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l'actualité des parutions aux éditions du Seuil

Emily Dickinson : Superstar de la poésie romantique

Posté par Myosotis le 18.01.08 à 10:29 | tags : poésie, le seuil

Avec un nouveau NRF Gallimard et ce Points Poésie en édition bilingue, l'actualité Emily Dickinson a été plutôt chargée ces derniers mois, signe que la native de Amherst a de nouveau la cote. Il faut dire que la vie de la (relativement) belle Emily est triste à mourir et suffisamment crève-coeur pour convertir tous les amateurs de poésie.

"Ce monde n'est pas une Conclusion./Il y a une vie au-delà/Invisible, comme la Musique/ Mais positive, comme le Son/ Elle fait signe, elle déconcerte/

La philosophie, connaît pas/ Et, à travers une Enigme, enfin/ La Sagacité finit par se faufiler / La deviner tourmente les clercs/ Pour l'avoir, les Hommes ont enduré

Le mépris des Génération/ Et la Crucifixion montré du doigt/

La Foi glisse, et rit et reprend des forces/ Rougit, devant témoin / Tire sur uune brindille de Preuve / Demande à une Girouette, le chemin

De grands Gestes, de la Chaire / Roulent de puissants Alléluias / Aucun Narcotique pour calmer la Dent / Qui grignote l'âme"

 


Poésie et hermétisme : Partie de neige de Paul Celan

Posté par Myosotis le 20.12.07 à 15:57 | tags : poésie, le seuil

Archipaillettes de minerai, tout au ond de l'effervescence, patriarches.

Tu t'en tires / en faisant / comme si, avec eux, parlaient / des angiospermes, leur disant / une parole
franche. / Trace calcaire trompette.
Le perdu trouve / dans les dolines karstiques /
pauvreté, clarté.

Parmi les reproches qu'on fait parfois à la poésie et qui expliqueraient son manque de succès (?) auprès des "affreuses masses populaires", figure en bonne place celui de l'hermétisme et du détachement du réel.

C'est exactement ce pourquoi il faut fréquenter la poésie de Paul Celan, écrivain juif allemand-austro-hongrois-russe-roumain-ukrainien (au fil des changements d'appartenance de sa province natale), né en 1920, suicidé en 1970 (probablement après s'être jeté dans la Seine) et qui est souvent considéré comme l'un des plus grands poètes en langue allemande du XXe siècle. Son hermétisme se nourrit du réel et ne constitue pas une limite à la découverte de son travail, mais une condition.

Après Auschwitz, Celan (pour faire simple) va réapprivoiser les mots et tenter de leur faire dire ce qu'ils ne peuvent plus dire : le silence d'après, le silence qui suit l'extermination et entoure le présent.

Il triture la matière, réduit les mots à rien, simplifie la structure poétique de façon radicale jusqu'à la désosser, à faire de ses poèmes des alignements de mots, de monosyllabes, de sons qui bizarremment convoquent une petite musique souvent élégante et énigmatique.

Partie de neige : Edition bilingue français-allemand (ou la Part de Neige selon les traductions) est un recueil tardif qui sera publié après sa mort et qui regroupe des textes poussant à l'extrême cette "nouvelle non-doctrine".
L'hermétisme est évidemment total, puisqu'on n'y comprend pas grand-chose (il suffit de lire le petit poème qui précède pour s'en rendre compte), mais ce n'est pas parce que Celan fait le malin. Bien au contraire, son hermétisme est un hermétisme fructueux qui étrangement incorpore une dose gigantesque de réalité. Celan se passionne pour les termes scientifiques, mélange l'organique et le technique pour évoquer la texture d'un réel à la fois désacralisé et presque effrayant.

Le titre du recueil (qui ressort au Seuil dans une traduction que les spécialistes ont loué pour sa justesse et qui est sûrement très bonne) évoque à la perfection l'impression que donne la confrontation avec ses séquences poétiques : celle de marcher sur du vent, un matin enneigé, quand on se pêle les miches. Tout est silence, mystère et douceur. Il y a chez Celan une froideur humaine qui inspire le respect et la crainte. On ressent à la fois la peine qui soutient l'assemblage des mots, la douleur qui les relie, en même temps que l'immense force nécessaire à leur arrachement au... néant. A partir du milieu des années 60, le poète fréquente les hôpitaux psychiatriques. Cela ne se sent pas ici. On est pas chez Artaud, dans l'éruption.

Celan est un homme mort depuis le début. La démonstration vivante qu'on peut encore écrire après tout ça. On cite souvent sur ce sujet Adorno qui avait affirmé (un peu vite) qu'aucune poésie ne serait plus possible après l'extermination des juifs. Il y avait une part de vrai dans ces propos mais une part seulement. Il se trouve que des poètes comme Celan ont racheté par leurs expériences (et d'une certaine façon par leur vie) le droit pour tous les autres de prolonger l'aventure. Pour ceux qui ont suivi ça sur le blog Musiques, le travail d'un type comme Scott Walker, dernière période, lorgne vers ces horizons là et use des mêmes instruments. De là à dire que Celan et Walker sont à mettre sur le même plan, il y a un pas que je ne franchis pas.


Partie de neige : Edition bilingue français-allemand
Paul Celan


Jelinek et la légion des morts

Posté par Myosotis le 21.03.07 à 11:59 | tags : roman, le seuil

A l'époque des Enfers, ces rayons souterrains où l'on cachait les livres qui ne devaient pas tomber entre toutes les mains, le roman d'Elfriede Jelinek, paru en 1995 et enfin traduit au Seuil, aurait mérité qu'on lui creuse une niche spéciale. Ces Enfants des Morts est un cauchemar littéraire, une abomination faite livre qui emprunte autant à la tradition du livre allemand (on pense à la Montagne Magique de Thomas Mann pour le lieu - une sorte d'auberge alpine paisible où l'air est frais et pur) qu'aux romans et films d'horreur pure, entre Shining et La Revanche du Fils de Chucky, la poupée satanique.
Ici, trois fantômes reviennent hanter la mémoire des vivants. Un jeune champion de ski clamsé après une biture salée entre potes, une jeune fille en mal d'amour suicidée et noyée dans sa baignoire, et, bien sûr, une vieille femme cruche (double de Jelinek qui n'en a toujours pas fini avec sa propre mère) plombée par l'éducation perverse d'une mère cruelle. Ces trois esprits ont connu la délivrance dans trois morts idiotes et peu glorieuses et reviennent, dans un havre supposément paisible, idyllique, se payer du bon temps en compagnie des vivants. Réunis par une forme radicale (un texte sec, froid et glaçant, sans un mot de trop, mais qui prend soin de ne jamais rien raconter, de ne jamais s'épancher), les trois spectres vont s'acharner d'une manière qu'on croit au départ amusante sur les pensionnaires de la maison de vacances, des enfants, des couples, avant de sombrer dans la cruauté la plus brutale. S'ensuivent viols, tortures, meurtres, dans un délire de voix et de longs monologues entremêlés. Loin de l'horreur du Lunar Park de Brett Easton Ellis qui jouait sur le genre ou du Pays des Ténèbres, dont on parlait récemment, les Enfants des Morts est un roman monstrueux où la torture et le mal sont systématisés et accompagnés par une langue à l'avenant.
On respire assez mal tant le dispositif est déroulé de façon implacable et sans répit. La revanche des fantômes peut s'entendre, comme souvent, chez Jelinek comme une revanche de l'Autriche sur elle-même, une revanche de la bourgeoisie contre la bourgeoisie (on pense au Funny Games de Michael Haneke, l'humour en moins), mais aussi de l'humanité contre elle-même. C'est donc autant le projet que le traitement qui glace. La conception de l'homme qui sous-tend le propos est atroce mais d'autant plus percutante qu'elle paraît légitime et authentique.

Qui n'a jamais souhaité le pire pour son prochain ? Qui n'a jamais connu la haine ? Qui n'a jamais renoncé au Mal de peur d'être découvert ? Sans le garde-fou du jugement "de leur vivant" les trois femmes se découvrent une imagination sans limite et une haine à l'avenant, une haine ordinaire et presque innocente dans ses ressorts (ils n'ont rien à y gagner). Le final (une coulée de boue purificatrice qui emportera tout vient conclure d'une façon surprenante et rédemptrice (cela reste de la boue, on en est pas certains) cette masse de 500 pages horribles, fascinante et saturée de rancoeur. Enfants des morts est une sorte de chef d'oeuvre. Un bien ennuyeux chef d'oeuvre.

Les Enfants des morts
Elfriede Jelinek


Mexico City Blues : Kerouac en choeur

Posté par Myosotis le 19.09.06 à 17:13 | tags : le seuil, poésie
Si vous en avez assez de la rentrée littéraire, des essais, bons et mauvais romans, jeter un oeil à ce Mexico City Blues  de Kerouac, réédité dans la collection Poésie du Seuil, ne vous fera pas de mal. Publié en 1959 mais écrit, si je ne me trompe pas, au fil de l'eau entre 1950 et 1958, cet ensemble de plus de deux cents "chorus" est finalement à compter dans ce que Kerouac a fait de meilleur et du plus simple.
Mexico City Blues est non seulement l'un des meilleurs titres d'ouvrages jamais rencontré mais également un recueil où la poésie prend partout le pas sur la raison. Les mots sont secs, les vers brefs et débarrassés de (presque) toute tentative de faire sens. Ce qui compte pour Kerouac, c'est de faire claquer les mots comme un fouet par la fenêtre de sa voiture, de faire claquer les décors, les images-concept et la réalité, dans des séquences qui ressemblent au final plus à des clips, à des jeux d'association stroboscopiques, qu'à des poèmes classiques.
L'effet produit par la langue de Kerouac est semblable à ce que l'on ressent lorsqu'on regarde le bord du chemin depuis le TGV lancé à pleine allure : l'idée d'une énergie en marche dans un monde immobile, l'idée de traverser la réalité comme une balle de fusil, l'idée que le premier qui s'arrête est mort.  Le premier refrain reproduit ici en VO illustre bien cette idée : on peut n'y rien comprendre et savoir que tout est dit. Les spécialistes considèrent ce travail comme directement inspiré par les impros jazz BeBop.
Extrait :
Butte Magic of Ignorance/ Butte Magic/ Is the same as no-Butte/All one light/Old Rough Roads/One High Iron/Mainway/Denver is the same/"The guy I was with his uncle was/the governor of Wyoming"/"Course he paid me back"/Ten Days/Two Weeks/Stock and Joint/"Was an old crook anyway"/The same voice on the same ship/The Supreme Vehicle/S.S. Excaligur/Maynard/Mainline/Mountain/Merudvhaga/Mersion of Missy

Mexico City Blues
Jack Kerouac
Points Seuil


Henning Mankell : le retour du professeur de danse

Posté par Easywriter le 15.05.06 à 14:34 | tags : roman, extrait, henning mankell, le seuil, polar


"Une fois, ils avaient traqué ensemble un meurtrier en fuite dans la forêt, au nord de Boras. C’était l’automne, comme maintenant. Stefan avait perdu Molin de vue. En le retrouvant, il l’avait pris par surprise, car il se déplaçait sans aucun bruit. Molin avait fait volte-face, avec une expression de terreur.
Stefan s’était excusé de l’avoir effrayé ainsi sans le vouloir. Molin avait haussé les épaules. Puis il avait dit : « J’ai cru que c’était quelqu’un d’autre. ». Rien que cela. J’ai cru que c’était quelqu’un d’autre."
Du simple, de l'efficace, des héros blessés et revanchards, le suédois Henning Mankell a une bonne recette à polars. Nouvel exemple avec Le retour du professeur de danse, enfin traduit. Dans le mag, retour sur le phénomène Mankell, avant le week-end.


MAJ : la chronique le retour du professeur de danse, dans le mag livres. + short-list Henning Mankell, et le polar scandinave à la loupe

Le retour du professeur de danse. Editions du Seuil.



Les aventures de Lucky Pierre

Posté par Myosotis le 13.05.06 à 14:34 | tags : roman, extrait, le seuil

"Avec irritation, il se fraye un chemin dans la foule dense, frappant les gens à l'aide de son pénis livide, raide comme un tisonnier et étincelant de cristaux de glace, tandis que les klaxons retentissent et que les sirènes mugissent (oh ! quelle bonNE BAise, Gussy ! ta biTE ESt AdorablE!), le métro gronde sous terre. Les suicidés tombent dans la neige autour de lui comme si les cieux posaient un colombin. Mon pauvre foutu cul, putain de dieu, quel froid, mais qu'est-ce que je fiche ici, où sont passés les trucs verts ? Ainsi grommelle-t-il pour lui même en avançant rapidement tout en se réchauffant avec des explétifs et des fantaisies pastorales, tentant de le faire, s'apitoyant sur son sort, transi de froid, fatigué de se tenir droit mais inquiet à l'idée de ne pas le faire, le voilà qui passe, une légende vivante, qui sait, peut-être le dernier de son espèce."

Très très bon extrait des Aventures de Lucky Pierre ( p151-152 - Bobine 3 Clara - Editions Seuil Fiction & Cie)


Chuck Palahniuk cause dans le poste.

Posté par Maxence le 12.05.06 à 10:00 | tags : conférence, média, chuck palahniuk, le seuil, littérature en vidéo



Internet, la fourrure de castor (!), les valeurs bourgeoises, l'histoire, la connaissance et l'ignorance, la fin du militantisme et des grandes utopies, tels sont les sujets abordés par Chuck Palahniuk au cours de cette lecture issue de son DVD paru en 2003 : "Postcards from the future". D'autres entretiens avec l'auteur de Fight Club, Choke, Survivant, Monstre Invisible, Berceuse, Journal intime et Le Festival de la Couille sont disponibles sur Youtube. (Merci Daylon)


Unlucky Pierre

Posté par Myosotis le 10.05.06 à 11:35 | tags : roman, sexe et littérature, le seuil

Il m'arrive très rarement (jamais en réalité) de ne pas aller au bout d'un livre. Je trouve ça bête d'avoir perdu son temps sur 100 ou 200 pages pour s'arrêter en chemin, mais cela pourrait bien se produire avec Les aventures de Lucky Pierre de l'américain Robert Coover. Je me souvenais de Coover pour la Bonne et son maître, un roman érotique qui m'avait bien plu  à l'époque et j'ai lu quelques critiques qui recommandait chaudement son dernier ouvrage. Les Aventures de Lucky Pierre sont le récit du quotidien d'un type qui s'appelle Lucky Pierre et qui est une star du porno dans une ville bizarre appelée CinéCity où tout tourne autour deLucky Pierre et de ses films de boules. LP se lève, se fait sucer par des nymphes employées par lui, se fait habiller, prend une fille en levrette sur le canapé, monte dans l'ascenseur, se fait sucer, prend un taxi, baise sur la banquette arrière, puis se rend au travail (il est filmé en permanence), où il devra baiser avec sept ou huit filles, leur mettre des doigts etc. L' écriture de Robert Coover est précise, travaillée dans le registre burlesque, presque balzacienne dans sa manière de couler simplement sur le réel mais malgré toutes ses promesses de style et de sexe, rien ne se produit avec ce livre. Les répétitions sadiennes sont alignées comme des pins morts dans une forêt des Landes et les descriptions d'orgie ne me tirent même pas un quart d'érection. Je vois bien que Coover fait de son Lucky Pierre un Ulysse moderne et qu'il s'en donne les moyens stylistiques. Mais, du coup, et à cause de tous ses efforts, ce livre majoritairement érotique devient juste intelligent, littéraire, formidablement bien écrit et surprenant, critique, second degré, alternant les flashs cinématographiques et les champs d'analyse du personnage (LP a des états d'âme), mais surtout SUPERCHIANTISSIME. Coover arrive avec une matière première en or à faire du Régis Jauffret. C'est désespérant et cela explique pourquoi la critique a aimé et pas moi.                                                                                                                                 


Henning mankell : l'homme qui souriait

Posté par Easywriter le 05.04.06 à 14:34 | tags : extrait, poche, henning mankell, le seuil, polar, audio
"Lorsqu'il retourna enfin se coucher, il était plus de quatre heures du matin. Dehors le vent soufflait toujours et la température avait chuté. Il frissonna en se glissant sous les couvertures. Il lui semblait qu'il n'avait guère avancé. Et pas davantage réussi à se convaincre de prendre patience. Ce qu'il exigeait de ses collègues restait comme d'habitude hors de portée pour lui."


Allez, une dernière enquête avec Kurt Wallander, fin limier (légèrement angoissé) de la police de Ystad. L'homme qui souriait est réédité chez " Points policiers", qui a déjà publié une dizaine de polars du suédois Henning Mankell dont la production inégale révèle quelques pépites( à lire : la lionne blanche et les chiens de Riga ). Le Seuil publie ces jours-ci le retour du professeur danse qui met cette fois en scène, Stefan Lindman, jeune policier cancéreux qui poursuit d'anciens criminels nazis. On y revient dans le mag, dès qu'on l'a fini.

L'homme qui souriait
(extrait ci-dessus), la lionne blanche, les chiens de Riga. Points policier.
Le retour du professeur de danse. Seuil, sortie le 06 avril.
- Lire la chronique de Le Retour du-professeur de danse
- Henning Mankell, la short-list.

Seuil, Bourgois : Plein les Poches!

Posté par Easywriter le 21.03.06 à 13:25 | tags : christian bourgois, news, le seuil, poche
Le printemps n'est pas seulement porteur de dramatiques informations climatiques mais aussi de nouveautés plus fleuries. Ainsi de l'éclosion de deux nouvelles collections "poches" chez Christian Bourgois et au Seuil. Le premier sort une assez classe section Titres à couverture blanche qui permettra de rééditer à moindre coût les nombreuses pépites de la maison (comme Vila Matas en illus.). Du côté de la Martinière-Le Seuil c'est la collection Points qui s'offre un lifting. Née dans les années 70, la collection Points s'est imposée sur le marché dans les années 80 et 90 grâce à une ouverture très large à la fiction et  en segmentant l'approche (policiers, jeunesse...). Malheureusement, le marché "poches" s'est bigarré au point de devenir illisible d'où la volonté des éditeurs de clarifier tout ça. Avec 3000 titres au compteur, Points Poches ne possède que 5% du florissant marché squatté par Le Livre de Poche, Pocket et 10/18.  A venir, donc une collection point poésies, points fantasy puis grands romans, Thrillers... le but étant de faire progresser les ventes de 70%. Les prix devraient même baisser de un à deux euros par titre.



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