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Toute l'actualité de l'histoire qui s'écrit, au présent et au passé.
Anticyclopédie Universelle
On trouve dans l'anticyclopédie un portrait de l'homme préhistorique via un questionnaire de Proust, des révélations sur l'implication du KGB dans Pif Gadget, des conseils pour réussir un bon autodafé et une double page de pub de Kim Jong-Il (un peu comme le Figaro, donc). Malgré quelques légères tendances satiriques, l'Anticyclopédie donne avant tout dans un humour absurde plutôt poli et bien élevé. C'est d'ailleurs là que le bouquin est le meilleur, quand il cesse d'être une parodie d'encyclopédie traditionnelle pour ressembler davantage à l'encyclopédie d'un monde parallèle fantaisiste ou à l'oeuvre d'un idiot savant qui ne comprendrait rien au monde qui l'entoure. Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle Mille Et Une Nuits Lire aussi : Knol : comment Google veut croquer Wikipedia sur le blog Aeiou Abécédaire de l'esclavage des Noirs![]()
A quoi sert l'Extermination ?Selon certains artistes, cette question est la seule qui vaille d'être posée depuis 60 ans : A quoi sert ou a pu servir l'Holocauste, l'élimination systématique dans des chambres à gaz, des camions, des camps de millions de personnes par la Barbarie nazie ? L'art de la seconde moitié du XXème siècle a évidemment et, à raison, posé la question sous toutes ses formes : pouvait-il exister du beau après ça ? la Shoah devait-elle tout déterminer ? d'où venait la source du Mal ? l'extermination était-elle (a)normale ? Il ne serait pas raisonnable de dresser une typologie des propositions issues de ce questionnement en 3 lignes. Selon que les réponses provenaient des écrivains, des peintres, des cinéastes, des historiens ou des spécialistes des religions, la représentation des faits variait et le niveau de réponse apporté également.
Dans l'actualité de cette dernière année, le roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, et la BD de David Brin et Scott Hampton, D Day, le Jour du désastre, proposent deux réponses ARTISTIQUES presque contradictoires. Dans le premier (qui, personne n'en a parlé, n'était pas si éloigné dans le ton de la Flèche du Temps de Martin Amis - bien meilleur et plus brillant), l'extermination des Juifs est vécue, selon la perspective historique dominante, comme la conjonction d'un système issu de multiples facteurs socio-culturels et économiques et de barbares individuels (dont le héros du livre). La normalité des tortionnaires et du cycle criminel rencontre la folie de l'homme. La thèse est juste et sans doute plus proche de la vérité que la seconde. Mais il n'est pas certain qu'elle soit artistiquement plus juteuse.Dans D Day, le jour du désastre, David Brin imagine que les camps de la mort sont un instrument ésotérique (l'idée est discrètement présente dans le 1er Indiana Jones) destiné à convoquer les puissances occultes. L'extermination des Juifs Neal Stephenson : Au commencement était le code.
Neal Stephenson - Cryptonomicon, vol. 1, 2 & 3 - Le livre de poche. La conspiration Bosch "Après de longues minutes où les dominicains, capuches rabattues sur le visage, se retournaient sans cesse pour vérifier qu'ils n'étaient pas suivis, Rosendal se détendit enfin sur son siège.-Nous l'avons échappé belle ! - Oui, grâce à Dieu, répondit le peintre." Yves Jego et Denis Lépée, la conspiration Bosch. Le roman n'évoque pas de sourdes malversations autour de la multinationale teutonne de l'électro-ménager, mais du peintre Hyeronimus Bosch qui se retrouve au centre d'une série de meurtres terrifiants et d'une effroyable machination narrée avec un talent qui ferait passer Dan Brown pour Joyce. Sinon, les éditions Fluctuat recherchent une plume pour écrire le complot Botticcelli qui raconterait l'enquête d'un plombier florentin s'apercevant par hasard en débouchant les toilettes de la Chapelle Sixtine que le peintre de la Renaissance avait découvert que Judas était une femme à barbe , info sur laquelle le Vatican s'était bien gardé de communiquer figurez-vous. Ecrire à webmaster@fluctuat.net Lire un chapitre entier de la conspiration Bosch sur le site de Yves Jego Les contes de l'AlhambraJ'ai profité de mes (trop courtes) vacances de février pour me replonger dans celles de l'été dernier et revenir sur les Contes de l'Alhambra (1832, rééd. Phebus 2004), livre vendu en masse aux touristes étrangers qui parcourent l'Espagne Musulmane et notamment Grenade, dont il est question ici. Ecrit par un homme de lettres, petit politique et diplomate de moyenne gamme, le recueil est aussi fascinant pour ceux qui ont visité les lieux que pour les autres. Il rassemble une vingtaine de contes ou récits plus ou moins légendaires et dignes des 1001 nuits, autour du royaume d'Al Andalous. Irving Washington, à qui l'on doit également la nouvelle Legend of Sleepy Hollow, ayant donné le film de Tim Burton, est surtout le premier écrivain américain moderne à entreprendre un tour initiatique de l'Europe. Jusqu'alors, le touriste était anglais et anglais surtout. Avec lui, c'est une tradition littéraire qui démarre dans laquelle se couleront plus tard Hemingway, Fitzgerald ou Burroughs, avec le succès créatif qu'on sait. La postérité américaine d'Irving Washington est d'ailleurs inversement proportionnelle à son aura française.
Pour la petite histoire, et la grande déprime, on notera que Washington dormait, à l'époque, à l'intérieur de l'Alhambra, lequel ressemblait vaguement à un gîte d'étape désaffecté. De quoi réfléchir aussi à nos citadelles et bunkers touristiques, plantés bâtis sur l'Histoire en à peine 100 ans. A la question, "le tourisme est-il encore possible ?", on répondra joker. Paris, capitale arabe De l'expédition de Bonaparte en Egypte au visage de Zidane sur les Champs Elysées, entre fascination et peur, attirance et rejet, intégration et exclusion, Paris est depuis deux siècles "au coeur d'une relation paradoxale de la France avec le monde arabo-musulman. Oubliée, occultée, inaudible, cette histoire dérange et cherche sa place dans notre mémoire collective". C'est cette histoire que se propose de raconter, en mots et en images, Le Paris arabe, un très bel ouvrage collectif publié en 2003 aux éditions La Découverte. "En l'an III de la République, la Convention ordonne de traduire et d'imprimer en arabe son Adresse au peuple français"; "Ce sont des travailleurs immigrés, venus pour la plupart de Kabylie à partir de 1894, qui percent les premières lignes du métropolitain "; "... les Maghrébins musulmans représentent une grande partie des forces françaises combattantes entre 1943 et 1945, avec un peu plus de deux cent mille hommes". Anecdotes, grands faits marquants, histoires particulières et Histoire commune sont retracés dans cet ouvrage dont le but n'est pas de dénoncer ou de glorifier, mais simplement de réinscrire des faits trop absents des manuels d'histoire. D'un grand intérêt du point de vue de l'histoire sociale, politique, culturelle de la France et de Paris, ce livre constitue aussi un trésor iconographique. Photos, affiches, tracts, cartes postales... des milliers de documents, souvent inédits, ont été exhumés. Ils témoignent de la présence des communautés dans la ville, et du regard porté sur cette présence par les Parisiens. Le Paris arabe Pascal Blanchard, Eric Deroo, Driss El Yazami, Pierre Fournié, Gilles Manceron ed. La Découverte, 2003 Will Eisner, le complot pour testament Figure du comics américain, père du "graphic novel" (A Contract With God, 1978), inspirateur (entre autres) du grandissime Art Spiegelman, Will Eisner s’est éteint en janvier 2005, terrassé par des ennuis cardiaques. Il avait 87 ans. Son dernier livre, Le Complot, paru en novembre dernier chez Grasset, propose de faire l’histoire du tristement célèbre Protocole des sages de Sion, un faux antisémite composé à la fin du XIXe siècle. Régulièrement démasqué, le texte n’a pourtant jamais cessé d’être diffusé ; aujourd’hui encore, il encrasse la Toile et sert de Bible à la haine antisémite… Scandalisé par le destin hallucinant de ce tissu d’âneries, Eisner tente d’en suivre, année après année, le parcours. Pour essayer, une fois pour toutes, d’enterrer l'une des plus gigantesques – et funestes – impostures de l’humanité... Tony Judt, le trait d'union Evoqué hier dans le Herald Tribune, le dernier ouvrage de Tony Judt vient de sortir aux Etats-Unis. Fondateur en 1995 du Remarque Institute qu'il dirige toujours à l'université de New York, cet historien britannique, spécialiste du XXe siècle intellectuel européen (ce qui fait déjà une assez vaste spécialité !), s'est fait fort de "réduire les zones d'incompréhension mutuelle" dans les échanges intellectuels entre l'Amérique et l'Europe. Tâche que l'administration Bush lui a donné plus d'une fois l'occasion d'exercer ces dernières années : "Pas besoin d'être un intellectuel français", expliquait-il dans une déclaration fracassante à la New York Review of Books il y a deux ans, "pour s'apercevoir qu'une Amérique surmusclée dans un environnement international hostile n'est pas plus forte mais au contraire plus faible qu'auparavant".Postwar: A History of Europe since 1945 (Penguin Press) poursuit dans cette oeuvre de rapprochement mutuel. Si les Américains sont invités à comprendre la tradition de l'Etat Providence européen comme une donnée structurelle, fruit d'une réaction quasi pavlovienne aux désastres sociaux des années vingt et trente qui ont conduit à la seconde guerre mondiale, les Européens y sont exhortés à s'inspirer fortement du modèle américain pour intégrer aujourd'hui leurs communautés immigrées. Flu reviendra sans doute bientôt sur cet ouvrage, dans sa version originale ou dès parution de sa traduction française. (spécial bonus : la liste des 10 bouquins à lire absolument pour comprendre le XXe siècle selon Tony Judt) |
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