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L'actualité de Lewis Trondheim, papa de Lapinot et auteur prolifique
Trondheim, Garcia et le Mystère de la Bande Dessinée Je ne savais pas vraiment ce que j'allais lire quand j'ai ouvert Bande Dessinée, Apprendre et Comprendre de Lewis Trondheim et Sergio Garcia, et pas tellement plus ce que j'avais lu une vingtaine de minutes plus tard. J'avais bien vu les deux auteurs se promenerau long de l'abum et énoncer un certain nombre d'évidences sur la BD et ses mécanismes, sans jamais vraiment les expliquer ou les approfondir, mais à quoi donc pouvait bien servir ce livre? Une chose était évidente, il ne s'adressait pas à moi, ni à quiconque s'était déja un peu penché sur la question. Un coup d'oeil à la déclaration d'intention des auteurs m'éclaira : "Nous nous sommes un jour rendu compte, après avoir discuté avec bon nombre de personnes - amateurs de littérature, enseignants, prescripteurs... -, qu'ils étaient ennuyés avec la bande dessinée Celle-ci est très présente dans les librairies, les bibliothèques et les programmes scolaires, mais nombreux sont ceux qui estiment ne pas savoir la comprendre. Notre ouvrage tente d'en recenser les bases d'apprentissage, d'écriture et de lecture Et grâce à ses nombreux exercices, devenez en une heure (ou presque) le roi de la bande dessinée !". Le titre aurait du me mettre un peu sur la voie: cet album est un manuel, pas un essai. Par chance, j'avais sous la main une soeur qui serait le cobaye parfait: elle enseigne, et elle prétend "ne pas savoir lire la BD" (quelque chose que je n'ai jamais vraiment compris). Elle m'a dit avoir trouvé l'album très clair, instructif et pratique, et m'a demandé si elle pouvait le garder. Avec quelques avertissements ("Ne crois pas leurs conneries sur les mangas, et le passage sur l'Obapo, c'est de l'autopromo"), je lui ai donné mon accord. Cet album n'est pas parfait, mais, à ma connaissance, c'est le seul dans sa catégorie, et ce ne serait pas une mauvaise idée d'en mettre un exemplaire dans toutes les écoles. Ou de le lire vous même si, par exemple, vous n'avez jamais compris pourquoi Astérix disait "tête demort-engrenage-petit nuage noir" au lieu de merde, comme tout le monde.Angoulême : Lewis Trondheim crache dans la soupe ? Lewis Trondheim sort grand vainqueur du 33e festival d'Angoulême, cela signifie qu'il dirigera l'organisation dudit festival l'année prochaine, et il a déjà des idées :"Nous allons créer un prix qui distingue la plus belle rencontre entre un dessinateur et un scénariste, ce sera le "Prix Carrefour". Un prix écologique, destiné à remplacer le Prix Tournesol, sera nommé le "Prix Auchan", un prix récompensant les vieux dessinateurs qui n’ont jamais reçu de prix s’intitulera le "Prix Mammouth", enfin un prix récompensant l’auteur qui a eu la chance de vendre plein d’albums alors que sa BD est nulle recevra un "Prix Casino"." Cela a beau être drôle, c'est aussi d'une grande mauvaise foi. Tout festival d'importance est forcé de s'accoller plus ou moins à l'image de grandes marques pour lever les fonds nécessaires à une organisation intéressante. Si la 33e édition du Festival d'Angoulême a pu offrir une programmation aussi large que novatrice, c'est aussi grâce au pragmatisme de l'organisation, qui accepte un forum Leclerc ou un autre Caisse d'Epargne pour pouvoir proposer nombre d'autres expostitions et animations brillantes. D'expérience, il était tout à fait possible de booker les quatres journées de festival du matin au soir de choses nourissantes, sans passer une seconde aux forums de marques. Angoulême a fait montre, cette année comme l'année dernière, d'un joli équilibre entre grand public, capitalisme et découverte exigeante. Et c'est à grâce à cet équilibre que le travail de Trondheim a été récompensé, qu'il accepte le prix de bon ou de mauvais gré. Quant à Leclerc, n'en déplaise aux mauvaises langues, ses supermarchés proposent plusieurs BD indépendantes que des enseignes "culturelles" comme Virgin ou la Fnac boudent de leurs rayons. Même remarque lorsque Trondheim demande l'évacuation de tous les journalistes, genre qu'il "n'aime pas", avant sa conférence de presse. Dans un grand mouvement mélodramatique, il jette dans le même panier les journaleux ignorants pilleurs de banquets et les passionnés qui font ce métier par goût, ceux qui font véritablement vivre et bouger la presse, qui apportent leur pierre au festival et à la BD. Si Lewis Trondheim mérite sûrement son sacre Angoumoisin, il est loin de l'avoir accepté avec classe. |
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