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Les meilleurs voyages sont imaginaires. Ici, tous les bouquins pour passer de bonne vacances dans sa tête. Retrouvez aussi toutes les sélections de Flu dans le dossier Lectures d'été.

Cinq livres qui vous feront détester la plage

Posté par Myosotis le 07.08.09 à 16:50 | tags : short-list, elucubration, lectures de plage

 Marre des tops, des diaporamas, des sujets été à la noix qui vous passent l'envie de lire des romans vraiment déprimants, pluvieux et sans SEXE du tout.... Plus que quelques semaines à tenir avant que ne débarquent les remorques de romans, essais, romans, romans, romans de la rentrée littéraire. Juste un petit classement pour la route, un dernier petit classement ensoleillé, une petite liste anodine, sympa, qui donne la pêche et le teint halé. Lire à la plage. Ne pas lire à la plage. Lire des livres qui sentent la plage ou qui parlent de la montagne. Des livres trash, drôles, tristes, des polars. On les a tous fait, les tops, les classements ? Il n'en reste aucun. - Mais comment faire l'année prochaine. Misère du journalisme. Les livres qui vous aideront à haïr la plage ? - On l'a pas celui-là. C'est parti alors.

 

5. Corps de femmes, regards d'hommes de Jean-Claude Kaufmann : Ahhh Kaufmann, ses délires sur les tâches ménagères et son best seller en poche culte "Corps de femmes, regards d'hommes" ou la sociologie des seins nus. Huit ans après, on a jamais trouvé mieux pour décrire précisément ce qui se passait autour de notre serviette de bains. La couverture du Poche est excitante comme un film porno avec son petit sein doré qui prend la lumière. A suivre dans nos magazines de l'été cette année : pourquoi les jeunes générations ne se mettent plus seins nus ? Souci éthique ? Pudeur ? Peur de perdre les tétons brûlés ? Cancer de la peau. Relisons Kaufmann : le sein nu (et la chatte à l'air non épilée...), c'est la liberté ! Olé.

 

4. Web de John Wyndham. Dernier roman de Wyndham avant sa mort, Web raconte l'histoire assez moderne d'une colonie d'idéalistes venus s'implanter sur une île du Pacifique rachetée par un milliardaire pour démontrer que, malgré les guerres, le crime, la jalousie, l'homme peut refonder une civilisation sur des valeurs sympas. Wyndham fait son trip hippie pendant quelques dizaines de pages avant que l'île ne révèle sa vraie nature : elle est pleine d'araignées.... Beurk.

 

3. La Tempête de William Shakespeare. Là encore, la plage n'est pas aussi sympa qu'on croit. Prospéro s'emmerde sur son île et l'île est hostile : des fées, des esprits, un gros monstre gentil en Caliban, des tempêtes mais aussi l'amour. Et l'amour à la plage... évidemment. Mais il faut dire à la décharge de Shakespeare que la pièce a été jouée pour la première fois en 1611, date à laquelle le tourisme balnéaire n'existait pas sous la forme actuelle. La pièce reste une merveilleuse création onirique, un chef d'oeuvre de drame, de fantaisie et de réflexion sur ce qu'est l'art.

 

2. Robinson Crusoé de Daniel Defoe. D'après un récent sondage, un certain nombre de personnes confondent aujourd'hui en Angleterre Daniel Defoe et Willem Dafoe, l'Antichrist aux fesses fermes de Lars Von Trier et le méchant Bouffon Vert de Spiderman. C'est tout de même un comble mais c'est vrai que Robinson Crusoé a tout juste 290 ans et que les jeunes générations trouvent un peu lointaine cette histoire d'île déserte depuis que Tom Hanks lui a fait un sort moderne au cinéma. Lire Robinson Crusoé, cela reste magique. Mais lire Robinson Crusoé au Cap Ferret ou à Valras, c'est un peu naze.

 

1. La Plage d' Alex Garland : Quoi qu'on en pense (surtout si on a vu le film), la lecture de La Plage d'Alex Garland reste après des siècles un souvenir de lecture magnifique. Avec Fight Club de Palahniuk en version trash, le livre reste l'épopée néohippie la plus cruelle de ces vingt dernières années. Même s'il faut maintenant dépasser le traumatisme de Leonardo DiCaprio embrassant Virginie Ledoyen sur du New Order de mauvaise facture pour le lire, La Plage est un grand livre, à lire quand on est revenu et qu'on commence à avoir la nostalgie des cocotiers, des seins nus et du surf.

 

BONUS : Pourquoi toujours des bonus dans les classements de 5 ? Parce qu'on a essayé de faire un classement de 10 et qu'on n'a pas réussi. Du coup, il en reste un autre mais qu'on s'est tout de même pas embêté à trouver pour rien !

Martine ou Caroline et ses amis à la plage/ Oui-Oui à la plage : Indissociable souvenir des vacances en famille. Martine (la best seller du livre de lecture), Caroline, sa cousine par alliance et puis Oui-Oui. Ils ont bien vécu. Placés en institution aujourd'hui mais cela n'empêche pas leurs aventures d'être rééditées. Tous ces emmerdeurs allaient à la plage dans le temps. Ils jouaient à la balle, sautaient dans les vagues, faisaient des châteaux de sable. Ils avaient un chien et même des amis. Ils portaient souvent des maillots de bains rouges pour être plus visibles et parfois... se perdaient avant d'être retrouvés par leurs parents. Martine à la plage, c'était la revanche de Martine à l'Ecole, Martine fait du vélo ou Martine apprend la potée au chou. Maintenant, Martine est loin, si loin. Nous sommes seuls à la plage et il n'y a guère plus que Marc Levy qui s'en souvient encore.




10 romans policiers (de poche) pour l'été

Posté par Céline le 23.07.09 à 09:49 | tags : short-list, lectures de plage, poche

Intrigues bien ficelées, personnages sexys, descriptions flippantes : le polar a la cote en ce moment. Pour vous aider à vous y retrouver dans la masse des ouvrages parus sous ce label, Flu a sélectionné pour vous 10 titres qui ont tous l'avantage d'être en format poche : bien moins embarrassants donc qu'un cadavre...

 

La bonne nouvelle, c'est qu'avec le polar, la qualité est au rendez-vous. Que l’on parle de notre chouchou Darling Jim ou d’à peu près tout ce qu’on a lu dans les deux collections Pocket et 10/18 (les deux principaux éditeurs de polars en poche du marché français), le niveau moyen du polar est très nettement supérieur à celui de la littérature dite générale. Il y a assez peu de style ici (on n’a pas choisi les meilleurs ?) mais beaucoup de savoir-faire, une technicité indéniable qui permet aux ouvrages d’atteindre leurs objectifs : faire peur (un peu), tenir en haleine (toujours) et nous mettre dans les pas d’un enquêteur (re-toujours) duquel on se sentira un temps proche dans la (dé)veine.

Retrouvez la sélection des 10 polars de poche de Flu.

Et plus de tops dans notre dossier Lectures d'été.







Cinq raisons DE LIRE à la plage

Posté par Myosotis le 13.07.09 à 10:00 | tags : lectures de plage, elucubration

Suite et fin de notre "pour ou contre" régressif et estival. Qu'on s'entende : je n'aime pas la plage, pas l'eau salée, pas le soleil et globalement pas la mer. Mais le débat n'est pas là. Bien sûr il vaudra toujours mieux lire en eau douce qu'en eau salée (le sel attaque les pages, fait des doigts plus petits, et laisse un mauvais goût sur les lèvres), au lac qu'à l'océan (il y a des arbres et pas des parasols) mais il s'avère que beaucoup de français pensent autrement et décident coûte que coûte chaque année de se précipiter vers ces côtes que nous avons si belles paraît-il et de s'y abîmer le cuir. Si les bonnes raisons de ne pas lire à la plage ne vous ont pas convaincu d'arrêter, d'abandonner votre Marc Lévy ou votre Fred Vargas, votre Guillaume Musso ou Irvine Welsh, c'est sûrement pour l'une de ses 5 bonnes raisons de lire à la plage.

 

1. On peut zieuter les filles/mecs sans passer pour un mateur : le coup du coup d'oeil par dessus le livre est une technique que tout bon lecteur apprend dès l'âge de 6 ou 7 ans. Cette technique atteint son maximum d'efficacité lorsqu'elle est pratiquée à la mer. Là, vous pouvez zieuter à peu près ce que vous voulez et ce que vous aimez : le cul balourd d'une vieille nana, les petits seins qui pointent d'une gamine de 12 ans (sic), les tablettes de chocolat d'un Thierry Henry du Cap d'Agde au short tendu sous le slip, le colloque des jeunes filles en fleur qui débattent de leurs affaires du soir à l'ombre du parasol. Le livre, de bon format, vous autorise toutes les audaces, toutes les indiscrétions. Le tenir bien droit près du corps : zieuter à droite en fin de chaque ligne en passant le nez par la lisière des pages, ou plus classiquement, en l'éloignant de vous, par dessus, à votre convenance. Lire à la plage c'est érotique. 

 

2. On s'emmerde un peu moins qu'en restant sur le sable comme une crêpe. Chose étrange mais remarquable si on n'aime pas tant que ça la mer : lire à la plage permet de s'évader de ses propres vacances.... L'objectif est étrange si l'on considère que les vacances sont elles-mêmes un moyen de s'évader de sa propre vie, s'évader de l'évasion n'en reste pas moins quelque chose de salutaire. Il ne faut pas oublier que le chef en moins, les vacances sont parfois aussi chiantes que l'année régulière. Pour beaucoup, avec la femme et les enfants, elles ressemblent même à des play-offs de fin de saison, le moment où on va devoir se farcir toute la bêtise de ses proches, tout l'ennui et la pesanteur d'une année accumulés. Lire à la plage permet d'une part de résister à la plage elle-même et, d'autre part, de résister à ceux avec qui on s'y trouve.

 

 

3. C'est plus facile de lire à la plage qu'à la montagne : la bonne raison ne l'est pas vraiment mais à tout craindre, mieux vaut lire sur le sable, même chaud, sur une serviette, sur un matelas gonflé et bleu de 4 centimètres, qu'à la montagne. Les rochers font mal au dos. Il faut se trimballer le pavé sur les dénivelés insensés que nous suggère d'affronter notre conjoint(e) fan de randonnée. Lorsqu'on lit en montagne, recroquevillé sur un rocher qui tente de s'inventer des aspérités pour nous transpercer l'anus, on se tortille, on plie les jambes et on se rapproche dangereusement de nos propres chaussures de randonnée, ensaucées par les kilomètres, et qui dégage une odeur de fox-terrier mort. Avec les doigts en éventail, tout ceci ne peut arriver. Avez-vous déjà essayé de monter le Rouge et le Noir en haut du Ventoux ? Lire à la plage, c'est naze mais ce n'est pas ce qu'il y a de pire.

 

4. C'est ça ou le jokari : l'argument se suffit à lui-même. La plage, ça craint et la lecture peut vous sauver la mise, vous donner l'impression que vous n'aurez pas tout perdu en essayant de vous choper un cancer de la peau. Notez d'ailleurs que si vous lisez un livre (et contrairement à toutes les vieilles peaux qui hantent les plages de Nice et de la Côte d'Azur) vous avez de bonnes chances d'éviter l'effet "peau parcheminée" qui va avec l'exposition au soleil. Le livre, c'est mieux qu'une crème indice 7. Donc la lecture, oui, c'est mieux que le jokari, mieux que le volley avec des nanas qui ne veulent pas coucher avec vous et qui ne savent PAS jouer, c'est mieux que la baignade dans une eau gorgée d'huiles et de méduses, mieux que de faire des patés de sable idiots avec votre fils d'un an, mieux que de porter la glacière ou que d'acheter des chouchous, mieux que de mater les culs, mieux que de fumer des cigarettes et les enfouir sous le sable, mieux qu'à peu près tout ce qui peut se pratiquer à la plage.

 

5. On peut penser à des trucs horribles/érotiques/supernégatifs EN SLIP sans que personne en sache rien : L'un des privilèges premiers et traditionnels de la lecture s'apprécie encore plus quand on est à la plage, c'est-à-dire en slip ou en maillot de bain deux pièces. C'est l'idée de penser du mal/bien des autres dans le plus simple appareil, dans un environnement naturel et ouvert alors qu'ILS ne se doutent de rien. L'opération rejoint parfois notre raison 1 mais peut surtout être stimulée par le livre que vous choisirez. Un petit Bret Easton Ellis, Glamorama au hasard, vous donnera des envies de baiser à tout va, un début d'érection (?) et des envies de meurtre qui vous permettront de vivre secrètement une petite aventure morbide tandis que la plage s'égaye dans votre dos. L'un de nos livres tristes fera de vous un être unique et absolument seul alors qu'il n'y a pas cinq centimètres pour étendre votre serviette. Vous pourrez aimer, tuer, baiser, cracher, péter en secret. La lecture est seule à vous offrir cette occasion d'être reconnu à votre juste valeur, dans votre individualité la plus stricte et la plus infâme. Lire à la plage fait de vous un être irremplaçable, si vous lisez ce qu'il faut bien sûr.

Travaux pratiques en ce qui me concerne, du 1er au 15 août près de Loctudy en Bretagne. (Musique des Dents de la mer....)

Voir aussi :

Cinq raisons de ne pas lire à la plage

Le top des livres drôles




Cinq raisons de NE PAS LIRE à la plage

Posté par Madeleine le 12.07.09 à 10:00 | tags : elucubration, lectures de plage

Les vacances : période idéale pour s'attaquer à tous ces livres qui sommeillent sur l'étagère depuis des mois. Pourtant, se coller à un bouquin sur la plage, ça devient vite très compliqué.

 

Problème n°1 : le soleil. Aujourd'hui, c'est un jour pair. Et les jours pairs, on bronze sur le dos. Avec ou sans lunettes, on n'y voit pas grand-chose. On positionne savamment le bouquin dans l'axe précis soleil / yeux, mais résultat, on attrape vite mal au bras. Et au bout de deux pages et demi, on regrette d'avoir laissé son mp3 à la maison.

Problème n°2 : les grains. Aujourd'hui, c'est un jour impair. Et les jours impairs, on bronze sur le ventre. Un coup de vent, un enfant qui passe en courant, et ça y est, quelques sales grains de sable se sont coincés entre les pages - avec un peu de chance, elles seront même froissées. Le livre crisse, c'est agaçant.

Problème n°3 : les gouttes. Dix minutes plus tard, le même enfant revient de la baignade, et glisse au passage sur le coin de notre serviette. Et ploc, en plein sur la page 24. Le livre est gondolé, c'est moche.

Problème n°4 : le bruit. Après s'être ainsi dépensé, l'adorable a faim, bien sûr, et il le fait comprendre à haute voix. Depuis cinq minutes, on fronce les sourcils sur le même paragraphe. Déjà que Maupassant, il faut prendre son élan pour le traverser, mais avec ces hurlements... Donnez-lui un B.N, un croûton de pain, quelque chose !

Problème n°5 : la tentation du sommeil. L'affamé a plié bagage, on est enfin passé au chapitre 3 du Horla, lorsque le regard divague, les paupières s'alourdissent... Non, il faut tenir au moins jusqu'à la fin de la page... Un instant plus tard, il est 19 heures.

 

Pour ceux que les lectures de l'extrême ont écoeurés pour de bon, il existe peut être une solution: le livre qui s'écoute. Car désormais, les best-sellers et les classiques s'achètent aussi en format mp3 (Les Audiolib par exemple). Sinon, pour les puristes et les téméraires, il y a la sélection de l'été de Flu : voir notre le top des livres drôles et celui des livres tristes. A vous de voir.

 

Lire aussi les cinq raisons de lire à la plage

Photo: Romain Duris et Aïssa Maïga dans le film L'Age d'homme.




Lectures drôles, lectures tristes : la sélection de Flu

Posté par Céline le 08.07.09 à 15:14 | tags : lectures de plage, short-list

Parce qu'il est essentiel d'accorder nos lectures à nos humeurs, la rédaction Livres de Flu a concocté deux petites sélections pour vous faciliter la tâche.

 

Ceux qui veulent se marrer (ou qui au contraire ont besoin de retrouver le moral) pourront consultez notre top des livres drôles. De Pétrone à Michel Faber, d'excellents écrivains ont pris le parti de l'humour : absurde, jeux de mots, comique de situation, blagues potaches... les mots jaillissent et les rires fusent.

Ceux qui préfèrent la pure émotion (ou qui ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas si mal lotis) trouveront leur bonheur (!) dans notre Top des livres tristes. C'est plus efficace qu'un téléfilm sur mère courage, plus utile surtout. Steinbeck, Emmanuel Carrère, Albert Cohen et les autres vous font sortir vos mouchoirs.

 

Voir aussi :

Le diaporama des livres pour voyager sans bouger
Le diaporama des meilleurs livres écolos
10 livres subversifs à planquer en cas de perquisition




Le tour du monde avec Marc Levy

Posté par Céline le 07.07.09 à 10:03 | tags : lectures de plage, roman, best-seller, news

Il faut mettre au crédit de Marc Levy l'envie d'avoir voulu ouvrir les vannes du récit et de l'imagination. Après huit romans sentimentaux qui bougeaient assez peu de leur canapé littéraire, Le Premier Jour sonne comme la première tentative de l'écrivain star d'aller voir ailleurs. De quoi faire changer de bord notre célèbre détracteur de Marc Levy ? Verdict.

 

Levy en avait marre de Londres et Paris. Il ne fait qu'y passer ici (les héros y ont leur base arrière), même si cela nous vaut quelques belles pages sur les Vélib ou les universités anglaises. Le nouveau roman de supermarché est mondial, Levy nous fait voir du pays, quitte à ce qu'il y ait des avions qui décollent avant d'atterrir et qu'on perde la couche d'ozone au milieu. Il voulait voir le monde et passer la vitesse supérieure : le roman d'aventures lui tendait les bras. Pour le reste, la littérature, le suspense, etc, il faudra attendre encore un peu.



Les livres pour l'été : découvrez notre sélection et proposez la vôtre !

Posté par Céline le 08.06.09 à 11:27 | tags : best-seller, lectures de plage, short-list
A l'approche de l'été, n'oubliez pas qu'il existe bien une alternative aux gros titres distribués en masse dans les Relay des gares - la saga Twilight, le dernier Musso ou la biographie de Sardou... Tentez le putsch, soit en vous fiant à notre sélection, soit en conseillant vous aussi des lectures pour l'été !
 

Cette année, Flu vous propose une dizaine de titres qui ont en commun de vous faire découvrir un pays loin des clichés et de toutes les idées reçues. Pour faire le tour du monde en quelques livres, consultez notre galerie de romans pour voyager sans bouger.


A venir également : une galerie des meilleurs livres de poches pour l'été, sélectionnés par les lecteurs. Proposez dès maintenant vos lectures de poche pour l'été, en passant par ici !
(Précisez le titre et l'auteur de l'ouvrage qui pourra être présenté en une ou deux lignes).

 

Voir aussi :
Toutes les lectures d'été
Les 5 best-sellers auxquels vous n'échapperez pas cet été



5 best-sellers auxquels vous n'échapperez pas cet été

Posté par Myosotis le 22.05.09 à 19:11 | tags : lectures de plage, élucubration, short-list, best-seller
A l'approche de l'été, les meilleures ventes de livres prennent comme chaque année une tournure particulière, même si cette année, crise oblige, les professionnels de l'édition l'admettent : le français lit moins ou achète moins de bouquins ce qui revient à peu près au même. Décryptage des tendances estivales à venir à travers 5 titres qui cartonnent actuellement en librairie :

 

1. Méthode de musculation d'Olivier Lefay, 110 exercices sans matériel : c'est un best-seller inattendu, publié en 2004 chez Amphora, et qui, comme souvent l'été, fait sa réapparition dans les classements. "L'originalité de cet ouvrage est d'associer un concept de musculation inédit et efficace à des illustrations très séduisantes et de grande qualité. Le lecteur sera convaincu autant par la pertinence des exercices et de la méthode proposés que par l'aspect graphique de l'ouvrage, présenté en grand..." En 26ème position des ventes FNAC cette semaine, l'ouvrage montre que les hommes lisent (les pauvres) et pas n'importe quoi. Les femmes ont les magazines minceur, les hommes des livres de muscu enseignant des exercices qu'ils ne feront jamais...

Lire la suite sur Fluctuat




52 : la saga sitcom des outsiders DC

Posté par Myosotis le 21.08.07 à 10:52 | tags : comics, lectures de plage, vo

Avant qu'il ne soit trop tard pour vous, et parce que la période s'y prête (rien de tel qu'un petit comics sur la plage pour passer pour quelqu'un d'irresponsable, mégacool, décérébré et ouvert à toutes les expériences multipartenaires), il est encore possible de vous précipiter en kiosque pour rattraper les 3 numéros de la série 52 sortis ces derniers mois. A 4 euros et quelques le numéro (pour 40 minutes de lecture x 3, donc), l'investissement n'est pas si mauvais et peu aisément être comparé à la lecture de qui vous savez (ML, le hérisson & co).

Evénement de l'année 2006 chez DC Comics, 52 a non seulement réussi à assurer une bonne part du bénéfice commercial des adversaires de la Maison des Idées, mais démontré que son format original (1 numéro par semaine sur 52 semaines - d'où son titre, enfin, je suppose) était artistiquement tenable. Il aura fallu pas moins de 4 équipes de scénaristes pour venir à bout du défi et présenter un magazine ponctuel et de qualité, que la sortie française nous offre dans un format sensiblement différent (4 numéros rassemblés par mois sur 13 mois), ce qui n'est pas plus mal.
Du scénario de 52, on ne dira pas grand chose si ce n'est qu'il se présente comme un univers transitionnel où les principaux héros de la franchise DC (Superman, Batman et WonderWoman) sont pour des raisons diverses (perte de pouvoirs, crise métaphysique, année sabbatique ! - voir Infinite Crisis) allés voir ailleurs. Le terrain est devenu libre pour les héros de seconde zone, les seconds couteaux du super-pouvoir, ceux qui ont du mal à vivre de leur art et n'ont jamais fait les premiers titres des journaux.

Du coup, c'est un réel plaisir de suivre la résurrection de personnages dont on ne soupçonnait plus même l'existence et de se laisser paumer dans et par une succession de tableaux (4 "héros" constituent 4 fils narratifs qui se rejoignent) dont on trouve les sources un peu partout dans l'univers DC mais aussi dans le modèle des sitcoms télé (Friends, Heroes qui a raflé la mise au même moment) ou de la BD indépendante (le Top Ten d'Alan Moore). Parmi ces personnages venus de nulle part et qui occupent ici les premiers rôles, on marquera une préférence pour le déchirement d'Elongated Man, qui a, au début du récit, perdu sa femme, pour la lesbienne alcoolo Renée Montoya et pour le mystérieux homme sans visage, The Question. On aura aussi une pensée pour BatWoman, le méchant Black Adam et pour toutes les trouvailles scénaristiques qui font de la saga 52 une entrelacs de récits, histoires et sous-contes tout à fait passionnant.

Il reste néanmoins à parier que ceux qui avaient pris l'habitude de lire les comics en roue libre et avec une petite partie de leur cerveau, ceux qui ne peuvent pas suivre plusieurs choses de front, ceux qui se croient trop intelligents pour s'attacher à des hommes et femmes en collants, se perdront en route. Rappelons le : il y a plus à gagner en se lovant dans la soie de l'araignée qu'à péter avec élégance dans celle du hérisson. (proverbe sarthois)




Pour votre bien, ne lisez pas à la plage

Posté par Myosotis le 10.08.07 à 13:11 | tags : lectures de plage, jeux littéraires, elucubration

En plus d'être un lieu de perdition pour le corps (infidélité, cancer de la peau, méduses, chichis,...), la plage l'est souvent aussi pour l'esprit. On y lit beaucoup parce qu'on s'y ennuie, dans des positions inconfortables et qui mettent la colonne vertébrale et les yeux en péril faute d'une préparation suffisante ou tout simplement parce qu'on croit que, devant tant de beauté, rien ne peut nous atteindre.
Mais on y lit surtout mal et n'importe quoi. Au hit-parade des ventes de l'été, entre Marc Lévy (toujours lui), Guillaume Musso (son double caché) et l'Elégance du Hérisson (un roman détestable qui ferait passer Amélie Poulain pour du Haneke), figure toute une série de manuels de jeux, de collection de quizz et de tests stimulants pour le cerveau. L'homme des plages aime, en effet, entre deux baignades, à se prouver qu'il n'est pas totalement idiot (pourquoi le serait-il? tout ne porte-t-il pas à croire que son attitude est normale ?).

Parmi les titres qui marchent du feu de dieu, je me suis procuré les 101 Jeux de Culture Générale de Jean-Pierre Colignon et Hélène Jest, le bouquin à 6 euros, qui est un peu le pendant papier des tests qui visent à calculer (on en fait la publicité à la télévision) l'âge réel de votre cerveau.
Les questions sont assez ardues parfois et peuvent se lire à la file comme autant d'interrogations écrites d'un vieux prof de lettres, venu exprès pour vous gâcher les vacances. On peut s'étonner du reste que les gens normaux aient le besoin permanent de s'évaluer et de se mettre au défi partout où ils vont de répondre à ces questions absurdes, de boucler telle ou telle grille de sudoku, de franchir des niveaux en matière de mots croisés.

Même à demi nus et sur la plage, l'entraînement continue, dissimulé sous des airs de divertissement chiche : l'homme est une machine de guerre qui doit être alimentée, une machine composée de doutes agglomérés que tout un chacun doit affronter, lever, achever afin de pouvoir se regarder en face. Contrairement aux apparences, l'homme des plages ne se demande pas, lorsqu'il prend un bain de soleil, s'il est le plus beau (il VOIT bien que ce n'est pas le cas) mais interroge le miroir pour savoir s'il n'est pas le moins con. Quizz, Quizz, murmure-t-il honteusement à l'ombre de son parasol, Dis-moi que je vaux mieux que ça ?

Dis-moi que je vaux mieux que ce que je vois de moi ? Une grille de sudoku existentielle, une de mots croisées salutaires, un test réussi et c'est un supplément de confiance et de vie qu'on achète. La plage n'est pas, contrairement à ce qu'on croit, le lieu des corps qui rient, mais celui des cerveaux qui pleurent.

Question : La couleuvre d'Esculape qu'on aperçoit sur les caducées possède la particularité d'être :

a) un bon grimpeur que l'on peut rencontrer posté dans les arbres et arbustes
b) d'avoir un venin recherché autrefois, car il était à la base de nombreux médicaments
c) redoutablement venimeuse et redoutée par les apothicaires, qui ne disposaient d'aucun antidote pour sauver la personne mordue




Dagerman, l'île déserte et la confrérie des suicidés

Posté par Myosotis le 04.08.07 à 09:54 | tags : lectures de plage, roman

 

 

Stig Dagerman, en voilà un bon compagnon pour l'été. Petit prodige des lettres suédoises, auteur d'un premier roman bluffant, Le Serpent, à 22 ans, plein de style et de peur, Dagerman est le genre d'auteur qu'il fait bon lire sur la plage, entouré de gens (une foule) pour lesquels on pourra éprouver rapidement du mépris.
Dagerman est l'écrivain de l'angoisse, de la culpabilité venue d'ailleurs. Anti-nazi forcené, parfois anarchiste, il incarne, dans son second métier de journaliste, une forme de Nouvelle Vague suédoise, éprise de liberté et insoumise.

Dans ses romans, dont le meilleur est sûrement l'Ile des Condamnés (l'histoire de quelques personnes - un boxeur, un capitaine,... qui échouent avec leurs névroses sur une île déserte et sombrent individuellement dans la solitude et l'incommunicabilité), Dagerman développe une écriture qui est réaliste, précise mais réellement bâtie sur du sable. Le recours aux images est permanent et l'angoisse habite tellement les "héros" qu'ils s'en retrouvent traversés par des visions au caractère obscur. Dagerman n'est clairement pas une lecture légère mais affiche dans son écriture une force et une puissance cinémique (puissance développée par les images) hors du commun.
Avec de telles manières, la carrière de Dagerman s'achève tôt (il se suicide dans un dispositif classique et glauque garage/gaz/voiture/asphyxie) à 31 ans après avoir quasiment arrêté d'écrire quelques années auparavant. Cette fin tragique le fait évidemment entrer dans la légende et appelle des connexions avec l'un de ses auteurs cousins : le français Albert Camus. On poussera jusqu'à l'italien Gadda pour trouver autant de noirceur, de pessimisme et de réalisme sur la condition humaine.

"J'aspirais à une paix, une paix profonde, au delà de toute raison... la paix que peut seule procurer une solitude innocente, la paix d'un homme innocent et solitaire qui n'a abandonné personne,n'a trahi personne pour rester seul, seul loin de toutes ces histoires de sang et de souffrance, sans que quiconque puisse l'en rendre responsable. Et je pressentais déjà clairement qu'il devait exister un lieu sur la terre, un désert quelque part où une telle solitude était possible, ou plutôt un endroit dans ce désert, pas une banale oiasis non, un endroit encore plus plein de sable, plus brûlant, plus intenable que tous les autres points de ce désert de sable, déjà si brûlant et si intenable; et si je ne me tiens pas à cet endroit, c'est que je suis encore à sa recherche, et si je ne le trouve pas, bien que j'aie l'impression d'avoir fouiné au creux de toutes les dunes - alors messieurs, je vous demande de me crucifier, car je suis plus coupable que tous les autres, non parce que j'ai mal agi, mais parce que les reproches que je m'adresse à moi-même, le sentiment de culpabilité et les douleurs qui m'assaillent ont été portés chez moi à une température plus élevée que chez tous les autres.

Monologue de solitude de Lucas Egmont et bel exemple de l'écriture brillante de Dagerman dont on découvrira avec bonheur l'article phare et terminal Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.

Consultez la fiche des oeuvres de Stig Dagerman sur fluctuat :
- Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

- L'île des condamnés 




Paul McAuley : Conséquences de l'identification des schémas

Posté par Maxence le 03.08.07 à 10:11 | tags : lectures de plage, polar, robert laffont, science-fiction
Vous vous souvenez de William Gibson et de son Identification des Schémas traduit au Diable Vauvert en 2004, dont vous trouverez une très bonne chronique ici ? Et bien on pourrait facilement le rapprocher de cet excellent Glyphes de Paul McAuley, à une différence près tout de même, le processus "d'indentification" intervient ici à l'envers. Dans Identification des Schémas, Cayce Pollard l'héroïne de Gibson, était capable de deviner d'un seul coup d'œil si un logo s'imprimera sur votre rétine, et surtout, dans votre inconscient.

Dans Glyphes se sont les signes qui reconnaissent le système nerveux humain et s'y inscrivent brutalement, parfois irrémédiablement. Dans le roman de McAuley, Alfie Flowers, photographe freelance, est sensible aux motifs actifs appelés "glyphes" par les spécialistes. Ces formes dont les propriétés fascinantes ne sont connues que de quelques personnes, sont les reflets des motifs entoptiques codées dans notre cortex cérébral, ceux que nous voyons quand nous fermons les yeux très forts ou mettons nos poings sur nos paupières en appuyant.
Problème, ils ont un pouvoir de suggestion capable de subvertir toute volonté humaine. Utilisé à l'occasion de pratiques rituelles depuis l'aube de l'humanité dans la région qui deviendra l'actuelle Irak, ces glyphes et leur pouvoir de suggestion n'intéresse pas que les archéologues et les scientifiques. C'est ce que découvre Alfie Flowers après avoir photographié un glyphe dans les rues de Londres. Il pense avoir découvert une piste sur la disparition de son père, lui aussi photographe, mais aussi espion au MI6 durant la guerre froide et se retrouve traqué par des mercenaires, des membres des services spéciaux et des savants fous.
 
Sur cette base digne du thriller de plage le plus banal, Paul McAuley signe un excellent roman d'aventure. Plus fantastique que réellement science-fictionnesque malgré sa parution dans la fameuse collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont, Glyphes est aussi remplie de références archéologiques et abordes les dernières théories en ce domaine (l'hypothèse magique et chamanique des gravures et peintures préhistoriques, entre autre). Son auteur nous emmène également des rues de Londres à celles d'Istanbul, du bidonville de Diyarbakir aux plaines de l'Irak en guerre et au Kurdistan. Plus encore, Glyphes est un voyage dans le temps, celui du bassin de la Mésopotamie, les grands empires sumériens, babyloniens et assyriens. Des civilisations et des sociétés puissantes et déjà organisées en administration, régnant sur le monde connu tandis que les indigènes de l'Europe étaient encore vêtues de peaux de bêtes et se barbouillaient de sucs végétaux (p.253). Ces qualités littéraires et cette érudition n'étonneront pas ceux qui connaissent déjà Paul McAuley, auteur du très bon Les Diables Blancs, traduit l'an dernier dans la même collection, mais surtout des Conjurés de Florence, une uchronie autour de la vie de Léonard de Vinci, et Féérie, un brûlot controversé qui lança le genre cousin du cyberpunk en ces temps de biotechnologies triomphantes nommé "Biopunk".

Et le rapprochement avec William Gibson dans tout ça ? Si l'on excepte la similitude du thème logotypes/glyphes spécialement conçu pour orienter la volonté de celui qui les regarde et de nombreux intérêts communs (la même fascination pour la façon dont les technologies de pointe finissent toujours par trouver le chemin de la rue, la même obsession pour la communication, son histoire et ses codes sous-jacents et une passion partagée pour les théories de la conspiration), il tient surtout dans le mécanisme narratif de McAuley.

Dans Glyphes comme dans Identifications des Schémas, l'intrigue prend son temps, McAuley excelle dans les descriptions savoureuses du Londres contemporain et de ses personnages évoluant dans le "demi-monde du travail indépendant" (comme il l'écrit lui-même). Le récit s'enrichie des pérégrinations de ses personnages, des intrigues souterrains des services secrets, de l'histoire des religion et de notre héritage historique. A la manière de la meilleure science-fiction (au sens large), il ne s'agit pas ici d'une vaine tentative d'accrocher le lecteurs avec force effets pyrotechniques, mais d'ancrer le récit dans un tout. En plus d'être un excellent thriller et une parfaite lecture de plage, Glyphes procure le sentiment de lire un roman global et profondément humain dans lequel la trame n'est pas une excuse pour un étalage de délire SF, mais une base de réflexion sur la magie et la science, la religion, la nature de l'espèce humaine et la manière dont celle-ci, de tout temps, a bâtit des empires dont le principal vecteur d'expansion est la communication.

Paul McAuley
Glyphes
Robert Lafont
(coll. Ailleurs & Demain)





Holy Smoke : du tabac, rien que du bon tabac

Posté par Myosotis le 02.08.07 à 11:22 | tags : essai, lectures de plage, rentrée 2007, roman

 

 

Ceux qui profitent de l'été pour arrêter de fumer éviteront à tout prix de croiser ce livre essai brillant et monumental (400 et quelques pages) consacré au plus grand serial-killer de tous les temps : le tabac. Considéré comme l'un des plus grands écrivains cubains de tous les temps (il est mort il y a 2 ans), Guillermo Cabrera Infante, qui a reçu le prix Cervantès (l'équivalent du Nobel de littérature hispanique), est un homme à qui l'on doit le célébrissime La Havane pour un infante défunt, parcours érotique dans Cuba, ou encore les Trois tristes tigres, et dont la vie fut marquée évidemment par la révolution cubaine et la mise en place du gouvernement castriste. Infante, épris d'indépendance et fin analyste des moeurs locales dans son oeuvre, s'exilera à Londres en 1965 et sortira cet Holy Smoke qui fut écrit directement en anglais en 1985 depuis sa retraite, avant de prendre un statut légendaire au fil des traductions et non-traductions (ce qui aura été le cas en français jusqu'à aujourd'hui).

Que le livre soit écrit en anglais ne surprendra pas outre mesure tant cet éloge du tabac et du cigare (aucun message de prévention repéré ici, on peut y aller sans crainte) est adossé à la culture anglo-saxonne et à l'âge d'or du cinéma hollywoodien en particulier. Si le livre, mi-journal, mi-essai, démarre par le récit quasi épique de la découverte du tabac et des "hommes cheminée" par un marin de Christophe Colomb appelé Rodrigo de Jerez (cette partie historique est passionnante), Infante ne tarde pas à embrayer sur le véritable objet de son étude : le cinéma, la littérature et leurs rapports avec la plante magique. Plus d'un millier de films sont sûrement convoqués ici, tandis que l'auteur appelle évidemment pour servir son propos des extraits de tout ce que la planète compte d'artistes, écrivains ou hommes politiques fumeurs. On parle histoire du cigare donc, mais aussi, puisqu'on est dans un essai complet, des cigares explosifs et de leur utilisation dans les films comiques; on parle du jeu propre du cigare dans le cinéma d'Orson Welles (signe de puissance ou de décadence morale), ou encore du rapport de la bibine et de la pipe dans l'oeuvre complète d'Edgar Allan Poe. My Fair Lady, James Bond contre Docteur No, Alice aux Pays des Merveilles donnent lieu à autant de volutes digressives tout à fait inattendues et jouissivces. L'art de Guillermo Cabrera Infante est de nous faire passer cet exposé ultradocumenté avec la légéreté d'un roman de plage ou d'un nuage de fumée, l'humour servant parfaitement l'érudition immense et le plaisir savant qui se dégage de cet Holy Smoke. Toute la culture anglo-saxonne ou presque est balayée ici avec une grâce et une ferveur que seule peut lui témoigner un étranger au point que le voyage prend parfois des allures de trip hallucinogène. La succession des images, des vers et des hommes convoqués provoque un vertige mémoriel qui peut s'apparenter à la sensation de tête qui tourne et de plaisir ivre qui accompagne la consommation du tabac par celui qui en a décroché depuis quelques temps. On sent l'esprit qui s'élève en tournant sur sa propre intelligence et le corps qui devient réceptif au moindre mouvement de l'air.

Holy Smoke est un livre qui, à lui seul, donne envie de se mettre à fumer ou ce qui revient au même ici A NE LIRE QUE DE BONS LIVRES. Faut-il y voir une explication de sa traduction tardive ? En cela, c'est un livre aussi classe que sulfureux et dérangeant. Avec nos airs de Brando de fête foraine ou de Marlène Dietrich de la banlieue nord, on a un mal fou à ne pas se la jouer comme ce personnage qu'évoque Infante, rien que pour le plaisir de faire frissonner la défiance et le mal en nous. "Dans les Anges Sauvages (The Wild Angels), Bruce Dern, un motocycliste shooté en phase terminale qui a fumé de l'herbe toute sa vie adulte, exprime une dernière volonté urgente : "Quelqu'un en a-t-il une régulière?" Il se réfère évidemment à une cigarette." Montrée, écrite ou prononcée avec morgue ou érotisme, ce genre de séquence visuelle ou verbale aura, quoi quoi y fasse, toujours une supériorité érotique sur un prêchi-prêcha moraliste. C'est beau un cancer de la gorge la nuit ?

 

 




Jean-Jacques Antier : L'écrivain de la mer

Posté par Easywriter le 01.08.07 à 11:46 | tags : lectures de plage

Ancien marin et ancien correspondant de guerre naval, Jean Jacques Antier fait partie des meilleurs historiens de marine actuels. Il a publié plus de cinquante livres, tous genres confondus. Parmi ses romans, j’en retiens deux qui abordent de manière différente cet attachement quasi passionnel de l’homme pour la mer : La Dame du Grand-Mât et Tempête sur Arnem .


La Dame du grand mât est le premier roman que j’ai lu de cet écrivain et depuis je pars à la recherche de tout ce qu’il publie -ou a publié- dans le domaine de l’épopée maritime tant son style énergique et coloré me plonge –c’est le cas de le dire- irrémédiablement dans l’aventure.
1779. Le trois mât La croix du Sud appareille du Havre pour Macao, en Chine, en vue d’embarquer une cargaison de Thé. Il doit lutter de vitesse contre l’Endeavour, un voilier anglais concurrent, lequel, s’il arrive le premier et sature le marché, fera s’effondrer les cours du thé. Une belle espagnole, Catalina de Mascarena, est à bord, fiancée et maîtresse du capitaine. L’équipage la surnomme « la Dame du Grand-Mât », mais beaucoup voient en elle « le lest du diable », qui portera malheur. Effectivement, les catastrophes se multiplient : révoltes, tempêtes, attaques de pirates et le passage du cap Horn sous une tempête hivernale.

Notez dans l’extrait suivant… Quel lyrisme ! : Le sifflet du bosco retentit à nouveau, et sa voix tonitruante :
-Hale-bas la grand’voile et l’artimon ! A serrer le grand hunier ! Halez les cargues ! Souquez !
C’était une question de vie ou de mort. Dans la mâture, insensibles au vertige, au roulis et au froid qui engourdissent les mains, les gabiers se paumoyaient sur les verges à vingt mètres de haut, évoluant comme des singes sur les marchepieds, ramassant la toile, la serrant, l’arrimant sur la vergue.
Sur le pont, le dos courbé, engoncés dans leurs vêtements cirés, le suroît rabattu sur le front, ils firent face au coup de chien, classique dans ces parages des quarantièmes, pluie aveuglante, et bientôt neige fondue.

Bon, d’accord, je l’avoue, moi qui ne suis jamais montée sur un grand voilier, j’ai usé mon dictionnaire à force de le consulter. Mais en réalité ce n’est pas nécessaire. Avec son jargon, Jean-Jacques Antier plante le décor et donne le ton ; même si on ne comprend pas tout, on est happé par ce déferlement de mots qui évoquent la mer. Vous tournez les pages et vous sentez la rugosité des haussières… Quoi ? Vous ne me croyez pas ? Mouais, c’est un peu gros ! Dommage. Dans ce cas, je ne vous dirais pas que lorsque je lisais ce roman, allongée dans ma balancelle, l’air se chargeait subitement de iode et que le bruissement des feuilles, au-dessus de moi, sonnait comme le mouvement des voiles sous le vent… Veuillez pardonner mon enthousiasme ; c’est la faute à Jean-Jacques : Il crée si bien l’atmosphère des aventures d’antan !

NB Easywriter : ce texte a été rédigé par Montsé, envoutante Dame du grand mat de ce blog. Vous pouvez proposer vos textes en cliquant ici.

Sur le mag : notre sélection
lectures d'été 




Tour de France : Flann O'Brien, roi des cyclistes fous

Posté par Myosotis le 31.07.07 à 11:34 | tags : roman, lectures de plage
"Le résultat net et brut de tout cela est que les gens qui passent la plupart de leur vie sur leur bicyclette de fer à pédaler sur les routes rocailleuses de cette paroisse voient leur personnalité confondue avec celle de leur bicyclette. C'est le résultat de l'échange des atomes et vous seriez surpris de voir le nombre de gens par ici qui sont mi-hommes mi-vélo. (...) Quand un homme laisse aller les choses au point d'être à moitié ou plus qu'à moitié bicyclette, vous ne verrez pas grand-chose car il reste la plupart du temps le coude appuyé contre un mur ou le pied calé contre le bord d'un trottoir. Il se passe, bien sûr, d'autres choses pour les dames et les bicyclettes de dames, dont je vous parlerai séparément un jour. Mais la bicyclette chargée d'atomes masculins est un phénomène au charme intense et un objet très dangereux."

Dans son roman Le Troisième Policier, édité en français il y a un an ou deux, Flann O'Brien livre quelques passages hilarants sur les bicyclettes, ceux qui les volent ou les utilisent pour avancer.

Sans réduire ce chef d'oeuvre de l'humour irlandais, adoré par James Joyce, qui le déchiffra, pour cause de presque cécité, à la loupe, à un ouvrage sur le... cyclisme, le Troisième Policier mérite d'être redécouvert au moment où on nous innonde des pires absurdités, moralistes ou immoralistes, sur le vélo. Ecrit en 1940, le Troisième Policier est le premier roman de l'auteur, mais aussi son dernier, puisqu'il fut refusé par tous les éditeurs de l'époque avant d'être publié bien après le décès de l'écrivain. L'explication doit tenir dans le caractère loufoque et invraisemblable de l'histoire (de son style, de ses répétitions, de ses dialogues absurdes etc) : un jeune gars (handicapé) tue un vieux type à coups de pelle, avant de le retrouver, sans qu'on s'explique pourquoi, le lendemain tout à fait vivant et en pleine possession de ses moyens. Après quelques échanges de haute volée avec sa victime sur le sens de la vie, notre assassin qui n'en serait plus un sur le plan légal mais continue de se comporter comme tel, croise des flics soupçonneux (mais idiots) en réalité intéressés uniquement par la pédale et une étrange théorie selon laquelle des échanges d'atomes interviendraient entre le pédaleur, les pédalants et le pédalé. Si on ajoute à ça quelques personnages tout aussi déjantés (un savant fou nommé De Selby dont l'oeuvre est commentée en notes de bas de page) et si on arrive, sans trop de mal, à se livrer sans rechigner aux divagations d'un auteur tout-puissant, le Troisième Policier peut faire un parfait compagnon de voyage.

Sorte de thriller sans crime, de polar à la mode de Samuel Beckett, vaguement existentialiste et Swiftien, terriblement britannique et décalé, le livre demande tout de même un sacré effort d'abandon, que tout le monde n'est pas prêt à fournir. Contrairement à ce qu'on croit, le lecteur en vacances (et lecteur tout court), s'il aime à relâcher ses abdominaux, n'est pas prêt à lâcher totalement la bride de ses pensées, lorsqu'il se fait dorer la pilule, et ce par peur de ne pouvoir se rassembler, une fois l'été achevé. Ce qui explique évidemment (et toujours) pourquoi Lévy, le hérisson et les autres....




Les clichés de l'été (2) : le sexe partout

Posté par Easywriter le 31.07.07 à 10:00 | tags : sexe et littérature, lectures de plage
Après les bouquins pour décérébrés, voici le sexe à tous les étages : c'est bien connu, la chaleur troublante, les chairs qui se dénudent, multiplient par dix les opportunités sexuelles et tout le monde se retrouve casté dans un érotique italien. A la vérité, les spécialistes du blog sexe  (épaulés par Libé)  ont expliqué hier  que la chaleur était plutôt dissuasive et génératrice de stress.
Alors pourquoi persister à remplacer les "unes internationales" des hebdos par des enquêtes babyloniennes sur la fidélité des Françaises ? Mais pour générer de la frustration les amis : dans No sex last year, le journaliste David Fontaine interroge justement l'abstinence comme une réaction à la société du tout sexuel, qui hiérarchise la valeur accordée à chaque individu en fonction de ses capacités en la matière. Outre la débauche d'imagerie sexuelle dans la pub et les medias, les études statistiques ont également un rôle normatif (mais où suis je situé par rapport à la moyenne nationale ?).
Dans ce contexte, la sexualité -forcément un rien anxiogène en soi- devient usante et les non pratiquants éprouvent tous (dans le livre de Fontaine en tout cas) d'abord une forme de soulagement.
Bien sûr, leur abstinence n'est pas un choix politique de contestation de l'emprise de l'industrie sur leur vie et leur comportement s'explique surtout par des raisons personnelles. Il n'empêche que nombre d'entre eux retrouvent une sexualité plus harmonieuse après cette période d'abstinence. Pourquoi ? Parce que d'une certaine manière, ils ont récupéré leur sexualité, leur rytme, leur motivation et la volonté de prendre l'autre en compte, plutôt que de l'utiliser comme faire-valoir dans le cadre d'une sexualité finalement instrumentalisée. Car au fond, en mettant en avant le désir et le frustrant immédiatement pour le détourner vers un autre désir (la consommation) , ce que fait l'industrie s'apparente à la définition exacte de la perversion. 

No sex last year David Fontaine. Les petits Matins.



Harry Potter est autiste (les raisons d'un succès)

Posté par 2goldfish le 30.07.07 à 10:47 | tags : elucubration, jeunesse, lectures de plage

 

 

Il y a sans doute peu d'intérêt à discuter de la qualité ou de la nature d'Harry Potter and The Deathly Hallows. Tout le monde a déjà son avis sur Harry Potter, sur le fait qu'il soit digne ou pas pour un adulte de le lire en public (moi ? je parle de BD sur un blog, je suis déjà grillé), sur le fait que son succès soit mérité ou pas et sur tout un tas d'autres aspects encore et ce n'est pas ce dernier tome qui va y changer quoi que ce soit. Ce qui est sans doute plus intéressant, à défaut d'être original, c'est de se pencher sur les raisons du succès de l'oeuvre de J.K. Rowling. Cette femme a trouvé la façon la plus satisfaisante de devenir milliardaire qui soit sans faire descendre un seul enfant dans une mine et nous sommes nombreux à l'envier.

Un coup d'oeil à la liste des livres les plus vendus du monde selon wikipedia nous confirme que comme la Bible, le Coran, le Petit Livre Rouge, le Seigneur des Anneaux et (pas vendu certes mais très très lu à ce qu'il paraît) le catalogue Ikéa, la série Harry Potter offre une vision complète et fermée d'un monde. Les sorciers ont leur culture, leur histoire et leur vocabulaire sans relation aux nôtres. Pour beaucoup d'enfants, Harry Potter n'est pas UN livre mais LE livre. Une oeuvre qui se suffit à elle même et qui ne connaît aucun pair. Harry Potter ne pousse d'ailleurs sans doute pas plus d'enfants à la lecture d'autres livres que les films qui en sont tirés ne transforment les gamins qui vont les voir en cinéphiles.

Cette autosuffisance est sans doute pour beaucoup aussi dans le succès des livres de la série auprès des adultes. Ceux ci lisent en masse Harry Potter en partie parce qu'ils savent que rien ne leur est demandé à l'entrée de ce monde. Aucune connaissance, aucune compréhension de mécanismes littéraires complexes ne sont nécessaires : vous pouvez comprendre et apprécier Harry Potter sans être plus cultivé que Steevy Boulay. Et vous n'avez pas à vous en émouvoir parce qu'il s'agit d'un livre pour enfant et tout le monde sait bien que vous ne lisez ça que comme un divertissement sans aucun sérieux.

Ce qui est vraiment frappant à ce titre, c'est que le petit sorcier est comme son lecteur. J.K. Rowling a consacré des milliers de pages à la description dans tous ses détails du monde des sorciers sans jamais s'attarder sur leur culture. Jamais Harry n'a lu un livre en dehors de ses manuels scolaires, jamais il n'a vu un film ou écouté de musique. C'est tout juste si un groupe de rock sorcier est mentionné en passant. Les sorciers vivent dans un monde trop intéressant pour avoir besoin d'art. Tout comme il est présenté comme un héros qui n'est peut-être pas le plus intelligent ni le plus talentueux mais certainement le plus courageux et le plus généreux, Harry Potter n'a pas de place dans sa vie pour les distractions (même le sport des sorciers, le Quidditch, il le joue plutôt que d'en être spectateur). Le bon père de famille en moi s'interroge : quelle est la leçon pour nos enfants là dedans ? L'aspirant milliardaire prend note d'éviter d'associer son bouquin à l'idée qu'il en existe d'autres.

Lire aussi : Harry Potter les livres , les sept tomes résumés et critiqués sur Flu.




Jonathan Tropper : Welcome Home Son !

Posté par Maxence le 27.07.07 à 11:00 | tags : lectures de plage, roman
Rentrer chez soi après avoir agoni d'injures, ridiculisé et révélé les petits secrets honteux de toute la communauté qui vous a vu naître dans un best-seller, n'est pas forcément une bonne idée. Cela risque en tout cas de générer certains soucis d'ordre diplomatique, moral et philosophique. C'est pourtant ce qui arrive à Joe Goffman, le protagoniste du Livre de Joe de Jonathan Tropper.
A l'image de son créateur Joe Goffman est un jeune écrivain à succès dont le premier roman, "Bush Falls" dévoile, justement, les mœurs de la petite ville du même nom qu'il a quitté 10 ans plus tôt pour mener la grande vie à Manhattan. Mais ses racines le rattrapent et il est obligé de rentrer chez lui quand son père est hospitalisé dans le coma. Le retour ne sera pas de tout repos pour le yuppie et il devra affronter une tragédie passée et tous ceux dont la vie a été bouleversée par son roman, à commencer par ce qu'il reste de sa propre famille, ainsi que la responsabilité qui incombe un jour à tout écrivain : assumer l'impact de sa fiction sur la réalité.

Dans un style volontiers humoristique, fluide et détaché, Jonathan Tropper nous contes les mésaventures de ce personnage qui prend peu à peu conscience de la vacuité de son existence malgré un bel appartement à New York, des aventures en série et une grosse voiture. Un père mourant, un amour perdu, un ami atteint du sida, un autre disparu dans des circonstances tragiques et un frère aîné en éternel rival qui s'éloigne, la vie de Joe Goffman semble une suite de disparitions, de fuites et de pertes. Aidé par son neveu, il tente de se réapproprier sa vie et les gens qui en font parti. Pourtant, nous sommes loin de la confession bon-enfant ici. Tropper prend aussi un malin plaisir à nous décrire avec ironie les turpitudes des ex-concitoyens de son anti-héros : la violence sous-jacente des petites villes, le culte du sport comme unique dérivatif d'une cité qui s'ennuie, le clientélisme, les pressions du "quand dira t'on", l'homophobie, les fantasmes cachés, sans pour autant lui épargner le ridicule de l'homo urbanicus désormais incapable de décoder des signaux évidents pour tous.

Rien de révolutionnaire dans ce roman 412 pages donc. Tout le plaisir de lire Tropper tient plutôt dans la manière dont l'auteur évoque avec honnêteté et humanité, les péripéties de son personnage et ses retrouvailles avec les siens. L'amateur de littérature anglo-saxonne de qualité retrouvera quant à lui des repères familiers en parcourant ce livre. Jonathan Tropper c'est un peu le mixe rêvé de Jim Harrison et de Bret Easton Ellis. Du premier, il a retenu l'aspect naturaliste et le goût du retour aux sources. Au second il a emprunté l'art du persiflage et la tendance inné de ses personnages à l'auto-apitoiement assumé. Vous l'avez compris, si Le livre de Joe n'est pas la révélation annoncée sur la couverture, c'est tout de même le plaisir d'avoir découvert une bon auteur américain (un de plus) et accessoirement, l'assurance de passer un bon moment sur la plage. A noter que Jonathan Tropper vient de sortir un nouveau roman traduit au Fleuve Noir.

Jonathan Tropper
Le livre de Joe
10/18



Transmetropolitan : gonzo porn du futur

Posté par 2goldfish le 26.07.07 à 12:09 | tags : comics, lectures de plage, science-fiction


Le flot de traduction des comics de Warren Ellis ne tarit pas et Panini, qui a bien publié un album par mois depuis janvier, comble enfin un gros trou dans la bibliographie en français du scénariste anglais avec ce que beaucoup considèrent comme sa plus grande réussite : Transmetropolitan.
Publié mensuellement de 1997 à 2002 aux Etats-Unis, avec Darrick Robertson au dessin, Transmet suit le personnage de Spider Jerusalem, journaliste gonzo calqué sur Hunter Thompson. La principale différence entre Hunter et Spider est que ce dernier évolue dans un futur chaotique et déjanté, où la technologie sert principalement au développement de nouveaux fétichismes, où le peuple n'est qu'une masse de consommateurs vagissants et où les journalistes ne font qu'entretenir cet état de fait. Spider Jerusalem, ayant vécu exilé pendant cinq ans sur l'avance sur deux bouquins qu'il n'a jamais écrit, se voit obligé de retourner à "la ville" et reprendre le boulot de journaliste quand l'éditeur,qui attend toujours ses deux livres, le rattrape.

A travers ce personnage et ses colonnes hebdomadaires, Ellis explore un futur tout sauf utopique mais qui évite tout de même l'écueil du catastrophisme pur et simple : certes la télévision (ou ce qui l'a remplacé) est une machine a laver les cerveaux, les hommes sont plus violents, stupides et fous que jamais, les élites corrompues (et violentes stupides et folles aussi, bien sûr), les technologies plus "déshumanisantes" et cancérigènes, les religions/sectes plus nombreuses et absurdes encore mais le scénariste, qui parle de façon assez transparente à travers son personnage, montre un enthousiasme contagieux pour toutes les possibilités d'une "ville" pleine de vie avec laquelle il entretient une relation sado-masochiste qui est réellement le coeur de la BD.

Transmetropolitan, Tome 1 : Le come-back du siècle c'est aussi, en plus d'une excellente BD de science fiction, du vrai porno pour journaliste : Spider Jerusalem voit clairement à travers tout, a des opinions originales et fortes dessus, accumule les scoops et "change vraiment les choses" et puis, à son corps défendant bien sûr, devient célèbre et presque riche rien que par le pouvoir de sa plume et ont lui adresse des menaces de morts sous forme de pétitions. Spider est en fait si brillant qu'on se demande souvent si Ellis ne s'est pas trompé de métier (et il est vrai que la plupart du temps il est meilleur bloggueur que scénariste) même s'il est évidement facile pour lui de manipuler la réalité au profit de ses écrits, quelque chose que ceux qui essayent d'être de bons journalistes évitent.

Le gros album que vient de publier Panini ne rassemble que les douze premiers épisodes de la série, qui posent tout juste les bases sur lesquelles celle ci partira vraiment dans les quelques cinquante épisodes suivants. Transmetropolitan offre une vision lucide et rassurante du futur, un équilibre difficile à atteindre et d'autant plus appréciable qu'on sait bien qu'on sera tous mis au chômage par des Chinois, à la rue par la montée du niveau de la mer et à l'hôpital par les OGM.

Transmetropolitan

Warren Ellis

NB :Le livre est sélectionné dans nos lectures d'été




Nerofumo c'est presque le Pérou

Posté par Myosotis le 25.07.07 à 16:11 | tags : lectures de plage, metailié, roman

Avec Nerofumo, voici encore un excellent exemple de livre dont on attend pas grand chose à l'ouverture et qui se révèle plus qu'une heureuse surprise, un vrai et grand plaisir de lecteur. L'inquiétude initiale tenait à 2 choses :
1) le livre est présenté comme un docu-fiction et non comme un vrai roman. Le récit est tiré, il est vrai, de documents authentiques retrouvés par l'un des auteurs lors d'un héritage et remis en perspective romanesque pour valoriser leur intérêt historique, après une première présentation lors d'un congrès scientifique en italie. Devant le produit fini, on ne voit plus les coutures : la construction romanesque est à la hauteur du texte, littéraire et élaborée, soignée et inventive.
2) la 4ème de couverture a de quoi effrayer le lecteur à la veille des vacances : Pérou, XVIème siècle, Espagne, l'univers des Jésuites et des indiens, sans qu'on ait lu ici les mots magiques : intrigue policière, déroulé cool à la mode Nom de la Rose ou Controverse de Valladolid. Dans les faits, Nerofumo est un passionnant document d'archives en même temps qu'un roman fascinant par ses implications.

L'idée de départ est assez simple à résumer : un frère Jésuite, chargé d'une mission d'audit (inquisitoriale) dans un couvent espagnol (à la fin du XVIème siècle) fait la connaissance d'un Indien Péruvien alors qu'il se promène près du cimetière local. L'Indien engage la conversation et va lui raconter l'histoire incroyable du frère Blas Valera, mort il y a une vingtaine d'années (normalement - tout est évidemment dans ce "normalement", qui ne prendra sens que si vous lisez le livre) frère né de la liaison d'une indigène et d'un prêtre dégénéré sexuel, devenu la légende noire de la compagnie de Jésus, pour avoir contesté la vision de l'histoire officielle. Banni de son propre ordre pour avoir moqué l'apport civilisateur de l'Espagne dans le Nouveau Monde, Blas Valera, qui est un vrai caractère historique ayant accompagné la conquête du Pérou, totalement effacé des mémoires par les Jésuites après sa disgrâce, est le véritable héros de Nerofumo.

Le livre est le récit du duel intellectuel que se livrent le frère ouvert d'esprit, modèle de l'esprit des (pré)Lumières avec quelques siècles d'avance, et le soi-disant bouseux sud-américain. Le Péruvien s'avère un redoutable philosophe et se lance (entre deux chiques de coca) dans un exposé d'une véracité et d'une précision implacables sur les atrocités commises par les Conquistadores et par l'Eglise en particulier.
La première partie est un exposé barbare des méthodes utilisées par les espagnols pour s'assurer une conquête facile du pays, un annuaire des perversions sexuelles (on enc***, on saigne, on inceste à tout va) développées par les hommes de dieu au contact des indigènes, de leurs femmes et petites filles. L'indien instruit le procès à charge et les charges sont lourdes, devant un confesseur médusé. Plus on avance dans la vie de Blas et plus l'on s'associe à l'injustice faite aux péruviens originels, plus on marche du côté du faible, ce vieil homme qui n'en finit pas de parler et apprend à son témoin qu'il est sur le point de tuer quelqu'un. Derrière le dispositif des récits enchassés (l'homme qui rencontre un homme qui raconte l'histoire de quelqu'un qui lui raconte etc), Clara Miccinelli et Carlo Animato réussissent à tisser une intrigue impeccable, à asseoir une situation humaine (la confrontation amicale et intellectuelle) qui sert d'écrin idéal à la révélation de leur matériau historique. C'est toute une époque faite d'aventures, de sauvagerie et de faux-semblants, l'époque des Conquistadores, des nouvelles qui se perdent en mer et des (dés)honneurs mal placés qui nous saute ici à la figure. Etonnamment, on navigue au fil des 300 et quelques pages de ce Nerofumo entre du Sade (le début glaçant), le roman gothique, entre Le Nom de la rose d'Umberto Eco (en moins savant et indigeste) et les grands récits sud-américains, la langue dense et épaisse de Nostromo, les délires hypnotiques et visuels d'un Fitzcarraldo.
Les meilleurs moments de littérature se situent vers la fin lorsque les "conspirateurs" ont l'idée d'un manuscrit-confession faits de dessins et de lettres, écrit dans une langue bâtarde et mêlée pour changer le regard du monde sur ce qui s'est passé. Que le document ait existé ou pas, il s'agit de la plus belle trouvaille de ce livre : une sublime invention qui unit Babel et Sodome, la question des livres sacrés et de leur pouvoir sur les hommes. Si l'on ajoute à ça, un dernier rebondissement du meilleur effet, on a encore une fois en main un livre qui mérite amplement d'aller à la plage ou à la montagne avec vous, voire de faire un bout de chemin à la rentrée sur les tables des libraires.

 




Ken Bruen, la série (noire) de l'été

Posté par Maxence le 21.07.07 à 10:06 | tags : polar, news, lectures de plage, roman

Je vous avais promis de reparler de Ken Bruen, certainement la découverte polar de 2005/2007. Dans son cas, c'est aussi "la série de l'été", puisque c'est au tour de Fayard de se lancer courageusement dans "la course à Bruen" (notre agent au bunker nous glisse que Bruen y aurait suivi Reynal... Les amitiés "de comptoirs" étant souvent les plus intenses, nous accorderons donc foi à cette rumeur malgré la non confirmation de l'auteur). Ceci étant, ce genre de détails donne une idée assez juste du talent du bonhomme, je trouve.


Vous en connaissez beaucoup des écrivains de polar qui en un peu moins de deux ans sont déjà sollicités par deux grandes collections de roman policier vous ? Mmmh ? Même Ellroy en son temps n'a pas eu les faveurs de la presse, des lecteurs et des éditeurs aussi rapidement. Espérons que cela ne monte pas à la tête de notre irlandais déglingué favoris et que ses romans resteront d'aussi bonne tenue que les.... aaaaah, déjà NEUFS parus depuis 2005 !

 

Fayard a décidé d'en finir avec la loi des séries et de proposer du Bruen indépendamment de ces récits fétiches, ceux de Jack Taylor et de R&B (ceux qui ne comprennent rien, doivent se rendre là pour réviser). C'est ainsi que le lecteurs alléché découvre pas moins de deux romans de Bruen en même temps dans les rayons, En effeuillant Baudelaire et Hackman blues.


Du second je ne pourrais rien vous dire, ne l'ayant pas encore lu. Je peux en revanche vous parler du premier et vous dire encore une fois que c'est du très grand Bruen. "T'as la bouche en cul de poule." C'est la première chose qu'elle m'a dite, sympa non ? En plus, c'est faux. Bon d'accord, j'aurais tendance à serrer un peu les lèvres, mais c'est pas pour ça qu'elles sont en cul de poule. Enfin, pas totalement. C'est parce que j'ai les dents qui avancent"... Voilà pour l'intro. Pour l'intrigue, c'est assez simple tout en étant parfaitement retors.


En effeuillant Baudelaire raconte comment transformer monsieur tout-le-monde, en l'occurrence un petit comptable terne et coincé "typicaly british", en monstre sans moral et en psychopathe en puissance. Il faut dire que manipulation, manque de confiance en soit, gros sous, abus de substances chimiques et turpitudes sexuelles vont généralement bien mal ensemble et Bruen est un fin psychologue. Cette chronique de la dépravation morale pendant les années Thatcher est comme d'habitude impayable mais aussi empreinte d'un certain moralisme "à rebours" comme c'est souvent le cas chez l'irlandais, qui donne souvent l'impression de célébrer les pires travers du genre humain tout en les combattant avec flegme et distanciation.

 

De Hackman blues, on dit que c'est "un mix radical de culture littéraire, de poésie, d'ultra violence et d'esprit rock, avec une bonne dose d'humour cruel et ravageur", ce qui en général n'engage que l'éditeur, mais dans le cas de Bruen, on peut lui faire confiance, c'est en général exactement ce qui fait de l'écrivain l'une des meilleures lectures du moment. Echange en ping-pong littéraire avec son lecteur (en lisant Bruen, vous pouvez être sûr de découvrir au moins trois nouveau auteurs par livres), minutieuses références musicales, poésie et philosophie, usages de tout ce que la planète compte de produits stupéfiants et humour tordu sont ici largement envisageables. En un mot : Foncez !

 

Ken Bruen - En effeuillant Baudelaire et Hackman blues(Fayard Noir)




Rome, sexe et mafia facile

Posté par Easywriter le 20.07.07 à 11:55 | tags : le cherche-midi, lectures de plage, polar, roman

Avec un titre pareil (pas assez original pour une saga de l'été), on pouvait se faire un peu de souci pour cette Villa des Mystères, inspirée du nom de la plus célèbre et...mystérieuse maison de Pompéi.
Sur fond de balade touristique dans Rome (ce dont on ne se lasse pas), ce roman policier de David Hewson dissimule, sous sa couverture de carte postale, un bon petit polar distrayant, bien ficelé et documenté. L'enquête repose sur le rapprochement de deux affaires qui, de prime abord, n'ont rien en commun : la découverte conservée, dans la tourbe, du cadavre d'une jeune fille blonde, fenouil en poche (fenouil, oui, fenouil, mais je n'en dirai pas plus), sur un terrain vague de Rome par deux touristes en goguette, et la disparition supposée d'une jeune fille de bonne fille, elle-même blonde et jolie, embarquée à croucrou par un mystérieux motard devant les yeux de sa mère entre deux âges (mais bien conservée).
L'enquêteur-personnage principal ne brille pas par son originalité mais peu importe : rappelons que les inspecteurs, détectives, journalistes ne servent à rien dans le polar et agissent souvent en trompe l'oeil pour cacher les coutures de l'intrigue.

Hewson nous propose (pour ce qui semble être sa deuxième sortie) un flic à la Mike Hammer rital, un rien désoeuvré, séducteur, qui aime boire et ne refuse pas de coucher avec le témoin précédemment cité. Le flic a du flair, de l'intuition et de la ténacité (c'est le nouveau modèle à la mode - plus simple à écrire qu'un Sherlock Holmes et plus "postmoderne") et lève, avec l'aide de quelques amies bien installées dans leurs seconds rôles, une passionnante affaire de vieux rite orgiaque venu des anciennes adorations dyonisiaques, partouzes à la romaine, sacrifices de vierges blondes et chantages vaguement crapuleux. Ajoutez à cela, en fond de roman, une intéressante sitcom au sein de la mafia : un vieux caïd en fin de vie qui se fait souffler sa nana chaudasse et ambitieuse par un fils cinglé et érotomane; un vieil universitaire qui a pris une overdose de frises érotiques antiques et s'est mis en tête de tirer des coups gratuits et j'en passe.
Le tout donne un très roboratif entremêlement d'archéologie pour les nuls, de précis de culture romaine et de suspense qui s'achève dans un dénouement tout à fait correct : une belle vengeance des familles et quelques meurtres enchaînés, une morale et tout et tout. Si l'on excepte une légère chute de rythme dans le dernier tiers (une centaine de pages où la fin se met en place un peu laborieusement), la Villa des Mystères est un livre qui peut passer sans trop de difficulté le test du sac de plage. A lire plutôt au soleil, en regardant les culs qui jouent au volley, hommes ou femmes selon disponibilité... Ingrid Chauvin sort de ce blog.




En vacances avec Hawes pour le meilleur et pour l'Empire

Posté par Myosotis le 10.07.07 à 10:41 | tags : editions de l'olivier, extrait, lectures de plage, roman

"Marley regarda autour de lui, glacé d'épouvante. Il s'aperçut qu'il était étendu sur un vieux lit de camp métallique dans un coin d'une grande baraque en bois. A côté de sa tête, fixée au mur de planches, une affiche encadrée montrait des bombardiers en action. "Les briseurs de barrages reviennent... forts commme Vulcain !", y était-il écrit en grosses lettres, tandis que, en plus petit, on vantait l'armement de l'Avro Vulcan (...) ainsi que ses performances. A l'autre bout de la baraque, une petite estrade. Au dessus de celle-ci, au milieu, deux cannes de bambou croisés servaient de hampes à deux drapeaux exactement de la même taille, l'un britannique et l'autre australien, dont les rouges avaient viré au rose et les intenses bleu marine au bleu ciel, comme des fanions effilochés et roussis de régiments depuis longtemps absorbés ou dissous, pendus dans l'air stagnant et poussiéreux et sentant l'encaustique d'une petite église de la campagne anglaise. Entre ces deux drapeaux, trônait un portrait défraîchi de la jeune reine Elisabeth en compagnie de son fringant duc d'Edimbourg, et, au dessous, une plaque commémorative en bois gravé et très orné couverte de noms.

Marley se tourna vers la porte ouverte, où la jeune femme se tenait dos à lui, face à la lumière vaporeuse du soleil, appuyés, bras croisés, au chambranle. Derrière elle, à l'extérieur, il découvrit une plaine ensoleillée, une savane sans relief d'à peine plus d'un kilomètre de largeur, bordée de hautes falaises. (..) Sous ce drôle d'éclairage, Marley distingua en clignant des yeux un petit complexe de baraques de bois, et à une vingtaine de mètres de la porte, la moitié de ce qui était manifestement une paire de poteaux de rugby. La femme se retourna vers lui, toujours appuyée au chambranle, et sourit. Les bouclettes de ses cheveux blonds scintillèrent dans le halo terne qui entourait ses petites oreilles, et des pointes de bleu firent rire ses yeux.

- On se réveille, Jungle Jim ?, lança-t-elle."

Le roman de James Hawes est sans nul doute LE LIVRE QUE VOUS DEVEZ EMMENER POUR LES VACANCES, le plus drôle, le plus intelligent et le plus imaginatif. Marley, un quadra looser à la dérive embarque pour un Koh-Lanta hardcore en pleine jungle et échoue, dernier candidat vivant, .... dans une colonie britannique formée, il y a 50 ans, après le crash d'un avion au-dessus des montagnes. Leçon de survie, d'humour, de sensualité, Pour Le Meilleur et Pour l'Empire est une satire glorieuse des médias, du monde politique et de sa mise en scène des valeurs, mais aussi une réflexion pertinente sur ce qui fonde nos sociétés. Pour le Meilleur... se lit aussi à partir de 15 ans, sans aucun souci de compréhension. Il est tout à fait désigné pour les lecteurs exigeants et qui n'ont néanmoins pas envie de se faire des noeuds au cerveau sur leur drap de bains. Vous voyez qui et ce que je veux dire...

NB EW : cette notule est la première d'une série sur les lectures de plage les plus stimulantes. Outre l'oeil exercé de nos collaborateurs, cette série profitera également des lumières de nos lecteurs qui peuvent faire part de leurs conseils (argumentés) en cliquant sur ce lien




Ken Bruen : La Série Noire continue

Posté par Maxence le 09.07.07 à 15:26 | tags : gallimard, lectures de plage, news, polar

Il aura fallut un peu moins de deux ans pour que l'édition française s'aperçoive des qualités proprement déchirantes (dans le sens "Putaiiiin, ça déchire !") de l'irlandais Ken Bruen. Ce revirement on le doit principalement à Aurélien Masson, le tout jeune directeur de la Série Noire chez Gallimard, découvreur français de Bruen. De fait, il est difficile de passer à côté de Ken Bruen dans les rayons des librairies ces temps-ci puisque outre la Série Noire qui publie l'intégralité de sa série "Jack Taylor" et de celle de R&B (pour "Robert and Brant"), Fayard Noir se lance également dans la course avec En effeuillant Baudelaire et Hackman Blues, publiés coup sur coup en mai dernier.

 

Mais arrêtons nous un instant sur le dernier volume en date de R&B, Blitz. Pour ceux qui n'avaient pas suivi les épisodes précédents signalons que Bruen, grand fan d'Ed Mc Bain devant l'éternel à voulu rendre hommage à son 87ième District dans cette suite de courts romans coups de poing, situés dans les quartiers Est de Londres. Après Les Mac Cabés (quel titre ! Pendez le traducteur !) dans lequel l'inspecteur Robert perdait tragiquement son frère, que Brant se remettait lentement d'une précédente affaire et que l'agent Falls (une des seules noires de la police de Brixton) s'enfonçait lentement mais sûrement dans l'addiction, les deux flics les plus borderline de Londres doivent faire face dans Blitz à un tueur en série visant spécialement la police. Avec l'inébranlable Brant dans le collimateur, le tueur ne se doute pas qu'il est lui-même la cible d'une sorte de violence bien plus frappadingue que la sienne. Autre fait notable, l'arrivée de Porter Nash (un des meilleurs personnages de Bruen), flic homosexuel et provocateur, qui donne un nouveau et truculent relief à la petite équipe.

 

Présenté comme ça, on pourrait penser que Bruen est à l'origine d'une mythologie un brin modernisée de celle de Dirty Harry, or, pas du tout. Robert & Brant ne sont ni ripoux (pas vraiment, hormis dans les bars où Brant ne paie jamais un verre), ni particulièrement violents. Ils font juste parti de ces personnes, de plus en plus rares, qui décident de mener leurs existences à l'instinct pour le bonheur de ceux qu'ils aiment et le malheur des autres. Justicier ambiguë, R&B traite leurs problèmes de manière souvent radical mais on se surprend le plus souvent à approuver silencieusement. Avec Bruen, on s'aperçoit paradoxalement qu'être un anarchiste est plus facile quand on est flic. Quand au style ? Hé bien c'est du minimalisme plein d'éloquence, des personnages attachants, des dialogue incisifs hilarants dans le plus pur style "ping-pong", des références musicales en continue et des intrigues pleine de raccourcis, ou au contraire, de détours surprenants. Comme dans la série des Jack Taylor, les "enquêtes" de Bruen ne nous emmènent jamais là où l'on s'attend. Je sais, ça semble parfaitement bateau dit comme ça, mais chez Bruen c'est quelque chose. Bruen est clairement un des plus grands auteurs de polar de notre temps et il le prouve à chaque nouvelle parution.

 

Justement, quand est-il de ses romans chez Fayard ? D'un tout autre tonneau, ils ne s'inscrivent dans aucune "série" et peuvent se lire indépendamment, ce qui est nouveau pour les lecteurs français de l'irlandais. Mais ma chronique est déjà trop longue alors, promis, vous en saurez plus demain ou dans la semaine... Stay Tuned !

 

Ken Bruen - Blitz (La Série Noire)






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