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l'actualité des parutions chez Julliard

Une polémique bien fraîche pour le nouveau Mazarine Pingeot

Posté par Easywriter le 17.08.07 à 12:05 | tags : news, julliard, roman

Quoi de mieux qu'une polémique pour se distinguer sur le pléthorique marché littéraire de la rentrée ? Celle qui entoure depuis un mois la parution (prévue aujourd'hui si je ne m'abuse) du Cimetière des poupées de Mazarine Pingeot est un modèle du genre. Le livre raconte le repentir d'une mère infanticide. Elle explique par lettre à son mari pourquoi elle a tué l'un de ses bébés.

Quelque part en Indre-et-Loire, la fiction résonne familièrement aux oreilles de quelques-uns.
A Chinon, on s'émeut de la ressemblance entre l'histoire du Cimetière des poupées et d'un fait divers particulièrement atroce.

Souvenez-vous de ce couple de Français expatrié à Séoul dans le congélateur duquel on avait retrouvé deux nourissons congelés. C'est le mari qui avait signalé son affreuse découverte et toujours nié sa paternité, affirmant, après avoir été confondu par les tests ADN, qu'il n'était au courant de rien. Son épouse Véronique Courjault est détenue aujourd'hui à Orléans en attente d'un procès.

La famille et les proches s'émeuvent des conséquences d'une large médiatisation du livre sur les deux enfants qui vivent toujours avec leur père. Deux cents personnes signent une pétition envoyée fissa aux éditions Julliard. "Nous n'avons rien contre Mazarine Pingeot mais [...] cette petite a sans doute apprécié que les médias la laisse tranquille durant son enfance. Pourquoi ne fait-elle pas de même ?".

Il faut vraiment être de l'Indre-et-Loire pour penser qu'une pétition et une mobilisation locale ne vont pas provoquer le contraire des effets escomptés.
Evidemment, Julliard publie le livre quand même, évidemment celui-ci profite d'une publicité inespérée et évidemment, nos amis du 37 passent pour des cons en voulant censurer a priori un livre qu'ils n'ont pas lu. Mazarine se défend d'avoir voulu se mêler de la vie privée de qui que ce soit et l'avocate de Véronique Courjault a indiqué au Monde qu'il n'était pas question d'entamer une procédure.
Dans le cimetière des poupées, la mère meurtrière garde son bébé près d'elle, dans un endroit réfrigéré. De Corée du Sud ou d'Indre-et-loire il n'est jamais question apparemment. Ben non, nous non plus on ne l'a pas lu, évidemment.

Le cimetière des poupées
Mazarine Pingeot

Julliard

La rentrée littéraire, la vraie, c'est sur le mag livres.


Jean Teulé se suicide et ferme boutique

Posté par Myosotis le 21.02.07 à 11:58 | tags : roman, julliard

il y a deux Jean Teulé : le poète et le baladin. Le poète écrit de superbes ouvrages ou romans (tel le Villon dont on avait parlé en bien, il y a quelques mois), sombres et habités; le baladin ramène, sourire aux lèvres, des histoires faisandées, faussement réalistes et venues de la France des AméliePoulineries et autres conneries à la Caro et Jeunet. C'est dans cette veine surréaliste, vaguement gothique et supposément comique que Teulé a puisé sa fausse bonne idée d'un Magasin des Suicides.
Plutôt amusante au début : une famille Mishima et Lucrèce Tuvache (on se croirait chez Amélie Nothomb !) administre un magasin où l'on vend des articles (cordes, poison, pistolets, gaz,...) dédiés au suicide, mal humain et plaie de nos sociétés décadentes . Le Magasin traverse une crise lorsque la France va mieux et que les gens, joyeux, décident de ne plus mettre fin à leurs jours. Les fils du couple marchand sont inégalement atteints par la vague de joie ambiante et constituent la distraction principale de ce roman : l'un est anorexique et migraineux, l'une est complexée parce que ses parents l'ont appelée Marylin, tandis que le petit dernier Alan est la figure de proue du mouvement Joie de Vivre (sa naissance amène la joie au coeur du foyer).
Malgré les permanentes inventions qu'une telle intrigue implique et le côté sympathique de cette famille Adams à la française, Teulé ne réussit pas à faire autre chose, avec ce thème en or, qu'à nous tirer quelques sourires faciles. Son style est très passe-partout, sans recherche et ne touche pas à la morbidité majestueuse, au lyrisme romantique qu'il avait si bien sû faire sortir de son Villon. On sait dès la première page qu'on a affaire à un Teulé light. Du coup, le Magasin des Suicides, sur une idée, répétons-le, qui méritait un traitement plus soigné, devient une souriante et brève blague venue de la Face Obscure d'un Marc Levy qui aurait pris l'apéro avecTim Burton. Une idée de scénario pour un bon film français plutôt qu'un bon livre. Teulé évacue toute la dimension politique du suicide, propose une sorte de livre de Marcel Aymé pour les amateurs de Club de Lectures, vidée de sa causticité et abritée derrière un humoir noir alibi. Un beau gâchis.

Le magasin des suicides
Jean Teulé
Julliard


Jacques A. Bertrand : La Course du chevau-léger

Posté par Van le 18.07.06 à 12:11 | tags : extrait, julliard, rentrée littéraire
"La pension Ines était encore plus triste qu'au matin. Sa fille avait vécu là des semaines de quelle couleur ? Gris-vert, comme ses yeux, sans doute. En proie à quel désespoir ou à quelle espérance ? Depuis son départ, Jérémie n'en avait jamais douté : elle était vivante. A un bout du monde ou à un autre. Magdalena.
Le lendemain, il se fit conduire en taxi au phare de Cabo da Roca, le finistère portugais, le rocher le plus occidental du continent européen. Aqui...onde a terra se acaba e o mar começa... (Camoes). Un unique couple de touristes audacieux se pliait en s'étraignant pour résister aux violentes bourrasques. L'océan Atlantique éclatait en gerbes d'écume cent cinquante mètres plus bas. C'est là, sur cet ultime promontoire, que Jérémie perdit son chapeau. Celui-ci s'arracha verticalement puis plongea en vacillant vers l'océan comme une soucoupe volante prise dans un orage magnétique."

Un regard sur le monde à travers l'ultime quête d'un personnage un peu décalé.
Le dernier ouvrage de Jacques A. Bertrand, après Tristesse de la balance et autres signes, Le Pas du loup, Le Sage a dit ...
La Course du chevau-léger, éditions Julliard.

Je, François Villon de Jean Teulé

Posté par Myosotis le 26.05.06 à 10:41 | tags : roman, livre, julliard

J'avais dit que je ferais une semaine française. Et comme je ne peux pas me contenter de dézinguer tout le monde voici assez curieusement le Je, François Villon de Jean Teulé. Ceux qui se souviennent de Jean Teulé sur le plateau de l'Assiette Anglaise, l'émission de Bernard Rapp, ont peut-être une image de ses interventions. Jean Teulé a pas mal écrit depuis et, comme on dit, trace un sillon singulier dans les lettres françaises autour de personnages romantiques (Rimbaud, Verlaine, maintenant Villon), et d'un style assez proche finalement de ce qu'essaie de faire avec un grand succès Peter Ackroyd, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Ce Je, François Villon raconte de manière romancée et dans un style post-médiéval reconstruit, enrichi de fragments poétiques, la vie de cet homme, sorte de brigand vaguement sadien qui se pique de temps en temps de poésie (à moins qu'il ne soit un écrivain véritable dissimulé sous un masque de boucher). L'intrigue située entre 1431 et 1460 (en très gros) raconte la vie de François, ses ruffianeries et ses aventures avec notamment la bande des Ecorchés. Il finira en taule où il sera, en raison d'une constitution solide, l'un des seuls à ressortir en une seul morceau. Si l'on peut déplorer l'insistance de Teulé à faire de Villon, une sorte d'ancêtre de Sid Vicious (le 1er punk serait Villon ?), le bouquin fonctionne parfaitement et on se croirait à fond dans la France d'il y a cinq siècles. Teulé est tout sauf un réaliste mais ses romans parlent tout de même par allégorie du temps d'aujourd'hui et c'est ce qui le rend supérieur aux stylistes purs, aux Rey & co, dont on a parlé ces derniers jours.

Evidemment, Villon parle un peu comme ça et il faut s'y habituer :
Qu'en réalgar et en arsenic de roche, en orpiment, en salpêtre et chaux vive, qu'en plomb bouillant pour mieux les réduire en morceaux, qu'en suie et poix délayées dans l'eau d'une lessive faite de merde et de pisse de Juive, qu'en lavures de jambes de lépreux, qu'en raclures de pieds et vieilles bottes, qu'en sang d'aspic et drogues venimeuses, qu'en fiel de loups, de renards, de blaireaux, soient frites ces langues ennuyeuses.



Denis Robert : plaidoyer pour un obstiné

Posté par Easywriter le 12.04.06 à 12:16 | tags : web, news, julliard, denis robert


Denis Robert est le genre de journaliste qui continue à nous donner foi en ce métier. Investigateur chevronné, il s'est attiré pas mal d'ennui en fouillant du côté de la chambre de compensation financière luxembourgeoise, "Clearstream", gigantesque et opaque machine financière qui permet en gros de faire tourner à grande échelle des commissions occultes. Dans son livre "Révélations", il expliquait notamment un système de transaction entre une banque en faillite et la banque générale du Luxembourg (BGL) qui avait floué des milliers de petits épargnants mais avait permis à quelques privilégiés de se partager 100 millions de francs. Depuis, Denis Robert est poursuivi par la justice luxembourgeoise sur des points de détail vu que l'essentiel de ses infos sont indéniables. Des tribunaux français ont d'ailleurs déjà débouté la BGL de deux requêtes en justice.
L'histoire fait en tout cas flipper pas mal de monde dans les milieux politico-financiers. Des structures comme Clearstream "officialisent" la corruption comme faisant partie intégrante du capitalisme financier. Et alors ? Who cares ? C'est peut-être cela le pire : au lieu de se lancer dans un procès, les Luxembourgeois auraient pu attendre que le soufflet retombe, que les milieux médiatiques et littéraires trouvent un nouvel os à ronger. Les scandales financiers internationaux sont compliqués, chiants et les révéler ne provoquera aucune révolution. Mais Denis Robert s'obstine, inlassablement il défend la transparence de sa modeste place. Il y a quelques temps il avait lancé un appel anti-corruption avec une batterie de juges européens. Denis Robert est un journaliste old-school qui croit que traquer la vérité est indispensable à la démocratie, que décrire le monde c'est déjà contribuer à le transformer.
Il ne faut pas lâcher Denis, et pour cela on peut signer la pétition et se tenir au courant via son blog bien foutu où infos promos cohabitent avec infos tout court et soutiens de toutes parts. Il faudra aussi lire mardi dans le mag une chronique sur son dernier roman la domination du monde, la fiction étant pour Denis Robert une manière de continuer le combat.
Voilà c'était notre minute "la vie des journalistes indépendants". Et tout de suite des nouvelles de la bourse.

Sur Mille Feuilles : un extrait de la Domination du Monde
Sur le web : l'appel liberté d'informer , le blog de Denis Robert


Denis Robert : la domination du monde

Posté par Easywriter le 27.03.06 à 09:30 | tags : roman, livre, julliard, denis robert, extrait
"Il n'y a pas de dominants constitués en groupe hiérarchisé et organisé, doté d'une volonté propre et négative. C'est plus fin, plus complexe et plus pervers. La très grande bourgeoisie initiée, connectée, oligarchique, transnationale est de plus en plus riche. Le Lumpen laborieux, sans le sou, sédentaire, déconnecté grossit de plus en plus tout en bas de l'échelle. Au milieu, une masse informe de veaux finalement incultes, disciplinés et de plus en plus pauvres s'invente une pseudo-hiérarchie. Ces dominés n'ont pas de conscience de leur état et du vol organisé par les dominants. Les outils de propagande et'asservissement très développés mis en place par les dominants anesthésient toute vélléité émancipatrice chez les dominés."

Après les enquêtes pour Libé, les essais sur les malversations ddu capitalisme international,  Denis Robert, actuellement en délicatesse avec la justice luxembourgeoise, s'essaie à nouveau à la fiction.

La Domination du monde, aux éditions Julliard, en librairie.


Entretien avec Denis Robert + chronique dans le mag


Philippe Djian : Doggy bag, deuxième saison d'enfer

Posté par Easywriter le 22.03.06 à 16:48 | tags : roman, livre, julliard, extrait
"Il étala quelques dossiers sur son bureau. "Voilà ce que nous avons trouvé, ces quinze derniers jours. Et sans beaucoup chercher. Scandales immobiliers, transactions douteuses, manoeuvres d'intimidation, pots- de -vin, détournements...Le maire et toute son équipe. Tous impliqués à des niveaux divers. Nous avons l'embarras du choix"

Petit aperçu du deuxième volume de Doggy bag de Philippe Djian (Julliard). Vous avez manqué les épisodes précédents ? Cours de rattrapage lundi dans la rubrique livres.  Pour patienter lisez la chronique d'Impuretés, autre grand moment  de littérature djianesque.

MAJ : Doggy bag, saison 2 de Philippe Djian, lire la chronique en rubrique Livres.  + short-list Djian.  



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