|
Un bon roman donne parfois un très mauvais film, un mauvais roman un bon film, un bon roman peut aussi donner un bon film etc.. le mieux est encore de les comparer au cas par cas. C'est ce qu'on fait ci-dessous.
Pour mieux vendre son bouquin à Hollywood : devenir un troll
James Robert Smith, auteur de The Flock, n'avait à priori pas grand chose pour lui dans la grande course à l'option. Son livre parle d'oiseaux préhistoriques supérieurement intelligents qui vivent cachés en Floride depuis des millions d'années, jusqu'au jour où un promoteur décide de construire un parc d'attraction sur leur habitat. On imagine mal un producteur s'emballer à l'idée d'un film dont les personnages principaux seraient des oiseaux, et pourtant Don Murphy d'Angry Films, producteur du récent blockbuster Transformers, a "optionné" The Flock. Tout ça à cause d'une dispute sur internet.
Murphy est en effet connu pour son caractère irrascible : il garde une alerte google active sur son nom et sur celui de ses films et dès qu'on en dit du mal sur le net, il surgit dans les commentaires pour incendier celui qui a osé s'en prendre à une de ses productions. James Robert Smith, en bon troll, avait donné son avis sur l'adaptation cinématographique de From Hell produite par Murphy, dans les commentaires du blog d'Eddie Campbell (dessinateur de la BD From Hell). Après une dispute houleuse dans les commentaires dudit blog, Murphy décide d'enquêter sur son détracteur, découvre qu'il a écrit un livre et décide de l'acheter pour le lire et se moquer de ce qu'il imagine déjà être un très mauvais livre. Sauf qu'il le trouve finalement très bon. Résultat, aujourd'hui le scénariste Travis Milloy planche sur une adaptation pour Angry Films. Et moi je tiens juste à conclure en disant que Transformers est très mauvais et que j'ai un synopsis ultra prometteur dans mes cartons.
Voir aussi : Sept citations pour ne pas craquer dans le métro Après les zombies, Jane Austen chez les monstres marins L'actu des adaptations sur le blog ciné Ken Bruen : son hommage à Billy Wilder adapté au cinéma Le meilleur roman de Ken Bruen n'appartenant à aucun cycle (ni celui de Robert & Brant ni celui de Jack Taylor) est certainement London Boulevard, un hommage au fameux film de Billy Wilder, Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard, 1950).
Un film noir incroyablement avant-gardiste dans lequel des mythes du muet comme le réalisateur Cecil B. DeMille ou le comique Buster Keaton font une apparition et jouent leur propre rôle, racontant l'histoire d'un scénariste aux abois devenant homme à tout faire pour une ancienne actrice du cinéma muet, vieillissante et aigrie, qui manipulera son entourage jusqu'au drame, dans l'espoir de redevenir une "étoile". Monstre d'égoïsme et d'égostime, elle finira par aller jusqu'au bout de ce qu'il est possible de faire pour arriver à ses fins. A son habitude, avec son humour noir et pince sans rire, Bruen en donne une version incisive aux dialogues inoubliables, remplaçant le scénariste par un ex-taulard et la vedette du muet par une comédienne de théatre oubliée. Il n'est pas étonnant de voir Hollywood, actuellement avide de remake, optionner l'excellente adaptation de l'irlandais. Comme l'annonce l'auteur avec fierté sur son site officiel, c'est donc le scénariste oscarisé William Monahan (Les Infiltrés pour Martin Scorsese, Mensonges d'état pour Ridley Scott) également producteur et réalisateur (The Chaser) qui adaptera et dirigera sous peu London Boulevard à l'écran. Les principaux rôles iront à Keira Knightley et Colin Farrell que l'on imagine bien dans le costume taillé sur mesure de cynique irlandais n'attendant plus rien de la vie, bien trop lucide pour avoir peur même quand sa vie en dépend. Les livres de J.G. Ballard ont la cote au cinéma
J.G. Ballard nous a quitté en avril de cette année mais il reste bien vivant dans nos coeurs et se rappellera même bientôt à nos bons souvenirs en passant faire un tour sur les écrans à l'occasion des adaptations du roman High Rise (I.G.H., ou "Immeuble à Grande Hauteur" en VF), ainsi que de la novela glaçante Running Wild - Le Massacre de Pangbourne en VF.
Le film I.G.H., qui conte l'histoire du retour à l'état sauvage et des guerres tribales entre les habitants d'un immeuble ultra-moderne, dans une sorte de "lutte des classes" version Ballard, est signée de l'italien Vincenzo Natali (Cube) et se présente comme un projet au long cours, que le réalisateur caressait depuis de nombreuses années. Running Wild sera lui dirigé par le jeune réalisateur Kevin Kerslake, et montrera Samuel L. Jackson (!) dans le rôle du psychiatre chargé d'aider les enquêteurs cherchant à résoudre le mystère de la disparition (et même l'assassinat de masse) des parents d'une cité modèle. La qualité des interprétations de l'acteur dans ses derniers films ne donne que peu d'espoir en ce qui concerne la pertinence du projet, tout comme l'intervention d'un réal débutant. Mais qui sait, on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.
A propos d'acteur justement, un bruit court sur le net depuis le mois de mai dernier : Christian Bale (American Psycho, Terminator Renaissance) qui faisait déjà parti du casting de L'Empire du soleil, annonce qu'il souhaiterait adapter un autre livre de Ballard, décidément coté ces derniers temps. Il s'agirait cette fois de Concrete Island (L'Ile de béton, en VF), dont l'acteur américain partagerait les droits avec le réalisateur Brad Anderson (The Machinist). Le tournage est loin d'être concrétisé pour l'instant, tout cela n'étant encore qu'un projet. A suivre donc... Après Crash, adapté de manière glacé (et toujours controversée) par David Cronenberg, et L'Empire du soleil de Steven Spielberg, ce sont donc là les troisième et quatrième adaptations du romancier au cinéma. Et comme Philip K Dick avec Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques, le romancier ne sera pas là pour les voir (et c'est peut-être une bonne chose finalement...)
Lire aussi : J. G. Ballard, visionnaire ultime Le livre à caresser de Dave EggersPosté par Céline le 18.06.09 à 15:23 | tags : news, illustration, vo, jeunesse, le livre ou le film ?
Adapté du livre pour enfant Where the Wild Things Are de Maurice Sendak, ainsi que du scénario que Dave Eggers a co-écrit avec le réalisateur Spike Jonze, The Wild Things affiche une couverture des plus originales. Que chacun jugera, en fonction de ses névroses et de ses souvenirs d'enfance, affectueuse ou effrayante. The Wild Things raconte l'histoire de Max, un petit garçon à la vie compliquée, qui développe peu à peu un comportement de plus en plus animal. Après avoir pris la fuite, il se retrouve sur une île, « The Island of Wild Things », dont il devient bientôt le roi... L'histoire de ce garçon-loup revu par Dave Eggers, qui paraîtra le 1er octobre aux éditions McSweeney's, sortira donc également sur les écrans (Max et les maximonstres : voir la bande-annonce). C'est également à la rentrée que l'on découvrira la version française du roman What is the what (Le Grand Quoi, Gallimard). Voir aussi sur Fluctuat : Lord of Light, le roman qui ne reste qu'un roman![]() "Lord Of Light" c'était, à la base, un excellent roman de science fiction bouddhiste de Roger Zelazny. Aujourd'hui, ça n'est toujours que ça mais ce n'est pas faute d'avoir essayé de l'adapter en film.
A la fin des années 1970 l'écrivain et inventeur Barry Geller arrive à Hollywood bien décidé à réaliser une adaptation cinématographique du roman de Zelazny. Pour ce faire, il embauche le roi des comics, Jack Kirby, qui dessine pour lui des décors complétement fous. Plutôt que de dire "c'est trop, on arrivera jamais à construire ça" comme n'importe quel homme sensé l'aurait fait, Geller s'enthousiasme et suggère à Kirby d'utiliser ses dessins comme la base d'un parc d'attraction dans le Colorado qu'il appellerait Science Fiction Land et qui serait bâti sous un dôme géodésique de plus de 700 mètres de haut. Geller avait tout de même réussi à réunir quelques millions de dollars pour financer tout ça quand son assistant a été arrêté pour avoir détourné ces fonds. L'histoire de Geller s'arrête là, mais pas celle du film puisque le script et les dessins de Kirby seront utilisés plus tards par des agents de la CIA qui délivreront des otages après s'être fait passé pour des producteurs hollywoodiens venus à la recherche d'un lieu où tourner ce film au budget colossal. La réalisatrice Dian Bernard a l'an dernier entrepris de tourner un documentaire plutôt prometteur sur toute cette histoire, et elle en a même montré un peu sur un blog consacré au projet en septembre dernier mais aujourd'hui, c'est le silence radio. Le projet LOL serait donc à nouveau tombé à l'eau ?
Lire aussi : Le journal Pilote de retour pour un numéro sexy X Men Origins : Wolverine : le livre ou le film ?
Logan est le Lucky Luke barbare des X-Men, un monstre de sauvagerie capable d'éructations animales et en même temps (l'un de ses points communs avec Hulk), un animal blessé, un enfant abîmé, amnésique à la recherche de sa part d'humanité. Alors que les comics choisissent souvent leur angle d'attaque : l'action ou l'introspection en dominante mais sans renoncer au fil des séquences à jouer sur les deux pôles d'attraction du poilu, le film hésite assez peu avant de laisser tomber la part sombre de Wolverine pour en faire une machine de guerre. Le début du film est symptomatique de cette option : le réalisateur démarre en copiant quasi plan à plan le Wolverine Origins de Jenkins et Kubert et ouvre sur une scène iniatique qui nous donne un aperçu de ce qu'aurait pu être un film de Wolverine victorien et inspiré des Hauts de Hurlevent (ce qui est le cas de ce chef d'oeuvre bande-dessinée).
Logan est flanqué d'un pâlot Sabretooth, trop méchant pour être crédible sur la pellicule; Wolverine le film devient un film d'action assez traditionnel d'où les éléments psychologiques introduits par le run de Barry Windsor Smith sont soigneusement évacués. Il aura beau perdre 2 fois sa nana, Jackman n'approche jamais la justesse et la tristesse des comics. Quitte à aller jusqu'au bout, Marvel aurait dû se payer d'emblée un Wolverine vs Hulk qui aurait eu une meilleure gueule, ou à développer l'alliance Wolverine-Captain America contre le joug nazi. (Question subsidiaire : quelqu'un a-t-il vu un cameo lors du débarquement du Captain ? Pas moi en tout cas....) Etrangement et pour une fois, c'est donc la relative homogénéité du film qui plombe son impact et limite sa séduction. L'équipe de superbâtards réunie autour du griffu n'est pas assez individualisée pour prendre corps - elle n'existe pas sous cette forme dans les comics, le réalisateur ayant essayé de fourrer le maximum de personnages en un minimum de temps - et s'en désintéressant dès qu'il a présenté (en 10 minutes) les pouvoirs des uns et des autres. Il ne s'agissait pas de refaire les Inglorious Bastards ou les X Men, mais tout de même. A quoi bon se payer une équipe si c'est pour s'en servir si peu ? Au jeu du qui s'en sort le mieux, Gambit tire son épingle du jeu, Deadpool est à la ramasse en ninja blanc démasqué. Pour le reste, l'équipe ne vaut pas grand chose et le personnage de généralissime devenu emblématique des films adaptés de comics (voir Iron Man, Hulk,...) n'a pas plus d'intérêt qu'ailleurs.
Les livres ou le film donc ? Comme à chaque fois, on répond la même chose : les livres bien sûr mais on peut aussi voir le film pour d'autres raisons et s'amuser tout autant. La distribution (officielle) de pop corns, c'est maintenant sur vos écrans. Pour les autres, c'est aussi la fête à Wolvie dans les étals de librairie avec des rééditions si nombreuses qu'on n'ose même pas les détailler.
Watchmen et le temps du récit : le livre ou le film ? Watchmen : les gardiens est un bon film. Il n'est ni une trahison, ni un massacre en règle du travail d'Alan Moore et de Dave Gibbons comme ont pu l'être à peu près toutes les adaptations du scénariste de Northampton. Zack Snyder, dont on n'avait pourtant pas aimé le 300, a fait le boulot avec amour et en a tiré un film qui a gardé suffisamment des caractères initiaux du roman graphique pour qu'il ne soit pas uniquement la machine à pop corn que certains attendaient avec effroi.Watchmen est un film de superhéros en phase terminale, un film noir et une uchronie politique, qui offre l'avantage important pour le spectateur contemporain de voir se matérialiser quasiment au millimètre près certaines cases dessinées par Dave Gibbons. Les lecteurs de Moore seront saisis de contempler sur écran la mise en place charnelle de ce qui relevait jusqu'ici du seul imaginaire et du dessin. Snyder fait mieux dans son genre que Miller/Rodriguez sur Sin City et bien mieux que Miller sur le Spirit d'Eisner.
Mon Watchmen préféré Lorsqu'il s'agit de comparer Watchmen le film et Watchmen la BD, on n'est pas, pour une fois, dans la situation déséquilibrée où on compare une panouille et un chef d'œuvre. La supériorité de la BD tient ici avant toute chose à son format et aux qualités qui en découlent. Moore, interrogé (un bon milliard de fois) sur l'adaptation en cours avait dit quelque chose d'évident mais de terriblement vrai : - Pourquoi est-ce que vous ne vous intéressez pas au film, Monsieur Moore ? - Parce que Watchmen est une BD et pas un film. C'est là que se trouve la réponse.
Dans le film, Snyder a mis sur le même plan à peu près tous les Watchmen, leur consacrant à chacun un développement en flashback (sauf à Ozymandias qui en pâtit terriblement) qui permet de contextualiser leur présent et de coller à la structure de la BD. Ce type d'exposé fonctionne très bien en livre mais un peu moins en film. Les règles du cinéma veulent que le présent des personnages permette peu à peu d'en dévoiler la psychologie et l'historique et pas qu'on se lance dans des bulles cryptotemporelles de ce type (ok, il y a Citizen Kane et aussi... La Cité de la peur). Là où le livre permet un attachement du lecteur à l'un ou l'autre des personnages (la force de Rorschach emporte tout dans le livre), le cinéma juxtapose 4 ou 5 sous-récits de 10 minutes strictement égaux. Ce séquençage équitable ne nous permet pas de formuler une VRAIE préférence.
Réalisme graphique et temps du récit
La BD a un temps, des temps dont chaque segment peut, sous l'effet de la lecture, prendre une durée et une saveur différentes. Le cinéma offre, lui, un découpage standardisé où l'émotion et la substance sont prédécoupées, et ont déjà fait l'objet d'une utilisation dans d'autres films. Le refus de Snyder de se confronter au squid est une autre illustration de ce phénomène. Là où Moore peut se payer un instrument de fin presque comique (tragique, évidemment), le cinéma ne peut se l'offrir car il n'a pas de référent qui permet de stimuler le spectateur dans le bon sens. Les monstres de cinéma sont des monstres qui mettent du temps à apparaître (Godzilla, King Kong, le truc de Cloverfield), qu'on a du mal à montrer. Le cinéma, contrairement à la BD, ne peut pas se permettre de juxtaposer l'absurde et le sérieux, le surréaliste et le psychologique sans griller ses effets. Il suffit de voir à quelle vitesse est tué Rorschach dans le film pour voir que quelque chose cloche.
Le Premier Homme de Camus adapté au cinéma par Gianni Amelio
Le manuscrit inachevé d'Albert Camus, prix Nobel de littérature en 1957, avait été retrouvé dans sa valise après l'accident de voiture qui lui coûta la vie, le 4 janvier 1960.
Source : Variety Le roman Haunted de Chuck Palahniuk a trouvé son réalisateur
Relativement, pour ne pas dire, totalement inconnu, le belge (oui, oui, vous lisez bien !) Koen Mortier s'est donc engagé à adapter l'inadaptable, soit les 23 nouvelles déguisées en roman de l'écrivain culte de toute une génération. A l'origine d'un premier long métrage titré Ex-Drummer, un film très "rock'n'roll" selon la critique, Koen Mortier devra notamment relever le défi de mettre en image la fameuse nouvelle "Guts", celle dont la seule lecture, donnée par l'auteur un peu partout dans le monde, a déjà provoqué course aux toilettes pour vomir et évanouissement... Je vous laisse imaginer ce que cela pourrait donner sur grand écran. Souhaitons que les CGR et autres multiplex prévoient des sacs comme dans les avions (enfin, plus résistants toutefois que ceux des avions) et une bannière d'interdiction au moins de 12 ans (minimum). Dans le même ordre d'idée, on attend avec impatience l'annonce de l'adaptation du Festival de la couille...
Lire aussi :
Photo : © CHRISTOPHE ENA/AP/SIPA The Informers : une adaptation peu fidèle au livre de Bret Easton Ellis ?
Brandon Routh, acteur envisagé dés le début pour jouer le rôle de Jamie, le vampire du livre, explique qu'"il n'est plus question de vampires, ni de zombies dans le film. Il s'agit juste de mettre en lumière la superficialité des gens, leur immoralité et leur passivité". L'acteur John Graham, chargé de jouer le rôle du fils de Billy Bob Thornton dans le film déclare quant à lui qu'il trouve regrettable les changements de dernière minutes imposés par les studios, évoquant une certaine "dissonance" entre l'ambition du livre et le scénario.
The Informers, dont le trailer est déjà partout sur le net et qui verra Mickey Rourke, Kim Basinger, Winona Ryder et Billy Bob Thornton incarner les personnages d'Ellis, a d'ailleurs reçu un accueil plus que mitigé au fameux festival Sundance, selon les dires du réalisateur lui-même. "Enfants gâtés. Drogues. Sexe. Amber Heard nue. Sida. Infidélité. Kidnapping. Désordre. Ennui. Sans intérêt. Epouvantable", pouvait-on lire sur le site Defamer le lendemain de la projection. Des réactions finalement similaires à celles qui accueillent régulièrement tous les livres d'Ellis. Les américains n'aiment décidément pas se voir dans un miroir, fusse-t-il la surface réfléchissante d'une luxueuse piscine de Beverly Hills.
Lire aussi : Bret Easton Ellis déshabillé par Bégaudeau
Le Capital de Marx adapté en film par un cinéaste allemand Si vous n'aviez rien prévu pour les prochaines soirées à venir, peut-être serez-vous bien aise d'apprendre que Le Capital de Karl Marx est désormais disponible... en DVD. Réalisé par le cinéaste allemand Alexander Kluge, cette adaptation se veut une reprise de celle qu'avait imaginée Eisenstein (le réalisateur du Cuirassé Potemkine) en 1927 sans pouvoir y donner de suite.Résultat : un film de 10 heures en 3 DVD, intitulé Nachrichten aus der ideologischen Antike. Marx, Eisenstein, Das Kapital, édité par la maison Suhrkamp. Très bien accueilli par la presse de tous horizons - comme le journal de gauche Die Tagezeitung, ou le très conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung - le film de Kluge s'est aussi très bien vendu. L'éditeur prépare donc un second tirage, qu'il annonce modeste cependant, partant du principe que le public de ce genre d'œuvre reste quand même minoritaire. Alexander Kluge est un cinéaste reconnu en Allemagne : il a notamment réalisé L'Allemagne en octobre, un film sur la Fraction Armée Rouge (RAF), organisation terroriste d'extrême-gauche allemande des années 70 et 80. Dans Le Capital, Kluge se livre, en 570 minutes, à une sorte de « marathon marxiste » : son projet inclut des interventions du philosophe Peter Sloterdijk, du réalisateur Tom Tykwer ou encore d'Oksana Bilgakova, la biographe d'Eisenstein. On y trouvera aussi quelques éléments humoristiques (10 heures de film, il faut bien), comme la présence du chanteur de cabaret Helge Schneider, ou d'un groupe d'hommes de Néanderthal lisant Marx... Dans une interview parue dans le quotidien Neue Zürchner Zeitung, le réalisateur allemand déclare cependant qu'il « ne cherche pas à rescussiter Marx ». En revanche, le contexte de la crise, lui, semble s'en être chargé : le Capital ne n'est jamais aussi bien vendu que ces derniers mois, à l'heure où le modèle capitaliste ne peut plus dissimuler ses failles. L'éditeur Suhrkamp aura donc lancé au bon moment ce DVD consacré à l'ouvrage de Marx. Car celui-ci pourrait bien servir de catapulte à la collection qu'il inaugure, et qui proposera bientôt d'autres « essais filmiques » portant sur de grandes figures comme Bertolt Brecht, Samuel Beckett ou Thomas Bernhard. Les best-sellers sur grand écran en 2009 Un film peut-il égaler un livre ? Même si quelques lecteurs sont catégoriques - non, c'est non - les nombreuses adaptations cinématographiques de romans prévues pour 2009 donneront l'occasion de reposer la question. Au programme : du best-seller, des stars, et du best-seller. Voici quelques exemples de couples - écrivain / réalisateur - qui pourraient s'avérer gagnants en 2009.Vikas Swarup / Danny Boyle. Avec Slumdog Milliardaire (14 janvier), Danny Boyle propose une version sur grand écran des Fabuleuses aventures d'un indien malchanceux, premier roman de Vikas Swarup, qui avait fait un carton en Inde. Le film a déjà été salué par le public des festivals. Guillaume Musso / Gilles Bourdos. Première adaptation d'un roman de Guillaume Musso réalisé par Gilles Burdos, Et après (14 janvier) repose, lui, sur un casting imposant : Romain Duris, John Malkovich... Cela sera-t-il suffisant ? Francis Scott Fitzgerald / David Fincher. Le réalisateur de Seven a relevé un défi en adaptant L'étrange histoire de Benjamin Button (4 février), une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald réputée inadaptable. Le film, dans lequel Brad Pitt tient l'un des rôles principaux, aura du attendre 14 ans avant de sortir en salle. Anna Gavalda / Zabou Breitman. Deux ans après l'adaptation d'Ensemble, c'est tout, les fans d'Anna Gavalda pourront voir Je l'aimais en film, avec Daniel Auteuil dans l'un des rôles principaux. Sempé & Goscinny / Laurent Tirard. En portant sur grand écran les aventures du Le Petit Nicolas, Laurent Tirard porte une lourde responsabilité. Inventé par Sempé et Goscinny, Le Petit Nicolas est un véritable monument de la littérature jeunesse. Valérie Lemercier et Kad Merad joueront le rôle des parents du garçon dans le film prévu pour septembre. Muriel Barbery / Mona Achache. Annoncée depuis quelques temps déjà, l'adaptation de L'élégance du hérisson sortira le 30 septembre. Avec Josiane Balasko dans le rôle de la concierge, elle comblera ou décevra les très nombreux adeptes du livre. Christian Gailly / Alain Resnais. Toujours du côté cinéma français, Alain Resnais donnera une adaptation de L'incident de Christian Gailly, avec ses comédiens fétiches André Dussollier et Sabine Azéma avec Les Herbes folles (21 octobre).
Passons sur les phénomènes Dan Brown, Harry Potter et Millenium, qu'on retrouvera également sur grand écran en 2009, mais dont on entendra assez parler en temps voulu, pour signaler également : Une histoire de Noël (25 octobre), un film d'animation 3D de Robert Zemeckis (à qui l'on doit la trilogie Retour vers le futur) avec Jim Carrey, tiré du classique Un Chant de Noël de Charles Dickens, ainsi qu'une nouvelle adapatation de Sherlock Holmes, avec Robert Downey Jr et Jude Law dans les rôles des célèbres détectives. Source : Livres Hebdo du 12 décembre 2008 La Belle Personne vs la Princesse de Clèves : le livre ou le film ? (9)
Quel point commun peut-on trouver entre ce film de collège (l'histoire d'amour entre un ténébreux professeur d'italien - aussi crédible que je le serai en professeur de technologie - et l'une de ses élèves) et un roman chef d'oeuvre paru en 1678 ? Personnellement, je ne vois pas ou alors pas grand chose qui soit à l'avantage du film. Si l'on reste à la surface des choses, les seuls points communs évidents (si l'on écarte le décalque malhabile de l'histoire qui font que... hum... Men in Black est une adaptation de... Hamlet) sont une sorte de préciosité et l'apparence gracile des protagonistes. Dans le roman, l'action se situe à la cour du roi Henri II, réputée pour réunir des aristocrates jeunes, très jeunes et particulièrement stylés. Dans le film d'Honoré, le tout est transposé dans un lycée des beaux quartiers de Paris où tout le monde est riche, à défaut d'être vraiment beau : bonjour l'ambition. Ce qui fait clocher avant tout ce projet d'adaptation en tant que tel, c'est avant tout les 420 ans qui nous séparent du cadre originel et l'évolution du coeur et des moeurs qui s'est produite entre temps. Là où le roman de Mme La Fayette faisait merveille, c'était dans la présentation d'un cadre moral strict et gentiment perturbé (terriblement perturbé) à l'intérieur du personnage central (la Princesse et ses fameux monologues intérieurs, premiers du genre avant le genre), par une passion naissante et jamais actualisée.
Chez Mme La Fayette, on sent, passée la phase introductive, assez pénible à lire aujourd'hui, trop longue, mais en soi assez fascinante, la société déployer ses règles et contenir les êtres comme un grand corset géant. Ce qui compte ici c'est le frémissement qui s'empare de l'héroïne, seize ans à peine, lorsqu'elle rencontre le Prince de Nemours alors qu'on l'a déjà "vendue" au Prince de Clèves. Chez Honoré, le contexte a changé : les coeurs et les corps sont libérés. Les protagonistes ont le droit de s'en servir comme il leur plaît, si bien que tout le dispositif de frustration, de containment du sentiment amoureux est non seulement désactivé mais ne peut espérer dégager la même force que dans le roman. Mme La Fayette qui, elle-même, choisit de situer son intrigue dans le propre passé de son époque (pour créer un décalage temporel), n'est pas dupe de l'évolution des moeurs. Les précieux ont gagné du terrain et l'afféterie menace déjà. Le libertinage est présent et incarné plus ou moins directement par le personnage de Nemours qui renonce, d'une certaine façon, à ses obligations envers la Couronne (l'Education Nationale dans le téléfilm) pour vivre sa passion (ou ne pas la vivre) avec la Princesse de Clèves. Il l'épie, la poursuit, se jette sur son chemin comme un mendiant sous une voiture. Ce voyeurisme naissant et un rien pervers peut être vu alors comme le comble de l'audace. A notre époque, il est tout bonnement incompréhensible et sans intérêt, incapable du moins de produire la même intensité. "Voir, au milieu de la nuit, dans le plus beau lieu du monde, une personne qu'il adorait, la voir sans qu'elle sût qu'il la voyait, et la voir tout occupée de choses qui avaient du rapport à lui et à la passion qu'elle lui cachait, c'est ce qui n'a jamais été goûté ni imaginé par nul autre amant."
Pour conclure et pour revenir à notre question, le livre ou le film ?, il faut, encore une fois, donner l'avantage au livre, monument littéraire, premier roman parmi les premiers romans, chef d'oeuvre de retenue bouillonnante, contre un film terriblement "versaillais" et qui joue sur des situations qui n'existent plus de cette manière. Si la Princesse du film est aveugle, c'est parce qu'elle le veut -vaut- bien ou parce que son cinéaste l'est aussi. On ne peut pas faire un film aujourd'hui en tenant le monde à distance. Cela ne fonctionne tout simplement pas et ça compte pour du beurre.
Philip Roth fait un cinéma
Récemment, Isabel Coixete a réalisé Elegy, tiré du roman La bête qui meurt (The Dying Animal) et dans lequel Penelope Cruz tient l'un des rôles principaux. Le film a remporté peu de succès, la beauté fulgurante de l'actrice ne suffisant pas toujours. Philip Roth s'est justement contenté d'approuver la prestation de cette dernière.
Il se montre encore moins complaisant envers l'adaptation de La Tache qu'a donné Robert Benton en 2003, The Human Stain (La Couleur du mensonge en français) avec Nicole Kidman et Anthony Hopkins en vedette. "Intolérable", déclare-t-il au sujet de ce film. Même jugement envers Portnoy's Complaint d'Ernest Lehman (Portnoy et Son complexe, 1972), tiré de son roman du même nom. Il aura cependant apprécié Goodbye Columbus, de Larry Peerce, adapté de la nouvelle éponyme en 1969, dans lequel joue l'actrice alors l'inconnue Ali McGraw, "une merveilleuse jeune comédienne", selon l'auteur. La Pastorale américaine est également en train de faire l'objet d'une adaptation. Mais Roth ne s'en mêlera pas : contrairement à d'autres écrivains comme Russell Banks ou John Irving, il dit n'être absolument pas tenté par la production ou l'écriture de scénario. "Je suis loin du monde du cinéma. Je ne fais que regarder si les gens sont présentables, s'ils ont de bonnes manières, s'ils sont bien habillés. Je n'ai aucune attente." Et du coup, le voilà tout déçu du résultat. Il est vrai que les deux adaptations les plus récentes, La Couleur du mensonge et Elegy, se sont avérés bien fade en regard des romans qu'elles sont plus ou moins censées retranscrire à l'écran. Mais bon, on en revient toujours à cet éternel débat, à savoir le livre ou le film ?, débat qui pour beaucoup de grands lecteurs n'a déjà plus aucune raison d'être.
Source : Associated Press, New York Babylon A.D. ou Dantec pour les nuls : le livre ou le film ? (8)La "malédiction Alan Moore" s'étend à Maurice Dantec. L'adaptation de La Sirène rouge avait été un désastre Mégatonnique de lourdeur et de maladresse et on se demande ce qui pourrait advenir des Racines du mal si elles étaient placées entre de mauvaises mains. Babylon babies, le troisième roman de Dantec, et le second dans lequel apparaît le Mercenaire philosophe Tooroop, est mon préféré avec Grande Jonction, pour la linéarité de sa trame, l'efficacité de son style et son souffle épique. On craignait que Kassovitz n'en fasse n'importe quoi et on n'avait pas tort, même si ce n'importe quoi nous plaît assez en définitive, proposant un digest de Dantec tout à fait convenable et qui d'une certaine façon ne dénature pas son propos.
Qui est qui
Le film échoue là où attendait qu'il échoue : rendre la langue de Dantec, l'intrication de la science et du texte, les détours philosophiques placés comme de petites bombes à neutron au coeur de l'action. Les délires liés aux amphétamines sont évacués. Le cinéma ne pouvait rien en faire sans déstructurer son attirail : on ne lui en veut pas. L'image est incapable de rendre l'intelligence ou la réflexion autrement que par le mécanisme lourdaud de la voix off (je fais une exception pour Ghost Dog) : celle de Vin Diesel ne tient pas la distance et on ne croit pas une seule seconde à la qualité réflexive de ce dernier. Le film échoue à donner une crédibilité à Aurora et à ce qu'elle porte. La seconde moitié du film est expédiée en un tour de main assez triste où le Mérovingien Lambert Wilson vient donner l'assaut argumentaire final (les bébés du futur, bah oui) comme pour se débarrasser d'une patate chaude. Ajoutons à ça la performance nullissime d'une Charlotte Rampling venue gagner son troisième tiers prévisionnel (?) en épouvantail sectaire et on tient l'une des mises en images les plus médiocres qu'on ait vue depuis un bail.
Le verbe ou l'image L'échec de Kassovitz est en partie l'échec du cinéma devant le livre, mais également le sien : son approche formelle est rudimentaire, sans imagination, là où le livre demandait une réflexion véritable sur la langue du cinéma et ses moyens. Dantec est l'écrivain par excellence, l'homme du verbe. Babylon Babies inadaptable ? Pas si sûr et d'ailleurs le film ne manque pas d'intéresser. Kassovitz, à défaut de faire avancer la réalisation, semble emprunter un moment la seule voie qui aurait pu le tirer d'affaire : celle du western. Babylon Babies est comme Grande Jonction un western, avec sa caravane, ses femmes, son cowboy. Kassovitz hésite à se lancer, tente quelques scènes cinématographiques mais peine à articuler les sections épiques du roman (celles où le trio roule à travers la plaine par exemple) et les sections urbaines. On entrevoit quelques bons points : le sous-marin, la fusillade où la mère supérieure perd la vie, la cabane au Canada, mais le parti pris n'est pas suivi. L'ouverture du film est symbolique à cet égard : Kassovitz aurait dû faire Pale Rider et il plagie Rambo.
Si le film n'est pas un échec complet (on marche dans l'émotion finale, aussi péniblement exposée soit-elle, on retrouve des sensations), c'est parce que Diesel tient la boutique. Son jeu sans relief donne une version de Toorop à laquelle on avait pas pensé en lisant le livre : une version brutale. Le guerrier philosophe qui nous plaisait dans le livre a ici une consistance plus primitive : il parle comme une petite frappe avec une voix de basse, il a des avants-bras dessinés, le crâne rasé. Diesel est beau avec son humour bidon et son visage inexpressif. D'une certaine façon, il propose une variante light du personnage de Dantec qui vaut la peine : un Dantec de petits casseurs passés professionnels, un avant-Toorop d'après l'apocalypse. Vin Diesel ne joue pas le héros fatigué, il en est incapable. Il joue l'agent du destin. Depardieu est bien dans son rôle, malheureusement tenu en une poignée de secondes et Mélanie Thierry, avec son visage toujours jeune et un rien détraqué, fait une Marie Zorn tout à fait crédible. Marie Zorn a de grands yeux et Mélanie Thierry a les yeux les plus ronds de la planète cinéma, au point qu'on la trouve parfois aussi touchante et "extraterrestrielle" qu'E.T.
Dantec pour tous
Livre et film échangent finalement plus leurs défauts que leurs qualités. Le livre l'emporte haut la main mais le film fait un bon fond d'écran à la lecture d'un roman de Dantec avec ses explosions et son univers respectueux. Dantec trahi, Dantec massacré. Pas sur ce coup-là, mais ça n'est pas passé loin. Dantec vulgarisé peut-être. Dantec pour les chasseurs et les amateurs de tuning. Il n'y a même pas de rock dans le film, c'est dommage.
Hellboy 2 et la Golden Army : le livre ou le film (6)
Del Toro n'a pas hésité cette fois à féconder l'univers steampunk de Hellboy avec son imagerie baroque et gothique : le film ne lésine pas sur les effets de couleurs, les dorures et embrasse à bras le corps les fantasmes d'irréalité et de fantaisie du comics, si bien qu'on se sait parfois plus dans un film de Del Toro que dans une adaptation de Mignola. "Ce qui est bien, c'est que tu t'es approprié la chanson", on dirait dans le jury de la Star Ac. C'est exactement ça.
Etrangement, Del Toro réussit avec ce second volet bien foutu à se débarrasser d'une des pires tares des adaptations de comics sur grand écran : l'obligation de faire sérieux, ou d'essayer de donner le change. Secondé par Mignola, qui a écrit une bd spéciale (une séquelle en forme de préquel, disons, ou de produit dérivé) destinée à détailler un peu plus l'origine de la Golden Army dont il est question dans le film (prologue notamment), Del Toro ne s'est refusé aucune fantaisie. La première et la plus payante est d'avoir fait entrer sur scène le personnage fabuleux du Johann Kraus, le médium dématérialisé, sorte de fumée spirite contenue dans un scaphandre et qui fait parler les corps et les objets. Kraus est une merveille cinématographique, un personnage incroyable qui sur le plan visuel dépasse finalement son double BD originel. Selma Blair continue avec son visage parfait d'incarner une Liz Sherman très équilibrée, érotique et responsable qui oppose sa sagesse et son esprit pratique à la force et au côté rêveur d'Hellboy. Etrangement, et alors qu'il constituait l'atout n°1 du premier film, c'est le personnage principal qui pêche ici un tantinet. Les tentatives d'humaniser Hellboy (la scène de beuverie avec Abe) ne fonctionnent pas et les séquences de comédie, même si elles sont ponctuées par des bons mots... très efficaces, ne parviennent pas à convaincre. A décharge du cinéaste, ces séquences ne sont généralement pas non plus les plus réussies des comics. Toujours est-il que Hellboy est clairement en retrait ici et se fait manger la feuille par les seconds rôles.
On peut trouver Hellboy 2 assez peu satisfaisant au final (le scénario est ultrafragile et difficile à avaler, le méchant foireux) mais reconnaître qu'il constitue, ce qui n'est pas fréquent, une vraie réussite d'adaptation, une vraie transposition de l'univers de la BD, avec ses qualités et ses faiblesses. Contrairement à Wanted et à Hulk, il y a ici un vrai travail d'auteur et une sorte d'égalité de moyens (et de fins) entre les médias. Match nul donc, en ce qui nous concerne. Dark Knight, le premier Moore réussi au cinéma ? Le livre ou le film ? (5)Posté par Myosotis le 14.08.08 à 14:55 | tags : alan moore, comics, élucubration, le livre ou le film ?
Nolan avait donné néanmoins quelques gages intéressants aux amateurs de la BD : un récit des origines bien tenu et mis en scène, une lumière sombre et un design en rupture avec le travail de déconstruction gay entrepris entre 1995 et 1997 par Schumacher, un Batman bien campé par un Christian Bale aussi beau qu'inexpressivement aristocrate. Le nouveau Batman était classe, techno et dark, c'était tout ce qu'on pouvait lui souhaiter.
Avec ce The Dark Knight, on s'attendait sur le titre évidemment à ce que Nolan aille chercher la vérité du personnage du côté de chez Frank Miller, auteur de deux ouvrages-séries essentiels et très prochainement réédités en format luxe (70 euros avec quelques bonus), baptisés The Dark Night ReturnsThe Dark Knight Strikes Again et (DK2 pour les intimes). Si on se demandait ce que Nolan pourrait tirer du second (ses couleurs bariolées et son découpage ultraexpérimental), on voyait tout le profit qui aurait pu être tiré du premier, présentant un Batman à la retraite depuis 10 ans et obligé de reprendre du service face à des menaces de plus en plus présentes. Finalement, et de manière surprenante (le visuel de feu Heath Ledger en Joker nous avait mis la puce à l'oreille), en le disant du bout des lèvres, Nolan a choisi d'adapter non pas Frank Miller, dont il n'y a pas grand chose ici, mais (le méchant!) quasi intégralement le Killing Joke d'Alan Moore et Brian Bolland. Sorti en 1988, il y a tout juste 20 ans, The Killing Joke est une BD one-shot de quelques dizaines de pages seulement qui résume (ou concentre) l'univers de Batman en un fabuleux duel psychologique (et essentiellement psychologique) entre le Chevalier Noir et son ennemi intime, Le Joker. Le principe retenu par Moore au scénario est que le Joker est non seulement un dangereux maniaque psychotique (il tue Barbara, la fille de Gordon, à bout touchant) mais aussi un type normal qui a versé, par fatalité (et accessoirement sous l'effet d'une sorte d'un déterminisme de classe), du côté obscur de la force. Batman et le Joker sont nés d'un "bad day", un jour de déveine. L'homme, dit Moore en substance, est aussi fou que raisonnable. Batman et le Joker sont plus proches qu'ils n'en ont l'air, pourraient être aussi bien une seule créature séparée en deux à la naissance et surtout composent un être symbiotique qui ne peut pas se passer d'une de ses moitiés.
Du coup, le film se tient assez bravement au niveau des meilleurs comics de Bob Kane et de ses relectures suivantes. On aurait aimé un peu plus d'audace, d'engagement et finalement de réalisme (Gotham est sublime graphiquement mais manque un peu de personnalité) mais il faut se satisfaire de ce que l'on a et ne pas prêter aux illustrés des qualités qu'ils n'ont pas. Si The Killing Joke est une belle (et décisive) variation sur les rapports entre héros et supervillains, The Dark Knight est une impeccable mouture de film d'action intelligent, un grand spectacle à la fois populaire et exigeant (les rapports politique/mafia, la croisade pervertie de Dent).
Avec ce film quasi irréprochable (texture, ambiance, variation sur le personnage d'Harvey Dent, tension psychologique, Michael Caine en Alfred et Morgan Freeman en Lucius Fox), Nolan fait mentir la tradition selon laquelle toute adaptation (ou pseudo-adaptation) d'Alan Moore est vouée au fiasco. Comme souvent avec Batman (foncièrement gay), le seul point noir du film est encore une fois Rachel Dawes. Même sans Miss Kathie Cruise, difficile d'en faire quelque chose. Elle vient mettre du sentimentalisme où il n'en faut pas et ne couche jamais. C'est à désespérer. Elle ne suffit pas néanmoins à gâcher notre plaisir. On espère que les Watchmen suivront et qu'un jour Spielberg se coltinera Tom Strong. En attendant, on fonce sur notre Batmobylette vers d'autres horizons. Marc Lévy et ses amours : le livre ou le film ? (6)
Si l'on était sympathique, on dirait, pour s'être déjà tapé en intégralité (si, si) l'adaptation de Où es-tu ? (à ne pas confondre avec Tétéou ? de Richard Gotainer) avec Elsa il y a quelques mois, que Mes Amis, mes Amours est un bien meilleur téléfilm que ce qui avait été fait pour M6 avec Cristina Reali en victime sacrificielle. Le livre est un désastre (écriture en caractère 14, personnages indifférenciables, intrigue boboïque phase terminale, sexe soushamiltonisé; clichés londoniens à la pelle, style inexistant), le téléfilm un naufrage plaisant. On aime bien voir Virgine Ledoyen qu'on tenait jadis (c'était il y a longtemps, figurez-vous) pour une bonne actrice, s'humilier (c'est un bien grand mot) de cette manière, Pascal Elbé et Vincent Lindon dans leur rôle d'amis, amis du quiproquo et de la cocasserie débilitante. La photo est chouette et le quartier dit français de Londres un endroit où il fait bon vivre si l'on en a les moyens. Lorraine Lévy se dépatouille pas trop mal des scènes de comédie et réussit à nous faire sourire à quelques reprises avec des archétypes de boulevard éculés mais qui fonctionnent par mimétisme et sur leur bonne tronche originelle. Des types de quarante ans qui s'interdisent de recevoir des nanas à la maison pour mieux baiser à couilles rabattues, c'est tout de même le comble de la perversion.
Pour les autres, film et livre vous amèneront à en contempler l'idée. Trop de guimauve tue la guimauve. Trop de bonheur tue le bonheur. A trop forcer la comédie on écrit le meilleur des drames.... Ah, j'oubliais, il y a aussi Florence Foresti au casting. Oui, Florence Foresti, la comique qui ne fait pas rire. Son personnage est finalement le plus émouvant du lot et pour cause, elle est beaucoup moins belle que Virgine Ledoyen et c'est en soi, la vraie tragédie du film (même si ce n'est pas le scénario). Verdict le livre ou le film, donc ? Tu choizes mais, dans les deux cas, tu ne seras pas déçu. Tout y est comme toujours, beau, lisse, épilé comme une fesse de stripteaseuse dans Showgirls. C'est charming comme un béret basque, une baguette et un pot de rillettes. Ca peut se voir en plein air, se lire sur une plage, se transporter dans le sac à main, à l'heure de l'apéro, avant ou après l'amour. La Lévy Connexion est l'universel du Bonheur en branches.
Le livre ou le film (4) : Wanted
Malgré le renfort apprécié de Morgan Freeman (beaucoup plus intéressant dans The Dark Knight en Lucius Fox) et d' Angelina Jolie (on préfère sa version comics), le film se traîne loin, loin derrière le bouquin. Car ce qui faisait le sel de Wanted, c'était non seulement cette sorte de Ligue des Assassins (vue aussi chez Terry Pratchett, sur le mode rigolo) mais surtout l'amoralisme et l'extrême violence dans lequel sombrait le héros. Ici, Wesley Gibson est franchement timide et pâlot. Aucune trace du Eminem-like qui servait de personnage souche à Millar et Jones. La découverte progressive de ses dons est utilisée comme s'il s'agissait d'un simple cours de développement psychologique destiné à lui faire prendre confiance en lui. La BD faisait de la phase de transformation de Wesley une phase de transformation morale plus qu'une transformation comportementale : c'est sûrement la principale erreur du film.
Sur le plan du traitement graphique, Wanted propose ni plus ni moins qu'une lecture moderniste de la BD, alors que le trait de JG Jones était plus noir et contrasté. On est chez Bekmambetov dans une esthétique tout ce qu'il y a de plus standard aujourd'hui qui se caractérise par une vitesse d'exécution, un rapport du clair et de l'obscur plus motivé par la nécessité de dissimuler les effets spéciaux et les écrans verts que par un réel souci esthétique. En faisant de Fox un gentil méchant puis un méchant tout court, le scénario appauvrit également sa figure paternelle et son propre rapport à ses activités. La Fraternité qui faisait le charme du livre devient un club d'athlètes du vendredi soir, entre le Men's Club, le Club de bridge et l'association de freaks. La réunion des tueurs ne prend pas et leur direction par un Freeman en costard sévère ne tient pas plus la distance. Le pompom est décroché avec la mise en avant excessive du gimmick des balles courbes comme pivot visuel du film (le bullet time de Matrix...courbe) et comme synthèse ultime et unique du pouvoir des membres de la Fraternité.
Si Wanted le film ne marche pas fort, c'est paradoxalement parce que le cinéma a encore peine à faire du sérieux et pas du action movie pur et mou avec des graphic novels. Le syndrome Ligue des gentlemen extraordinaires fonctionne toujours à plein régime, à quelques exceptions près (le beau Hulk de Ang Lee, le Dark Knight, sur lequel on revient, Sin City peut-être), il y a une malédiction du septième art, art sérieux et tragique s'il en est, à faire de la densité avec un art (le huitième) pourtant considéré comme une affaire d'ados débiles un peu partout ici. Le cinéma prend-il la BD au sérieux ? Pas si sûr. La prise en main par Marvel de ses propres intérêts dans ce domaine devrait donner une indication sur ce qui nous attend en matière d'adaptations de comics dans les prochaines années : de Thor, à Captain America en passant par les Vengeurs, on s'attend tout de même à bien mieux que ce qu'on a vu jusqu'ici (Iron Man compris).
Je suis une légende : le livre ou le film ? (3)![]() Le film sort aujourd'hui. Mais j'ai eu la chance (Amis pirates américains, merci) de regarder en avant première le I am a Legend adapté de Richard Matheson avec Will Smith dans le rôle principal. La comparaison du livre et du film nous donne une nouvelle et excellente occasion de variation sur notre thème favori du moment (après Stardust, 30 jours de nuit) : le livre ou le film ? Là encore, et pour des raisons différentes de la dernière fois, le match est plus serré qu'on ne l'aurait cru, s'agissant d'un chef d'oeuvre de la SF daté de 1954, ayant fait en 1964 et 1971 déjà l'objet de deux adaptations inégales ET d'un film avec... Will Smith qui n'est pas notre acteur favori. Dans le livre et le film, Je suis (une) légende - l'absence ou l'existence de l'article a toute son importance et mériterait un billet à lui seul - un homme appelé Robert Neville est le dernier survivant de la race humaine (pense-t-on) après qu'une contamination virale ou bactérienne ait changé tout le voisinage en vampires supposément débiles et glouglouteurs de sang. Neville se balade en ville dans la journée, joue avec son chien, fait ses courses dans des supérettes abandonnées et trucide des vampires qui roupillent, avant de se planquer la nuit dans sa maison bunker, tandis que les méchants bonhommes l'attendent ou le menacent. Dans le livre, Neville est une épave humaine (la dernière du stock avant clôture), boit comme un trou et est miné par des visions de sa famille disparue (je ne dis pas comment). Les vampires déposent de temps à autre une carcasse de nana à la porte de chez lui, histoire de lui plomber le moral. En journée, il fait des expériences et nous fait part de son ennui extrême tout en dissertant de manière scientifique sur l'origine et le fonctionnement du virus vampirique. Dans le film, le schéma est assez similaire, si ce n'est que Neville semble avoir une forme morale un cran au-dessus. Il bouffe bio, a l'air assez joyeux malgré la pesanteur de la solitude et vit sa vie à la cool (du moins en apparence), Will Smith étant parfait avec son allure dégingandée pour suggérer un degré de bien-être supérieur au personnage du livre. Le plus bizarre, alors qu'on pourrait crier à la trahison (Neville sombre contre Neville clair), le Neville-Smith n'est pas inférieur psychologiquement au Neville du bouquin. On voit bien pourquoi le personnage a été éclairci (se taper Will Smith est déjà rude mais un Will Smith qui fait la tronche ou joue la gravité non merci) mais aussi ce qu'un personnage plus lumineux amène comme dynamisme. Alors que le livre s'appuie sur la répétition des jours, l'ennui et le caractère tragique des situations, le film s'intéresse à la manière de l'excellent 28 jours plus tard (film écrit par notre chouchou Alex Garland, rappelons-le) sur la ville sinistrée, le désert, la solitude cinématographique. Depuis L'Armée des 12 singes, les panoramiques apocalyptiques de grandes villes sont une belle réussite et l'on se prend à penser que les évocations du film sont ici supérieures à ce que le livre nous avait donné à voir. Pour la nuit, en revanche, le cinéma est clairement en retrait. Le réalisateur cède aux travers de vouloir faire de l'action quand Matheson faisait de la dépression. La mort du chien, dans le même registre, fonctionne aussi bien en image qu'à lire. Pour des raisons qui tiennent sans doute à notre éducation et à la structure de notre cerveau, il semble qu'on soit plus réceptif aujourd'hui lorsqu'on voit la mort à l'écran que lorsqu'on la lit. Est-ce une question de génération ? En tout cas, sur ce terrain, le film (en quantité de larmes versée) fonctionne presque mieux que la version originale. On ne parlera pas ici de la fin comparée des deux histoires. La fin du livre est assez géniale, depuis l'arrivée de l'amie Ruth, jusqu'au dernier jour et son retournement de perspective. Celle du film la suit d'assez près, mais avec une morale moins dramatique et moins perturbante. Les variations de l'un à l'autre des supports illustrent non pas une intention artistique différente (on peut supposer que le réalisateur n'a pas eu les mains libres sur sa chute, d'autant plus que, d'après la rumeur, la fin a été retournée après projection devant les fameux panels-tests qui dictent le montage final des hyperproductions US), ni une limite de l'un ou l'autre media, mais tout simplement la liberté supplémentaire (quasi infinie) dont bénéficie l'écrit par rapport à l'image.
30 jours de nuit : le livre ou le film ? (2)
![]()
Alors que les 2 tomes de 30 jours de nuit, comic book américain de Niles et Templesmith, reviennent en bonne place dans les étals de librairie pour Noël, sort prochainement l'adaptation cinématographique du premier volume de cette série horrifique et romantique par David Slade et avec, dans les rôles principaux, Josh Hartnett et la sublime Melissa George. Le trait de Templesmith est trop dynamique et trop concentré sur ses effets verticaux (la neige, la nuit, le sang) pour suggérer les 30 jours qui n'en finissent pas, les non-levers de soleil et l'attente des humains traqués par les vampires. Le film n'y parvient pas plus, incapable de se soustraire à son rythme semi-hollywoodien de poursuites, séquences d'évasion, plans à la con ou morceaux de bravoure, pour laisser respirer et frissonner son monde. Du coup, BD et film peuvent, pour une fois, être renvoyés presque dos à dos, autour d'un semi-échec qui tient autant à des erreurs de gestion (artistique, s'entend) qu'à des défauts intrinsèques des médias. Sur le terrain de l'attente, du temps qui passe... lentement et de l'angoisse, il est assez difficile de rivaliser avec le roman. Est-ce à dire que les mots contiennent par leur double dimension spatiale et sonore, par leur lettrage, leur plumage et leur configuration intrinsèque (un après l'autre) une qualité que les autres n'ont pas ? Ce n'est pas si sûr. Le film qui attend ennuie (souvent). La BD qui attend est souvent prétentieuse. Le livre qui attend (on parlera de Je suis la ou une légende bientôt) peut être un chef-d'oeuvre. Le roman attend toujours, d'une façon ou d'une autre. Il aura plus de mal à pétiller et à rivaliser sur le champ de l'action, de l'humour qui fuse. Chacun ses armes, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse pas trouver d'exceptions, de contre-exemples etc.
Stardust : le livre ou le film ?
|
Discussions en cours sur le forum livres :
|