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Un bon écrivain ne gagne pas de fric

Posté par Easywriter le 23.08.06 à 08:22 | tags : la découverte, rentrée littéraire
Il est très rare qu'on se penche sur la vie matérielle des écrivains. On veut bien s'entregloser  à loisir sur les qualités littéraires d'un texte mais les conditions de production n'intéressent pas grand-monde. Or il est permis de penser -même sans un doctorat de sciences sociales - que celles-ci influent sur les oeuvres.
Bernard Lahire a interrogé plus de 500 auteurs hexagonaux dans le cadre d'une ambitieuse - et idonc inédite - enquête sur la condition littéraire. 42 % des écrivains interviewés n'ont perçu aucun droit d'auteur dans l'année qui a précédé l'enquête. Seuls 10% d'entre eux tirent la moitié de leurs revenus de leur activité d'écrivain.18 d'entre eux touchent le RMI. Car à mesure qu'explose le nombre de livres parus chaque année, le tirage moyen par ouvrage s'effrite et les droits tout autant. Côté statistiques de vente des livres, ils sont 15,3% à n'avoir jamais dépassé 500 exemplaires par titre publié, 16,2% les 1.000 et 23,4% à atteindre le chiffre  des 10.000 exemplaires.
Le "métier" d'écrivain est exercé généralement par des gens issus des classes supérieures et moyennes - 1% à peine d'ouvriers et d'agriculteurs-  et la plupart d'entre eux ont donc une deuxième activité rémunérée - fonctionnaire et professions culturelles étant les plus répandues. Car s'il n' y a pas de mauvaises raisons pour écrire -séduire des partenaires sexuels, satisfaire son ego, raconter des histoires...- gagner du fric est la motivation la plus incongrue (1, 4% des auteurs cités vivent exclusivement de leur plume).
 L'auteur note que les écrivains sont les plus mal lotis d'un milieu dont ils sont pourtant les acteurs centraux.
Appuyé sur de solides bases qualitatives et quantitatives -quarante entretiens approfondis complètent la statistique - le livre de Lahire se refuse pourtant à l'élaboration d'un véritable "champ" au sens bourdieusien.du terme car le monde littéraire serait trop peu professionnalisé pour autoriser une conceptualisation aussi poussée.
L'auteur préfère donc la notion de jeu au sein de laquelle il distingue d'ailleurs trois grandes catégories :  Ceux qui pratiquent la littérature comme un loisir. Ceux qui sont "pris au jeu", dont ils font "le moteur premier de leur existence" tout en conservant une activité rémunérée. Ceux, enfin, qui peuvent "gagner leur vie" en jouant, "joueurs professionnels dans le sens économique du terme". Bernard Lahire remarque d'ailleurs que les écrivains qui mettent le plus d'art dans leur oeuvre sont les moins susceptibles de pouvoir vivre de leurs efforts.
Ce qui nous ramène au vieux fantasme de l'écrivain doué mais pauvre, contre le tacheron qui gagne plein de fric. Les grands perdants du jeu de la rentrée littéraire ( environ 667 sur les 683) ont de quoi se consoler.

La condition littéraire sur le site des Editions de la Découverte.





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