|
Trailers, lectures, entretiens... la littérature en videos courtesy Youtube.
Le mystère Alexandre Jardin : c'est celui qui le dit qui y est (24)Posté par Myosotis le 05.11.09 à 11:50 | tags : roman, élucubration, littérature en vidéo, best-seller
C'est fait : j'ai achevé la lecture de Quinze ans après, l'acte 2 du premier grand bestseller d' Alexandre Jardin, Fanfan. Le livre dont je ferai peut-être (certainement, sûrement même) une chronique prochaine est à la fois fascinant de naïveté et de légéreté (vacuité ?) mais aussi fort intéressant pour qui s'intéresse de près au personnage Alexandre Jardin. Il faut se souvenir que ce type de 44 ans dont on ne fait plus grand cas aujourd'hui était, il y a une petite vingtaine d'années (Le Zèbre date de 1988), un véritable phénomène sociologique dans l'édition française et une sorte de pendant littéraire de Patrick Bruel pour la folie et les passions qu'il déchaînait dans son sillage. Alexandre Jardin au Salon du Livre, c'était comme East 17 chez Jacques Martin ou Barack Obama en train de s'acheter un big mac au fast-food du coin : de la folie, des hélicoptères qui tournent dans le ciel et des groupies qui se crêpent le chignon pour approcher l'artiste. Alexandre Jardin, c'était la locomotive commerciale de Gallimard avant l'arrivée d'Harry "La Poule aux oeufs d'or" Potter, l'ami des mères de tous vos copains quand vous aviez 20 ans, le sex-symbole BCBG romantique, le Byron des adhérents de la CAMIF, le Beigbeder antitrash du début des années 90, le Michel Drucker des clubs de lecture et une sorte de prototype anachronique (et talentueux) de ce que sont devenus les Marc Lévy, Gavalda Musso d'aujourd'hui. Etrangement, et comme André Agassi, Alexandre Jardin passe mal l'an 2000 et comment à épuiser la veine qu'y l'a fait vivre jusqu'ici : celle de l'amour-passion, de la séduction à outrance et du temps différé de la jouissance. Alexandre Jardin oeuvre pour la promotion des lettres et de la lecture (il fait des choses qui paraissent formidables en direction des écoles et des quartiers difficiles) et dynamite son oeuvre par des ouvrages plus personnels et autobiographiques : Le Roman des Jardin fait sensation en 2005 et sème une partie du public jardinesque en route. Comme Agassi, Jardin déclare qu'il n'a jamais aimé écrire ce qu'il écrivait (Agassi détestait le tennis, le saviez-vous). Il n'avoue pas s'être drogué mais se tape, à ce qu'on raconte, des prostituées par wagons à bestiaux : une par soir (confession à demie reprise dans le nouvel ouvrage) et deux les jours de fête.Avec Fanfan 2, Jardin tente son Lunar Park (la fausse biographie truquée est à la mode - Will Self s'y met pour son prochain, comme Beigbeder en raté, etc) et va réconcilier sa part obscure (le fou du cul) et sa part claire (la part commerciale, des coeurs romantiques et des bisounours sexuels) en mélangeant éléments de fiction (le film Fanfan, la vie d'Alexandre Jardin l'écrivain) et sa destinée singulière (l'homme Jardin, son rapport au monde de l'écriture). Si le résultat est un tantinet foireux, Quinze après est une vraie question posée au monde : mais qui est vraiment Alexandre Jardin ? Certains s'en foutent. On peut penser que la réponse à cette question (si quelqu'un la trouve) est fondamentale pour la bonne compréhension des équilibres qui soutiennent le marché du livre français, voire international. Pourquoi aime-t-on Alexandre Jardin en 1988 et plus aujourd'hui ? Pourquoi est-il important puis dépassé ? Pourquoi est-il un meilleur écrivain que Marc Lévy ? Sa dégringolade a-t-elle à voir avec son manque de sincérité ou avec la dévaluation de ses valeurs fleurs bleues ? Pourquoi Jardin est-il le seul type qui continue à s'habiller avec des pulls comme en 1988 ? Par où qu'on le prenne, le mystère Alexandre Jardin reste épais. C'est ce qui est bien. A voir : un documentaire consacré aux émissions littérairesPosté par Céline le 21.10.09 à 15:37 | tags : littérature en vidéo
Les émissions littéraires à la télé, elles passent un peu tard. Et le plus souvent, on perd vite le fil. Difficile de trouver le juste équilibre entre la promo plombante et le divertissement complètement creux à la Ruquier. Etait-ce mieux avant ? Retraçant à travers archives et témoignages une histoire des émissions littéraires, de Lecture pour tous (1953) à la Grande librairie (2009), le numéro d'Infrarouge intitulé "Des écrivains sur un plateau. Une histoire de la littérature à la télévision", diffusé jeudi 22 octobre sur France 2, nous aide à nous souvenir.
Le documentaire propose notamment de voir ou revoir de précieux extraits d'émissions télévisées, et fait intervenir des personnalités du monde des livres ou de la télé : Laure Adler, Frédéric Beigbeder, François Busnel, Eric Naulleau, Jean d'Ormesson... Retrouvez un avant-goût de cette soirée littéraire en vidéos. Lire l'article et retrouvez toutes les vidéos des écrivains à la télévision
Infrarouge : Des écrivains sur un plateau. Une histoire de la littérature à la télévision. Jeudi 22 octobre à 22h55 sur France 2. Le Petit Nicolas sur M6 : destiné aux enfants idiots ?Avant d'arriver au cinéma, Le Le Petit Nicolas de René Goscinny et Sempé passe d'abord par la télé. Sur M6, tous les dimanche matin, ) 9h30 - une heure à laquelle on est bien content que les enfants soient devant la télé, les enfants peuvent découvrir Le Petit Nicolas dans une version 3D, avec un générique chanté par Julien Doré et des scénarios remaniés pour la télévision, le tout semblant destiné à attirer les enfants de bobos, mais pas trop. M6 vend son émission aux enfants sur le thème "découvre l'école de tes parents", ce qui semble limiter l'émission aux enfants dont les parents ont plus de cinquante ans. Le résultat est franchement mauvais, en tout cas si on le compare à l'indémodable fraicheur de l'oeuvre qui est censée l'avoir inspiré. Ce qui veut sans doute dire qu'il est destiné aux enfants idiots. Ca tombe bien, beaucoup d'enfants le sont. Une situation à laquelle M6 n'a jamais cherché à trouver un remède. Ecoutez le seul enregistrement de Virginia WoolfPosté par Madeleine le 21.08.09 à 11:07 | tags : littérature en vidéo
De Virginia Woolf, on connaît les romans: Mrs Dalloway, Les Vagues, à la rigueur le visage. Il est même possible de l'entendre parler, grâce à un enregistrement de la BBC, datant de 1937.
En vidéo : Nick Cave lit un extrait de son nouveau romanThe Death of Bunny Munro, le deuxième roman du chanteur Nick Cave, sortira début septembre. Pour faire patienter son public, l'ancien leader de The Birthday Party a posté sur son site Internet plusieurs vidéos où il lit des extraits de son livre.
Après Et l'âne vit l'ange, paru il y a 20 ans, le rockeur australien entre dans la peau de Bunny Monro, VRP solitaire, toxico et dépravé, qui tente de surmonter le suicide de sa femme. Mais mieux vaut encore écouter l'auteur en personne. Nick Cave qui ne chante pas, c'est bien aussi. A noter que le rocker est décidément très au fait des nouvelles tendances : The Death of Bunny Munro sortira en même temps en version électronique sur Iphone, accompagné d'une bande son composée par Mr Cave et Warren Ellis, un de ses comparses de The Bad Seeds, et d'un enregistrement audio du récit. Nick Cave serait-il en train de révolutionner la lecture?
Sur Flu: A voir ou revoir : May B, l'hommage à Beckett de Maguy MarinCette semaine dans le cadre du festival Paris Quartier d'été, la Compagnie Maguy Marin présentera May B, une pièce majeure de la danse contemporaine créée en 1981 et inspiré de l'oeuvre de l'écrivain Samuel Beckett.
"Quand les personnages de Beckett n'aspirent qu'à l'immobilité, ils ne peuvent s'empêcher de bouger, peu ou beaucoup, mais ils bougent", explique Maguy Marin. Sur cette analyse, la chorégraphe fonde la gestuelle d'une danse qui abolit ses frontières avec le théâtre, mais aussi avec la philosophie : existence, solitude, inquiétude, néant. Les 10 danseurs de Maguy Marin, le visage recouvert d'argile et le souffle crispé, donnent corps aux notions que Beckett explora dans ses pièces les plus connues (En attendant Godot, Fin de partie) comme dans sans ses romans (L'innommable, Mercier et Camier). Des notions universelles, à n'en pas douter, comme le suggère le succès mondial de May B, qu'on pourra voir ou revoir du 5 au 7 août dans la cour du Palais Royal. Plus d'infos sur le site de Paris Quartier d'été
Une leçon de littérature à travers la pop musicPosté par Myosotis le 24.07.09 à 14:45 | tags : littérature en vidéo, elucubration, arts et littérature
C'est justement le cas de la littérature... qui, en admettant qu'elle puisse rebuter certains teenagers - ce qui est à démontrer - peut être découverte tout simplement par nombre d'oeuvres musicales et plus particulièrement par les musiques pop, sans qu'on ait besoin de tailler des chansons Education Nationale sur mesure. La chanson est par définition un art littéraire, tout le monde le sait, mais peut-être aussi un art chargé de littérature.
Etrangement et même si Ferré a joué Baudelaire, Rimbaud et quelques autres, si Noir Désir, en son temps glorieux, a cité Maïakowski, si Gainsbourg s'est amusé avec Verlaine, la pop music française (pas la variétoche) a assez peu consacré de titres à des figures littéraires. A côté de ça, et sans qu'on se lance ici dans un grand essai sur le lien entre le rock et la littérature, il n'est pas très difficile lorsqu'on aime les musiques "anglo-saxonnes" d'y trouver un bon résumé, et des dizaines de chansons parlant de héros de littérature ou de figures littéraires telles que Ulysse, Wilde bien sûr (omniprésent), mais aussi Kafka, Bukowski et bien entendu Burroughs. A titre personnel, j'ai eu la chance de venir à Wilde, qui est sans doute l'écrivain anglais le plus référencé dans l'univers pop par les Smiths et les Television Personalities, ici avec leur titre impeccable "Portrait de Dorian Gray". Je n'aurais jamais eu autant d'amour et de respect pour le premier roman posthume de Melville (ou le dernier roman tout court), Billy Budd, si je n'avais jamais écouté l'opéra de Britten. Le compositeur anglais est, du reste, à lui seul un professeur de lettres avec ses versions toutes plus brillantes les unes que les autres du Tour d'écrou d'Henry James, de La Mort à Venise de Thomas Mann, ou du Songe d'une nuit d'été.
Bêtement, et au lieu de dire que l'on va mettre l'Histoire en musique ou qu'on va chanter la littérature pour la bonne cause, on peut se contenter de prêter l'oreille à ce qui existe déjà et laisser, comme dit la publicité, "le charme agir". Pour revenir sur un ancien sujet ("entend-on de la musique lorsqu'on lit, est-ce notre petite musique intérieure ou la musique du livre?"), on voit bien que le débat n'est pas clos puisqu'il arrive parfois qu'une musique extérieure puisse s'ajouter au conte, se substituant, complétant ou s'ajoutant aux autres. Pour ceux qui aiment couper les cheveux en quatre, il y a assez peu d'exemples de chansons, de peintures, de sculptures adaptées en romans...., ce qui encore une fois prouve (par l'absurde et la mauvaise foi?) la supériorité de l'écrit et de la fiction sur les autres arts....
Television Personalities - The Portrait of Dorian Gray Benjamin Britten - Billy Budd Lire aussi : Après les zombies, Jane Austen chez les monstres marins...En avril dernier, la parution de Price and Prejudice et Zombies, remix sacrilège du grand classique de Jane Austen, avait fait frémir les uns, marrer les autres. C'est reparti pour un tour avec la sortie imminente de Sense and sensibility and Sea Monsters ("Raison et sentiment et monstres marins").
Avec le jackpot que lui a fait décrocher la version zombie de Jane Austen (650 000 exemplaires vendus aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne), l'éditeur Quirk Book aurait eu tort de se priver. Le roman, que l'on doit cette fois à Ben H Winters, mêlera 60% du texte initial d'Austen à « 40% de chaos tentaculaire » : on y verra notamment les héroïnes Elinor et Marianne Dashwood affronter, dans leur quête amoureuse, homards géants, poulpes démoniaques et autres serpents à deux têtes...Pas une seconde l'éditeur Quirk Book ne doute du succès de son nouveau titre. La preuve : la date choisie pour la publication, le 15 septembre, coïncide exactement avec celle du nouveau livre de Dan Brown, The Lost Symbol (Le Symbole perdu en français, annoncé chez JC Lattès), annoncé comme le plus gros best-seller de la rentrée. Et tandis que Seth Grahame-Smith, l'auteur de Pride and Prejudice and Zombies prépare pour l'éditeur Grand Central une biographie d'Abraham Lincoln en chasseur de vampires, Jason Rekulak, le directeur de Quirk Book, affirme lui avoir déjà établi une liste de classiques et d'éléments qu'il pourrait y intégrer : « pirates, robots, ninjas, singes, etc. » Les puristes vont grincer des dents. Libraires et dentistes peuvent désormais eux aussi travailler main dans la main. Chuck Palahniuk se fout-il de nous avec Pygmy ?Le nouveau roman de Chuck Palahniuk est sorti il y a quelques semaines maintenant et fait bruisser la communauté des fans : s'agit-il du roman le plus intéressant de l'écrivain auteur de Fight Club et Choke ou au contraire, de exercice médiocre d'un auteur qui ne sait plus comment faire pour se renouveler et produire de l'événementiel ? L'histoire de Pygmy est assez simple : un jeune étranger de 13 ans s'introduit aux Etats-Unis dans une famille adoptive moyenne (et dysfonctionnelle) pour... faire le mal. Le gamin est un terroriste en puissance, programmé par une société totalitaire, venu monter le plus grand coup contre l'Oncle Sam depuis le 11 septembre : il affûte ses armes, ses plans malgré lui et se confronte à la singularité de la culture américaine. Si tous les ingrédients semblent présents pour faire un bon Palahniuk (une situation potentiellement explosive, un outsider, un pitch cocasse, une vision décentrée de l'Amérique, du sexe et de la violence...), le roman fait parler pour son style.Palahniuk s'y appuie comme souvent sur des dialogues fournis et surtout s'amuse à raconter l'intrigue à partir du point de vue de ce terroriste en devenir. Du coup, les lecteurs se plaignent que le proto-anglais africano-asiat' utilisé par Palahniuk est quasi incompréhensible et surtout très très difficile à lire. Certains crient au génie, d'autres considèrent que l'écrivain se fout de leur gueule et a utilisé cet argument pour pousser au maximum ses travers : ne plus écrire que de façon très distendue, hypracool, par des séquences rachitiques, des verbes, des expressions à peine liées les unes aux autres. En attendant, le teaser est suffisamment bien fait pour donner envie... d'une adaptation au cinéma ? La traduction n'est pas annoncée mais notre exemplaire en vo vole quelque part entre les Etats-Unis et la France. Premiers indices de lisibilité cet été. Marc Levy : fini de se payer sa tête...A force de se payer la tête de Marc Levy, le lobby "Fluctuat aime Marc Levy" a enfin réussi à faire plier l'auteur des bestsellers sentimentaux les plus abyssaux de la décennie : cette fois-ci, c'est sûr, la grande réconciliation s'annonce et prendra corps jeudi (le 25 juin) dans un roman d'AVENTURES, en deux volumes, baptisé Le Premier Jour. Soutenue par d'alléchantes vidéos, la sortie du Premier Jour nous rassure : Marc Levy a enfin pris du champ, de l'ambition et de l'ampleur. L'histoire du Premier Jour (dépêchons, Le huitième jour, il y a Pascal Duquenne qui débarque) nous emmène d'Afrique en Europe, aux basques de 2 personnages qui pourraient bien "tomber en amour" l'un de l'autre (hum...). Il y a des éléphants, des tremblements de terre, des tempêtes, un volcan, des passages secrets, des souterrains, une archéologue, un astrophysicien. La nana veut découvrir le premier homme, lui la première étoile : ils vont faire quête commune en parcourant la planète poursuivis par des espions qui n'acceptent pas facilement la liberté. On dit qu'Indiana Jones a déclaré que "c'est le meilleur roman que j'ai lu depuis au moins 20 ans", qu'Hemingway a envoyé un SMS d'outre-tombe à Levy pour le féliciter, qu'Ushuyaya, le déo des fauves, a préempté les droits pour une adaptation publicitaire... Plus sérieusement, c'est une vraie victoire du grand roman d'aventures d'avoir su rallier à sa cause un mastodonte tel que Marc Levy, qui, à l'exception de ses Enfants de la liberté, ne s'était pas aventuré très loin dans le romanesque. Certes, Levy a toutes les chances de n'être ni Conrad, ni London, mais gageons qu'il saura donner à coups de chromo jungle et d'aventures safari, le goût de lire autre chose que les comédies sentimentales à ses centaines de milliers de lecteurs. Interrogé par TF1 dimanche soir (la consécration en matière d'exposition médiatique), Marc Levy a fait preuve de beaucoup de retenue sur son art, gratifiant le journaliste d'un surprenant constat sur sa soi-disant fortune : "il ne faut pas croire ce que l'on raconte. Le milieu de l'écriture n'enrichit personne. Certes, je vends des livres mais je touche peau de zob sur les poches et sur les grands formats, je prends quoi ? deux euros à tout casser. Je ne suis pas riche..." Bon, allez Marc, 2 euros x 10 x 400 000, ça fait... hum... 8 millions d'euros, hors cession de droits et publication étrangères : on nous aurait menti ? Ce n'est pas encore assez pour aller se taper Paris Hilton en boîte mais cela permet de voir venir. En dehors de cette petite hypocrisie judéo-chrétienne, Marc a été parfait et défendu le roman d'aventures comme l'avenir de la littérature. Cela suffit à notre bonheur. Il faut le voir sur son site jouer avec ces Action Men girafe, petit navion, sur fond de savane au clair de soleil pour le croire : Marc est des nôtres, il a écrit son grand roman comme les autres ! Rendez-vous est pris pour une chronique en bonne et due forme dès qu'on aura réussi à mettre la main (gratuitement) sur le livre. Clin d'oeil à Jeanne qui me demandait dans un mail récent :"Où puis-je me procurer les livres de Marc Lévy ? J'en ai entendu beaucoup de bien..." - Euh... les bouquinistes, Jeanne, essaye les bouquinistes. On ne peut vraiment rien faire pour toi. Lire aussi : Un hommage à Nerval, le vrai fou d'amourLa connais-tu, Dafné, cette ancienne romance, Cette chanson d'amour qui toujours recommence ?... Reconnais-tu le Temple au péristyle immense, Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents, Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents, Où du dragon vaincu dort l'antique semence ?... Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours ! Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ; La terre a tressailli d'un souffle prophétique... Cependant la sibylle au visage latin Est endormie encore sous l'arc de Constantin - Et rien n'a dérangé le sévère portique
Affilié à la veine romantique, membre du Cénacle, entre Théophile Gautier, Hugo et Pétrus Borel), Gérard de Nerval eut une carrière étrange, entre la poésie et le journalisme, avant de littéralement devenir dingue d'amour. Il tomba en admiration devant une jeune actrice, Jenny Colon, qu'on imagine sexy et ronde à souhait, avant de devenir à moitié fou lorsque celle-ci en épousa un autre. Le poète quitta, à partir de cette époque (la fin des années 1830, début 1840) le monde réel pour souffrir d'hallucinations et de flash métahistoriques (il voyait l'Allemagne, sa mère, des royaumes pro-prusse partout) qui le conduisirent à l'internement. Quelque peu remis de ses émotions, Gérard de Nerval noya sa folie dans des voyages dont il tira des récits incroyables. Le plus célèbre reste son Voyage en Orient, tout simplement l'un des plus beaux récits de voyage de l'époque. De retour en Europe, sa santé mentale ne s'arrangea pas puisqu'il repassa à maintes reprises par la case Asile avant de fêter Noël dignement. Tandis que l'époque préféré exalter la figure plus aventurière et sexy de Rimbaud, un peu plus tard, le vrai fou d'amour, l'Amok du XIXème siècle, c'est sans conteste Gérard de Nerval. Il ne faut pas l'oublier. A l'image de ce Delfica habité, sa poésie est brillante, ultraclassique et savoureusement ravagée par le mélange des époques, des champs de réalité, la fusion des images et des dimensions.
En bonus : lecture de Fantaisie, son plus beau poème peut-être. Mais qui est cette femme qui apparaît à la fenêtre ? 1. la mort 2. son amour perdu ? 3. sa mère 4. Yvonne de Galais ? Gérard de Nerval - Fantaisie Fans de Cormac McCarthy, rendez-vous au Texas... Alors que l'adaptation au cinéma de La Route est prévu pour le mois d'octobre aux Etats-Unis, l'Université de San Marco au Texas propose actuellement une exposition dédiée à l'écrivain Cormac McCarthy qui, en dépit du succès de ses œuvres, vit à l'abri en de toutes les lumières médiatiques. Les nombreuses archives réunies par l'exposition retracent la carrière exceptionnelle de McCarthy, depuis son premier roman, The Orchard Keeper (Le Gardien du verger, 1965), jusqu'à son œuvre inachevée - The Passenger, dont rien ne sera cependant dévoilé avant sa publication. Parmi les documents présentés, figurent notamment : le manuscrit de The Stonemason, une pièce écrite en 1994, qui évoque une famille afro-américaine vivant dans le Kentucky ; quatre scénarios, dont celui de No Country for Old Men, qui fut écrit en 1984 avant que l'écrivain n'en fasse un roman 20 ans plus tard. Ou encore : des cartes de Saltillo et de Zacatecas, qui ont sans doute servi à la rédaction de All the pretty horses (De si jolis chevaux, 1992) ; une correspondance avec un docteur qui fut intégrée par la suite à The Crossing (Le Grand Passage, 1994). Dans l'une de ses rares interviews (accordée ici au New York Times), McCarthy avait expliqué avoir choisi l'éditeur Random House pour son premier roman, uniquement parce que celui-ci était "le seul qu'(il) connaissait". Des lettres rédigées à l'époque témoignent d'ailleurs de la joie qu'il éprouva à voir son premier livre accepté... Dix romans plus tard, McCarthy est salué comme l'un des meilleurs écrivains de son temps, très justement comparé à William Faulkner - un autre "Southwestern Writers" - et lauréat du prix Pulitzer pour La Route (2007). La rumeur raconte qu'il serait actuellement en train de travailler à trois nouveaux romans. Quimby The Mouse de Chris Ware en dessin animé !Chris Ware et l'émission de radio "This American Life" avait déjà collaboré à la création d'un très court métrage animé inspiré de son travail : ils remettent le couvert avec cette fois une animation de Quimby the Mouse, personnage de vieux dessin animé à la Felix The Cat créé par Ware dans ses jeunes années et qui n'avait jusqu'ici jamais été animé.
Avec une chanson d'Andrew Bird pour l'ambiance, le résultat est bien plus satisfaisant que la dernière fois. Les aventures dépressives de Quimby, la souris avec trop de têtes, ont toujours été muettes et proches du cartoon. L'un de ses principaux intérêts cependant, c'est la maestria avec laquelle Ware construit ses planches et on n'en retrouve pas d'équivalent dans la mise en scène plan plan de l'animateur John Kuramoto mais peu importe, Quimby bouge, on a toujours voulu voir ça. Quimby the Mouse, This American Life, sur Vimeo. Julia Palombe danse la poésie érotiquePosté par Myosotis le 10.05.09 à 10:30 | tags : littérature en vidéo, elucubration, sexe et littérature, poésie
L'Internet n'est pas le paradis de l'érotisme et encore moins des littératures érotiques. Il faut faire de réels efforts pour tomber sur quelque chose d'intéressant : des vieux textes, des ouvrages littéraires, rarement illustrés, des conversations et des écrits qui ne sombrent pas directement dans le graveleux, le porno et le hardcore, devenus depuis... hum... tout le temps, l'alpha et l'omega de l'offre en ligne. Sur Youtube, la censure régnant, on peut peut-être plus facilement trouver son compte si on ne recherche pas les sensations fortes et s'offrir quelques réels frissons innocents. Quelques lectures de texte en ligne, du Baudelaire, du Crébillon (en cherchant bien), quelques images volées, beaucoup d'adolescentes qui lisent, déclament.... cela ne va généralement pas très loin. Et puis, il y a cette étrange vidéo promotionnelle, un teaser énigmatique pour un spectacle (un pestacle, un sex live show) de littérature érotique : Baudelaire (encore lui) et d'autres, lus, chantés, dansés par Julia Palombe. Spectacle de poésie érotique, striptease littéraire, crée par Julia Palombe et réalisé par le légendaire John B. Root. Oh bon sang ! Il y a le numéro de téléphone. Je laisse un massage,.... un message. Voici que la littérature érotique est sauvée. Mieux que Lucchini, mieux que Robert Hossein en Angélique, mieux que Daniel Pennac en Bartleby, que les interminables Monologue du Vagin qui ont plombé des générations d'amateurs de théatre, Julia Palombe ? Sûrement, peut-être. Il ne s'agit pas de ça (la chose) mais bien d'une véritable danseuse, une vraie, avec des chaussons, au service des arabesques littéraires et caresses versifiées, qui a déjà dansé Neruda et Cervantes, rien que ça. A voir sûrement, si on vous en laisse le temps, ou à recevoir en spectacle privé, à domicile et en bon bourgeois. Désolé. Carol Ann Duffy, la poète royale qui inspire des réalisateurs en herbe Carol Ann Duffy, première femme à obtenir le rôle de "poète royal" (poet laureate) a beaucoup fait parler d'elle ces derniers jours. Au-delà de la polémique entourant son homosexualité, Duffy est aussi l'auteur d'un poème controversé - Education for leisure - condamné l'année dernière à être retiré des programmes scolaires, car accusé de faire l'apologie de la violence.Le poème évoque la jeunesse, son aspiration à plus d'attention, son errance. Il mentionne notamment le jet d'un poisson rouge dans la cuvette des toilettes ("I pour the goldfish down the bog. I pull the chain. I see that it is good.") et s'achève sur l'image angoissante d'une jeunesse déambulant dans les rues armée de couteaux à pain, faisant explicitement référence au fléau qu'est l'arme blanche en Angleterre. En voici les premiers vers : "Today I am going to kill something. Anything./I have had enough of being ignored and today/I am going to play God."("Aujourd'hui je m'apprête à tuer quelque chose. N'importe quoi. J'en ai assez d'avoir été ignoré et aujourd'hui, je vais jouer à Dieu"). Il n'en fallait pas plus pour susciter une polémique en Angleterre, et pour que le texte soit banni du programme du CGSE (équivalent du brevet des collèges) : les évocations de couteaux et de la mort du poisson ayant été perçu comme de possibles incitations à la violence (on songe à cette occasion aux incriminations du même type parfois faites aux jeux vidéos). Aujourd'hui le poème est toujours disponible dans les manuels mais n'est plus étudié dans le cadre du CGSE. Etonnant, quand on sait que le monarque anglais vient d'octroyer à son auteur la fonction de poète officiel de la cour d'Angleterre. A en croire pourtant le nombre de vidéos d'adolescents inspirés par le poème circulant sur le web (la plupart ont été réalisées dans le cadre d'un exercice scolaire), on ne doute pas de l'intérêt que la poésie de Duffy peut susciter chez ces élèves. Les ados semblent metttre du coeur à l'ouvrage dans leurs petits films artistiques, dont les influences sont peut-être à chercher du côté de l'Elephant de Gus Van Sant ou des films de Larry Clark. The Sword : le nouveau cycle des Luna BrothersIl ne m'était jamais venu à l'esprit que les frères Luna (Jonathan et Joshua) pouvaient avoir un visage et surtout qu'ils pouvaient être aussi... jeunes. Créateurs d'une des sagas les plus intéressantes et sensuelles de ces dernières années, Girls, dont on a déjà parlé, les Luna Brothers sont en train de fournir à Image une nouvelle série à succès, à l'ancienne presque et archétypale de la nouvelle manière de voir les comics. The Sword, dont les 12 premiers épisodes sont sortis en volume ces derniers mois (en VO) est une aventure impeccable qui lorgne vers l'American Gods de Gaiman, empruntant à la fantasy tout en gardant un ancrage fort dans la veine "girl next door" qui a assis le succès de Girls et d'autres chefs d'oeuvre comme Y : The Last Man. On est toujours dans l'Amérique profonde cette fois mais dans un contexte quasi mythique : une famille est à table (une grande soeur, un père, une mère plan plan et une jeune soeur tétraplégique) quand des intrus dérangent le repas et assassinent tout le monde. Ils cherchent des noises au père qu'ils prennent pour un certain Demetrios et qui leur aurait subtilisé une épée (the sword). Le père débarque, nie et la soeur handicapée assiste au massacre de sa famille par les étrangers au moyen de superpouvoirs élémentaires (l'un contrôle l'eau, l'autre le feu, l'air,...). La jeune handicapée passe à travers le plancher, on la croit morte quand sa main se resserre sur une épée..... C'est ainsi que démarre le cycle. L'épée est magique et la jeune femme se remet à marcher. The Sword évoque pêle-mêle A History of Violence (un homme a dissimulé sa vérité à sa famille), Kill Bill (il va s'agir ensuite de venger la famille....) et un tas d'autres cycles mi-SF, mi-fantastique. Transformée, l'handicapée Dara Brighton désormais dotée, lorsqu'elle a l'épée en main, d'une superpuissance incroyable. Les secrets de The Sword, qui plongent leurs racines dans la mythologie des Iles Grecques, nous sont livrés dans le volume 2. Il est question de dieux, de sacrifices humains, de civilisations perdues. Dara est flanquée d'une amie courageuse et d'un sidekick masculin trouillard. Elle est enlevée par le gouvernement américain et poursuit sa vengeance de manière implacable. Le scénario est clairement moins original que celui de Girls, un rien répétitif mais le dessin toujours aussi fantastiquement léché et immature. Les Luna Brothers abusent des effets éprouvés dans Ultra ou Girls, des premiers plans ultralisibles, des effets flous et des visages qui se ressemblent tous. Cela ne nous empêche pas de marcher à fond et de partager la cavale des vengeurs avec angoisse et exaltation. C'est simple, bêbête mais on adore ces deux-là et tout ce qu'ils nous servent désormais. Traduction à venir, sûrement, chez Delcourt.Un livre en 3 minutes avec l'Espresso Book Machine... what else ?3 minutes chrono ! En moins de temps qu'il n'en faut pour vous faire un petit noir, la machine de la firme d'impression Lightning source vous sert un livre sur le pouce à partir du fichier numérique contenant votre publication. Inventée par la compagnie On Demand Books (littéralement "Livres à la demande"), elle sera présentée à la Foire du livre de Londres qui se tiendra du 20 au 22 avril. La machine, déjà répandue aux Etats-Unis et qualifiée de « Meilleure invention 2007 » par le Time Magazine sera la première du genre sur le sol anglais. Des éditeurs prestigieux, comme Hachette Book Group ou McGraw-Hill et Macmillan ont déjà décidé d'acquérir cette imprimerie miniature. L'intérêt est d'abord d'ordre économique. L'appareil représente aussi un gain de temps. L'Espresso Book Machine (EBM pour les intimes) est capable d'imprimer jusqu'à 112 pages à la minute. Bon... mais après ? Elle vous permet aussi d'imprimer directement votre texte à partir d'un fichier à déposer sur le site de Blackwell, le premier spécialiste du livre à proposer les services de l'EBM. Pas mal. Elle produit également moins d'émission de CO2 et évite les surplus d'impression. Oui, mais fait-elle du bon café ? Non. Du percolateur, elle n'a que la proximité du nom. Déçus ? La bête curieuse, de retour de son voyage d'affaires au salon du livre londonien sera visible à Charing Cross à compter du 27 avril dans la boutique Blackwell.
Lire aussi : Le lecteur pliable du futur selon Ars Electronica William Blake : le génie qui excuse tout ou à peu près....
Exceptionnelle. Sûrement une révélation visuelle, bien qu'il ne soit pas certain que l'homme d'aujourd'hui soit capable (je dis bien capable) de saisir exactement la culture (folle) dont parlait Blake. Ses illustrations sont des miracles picturaux mais aussi des énigmes pour l'interprétation, dont nous n'avons pas en notre possession le dixième des clés. Du coup, Blake est obscur, branché et permet les pires absurdités. On a fait de lui le Jim Morrisson des poètes parce qu'il avait donné à Huxley le nom de son essai (The Doors of perception) qui donnerait son nom au groupe du Lézard débraillé. Soit. Blake a été conjugué à la sauce Jarmush, cité par Belmondo dans Le Corps de mon ennemi, mais aussi par Alan Moore, c'est déjà mieux, à la fin de From Hell.
Il fait l'objet de dizaines, de centaines, de milliers de vidéos qui, comme celles qui sont sélectionnées ci-dessous, font de lui le poète ultime : inspiré, fou, possédé, le poète rêveur capable de faire descendre ses visions prophétiques et insensées dans des figures communes ou vouées à le devenir : un tigre, un agneau, un arbrisseau, une... nouvelle Jerusalem. Si ces tentatives sont plutôt... ratées, elles prennent Blake par le bon bout et le seul qui vaille peut-être pour le découvrir : se confronter à l'oeuvre et regarder si elle nous plaît. Lire "Jerusalem", "Le Mariage", "Les Chants d'Innocence" et faire ce que l'on peut. Ceux qui lisent l'anglais pourront se procurer la biographie impeccable de Peter Ackroyd. Le livre a une tendance poussée à voir le génie en Blake et à voir la folie et le manque de hauteur dans son entourage. Blake était misogyne, sauf en ce qui concerne sa femme, ce qui n'est déjà pas mal. Il n'était pas si marrant que ça et a mis dans sa vie une sacrée mauvaise foi. Les principes oui, mais point trop n'en faut, si on veut réussir dans l'artisanat de l'art. Blake aurait pu prendre exemple sur Shakespeare qui avait su, lui, concilier plus habilement génie et business. S'agissant de Blake, tout est bon à savoir, rien n'est inutile, sa vie, son oeuvre, tout n'est que poésie, mystère et exotisme à l'anglaise. Qu'on comprenne ou qu'on ne comprenne pas, le message est simple : il faut apprendre à lire les yeux fermés. Ole !
The Tyger Poison Tree
The Lamb Voir le diaporama de l'expo William Blake Pour ceux qui veulent aller plus loin et y aller en VO, c'est ici. Mort de Maurice Druon, un partisan... sur tous les fronts
Fervent résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, l’homme était un admirateur de Charles de Gaulle. Auteur de la saga épique des Rois maudits, qui donna lieu à deux adaptations à succès pour le petit écran, Druon fut aussi un homme politique : nommé Ministre de la Culture par Georges Pompidou, il véhicule un certain conservatisme et se voit accusé par certains de ses détracteurs de participer à la répression culturelle (il menaça un temps de couper les subventions aux dramaturges jugés "subversifs" !). Provocateur et traditionnel à la fois, réac et résistant, Maurice Druon a siégé à partir de 1966 à l'Académie française avant d'en être élu secrétaire perpétuel.
De cet immortel, on préfère surtout retenir la collaboration au texte "Chant de libération", devenu le "Chant des Partisans", qui s'ouvre sur cette strophe : " Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ? Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? ". Cette composition, écrite à Londres en 1942, est à l'origine celle de la chanteuse et guitariste d’origine russe Anna Marly. Elle fut par la suite transposée en vers par Maurice Druon et Joseph Kessel. Devenu symbole de la résistance durant la Seconde Guerre mondiale, le chant sera repris, au fil des années, par de nombreuses voix, de celle d'Yves Montand à celle des jeunes manifestants de gauche. Pas besoin de partager les dernières idées de Monsieur Druon pour être ému par ses paroles. La poésie est une arme universelle...
La version française chantée par Anna Marly.
Le chant est ensuite mis en musique et interprété par l'acteur et chanteur Yves Montand.
Puis c’est au tour du chanteur Marc Ogeret :
Il existe enfin la version remixée ("Motivés"), du groupe Zebda. L'étrange succès de Benoît Duteurtre : c'est celui qui le dit qui y est (23)Benoît Duteurtre est une figure assez intéressante de la littérature française d'aujourd'hui. Reconnu et méconnu à la fois, il se taille à chaque sortie d'un roman un franc succès critique (à quelques exceptions près) et populaire, sans représenter à la manière d'Angot, de Houellebecq ou d'autres, une sorte de Formule 1 du paysage littéraire ou une star du genre. Les romans de Duteurtre présentent un ensemble de qualités qui correspondent parfaitement au goût de l'époque : 1) ils sont inscrits dans le présent : Duteurtre a parlé de l'interdiction de fumer, de l'écologie, de l'opérette, des vaches (donc de nous), de la société d'aujourd'hui, du conformisme et des grands sujets qui font l'air du temps. Ces approches sont simples, mais colorées subtilement d'anticipation, assises sur des personnages taillés près du corps et qui renvoient au quotidien de chacun. Ce réalisme culturel, à défaut d'être vraiment social (Duteurtre parle et écrit bourgeois) en fait l'un des rares écrivains français généralistes à parler macro et macrosocial. 2) ils sont un brin satiriques et intelligemment bâtis : l'exemple le plus emblématique du talent de Duteurtre est son Service clientèle, encensé par la presse de droite et de gauche et qui s'intéressait quasi exclusivement aux "nouvelles technologies" et à leur portée envahissante, voire avilissante. Portables, abonnements internet : le tout était abordé assez brillamment (drôle disons) comme s'il s'agissait d'une approche journalistique, tendance magazine féminin. Duteurtre sait amuser et ne lésine pas sur les rapprochements bizarroïdes. Dans son avant dernier ouvrage, il parle de sa famille, du Président René Coty dont il est le descendant, de la bourgeoisie, des chrétiens. A son échelle, Duteurtre est le Etienne Chatiliez du livre, un renifleur de tendances plutôt habile et un romancier éditorialiste inspiré. Petite entorse à la règle, son dernier ouvrage Ballets Roses, s'il navigue toujours en eaux IVème République, parle des parties fines d'André Le Toquer, président de l'Assemblée Nationale, de notables et filles de petite vertu, soit une vrai histoire vraie au service de l'imagination. 3) ils sont bien écrits : cela doit être souligné. Nourri chez Houellebecq, Duteurtre est un des tenants de l'Ecriture Contemporaine, soit une écriture... française... sans trop de fioritures mais d'une limpidité et d'une lisibilité totales. Il est donc moderne tout en restant classique. Pas de mots savants (ou pas trop), pas d'effets de style intempestifs, pas de recherche excessive d'originalité mais une quête d'efficacité et de précision qui est tout à fait louable. Il ne faut pas confondre ce type d'écriture avec une écriture sans âme ou "surimi", ce serait une grave erreur. 4) ils sont tenus de telle sorte qu'ils ne blessent pas et ne créent pas la polémique : c'est vraisemblablement là la faiblesse de Duteurtre. Il ne parle souvent que de ce dont on attend qu'il parle. Son observation sociale est consensuelle (il est du côté de la majorité) et dépasse rarement les limites de l'acceptable. Duteurtre, connu à ses débuts pour être l'amant d'Annie Ernaux, a des allures de gendre idéal... du moins dans ses livres. Il est simple, normal, présente bien et pense à l'avenant. Ses prises de position sont courageuses mais peu radicales. En cela, il a un côté académique, presque Vieille France et finalement plutôt conservateur qui peut agacer et fait que les réactions à ses livres et à son écriture sont peu marquées. Duteurtre comme les français aime l'eau tiède qui se donne des allures d'eau bouillante. Il aime l'engagement qui ne fait pas mal aux jambes et les prises de risques... calculées. A l'image de cette scène (un rien ennuyeuse) en vidéo où le point de fixation trop fugace est son intervieweuse poitrinée, le discours de Duteurtre est un discours dramatique parce qu'il met (presque) tout le monde d'accord, un discours intéressant, intelligent mais qui appelle sur le fond et la forme à la concorde. L'excellente littérature doit comporter (peut-être ?) une part de violence et de méchanceté qui semble absente de son mode d'élaboration. Cette absence de rage et ce côté rigolard font qu'on peut aimer Duteurtre mais pas totalement le prendre au sérieux. Le satiriste doit inspirer de la peur (Houellebecq) et Duteurtre fait sourire. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas lire Les pieds dans l'eau, A propos des vaches, Chemins de fer, Service Clientèle,... mais qu'on n'y trouvera pas tout ce qu'on pourrait y venir chercher. Le bateau ivre : Rimbaud dans tous ses états"Le bateau ivre" est l'un des poèmes les plus fameux de Rimbaud, celui par lequel il gagna ses galons de poète "voyant", comme il l'exposait lui-même l'année de sa composition en 1871. Le poème, un bateau qui rompt ses amarres comme le poète avec la norme, l'esprit avec la raison, la vision avec l'ordre, est un poème programmatique, qui expose en une longueur exceptionnelle chez Rimbaud (vingt et quelques strophes), la substance du travail qui sera effectué par la suite. Sur le net, le poème est celui qui donne lieu peut-être au plus de développements (à égalité avec la poésie romantique du "Dormeur du Val") sous forme de commentaires composés (pour les élèves de lycée), d'essais mais aussi de peintures, de dessins, de films illustrés etc. Le Bateau Ivre se déguste à toutes les sauces, pour le meilleur parfois et pour le pire le plus souvent. Dans les trois exemples sélectionnés, on voit toute la vanité que peut avoir une rendition qui tente de transformer la matière rimbaldienne en ce qu'elle n'est pas : la funky attitude ne lui va pas, ni celle qui tend à faire de Rimbaud ce type aux semelles de vent qu'on habille en marin et en bohémien ceinturé d'un accordéon. Ni funky, ni réaliste populaire, ni marin, ni gitan, ni soldat, ni rien : le seul Rimbaud qui marche en images est celui de ces 3 ados qui lui offrent ce qu'il mérite : un petit film au poil à l'esthétique Gus Van Sant, mélancolique, épuré et baladeur. Rimbaud est un poète qui étrangement (pour ce qu'il est populaire) ne souffre pas la récupération, le travestissement, l'habillage. Lu par des acteurs célèbres, il devient lourd et toc. Lu par des gens qui savent lire, il ne dégage plus rien. Il ne produit ses meilleurs effets que débarrassés de tous les artifices, tel qu'en lui-même, une série de vers écrits par un jeune homme d'à peine 17 ans, qui monte à Paris, lus par d'autres jeunes hommes d'à peu près le même âge et avec des rêves pleins la tête. Le bateau ivre scolaire par Alexandre, Aymeric, Valentin Le bateau ivre néoréaliste par Madrillet Le bateau ivre Funky par Alain Ligier Le lecteur pliable du futur selon Ars ElectronicaSi les divers acteurs sur le marché du livre numérique ne cessent d'élargir et d'optimiser leur offre, bien des lecteurs ne sont cependant pas encore convaincus de l'utilité de posséder un e-book. Pour y remédier, Ars Electronica, une structure visant à promouvoir la création numérique, propose dans une vidéo un prototype de lecteur pliable alliant classe et efficacité. Qui le premier, de Sony, Kindle et cie, saura élaborer un produit comme celui-ci ? Avec ce lecteur du futur (proche), tout semble en effet possible - et si facile... On vous laisse le découvrir dans la vidéo. Les voix fantômes de William Burroughs : vidéo et bande-sonLa poétesse canadienne Myra Davies, adepte du spoken word (l'ancêtre du slam actuel), le dit très bien dans "Burroughs' Bunker", un morceau en forme d'hommage à l'écrivain renégat de la beat generation, qui ouvre son dernier album Cities & Girls : la diction de William Burroughs était si particulière qu'on se moquait finalement de ce qu'il avait à dire... Pour être définitivement captivé par ses lectures à haute voix, il suffisait de se laisser bercer par le flot lent et boueux de la langue burroughsienne. Un rythme qui héritait en droite ligne des mouvements lourds, plus aqueux que liquides, du fleuve Mississipi dont l'écrivain parle tant dans son œuvre. Ce fleuve au bord duquel, jeune homme, il se postait pour tirer à la carabine sur les vautours qui en hantaient les îlots, en compagnie de Jack Kerouac.
Les curieux pourront également découvrir ou redécouvrir ses textes et leur pouvoir, lus par l'auteur lui-même, sur l'excellent site Ubu.com. Extraits du Festin nu, des Garçons sauvages, morceaux d'interviews fictifs, routines, Ubu.com est une véritable mine en la matière. Une journée passée à réécouter les monologues de cette voix fantôme et on finit par se persuader que William Burroughs est bien là quelque part. La preuve avec l'incroyable interview posthume récemment proposée par notre collègue Myosotis... Be a Nose : les croquis d'Art Spiegelman en vidéo "Be A Nose!", c'est une collection de croquis des carnets d'Art Spiegelman qui vient d'être éditée outre-Atlantique par McSweeney's. On y retrouve les obsessions psychanalytiques et artistiques de l'auteur de Maus et Breakdowns exprimées sans filtre, ou du moins sans le même gros filtre intellectuel qui caractérise son travail habituel. En tout cas, c'est de ça que ça à l'air quand on jette un oeil à la bande annonce qui anime quelques-uns des dessins trouvés dans ces carnets. Innsmouth de Lovecraft, la comédie musicaleComme le montre l'adaptation ratée de Watchmen : les gardiens dans les salles en ce moment, ce n'est pas parce qu'une adaptation est "fidèle" qu'elle est bonne. Au contraire, les deux termes sont plutôt antithétiques. Prenez l'oeuvre de H. P. Lovecraft. Sa misanthropie en a toujours fait la grande favorite des geeks qui trouvent en elle un réconfort à leur solitude. Un peu comme il trouvent un réconfort à leus troubles existentiels dans l'univers bourré de sens de Watchmen. Comme les geeks sont des gens créatifs, ou du moins comme ils ont du temps à tuer, à travers les années ils en ont réalisé beaucoup, des adaptations de Lovecraft. Des adaptations plus ou moins réussies mais le plus souvent peu fidèles parce que rééllement réappropriées. Peut-être parce que les geeks d'aujourd'hui ne ressemblent tout de même au fond pas tant que ça à un vieil anglais acariâtre et raciste du début du siècle dernier. Ceux qui se font appeler The HP Lovecraft Historical Society, par exemple, enregistrent depuis des années des chansons inspirées de l'univers de leur maître. Et quand un autre geek en prend une pour la mettre en image, ça donne ça, "Fishmen", une version du Cauchemard d'Innsmouth en comédie musicale : |
Discussions en cours sur le forum livres :
|