France, mon cul est international !", sera d'ailleurs une des seules à défendre l'auteur du Voyage au bout de la nuit, et elle venait parfois le visiter à Meudon, comme le prouvent de fameuses photos.

Sur Ubu.com, on entend aussi la chanteuse lire "Le certificat d'étude" et "Le départ pour l'Angleterre". Si l'on retrouve bien évidemment la gouaille attendue, c'est surtout le ton qui marque. Arletty aimait et respectait les écrits de Céline, cela se sent. Elle parle d'ailleurs plus amplement de son admiration pour l'auteur, de leur racines communes et des déboires que leur valurent l'occupation, dans ses Mémoires parues en 1971 aux éditions de la Table Ronde (épuisé, mais encore trouvable chez les bouquinistes, en ligne ou ailleurs).

En attendant, on profitera de ces deux extraits lus par la chanteuse, ainsi que d'un troisième, disponible sur Dailymotion, "Les vacances en famille" :
 


A noter qu'Ubu.com recense aussi les films et vidéos d'archive. On retrouve ainsi le fameux "Louis-Ferdinand Céline - Un diamant noir comme l'enfer" tiré de l'émission "Un siècle d'écrivains" de 1998.
 
Lire aussi : 
Céline et les nouilles : C'est celui qui le dit qui y est



Quel point commun y-a-t-il entre Edgar Allan Poe et un oeuf ?

Posté par Myosotis le 06.02.09 à 16:13 | tags : élucubration, littérature en vidéo
 
Quel rapport y a-t-il entre Humpty Dumpty, oeuf rendu célèbre par une comptine, et Edgar Allan Poe ? Pas grand-chose a priori, mais ce chouette film (marchand) était l'occasion de revenir quelques instants sur le 200ème anniversaire de la naissance de l'écrivain, célébré en grande pompe, il a quelques jours, aux Etats Unis.
 
Né le 19 janvier 1809 à Boston, Poe fait l'objet d'une féroce bataille mémorielle entre plusieurs villes qui aimeraient toutes s'imposer comme la ville préférée des touristes littéraires intéressés (et ils sont nombreux) par l'auteur des Aventures d'Arthur Gordon Pym et autres contes et histoires extraordinaires. Poe est célébré à Baltimore où il a résidé à partir de l'âge de 23 ans, avant de déménager à Philadelphie. Là, il est allé de maison de location en maison de location, et la dernière par laquelle il est passé a été déclarée Site National Historique Edgar Allan Poe par l'équivalent américain du service des "monuments historiques". A côté de cette maison dite du Spring Garden, le personnage de Poe est aussi revendiqué par New York, où il a résidé dans un petit cottage du Bronx.
 
En miettes mais entier
 
Cet éparpillement de Poe, qui reste l'un des écrivains les plus lus au monde pour ses nouvelles et son talent immense (La Lettre volée, Le Corbeau et à peu près les 3/4 de ce qu'il a composé sont des merveilles) nous ramène évidemment à l'ami Humpty Dumpty, beaucoup moins connu que Poe de ce côté-ci de l'Atlantique, bien que promu par un autre type bizarroïde dans son Alice au pays des merveilles. On lui prête au moins une douzaine d'origine. HD est un roi ou alors un con, quelqu'un d'important, réel ou imaginaire, du XIVème ou XVIIème siècle. Comme vous le verrez, si vous ne le connaissez pas, Humpty Dumpty est donc un personnage de comptine, souvent représenté sous la forme d'un oeuf. La comptine dit à peu près ceci (en traduction maison) :  "Humpty Dumpty sur un mur perché./ Humpty Dumpty par terre s'est rétamé./ Ni les sujets du Roi, ni ses chevaux / N'en purent jamais recoller les morceaux." C'est évidemment beaucoup plus goûteux en anglais mais cela dit bien ce que cela veut dire. Poe et Humpty Dumpty sont tous les deux tombés du mur, ce qui est une façon comme une autre de parler de la mort.
 
Dans ces cas là, et qu'on soit oeuf ou poète, il n'y a qu'une issue : l'éclatement en mille morceaux, morceaux-contes, morceaux-puzzle, morceaux-villes, morceaux-souvenirs. La mort a cette caractéristique de changer l'unitaire en fragments : cela vaut pour le corps évidemment, mais surtout pour l'histoire de l'homme, qui devient alors légende. De toutes les composantes de l'homme ou de l'Humpty Dumpty, il n'y a guère qu'un élément qui ne pâtit pas de la mort : l'oeuvre ou la comptine. Même écrasé au bas du mur, même six pieds sous terre, l'oeuvre de Poe se transmet aussi vive et multiple que le conte d'Humpty Dumpty (chanté par Abba ou Genesis, par des enfants, des gothiques et des foldingues). En ces matières, seul l'art échappe à jamais au nevermore.   
 
Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste
pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre;
et ses yeux ont toute la semblance des yeux d'un démon
qui rêve; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui,
projette son ombre sur le plancher; et mon âme, hors du
cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne
pourra plus s'élever, - jamais plus!




Maisons d'écrivains : les oeuvres ont-elles une adresse ?

Posté par Myosotis le 03.02.09 à 17:24 | tags : littérature en vidéo, élucubration

Le Musée Zola à Medan

 

J'ai toujours un peu de mal avec les maisons d'écrivains. Faut-il se contenter de lire les livres ou y a-t-il un intérêt réel à découvrir l'endroit exact où a été écrit tel ou tel livre, de voir la chaise de l'auteur, de quelle couleur était peinte sa chambre, ce qu'il voyait ou ne voyait pas par la fenêtre ? J'ai visité la maison de Rostand, le Musée Zola à Medan (vidéo), celle du séjour romain de Keats, la maison de Shakespeare et puis un tas d'autres mais je ne suis pas certain au final que cela ait eu une véritable résonance sur ma compréhension de leurs oeuvres. Dans certains cas, on peut se faire un plaisir de midinette et avoir l'impression de sentir la présence du "Grand Homme" entre les murs, voir où il a traîné ses savates, où il a aimé, fait pipi, voir où il a posé son coude.

 

C'est à chaque fois émouvant d'effleurer un objet qu'il a possédé ou utilisé, de mesurer les distances entre les murs, de monter et descendre les escaliers en se calant sur son ancien pas. Et puis quoi ? Pensez-vous que, si on figeait votre baraque le matin du 3 février 2009, et qu'on y revenait, disons le 3 février 2209, vous y seriez encore ? Pensez-vous que les visiteurs du futur auraient suffisamment de connaissance de votre époque, de votre morphologie, de vos moeurs pour comprendre pourquoi vous aviez mis telle ou telle chose au mur, mis tel meuble sur tel mur ? Pensez-vous que ce serait instructif pour eux et qu'ils pourraient, ne serait-ce qu'une seule seconde, y entrevoir votre âme ? Une personne normale et qui ne vous vouerait aucune sorte d'admiration ne trouverait-elle pas ce spectacle d'une maisonnée ré-ordonnée à la mode de l'époque pour la visite totalement inintéressante ?

 

Trou noir

Il me semble avoir vu dans un magazine un portrait de Marc Lévy chez lui et je m'en souviens à peine. On peut choisir comme d'autres (touristes) de préférer aux maisons les lieux qui sont décrits par les romans, la périphérie des tournages. La Normandie de Maupassant est instructive, le Combray de Proust dont certains empruntent le circuit à neuneux, est un must. On peut courir la lande des Hauts de Hurlevent comme si on était transi d'amour, faire le circuit Ulysse avec James Joyce dans sa poche ou une croisière Odyssée homérique avec Pascal Sevran (mort) en animateur expert. Qu'il s'agisse de se replonger dans les lieux de l'écriture ou dans les lieux du livre, la démarche peut répondre à un besoin du lecteur mais n'a en soi pas une grande valeur critique (si on n'écrit pas une thèse sur le livre ou l'auteur évidemment).

 

Elle rappelle que la lecture est lecture du livre mais surtout un fantasme du lecteur autour du livre lui-même, construit sur du sable, et qui incorpore à l'acte de lecture toute une matière qui lui est extérieure. Toutes proportions gardées, il n'est pas insensé de considérer qu'en lisant, on met en place dans son canapé un trou noir qui aspire tout ce qui se présente ou a pu se présenter autour : nos propres souvenirs, notre propre environnement, mais aussi tout l'entourage sensationnel du livre, sa couverture, ses pages, sa police de caractère, son intrigue, sa langue, auteur, maison de l'auteur, époque,.... D'une certaine façon, c'est cette dynamique du trou noir sensationnel qui explique le succès de la série des Jasper Fforde, Affaire Jane Eyre et co, laquelle repose sur la mise en 3D du rapport au livre.




The Informers : une adaptation peu fidèle au livre de Bret Easton Ellis ?

Posté par Maxence le 28.01.09 à 16:11 | tags : le livre ou le film ?, news, littérature en vidéo

The InformersAvant même la sortie du film The Informers, tiré du roman Zombies ! de Bret Easton Ellis, une rumeur court déjà sur le net : le chapitre intitulé "Les secrets de l'été" dans le livre aurait entièrement disparu du film de Gregor Jordan, dont l'adaptation était pourtant co-signé par l'écrivain lui-même.

 

Brandon Routh, acteur envisagé dés le début pour jouer le rôle de Jamie, le vampire du livre, explique qu'"il n'est plus question de vampires, ni de zombies dans le film. Il s'agit juste de mettre en lumière la superficialité des gens, leur immoralité et leur passivité". L'acteur John Graham, chargé de jouer le rôle du fils de Billy Bob Thornton dans le film déclare quant à lui qu'il trouve regrettable les changements de dernière minutes imposés par les studios, évoquant une certaine "dissonance" entre l'ambition du livre et le scénario.

 

The Informers, dont le trailer est déjà partout sur le net et qui verra Mickey Rourke, Kim Basinger, Winona Ryder et Billy Bob Thornton incarner les personnages d'Ellis, a d'ailleurs reçu un accueil plus que mitigé au fameux festival Sundance, selon les dires du réalisateur lui-même. "Enfants gâtés. Drogues. Sexe. Amber Heard nue. Sida. Infidélité. Kidnapping. Désordre. Ennui. Sans intérêt. Epouvantable", pouvait-on lire sur le site Defamer le lendemain de la projection. Des réactions finalement similaires à celles qui accueillent régulièrement tous les livres d'Ellis. Les américains n'aiment décidément pas se voir dans un miroir, fusse-t-il la surface réfléchissante d'une luxueuse piscine de Beverly Hills.

 

Lire aussi :

America Psycho, le musical

Bret Easton Ellis déshabillé par Bégaudeau

 




Michael Chabon est-il bidon ? C'est celui qui le dit qui y est (22)

Posté par Myosotis le 27.01.09 à 16:20 | tags : littérature en vidéo, news, elucubration
 
Révélé en 1988 par son premier roman, Les mystères de Pittsburgh, Michael Chabon est un (jeune) prodige de 46 ans, dont on peut lire désormais lire Le Club des policiers yiddish, récemment traduit en français aux éditions Robert Laffont.
 
Depuis l'expérience décevante de La Solution finale, chronique doylienne un rien fumeuse et exagérément ampoulée par l'auteur, on pouvait se méfier un tantinet de Michael Chabon, à qui certains reprochent depuis quelques années maintenant de trop en faire. Avec ses allures de golden boy tendance Midas, Chabon s'est attiré beaucoup d'inimitiés. Ses constructions romanesques sont subtiles, limite précieuses, référencées dans un champ culturel que beaucoup ne partagent pas (l'intelligence et l'humour juifs pour dire les choses) et sont parfois taxées de roublardise. L'esprit pop qui guide ses compositions est critiqué, de même que sa manière d'utiliser du vocabulaire savant, bizarroïde pour créer des effets littéraires spécieux. Sans être mis au procès comme a pu l'être Danielewski, Chabon est soupçonné d'être trop bon pour être honnête et finalement un peu falot, une sorte de Marc Lévy du roman indépendant si l'on peut dire. Les méchants sceptiques sont allés jusqu'à lui coller une étiquette d'écrivain gay, ce qui ajouté à sa judéité affirmée, ferait beaucoup pour un seul homme américain, au motif que les relations entre les personnages masculins de ses romans sont ambiguës. Chabon a répliqué en disant qu'il avait effectivement eu par le passé ce type d'expériences.
 
Sur son oeuvre, pourtant, il faut avouer que Chabon n'a pas fait beaucoup de faux pas. Ses Extraordinaires aventures de Kavalier & Clay sont impeccables, ses Garçons épatants le sont aussi et les Mystères de Pittsburgh... mystérieux. Son Club des policiers yiddish a l'air appétissant sur le papier, cocasse, humoristique, intelligent comme le sont les romans de Flann O'Brien, ce romancier culte irlandais auteur entre autres choses du Troisième Policier ou de Swim Two Birds. Chabon est un auteur à suivre, pas encore les yeux fermés, mais un prodige à surveiller dont le seul pêché est peut-être d'écrire des livres trop intelligents pour ses lecteurs. C'est un autre débat, mais les constructions trop solides ont, en littérature, des défauts que n'ont pas parfois les édifices branlants. Ce qui menace Chabon, c'est un art dont la vie et la modestie seraient absents. Trop brillant pour être honnête, on disait....
 
La vidéo (hideuse) est adaptée du génial roman de Chabon, Les Extraordinaires aventures de Kavalier & Clay.
 
Lire aussi :
 



Mallarmé et les fantômes japonais : C'est celui qui le dit qui y est (21)

Posté par Myosotis le 23.01.09 à 15:48 | tags : élucubration, poésie, littérature en vidéo
 
"Et du Minuit demeure la présence en la vision d'une chambre du temps où le mystérieux ameublement arrête un vague frémissement de pensée, lumineuse brisure du retour de ses ondes et de leur élargissement premier, cependant que s'immobilise, (dans une mouvante limite), la place antérieure de la chûte de l'heure en un calme narcotique de moi pur longtemps rêvé ;

Mais dont le temps est résolu en des tentures sur lesquelles s'est arrêté, les complétant de sa splendeur, le frémissement amorti, dans l'oubli, comme une chevelure languissante, autour du visage, éclairé de mystère, aux yeux nuls pareils au miroir, de l'hôte, dénué de toute signification que de présence. C'est le rêve pur d'un Minuit, en soi disparu."

 

Il fallait oser le parallèle entre l'Igitur de Mallarmé et les films de fantôme chinois. C'est peu ou prou ce que propose cette vidéo réellement réussie (ça change) qui entreprend de filmer l'infilmable, au travers de cette évocation. Le poème, conte, cycle, comme on voudra, n'est pas coton à résumer. Disons qu'avec lui, Mallarmé choisit de s'enfoncer au bout de sa nuit. Un être (incarné à ce sens) décide dans la nuit de devenir une partie du néant ou de fusionner avec lui. Dans sa dissolution, une sorte de transmutation se produit qui aboutit à un flash type "conscience de soi" paranormale et à une sorte d'irradiation de joie. Hum... pas sûr d'être clair. Disons qu'Igitur est un monument théorique qui relie dans un mouvement hypnotique un travail sur le verbe, son apparition, son explosion, sa sublimation et un travail sur l'être, ce que se trouve être assez exactement les histoires de fantômes japonais, à la Ring et surtout Kaïro, avec les tâches aux murs et les mouvements entre les mondes.

 

Ce bref extrait montre à quel point Mallarmé est resté contemporain et à la pointe du progrès. La thématique de l'être au non-être, du corps au fantôme, de la dissolution et de la réincarnation est au coeur de nombre de projets émergeants, qu'il s'agisse d'avant-garde artistique, de cinéma (on l'a dit) mais également de réflexions sur les nouvelles technologies. Le devenir-spectre, la renaissance digitale sont autant de notions qui sont sous-jacentes quelques dizaines d'années avant leur actualisation dans le discours mallarméen. Ce qui frappe ici encore plus évidemment, c'est aussi cette capacité du verbe mallarméen à suggérer ce lent mouvement de dissipation. La place des mots est essentielle dans le schéma d'Igitur, leurs glissements, leurs inversions, les découpages de ponction viennent peu à peu couper l'être de sa consistance et produire l'impression globale d'étrangeté. Au final, on a l'impression (pas tout à fait fausse) saisissante que c'est le verbe qui découpe le corps et le recompose vers la fin du livre. Cette opération, clinique, poétique et mystique, est aussi glaçante que bluffante.

 
Lire aussi :



Le poème d'Elizabeth Alexander pour Obama

Posté par Céline le 21.01.09 à 12:39 | tags : poésie, littérature en vidéo, news
 
L'ère Obama a commencé. Dans le froid, dans la foule, l'espoir, etc... et en poésie. Hier à Washington, l'écrivain Elizabeth Alexander a accompli la lourde mission de réciter, devant un parterre de centaines de milliers de personnes, son poème composé sur la demande d'Obama pour la cérémonie d'investiture.
 
Composé de 14 tercets, en rimes libres, et intitulé "Praise Song for the Day : A Poem for Barack Obama's Presidential Inauguration", ce poème faisait écho à certains des thèmes abordés par le président des Etats-Unis dans son discours, en rendant hommage au labeur quotidien, en appelant à la responsabilité de chacun, en rappelant, enfin, les sacrifices qui ont rendu cette élection possible. Alexander a cependant évité toutes références explicites à des sujets politiques, ou encore à Obama lui-même. Avec quelques accents "Whitmaniens", son poème célèbre notamment le travail accompli par des anonymes :
 
"Sing the names of the dead who brought us here / who laid the train tracks, raised the bridges, / picked the cotton and the lettuce, built / brick by brick the glittering edifices".
 
"Chantons le nom des morts qui nous menés ici / qui ont posé les rails de nos trains et bâti nos ponts / Cueilli le coton et la laitue, et construit / brique par brique, nos édifices éclatants."
 
Professeur à l'Université de Yale, Elizabeth Alexander est l'auteur de cinq recueils de poésie, et d'un essai intitulé The Black Interior. A ces livres s'ajoute désormais le texte d'inauguration prononcé hier,  et qui sera publié à partir du 6 février par l'éditeur Graywolf Press à 100 000 exemplaires. Rappelons que le texte de la poète Maya Angelou "On the Pulse of the Morning", écrit pour la cérémonie d'investiture de Clinton en 1993, s'était vendu à plus d'un million d'exemplaires.
 
La retranscription de "Praise Song for the Day" disponible sur le site du NY Times.
 
Lire aussi :





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