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Toute l'actualité de l'histoire qui s'écrit, au présent et au passé.

Jean-Marie Laclavetine dissèque la génération soixante-huitarde

Posté par Céline le 09.04.09 à 17:55 | tags : news, roman, histoire
Editeur depuis 20 ans chez Gallimard, écrivain discret et solide, récompensé pour son amusant Première ligne par le Goncourt des Lycéens, Jean-Marie Laclavetine signe avec Nous voilà le livre le plus pertinent de ces dernières années sur mai 68 et sa postérité sociale.
 

Mieux qu'un essai, moins caricatural que la plupart des écrits « intelligents », revanchards ou nostalgiques sortis récemment, le roman de Laclavetine restitue le début des années 70, les combats idéologiques et l'air du temps dans toute leur complexité et leur folie. Sorte de chronique aventurière du Xxe siècle, déroulée sur quasiment 40 ans, Nous voilà file le destin d'un couple, Paul et Lena, emporté par la tourmente historique, vibrant d'idéalisme et souvent accablé par les désillusions. L'écrivain jongle avec les faits divers (le vol du cercueil du Maréchal Pétain par l'extrême-droite), les événements historiques et des destinées individuelles pour livrer une grande odyssée populaire aussi drôle que foncièrement désespérante.

Dans un entretien avec Fluctuat, Jean-Marie Laclavetine revient sur son itinéraire intime, littéraire, politique et professionnel : "J'avais besoin de confronter cette époque, ses discours souvent grandiloquents et fallacieux, ses idéaux discutables, ses combats indiscutables (par exemple celui pour la liberté de l'avortement), avec notre époque, à la lumière notamment de la droitisation progressive d'une frange importante de l'extrême-gauche d'alors. De quelle nature étaient donc en vérité les convictions de ces gens, dans les années 70, si trente-cinq ans plus tard on les retrouvait aux côtés de Bush et de Sarkozy pour une défense de l'Occident chrétien ?"

Lire la suite de l'entretien sur Fluctuat




Robert Littell dépeint Staline en poète dans son dernier roman

Posté par Céline le 26.03.09 à 11:16 | tags : news, histoire
Spécialiste du roman d'espionnage, Robert Littell (le père de Jonathan) s'intéresse, dans son dernier roman, à l'histoire de la Russie sous Staline, à travers le destin d'Ossip Mandelstam, le seul poète russe qui osa défier le dictateur avec un simple épigramme.
 

L'Hirondelle avant l'orage est né d'une conversation de Robert Littell avec Nadejna Mandelstam, la veuve du poète, qui a consacré sa vie à diffuser la poésie de son mari qu'elle avait entièrement mémorisée. A la fin des années 1970, l'écrivain américain s'est rendu chez Nadejda, pour lui témoigner toute son admiration. Au seuil de sa porte, la vieille femme l'avait alors averti : « ne parlez pas anglais dans le couloir ». Un seul mot étranger pouvant à l'époque vous faire accuser d'espionnage...

Trente ans plus tard, Littell propose un roman historique ultra-documenté, mêlé de fiction, où l'on en apprend autant sur le dictateur russe que sur la poésie : « C'est peu connu aujourd'hui, mais Staline aimait la poésie. Il lisait beaucoup, en autodidacte. Quand il était un jeune gangster dans le Caucase, quand il braquait les banques pour nourrir la révolution de Lénine, il écrivait des poèmes publiés dans le journal, des poèmes romantiques qui avaient de très bonnes critiques d'ailleurs ! », explique Robert Littell.

Lire l'entretien avec Robert Littell sur Fluctuat







Hitler, lecteur de Shakespeare et Cervantès

Posté par Gwenola le 23.03.09 à 16:32 | tags : histoire, essai, news
Imaginiez-vous Hitler en lecteur de grands classiques ? Un récent ouvrage du journaliste américain Timothy W. Ryback, Dans la bibliothèque privée d'Hitler (Le Cherche-midi), révèle un portrait dérangeant d'Hitler en passionné de littérature.

Si l'on ne s'étonne pas de l'attrait du dictateur pour les traités d'empoisonnement aux gaz, L'Histoire de la marine allemande durant la première guerre mondiale ou les ouvrages de Nietzsche - dont on sait à quel point il a dévoyé la pensée - l'idée que les pièces du grand Shakespeare aient pu côtoyer l'ouvrage antisémite d'Henry Ford, Le Juif international, sur les étagères de la bibliothèque d'Hitler est moins évidente. Hitler possédait également un exemplaire du Don Quichotte de Cervantès ainsi que ... La case de l'oncle Tom.
 

La Führer de lire
La controverse qui accompagne systématiquement la sortie d'ouvrages sur Hitler tient justement à cette représentation du personnage, qu'on préfère imaginer inculte et versant dans la folie que s'émerveillant face à la beauté de la poésie shakespearienne. Cela rappelle la polémique autour de la poupée de cire exposée à Berlin et qui représentait le dictateur dans son bunker, attendant la mort au milieu de ses livres. La sculpture fut décapitée au bout de trois minutes lors de son inauguration, par un visiteur indigné de voir le chef nazi représenté sous des traits humains...

Mais l'étude de Ryback le montre pourtant : Hitler, responsable d'autodafés répétés contre ce qu'il jugeait être une littérature dissidente (auteurs juifs ou pacifistes entre autres), était un grand collectionneur de livres (16 000 titres), fan de Robinson Crusoë et Gulliver. De quoi convaincre définitivement, cette fois, qu'une bibliothèque ne détermine pas exactement son propriétaire.

A noter que ce mois-ci paraît également un livre documentaire d'Antoine Vitkine, sur la réception de la bible nazie dans le monde (Mein Kampf, histoire d'un livre, Flammarion).

 

 




Des livres pour comprendre le génocide commis par les Khmers rouges

Posté par Céline le 18.02.09 à 12:15 | tags : news, histoire, essai
Alors que le procès des principaux dirigeants Khmers rouges, responsables du génocide des cambodgiens entre 1975 et 1979, s'est ouvert hier à Phnom Penh sous le parrainage de l'Onu, les librairies proposent plusieurs ouvrages, récemment parus ou plus anciens, retraçant le massacre mené sous le régime de Pol Pot.

Kaing Guek Eav, alias Douch, ancien directeur du centre d'interrogatoire S-21, où 15000 personnes ont été torturées, était le premier à comparaître hier. Ce tortionnaire a notamment été décrit avec précision dans Le Portail, récit dans lequel l'ethnologue François Bizot relate son enlèvement par les Khmers rouges en 1971.
 
Le documentaire du cinéaste Rithy Panh, La Machine Khmère rouge, qui traite également de S-21 (prison de Tuol Sleng), va faire quant à lui l'objet d'une réédition chez Flammarion. Rithy Panh est lui-même l'un des rares rescapés de S-21, et ses deux films tirés de cette expérience, La Terre des âmes errantes (1999) et S-21, la machine de mort Khmer rouge (2002) ont été primés à plusieurs reprises.
 
De nombreux autres ouvrages témoignent du génocide khmer. Parmi eux, le manga Enfant Soldat, qui retrace l'histoire d'Aki Ra, enrôlé de force par les Khmers rouges à l'âge de cinq ans (dessin d'Akira Fukaya, paru chez Delcourt le 14 janvier). Un ouvrage de photo de Dominique Mérignard, qui dans Témoin S-21 : face au génocide des Cambodgiens propose des clichés du musée officiel du génocide khmer (éd. Bec en l'air). Un roman enfin : Le Choeur des enfants Khmers de Loïc Barrière, inspiré de l'histoire vraie de Rotha M., jeune cambodgien vivant en France qui cherche à comprendre le passé difficile de son pays d'origine.
 
Trente ans ont passé depuis la chute du régime des Khmers rouges. Ce n'est qu'assez récemment que des témoignages se sont multipliés sur cette époque. Arrêté depuis 1999, Douch est accusé de "crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de meurtres avec préméditation". Après lui, quatre autres dirigeants Khmers rouges, âgés de 76 à 83 ans, seront entendus et jugés à leur tour.
 
Lire aussi :
 



Un livre antisémite de Ford retiré de la Foire de Zagreb

Posté par Mélanie le 17.11.08 à 11:53 | tags : histoire, news

"Une provocation inutile". C'est en ces termes - un peu faibles - que Jaksa Depolo, organisateur de la foire du livre de Zagreb (Croatie), justifie le retrait de The international Jew d'Henry Ford du stand iranien suite à la demande de la mission diplomatique d'Israël, pays invité cette année.

 

Tout le monde connaît Henry Ford. Nos manuels scolaires le présentent comme ce sympathique industriel du début du XXe siècle qui a révolutionné l'organisation du travail à l'usine qui, fractionné, est devenu à la chaîne. Sa fameuse Ford T, première voiture populaire, symbolise le fordisme et sa vision du welfare capitalism (capitalisme du bien-être) qui veut qu'"un ouvrier bien payé est un excellent client".

 

Mais Ford, le défenseur acharné de la paix durant la Grande guerre et de la société des Nations du président Woodrow Wilson, développe de sombres théories antisémites qui lui valent d'être cité dans Mein Kampf, d'être adulé par Hitler, himself et d'être décoré de l'ordre allemand de l'aigle en 1938.

 

Le côté obscur de la Ford

 

Ford rachète en 1918 le Dearborn Independent, obscur hebdomadaire qui devient la tribune privilégiée de la diffusion des idées antisémites. Le Dearborn publie le Protocole des sages de Sion - "classique" de la littérature antisémite - et atteint 700 000 lecteurs jusqu'à sa fermeture en 1927 suite à un procès en diffamation intenté par un avocat de San Francisco et une coopération juive. Durant le procès le rédacteur en chef de son journal couvre Ford, déclarant que celui-ci n'avait aucune connaissance du contenu du Dearborn, bien qu'il y aie signé quelques 81 articles entre 1920 et 22. Et sous la menace de boycott de ses consommateurs juifs, Ford présente des excuses publiques.

 

Cependant, le mal est fait et en 1934 une maison d'édition "fantôme" - dont l'adresse n'est qu'une boîte postale - publie une édition des Protocoles des sages de Sion largement augmentée des articles de Ford. Cette version diffusée en Europe alimente le discours nazi et inspire même largement Baldur Von Schirach, le chef des jeunesse hitlériennes, selon son propre aveu au procès de Nuremberg. On pourrait croire que le drame de la Shoah et de la Seconde guerre mondiale discréditerait les thèses nauséabondes des Protocoles et des articles de Ford mais en 1949, la maison d'édition basée en Angleterrre The Independant Nationalist publie la dernière version de The International Jew sous la signature d'Henry Ford.

 

Aujourd'hui c'est l'Iran qui présente cet ouvrage lors d'une Foire internationale du livre dont l'invité d'honneur est Israël. Tout comme les Protocoles, la littérature négationniste et antisémite connaît une véritable renaissance dans les pays hostiles à Israël. Aussi devons-nous questionner le traitement à réserver à ce type de propagande dangereuse. Aurait-il fallu procéder à d'immenses autodafés - comme les Nazis eux-même - à une "épuration" littéraire, en marge de Nuremberg ? Ou ces documents, témoins de l'Histoire, doivent-ils être protégés, au risque de les voir poursuivre leur trajectoire de nuisance ?




10 livres qui ont foutu le monde en l'air

Posté par 2goldfish le 27.06.08 à 15:25 | tags : elucubration, histoire
En ces temps où les gens lisent soi-disant de moins en moins (à part sur internet, qui ne compte bien sûr pas plus comme lecture que les bandeaux qui défilent en bas de l'écran sur iTélé), il est bon pour le lecteur et l'écrivain de se remonter le moral en se remémorrant que le livre reste historiquement l'arme de destruction massive la plus efficace. Si demain un président quelconque, disons George W. Bush, faisait par inadvertance glisser son doigt sur le mauvais bouton et rayait la France de la carte, il pourrait se consoler en se disant qu'il aurait quand même sans doute causé moins de mort que sa chère Bible n'en a fait à travers l'histoire.


Si seulement on voulait bien markéter les livres comme les dangereuses armes qu'ils sont, on raménerait peut-être les gamins dans les bibliothèques. Saluons donc le travail de l'excellent site The List Universe qui a proposé une originale liste des "Dix livres
qui ont foutu le monde en l'air
" :

- Malleus Maleficarum : le livre qui a mis les chasses aux sorcières à la mode.
- Coming of Age in Samoa, 1928, Margaret Mead : un livre d'anthropologie bidonné par un auteur sexuellement frustré
- Le Prince, 1532, Machiavel : Le livre de chevet de tous les pires dictateurs de l'Histoire
- Mein Kampf, 1925, Adolf Hitler : Ai-je besoin de vous expliquer pourquoi il est là, celui là ?
- The Pivot of Civilization, 1922, Margaret Sanger : La mère du planning familial voulait le mettre en place à des fins eugénistes.
- Democracy and Education, 1916, John Dewey : Fondateur d'une façon moderne d'envisager l'enseignement, la place de ce livre dans le classement est des plus discutables.
- Baby and Childcare, 1946, Benjamin Spock : "Faire dormir bébé sur le ventre, quelle bonne idée !"
- Le Protocole des Sages de Sion, (XIXème siècle, plus ou moins) a inventé l'antisémitisme moderne dans lequel les juifs ne lancent pas tellement de sorts mais contrôlent juste secrètement le monde.
- Le Manifeste du Parti Communiste, 1848, Karl Marx et Friedrich Engels : on y explique comment cuisiner des enfants ou quelque chose comme ça.
- Darwin's Black Box, 1996, Michael Behe : un livre pseudo-scientifique qui réfute la théorie de l'évolution. Les évangélistes américains l'adorent.

Mais où sont la Bible, la Torah et le Coran ? L'auteur de la liste, excellente par ailleurs, a voulu citer des livres un peu moins attendu. Qu'ils aient fait du bien à beaucoup de monde, on n'en doute pas, mais on ne doute pas moins que les pires crimes ont aussi été commis en leur nom. C'est sans doute vrai dans une moindre mesure de plusieurs des livres de la liste. Et à part ces trois là, lesquels manquent selon vous ?




Anticyclopédie Universelle

Posté par 2goldfish le 17.12.07 à 10:04 | tags : histoire, livre

L'Anticyclopédie universelle, c'est un peu comme Wikipedia : une tentative douteuse de couvrir tout de la flore à la religion en passant par l'Histoire et la coiffure de Robin des Bois, mais vous feriez mieux de ne pas trop vous y fier. Contrairement à Wikipedia, l'Anticyclopédie est garantie cent pour cent fausse, sans aucune de ces vérités qui viennent semer le doute sur les pages de l'encyclopédie collaborative désormais concurrente de Google.

On trouve dans l'anticyclopédie un portrait de l'homme préhistorique via un questionnaire de Proust, des révélations sur l'implication du KGB dans Pif Gadget, des conseils pour réussir un bon autodafé et une double page de pub de Kim Jong-Il (un peu comme le Figaro, donc).

Malgré quelques légères tendances satiriques, l'Anticyclopédie donne avant tout dans un humour absurde plutôt poli et bien élevé. C'est d'ailleurs là que le bouquin est le meilleur, quand il cesse d'être une parodie d'encyclopédie traditionnelle pour ressembler davantage à l'encyclopédie d'un monde parallèle fantaisiste ou à l'oeuvre d'un idiot savant qui ne comprendrait rien au monde qui l'entoure.

Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle
Mille Et Une Nuits

Lire aussi : Knol : comment Google veut croquer Wikipedia sur le blog Aeiou 



Abécédaire de l'esclavage des Noirs

Posté par Solaris le 25.09.07 à 17:53 | tags : histoire, livre, news


Comment transmettre l'histoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions sans outil adapté ?
Gilles Gauvin a élaboré un abécédaire pour combler ce vide. Cet ouvrage évoque les différents aspects de l'histoire des anciennes colonies françaises soumises à l'esclavage (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion et Haïti/Saint-Domingue). Ce qui permet de comprendre que cette histoire partagée fait partie intégrante de l'histoire nationale. L'iconographie abondante et diversifiée sollicite l'imaginaire et constitue un support pédagogique de première qualité. Cet Abécédaire de l'esclavage des Noirs est donc un ouvrage de sensibilisation indispensable.
Gilles Gauvin, docteur en Histoire, spécialiste de l'histoire contemporaine de La Réunion, est depuis une dizaine d'années enseignant en collège ZEP (Zone d'éducation prioritaire). Par ailleurs, il est membre du Comité pour la mémoire de l'esclavage (CPME), institué le 5 janvier 2004 en application de la loi du 21 mai 2001 qui tend à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. L'une des missions du CPME consiste à proposer des mesures d'adaptation des programmes d'enseignement et à soumettre des actions de sensibilisation dans les établissements scolaires. Il a publié récemment Michel Debré et l'île de La Réunion : une certaine idée de la plus grande France (2006) et a collaboré à l'ouvrage Les Français au quotidien, 1939-1949 (2006). Il prépare par ailleurs une Histoire de La Réunion.

Nb Solaris : Cette news est proposé par Nathalie.

Retrouvez l'entretien accordé par l'historien Marcel Dorigny.




A quoi sert l'Extermination ?

Posté par Myosotis le 22.11.06 à 15:14 | tags : elucubration, histoire, les bienveillantes
Selon certains artistes, cette question est la seule qui vaille d'être posée depuis 60 ans : A quoi sert ou a pu servir l'Holocauste, l'élimination systématique dans des chambres à gaz, des camions, des camps de millions de personnes par la Barbarie nazie ? L'art de la seconde moitié du XXème siècle a évidemment et, à raison, posé la question sous toutes ses formes : pouvait-il exister du beau après ça ? la Shoah devait-elle tout déterminer ? d'où venait la source du Mal ? l'extermination était-elle (a)normale ? Il ne serait pas raisonnable de dresser une typologie des propositions issues de ce questionnement en 3 lignes. Selon que les réponses provenaient des écrivains, des peintres, des cinéastes, des historiens ou des spécialistes des religions, la représentation des faits variait et le niveau de réponse apporté également.Dans l'actualité de cette dernière année, le roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes, et la BD de David Brin et Scott Hampton, D Day, le Jour du désastre, proposent deux réponses ARTISTIQUES presque contradictoires. Dans le premier (qui, personne n'en a parlé, n'était pas si éloigné dans le ton de la Flèche du Temps de Martin Amis - bien meilleur et plus brillant), l'extermination des Juifs est vécue, selon la perspective historique dominante, comme la conjonction d'un système issu de multiples facteurs socio-culturels et économiques et de barbares individuels (dont le héros du livre). La normalité des tortionnaires et du cycle criminel rencontre la folie de l'homme. La thèse est juste et sans doute plus proche de la vérité que la seconde. Mais il n'est pas certain qu'elle soit artistiquement plus juteuse.

Dans D Day, le jour du désastre, David Brin imagine que les camps de la mort sont un instrument ésotérique (l'idée est discrètement présente dans le 1er Indiana Jones) destiné à convoquer les puissances occultes. L'extermination des Juifs par la consumation des âmes entretiendrait une chaudière magique qui attirerait des Chevaliers assurant la domination du Reich. Le principe implique une alimentation en continue du bûcher. Ici, Auschwitz permet à Hitler d'obtenir l'appui uchronique des Dieux Vikings (Thor, Odin, Loki,...).
La BD n'est pas une chef d'oeuvre (le dessin est inégal et le scénario s'égare sur la seconde moitié de l'album) mais le ressort scénaristique est épatant et donne une explication impossible... plausible de la Barbarie. La question n'est évidemment pas de dire qui de Littell ou de Brin dit la vérité mais lequel des 2 ouvrages permet au lecteur d'approcher la compréhension de l'incompréhensible. Bizarremment, à ce petit jeu là, l'hypothèse de SF est bien plus pertinente, et finalement mieux à même de cerner la démesure de l'entreprise de mort, que l'hypothèse strictement réaliste. Comme si seule une idée folle pouvait suggérer la folie des idées.




Neal Stephenson : Au commencement était le code.

Posté par Maxence le 26.08.06 à 10:00 | tags : histoire, roman

A l'heure où le sympathique (mais pas plus que ça) Zodiac est rééditée en poche, je jugeais le moment opportun (bin oui c'est, c'était, les vacances) pour relire l'énorme Cryptonomicon de celui que News week a nommé "The hacker Hemingway", Neal Stephenson. Saga de plus de 1600 pages sur la naissance de l'informatique et la cryptographie pendant - et après - la seconde guerre mondiale, habilement mise en perspective avec la situation de l'information mondiale aujourd'hui, le Cryptonomicon est un pur chez d'oeuvre d'humour déjanté (blague de nerd, observation sociologique hilarantes sur le milieu universitaire, digression minutieuses sur l'art de manger des Capt'n Crunch, etc.) qui doit beaucoup à Thomas Pynchon, pour sa verve, sa culture, son obsession pour la paranoïa et son déballage de métaphores délirantes. Entre les péripéties vécues, entre 1941 et 1945, par le marine Bobby Shaftoe et le soldat nippon Goto Dengo, les déboires sentimentaux contemporain de Randy Watherhouse (descendant d'un autre protagoniste d'importance, briseur de code allemand et nippon et électron libre de son époque), on voit apparaître les figures historiques d'Alan Turing (mathématicien et homosexuel, il est l'un des inventeurs du concept d'informatique ainsi que du fameux test du même nom censé nous apprendre si l'on se trouve face à une machine pensante autonome ou non, il est mort dans la misère à cause de ces penchants privés dans une amérique puitaine), Douglas Mc Arthur ou l'amiral Yamamoto.
Découpé en trois volumes et réédité en poche il y a 3 ans, Cryptonomicon fut bêtement classé dans la science-fiction, (bénéficiant ainsi des couverture régressives qui sévicent malheureusement dans le genre) comme si son argument principal : "la victoire des alliés pendant la seconde guerre modiale doit plus à la guerre de l'information, la capacité de casser les codes et la cryptographie, qu'à l'effort des forces armées et leur déploiement sur le terrain", était une uchronie (sic !) cela en dit long sur le respect que l'on éprouve dans ce pays pour l'informatique et la science en général... A noter que l'on attend toujours en France la traduction de son Baroque Cycle (lui aussi en trois volume) qui narre l'histoire des ancêtres des protagonistes du Cryptonomicon.

Neal Stephenson - Cryptonomicon, vol. 1, 2 & 3 - Le livre de poche.





La conspiration Bosch

Posté par Easywriter le 24.04.06 à 14:34 | tags : extrait, histoire, roman
"Après de longues minutes où les dominicains, capuches rabattues sur le visage, se retournaient sans cesse pour vérifier qu'ils n'étaient pas suivis, Rosendal se détendit enfin sur son siège.
-Nous l'avons échappé belle !
- Oui, grâce à Dieu, répondit le peintre."

Yves Jego et Denis Lépée, la conspiration Bosch.
Le roman n'évoque pas de sourdes malversations autour de la multinationale teutonne de l'électro-ménager, mais du peintre Hyeronimus Bosch qui se retrouve au centre d'une série de meurtres terrifiants  et d'une effroyable machination narrée avec un talent qui ferait passer Dan Brown pour Joyce.
Sinon, les éditions Fluctuat recherchent une plume pour écrire  le complot Botticcelli qui raconterait l'enquête d'un plombier florentin s'apercevant par hasard en débouchant les toilettes de la Chapelle Sixtine que le peintre de la Renaissance avait découvert que Judas était une femme à barbe , info sur laquelle le Vatican s'était bien gardé de communiquer figurez-vous.
Ecrire à webmaster@fluctuat.net
Lire un chapitre entier de la conspiration Bosch sur le site de  Yves Jego







Les contes de l'Alhambra

Posté par Myosotis le 01.03.06 à 14:13 | tags : histoire, livre
J'ai profité de mes (trop courtes) vacances de février pour me replonger dans celles de l'été dernier et revenir sur les Contes de l'Alhambra (1832, rééd. Phebus 2004), livre vendu en masse aux touristes étrangers qui parcourent l'Espagne Musulmane et notamment Grenade, dont il est question ici. Ecrit par un homme de lettres, petit politique et diplomate de moyenne gamme, le recueil est aussi fascinant pour ceux qui ont visité les lieux que pour les autres. Il rassemble une vingtaine de contes ou récits plus ou moins légendaires et dignes des 1001 nuits, autour du royaume d'Al Andalous. Irving Washington, à qui l'on doit également la nouvelle Legend of Sleepy Hollow, ayant donné le film de Tim Burton, est surtout le premier écrivain américain moderne à entreprendre un tour initiatique de l'Europe. Jusqu'alors, le touriste était anglais et anglais surtout. Avec lui, c'est une tradition littéraire qui démarre dans laquelle se couleront plus tard Hemingway, Fitzgerald ou Burroughs, avec le succès créatif qu'on sait. La postérité américaine d'Irving Washington est d'ailleurs inversement proportionnelle à son aura française.
Pour la petite histoire, et la grande déprime, on notera que Washington dormait, à l'époque, à l'intérieur de l'Alhambra, lequel ressemblait vaguement à un gîte d'étape désaffecté. De quoi réfléchir aussi à nos citadelles et bunkers touristiques, plantés bâtis sur l'Histoire en à peine 100 ans. A la question, "le tourisme est-il encore possible ?", on répondra joker.



Paris, capitale arabe

Posté par Van le 22.12.05 à 16:50 | tags : essai, histoire
De l'expédition de Bonaparte en Egypte au visage de Zidane sur les Champs Elysées, entre fascination et peur, attirance et rejet, intégration et exclusion, Paris est depuis deux siècles "au coeur d'une relation paradoxale de la France avec le monde arabo-musulman. Oubliée, occultée, inaudible, cette histoire dérange et cherche sa place dans notre mémoire collective". C'est cette histoire que se propose de raconter, en mots et en images, Le Paris arabe, un très bel ouvrage collectif publié en 2003 aux éditions La Découverte.
"En l'an III de la République, la Convention ordonne de traduire et d'imprimer en arabe son Adresse au peuple français"; "Ce sont des travailleurs immigrés, venus pour la plupart de Kabylie à partir de 1894, qui percent les premières lignes du métropolitain "; "... les Maghrébins musulmans représentent une grande partie des forces françaises combattantes entre 1943 et 1945, avec un peu plus de deux cent mille hommes". Anecdotes, grands faits marquants, histoires particulières et Histoire commune sont retracés dans cet ouvrage dont le but n'est pas de dénoncer ou de glorifier, mais simplement de réinscrire des faits trop absents des manuels d'histoire. D'un grand intérêt du point de vue de l'histoire sociale, politique, culturelle de la France et de Paris, ce livre constitue aussi un trésor iconographique. Photos, affiches, tracts, cartes postales... des milliers de documents, souvent inédits, ont été exhumés. Ils témoignent de la présence des communautés dans la ville, et du regard porté sur cette présence par les Parisiens.

Le Paris arabe
Pascal Blanchard, Eric Deroo, Driss El Yazami, Pierre Fournié, Gilles Manceron
ed. La Découverte, 2003



Will Eisner, le complot pour testament

Posté par Lech le 02.12.05 à 18:22 | tags : bd, histoire
Le Complot © GrassetFigure du comics américain, père du "graphic novel" (A Contract With God, 1978), inspirateur (entre autres) du grandissime Art Spiegelman, Will Eisner s’est éteint en janvier 2005, terrassé par des ennuis cardiaques. Il avait 87 ans. Son dernier livre, Le Complot, paru en novembre dernier chez Grasset, propose de faire l’histoire du tristement célèbre Protocole des sages de Sion, un faux antisémite composé à la fin du XIXe siècle. Régulièrement démasqué, le texte n’a pourtant jamais cessé d’être diffusé ; aujourd’hui encore, il encrasse la Toile et sert de Bible à la haine antisémite… Scandalisé par le destin hallucinant de ce tissu d’âneries, Eisner tente d’en suivre, année après année, le parcours. Pour essayer, une fois pour toutes, d’enterrer l'une des plus gigantesques – et funestes – impostures de l’humanité...



Tony Judt, le trait d'union

Posté par Sandor le 24.11.05 à 19:03 | tags : essai, histoire, livre, short-list
Tony Judt (photo John R. Rifkin)Evoqué hier dans le Herald Tribune, le dernier ouvrage de Tony Judt vient de sortir aux Etats-Unis. Fondateur en 1995 du Remarque Institute qu'il dirige toujours à l'université de New York, cet historien britannique, spécialiste du XXe siècle intellectuel européen (ce qui fait déjà une assez vaste spécialité !), s'est fait fort de "réduire les zones d'incompréhension mutuelle" dans les échanges intellectuels entre l'Amérique et l'Europe. Tâche que l'administration Bush lui a donné plus d'une fois l'occasion d'exercer ces dernières années : "Pas besoin d'être un intellectuel français", expliquait-il dans une déclaration fracassante à la New York Review of Books il y a deux ans, "pour s'apercevoir qu'une Amérique surmusclée dans un environnement international hostile n'est pas plus forte mais au contraire plus faible qu'auparavant".
Postwar: A History of Europe since 1945 (Penguin Press) poursuit dans cette oeuvre de rapprochement mutuel. Si les Américains sont invités à comprendre la tradition de l'Etat Providence européen comme une donnée structurelle, fruit d'une réaction quasi pavlovienne aux désastres sociaux des années vingt et trente qui ont conduit à la seconde guerre mondiale, les Européens y sont exhortés à s'inspirer fortement du modèle américain pour intégrer aujourd'hui leurs communautés immigrées. Flu reviendra sans doute bientôt sur cet ouvrage, dans sa version originale ou dès parution de sa traduction française.
(spécial bonus : la liste des 10 bouquins à lire absolument pour comprendre le XXe siècle selon Tony Judt)





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