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l'actualité des parutions chez Gallimard
La NRF fête ses cent ans Le 1er février 1909, il y a donc tout juste cent ans, paraissait le premier numéro de la Nouvelle Revue Française. Créée par une bande de passionnés menée par André Gide, la célèbre revue est à l'origine du groupe Gallimard, aujourd'hui premier éditeur indépendant en France et pilier du monde littéraire.Gallimard, c'est une histoire de famille. A l'origine, il y a Gaston, amoureux de littérature, qui prend à partir de 1911 la direction des éditions de la NRF à la demande de ses fondateurs. En 1919, les éditions de la NRF deviennent Gallimard, et commencent, déjà, à appliquer les principes qui font encore la réussite de la maison aujourd'hui : d'un côté, de bons éditeurs, qui savent flairer le bon texte et dénicher la perle rare, et de l'autre, une stratégie commerciale imparable. Aujourd'hui, un siècle plus tard, c'est Antoine Gallimard, le petit-fils de Gaston, qui se charge de perpétuer le succès économique et littéraire de l'entreprise. Entre les auteurs devenus classiques (Camus, Genet, Ionesco, Bataille...), les énormes cartons éditoriaux (Les Bienveillantes de Littell, L'élégance du hérisson de Barbéry, ou la saga Harry Potter dans le secteur jeunesse), et les premiers romans qui marchent (récemment Une éducation libertine de Jean-Baptiste del Amo, en lice pour le Goncourt, La Meilleure Part des Hommes de Tristan Garcia, prix de Flore) la maison tourne... bien. En rachetant d'autres maisons - Denoël, P.O.L, La Table Ronde, le Mercure de France - il faut dire que Gallimard s'est également donné les moyens de lutter contre d'autres poids lourds de l'édition... On pourra en apprendre davantage sur la NRF et Gallimard ce mois-ci, puisqu'à l'occasion du centenaire de la revue, paraissent deux ouvrages : Une brève histoire de la NRF d'Alban Cerisier, ainsi qu'un numéro spécial de la revue, dans lequel des auteurs phares de la "nouvelle génération Gallimard" comme Marie Ndiaye, Jonathan Littell, Muriel Barbery, Mario Vargas Llosa ou Yannick Haenel commentent chacun un article signé dans la revue par de grands noms de la littérature. Lire aussi : Attention : Un Bruen peut en cacher un autre ! Comme chaque année l'été, les éditeurs se bousculent quand il s'agit de sortir leur sélection de polars. Côté Bruen, Ken de son prénom, encore une fois c'est l'avalanche, avec pas moins de cinq titres parus depuis juin, si l'on compte son roman à quatre mains avec le jeune espoir new-yorkais du genre, Jason Starr. L'irlandais le plus férocement drôle de sa génération réussi qui plus est un très beau doublet chez Fayard, avec Rilke au Noir suivit de Dernier Appel à Louis McNeice. Autant le dire franchement, si ces deux romans ne laissent pas de souvenirs impérissables, le premier comptant l'histoire d'un videur de boîte de nuit devenu kidnappeur malgré lui, et le second une histoire d'amour fou (avec une folle) et de braquage qui tourne mal, les amateurs seront tout de même comblés avec London Boulevard, chez le même éditeur, géniale variation sur le thème de Sunset Boulevard, le film culte de Billy Wilder avec Gloria Swanson.N'ayons pas peur de le dire, London Boulevard est l'un des meilleurs Bruen, hors série Jack Taylor et R&B. Sous le prétexte d'une histoire de rédemption qui tourne mal, l'écrivain irlandais trousse toute une galerie de personnages savoureux et attachants, dont un « employé de maison » pour le moins intriguant et une sœur pas vraiment dans l'axe. Dialogues à couteaux tirés, réparties délicieuses, ironie tranchante, machination, manipulation et fin tordue, toute la série noire est réunie dans ce Bruen exceptionnel.
Les fans de la série R&B ne seront pas déçus non plus, avec Vixen, nouvel épisode des aventures d'un commissariat de l'East End inspiré du fameux 87e district de Ed McBain. Bruen y joue plus que jamais la carte des séries à la mode télévisée. On y retrouve ses personnages récurrents, dont les inspecteurs Robert & Brant bien sûr, les flics les plus démotivés (ou surmotivés dans le cas de Brant) de tout Londres, mais surtout l'agent Falls, qui en qualité de policier de couleur, de sexe féminin de surcroît, est considérée comme « une ennemi chez l'ennemi » par ses pairs, situation qu'elle vit de moins en moins bien. Quant à Porter Nash, le flic à l'homosexualité assumée, étrangement complice du bovin et brutal Brant, il se découvre une maladie incapacitante. Bref, tout ne va pas pour le mieux dans le petit monde de la police londonienne, surtout quand une ancienne taularde de charme décide de faire sauter des bombes dans différents coins de la ville. Pour Robert & Brant, la traque peut commencer, mais est-ce vraiment les bons qui vont gagner ? Vous vous en doutez, Bruen joue encore une fois d'humour noir et met la moral sans dessus dessous. Comme dirait l'un des protagonistes du livre « si ce sont eux les bons, que Dieu nous viennes en aide ! »
Ken Bruen, Rilke au noir, suivi de Dernier appel à Louis MacNeice ; London Boulevard (tous les trois chez Fayard Noir) Sans oublier : Ken Bruen et Jason Starr, Sombres Desseins au Seuil Jean Lescure : les beaux silences de 1968 "Ici le chemin commence à descendre/le petit jour une fois encore / le grès frôleur le grain frileux/ le gris/ comme les coursives assourdissantes d'un bateau vide/ l'insomnie traversée/ quels coteaux renaissent d'une épaule si blonde/est-ce la cendre ou la brume/ dans quels jardins ou quels marais/ plus bas qui m'attend/ chargée de mémoire/ j'aime/dans la lenteur/ que la maison ce matin vienne au monde/mal dessillée mal ressuyée des songes." On triche à peine en englobant le poète oulipien Jean Lescure dans le grand bal de mai 1968. Ses Drailles dont cette "Saint Jean d'été" est tirée ont beau être sorties en recueil en novembre 1968 chez Gallimard, leur rédaction est antérieure à notre nouvelle année de ré(f)vérence. Difficile néanmoins de faire plus 1968, sa vie, son oeuvre qu'avec Jean Lescure, homme à la vie et au parcours au moins aussi (plus, disons le) admirable que sa poésie. Engagé en 1934 avec le Comité de Vigilance Antifasciste, Lescure est d'abord connu pour avoir été le secrétaire de Giono, période Cahiers du Contadour. C'est en temps que directeur de la revue Messages que le poète gagne ses lettres de noblesse et devient l'un des hommes de lettres et de poésie les plus actifs de la résistance littéraire. Messages est évidemment et assez vite interdite mais paraît depuis Bruxelles. Lescure collabore aux Lettres françaises et participe avec Gide, Camus, Sartre et Michaux à L'Insoumission collective de la littérature, manifeste rebelle paru en 1943 (si je ne me trompe pas). A la libération, il bosse à la Radio puis se lance dans la fondation du socle administratif actuel du cinéma français sous la conduite d'André Malraux. ll occupera dans ce domaine de hautes responsabilités. Son amour de la littérature trouvera des prolongements dans son oeuvre poétique et dans sa fréquentation assidue des réunions mensuelles de l'Oulipo, la fameuse association montée par Queneau et le mathématicien François Le Lionnais pour parler livres et mathématiques. Homme de mots, Lescure était un poète du silence incomparable. Ses Drailles (chemins de montagne, de pierres et de terres) sont le plus beau symbole de son écriture : minérales, antiromantiques, économes mais sculpturales au sens propre du mot. Lescure essayait de faire de ses poèmes des concrétions calcaires, plus ou moins épaisses et vulgaires selon leurs conditions d'élaboration, pleines d'éléments naturels (du vent, du sable, de la pierre, du blanc), et simplement posées là, droites et fières contre l'absurde. Ses vers sont souvent imperméables mais bizarremment lumineux comme si l'élément d'indistinction qui les faisait tenir debout leur conférait des propriétés de transparence paradoxale. Décédé en 2005, Lescure est l'exemple même du poète français inconnu ou presque en dehors des cercles spécialisés dont l'oeuvre mériterait un retour en grâce. On rêverait de le voir étudié à côté de ses contemporains, les Eluard et autres. Ken Bruen : Les yeux pour pleurer
Jack Taylor est donc repenti. Son fournisseur des beaux quartiers en prison, il est obligé de faire abstinence. Libéré malgré lui de sa dépendance à la coke, il arrête l'alcool dans la foulée. Le destin semble pourtant l'avoir mauvaise puisque c'est justement son ex-dealer qui le charge d'enquêter sur la mort soit-disant accidentelle de sa soeur, trouvée au pied d'un escalier avec un livre de J. M. Synge coincé sous le corps. Bientôt, une autre étudiante est découverte, elle aussi morte, couchée sur un livre du dramaturge irlandais. Subissant pressions amicales et mauvais conscience, Jake Taylor se sent obligé de réagir et se trouve rapidement confronté à une milice paramilitaire, les pikmen. Entre gnons dans la gueule, visions de wisky et nez qui coule, le détective le plus foireux - et le moins motivé de la planète - va mener son enquête la plus pathétique à ce jour.
Ecrit dans un contexte international catastrophique (l'ouverture de la guerre en Irak), Le Dramaturge est le roman traduit en français le plus dur et le plus désespéré de Ken Bruen. L'auteur qui nous avait habitué à un humour noir et grinçant avec sa série R&B, s'enfonce d'un cran dans la noirceur sans espoir de retour. Par delà le récit d'une enquête des plus vaseuse et l'attachement sadomasochiste que Bruen manifeste envers son personnage, l'auteur se fait l'écho d'une société en totale perte de repères, en l'occurrence, celle d'une Irlande en pleine croissance économique mais paradoxalement toujours plus intolérante, sectaire et finalement apeurée. Sa galerie de personnage délaisse le côté grotesque et convivial des précédents épisodes pour affiner encore sa vision socio-politique pessimiste au travers des yeux chassieux de Jake Taylor et de ses amis.
Le Dramaturge est un roman qui secoue. Ames sensibles passez votre chemin (et pour une fois cela n'a rien à voir avec le nombre de litre d'hémoglobine versé, il n'y en a pas, ou presque, mais avec les sentiments), ce livre est une vraie tragédie et on le referme démolit.
Le dramaturge Classe affaires : Une héroïne comme on ne les aime pas !![]() Nb : la notule ci-dessous a été rédigée par Montsé, lectrice assidue de Mille-feuilles. Toi aussi, propose tes lectures, chroniques, élucubrations via l'espace client. Je ne devrais pas le dire, mais ce qui m’a encouragé à lire le roman de Benjamin Berton, Classe Affaires, est avant tout l’admiration que je porte à notre très estimé critique littéraire de Fluctuat (je n'en fais pas trop Myosotis ?!) Connaissant son style mordant, je m’attendais à tout. Et pourtant, dès les premières pages, je suis tombé sur le cul, expression tout à fait dans le ton ! Oui, j’avoue, son roman m’a cloué. Comment avouer que les yeux me sortaient des orbites au fur et à mesure que je découvrais nos petits désagréments de femme étalés en premières pages. Benjamin Berton, l’affreux, ose, avec humour et sans détours, raconter le combat incessant que nous menons entre autre contre la pilosité… Voyez plutôt : Les hommes ne comprennent rien aux poils. Bien qu’ils en soient eux-mêmes tapissés, ils se montrent d’une intolérance brutale quand ils découvrent du crin sous une aisselle ou deux poils au nombril. Ils aiment les peaux lisses et déposer des baisers sur la ligne de friche du pubis. Mais il faut que cette ligne ait de la rigueur et ressemble à la frontière est-allemande avant la chute du mur, avec les barbelés pour délimiter les territoires… Nanou, comme un général d’armée, passe en revue les dégâts sur le champ de bataille encore chaud de la veille. Il paraît difficile de s’aventurer à l’air libre avec des poils et des idées noires. Sans cesse il faut développer des stratégies et intervenir avec des moyens nouveaux. Plus on coupe, rase, cire-ôte les poils et plus ils s’étendentClasse Affaires Benjamin Berton Gallimard Vita Nova : Avant la divine comédie
A quelques jours ou années de La Divine Comédie, on voit qu'on n'y est pas encore. Vita Nova qui est ressorti, il y a quelques mois, dans une nouvelle traduction par notre MBK national, n'est pas un brouillon de la Divine Comédie, mais l'oeuvre d'un poète déjà sublime à qui il manque l'étincelle. Dante n'a peut-être pas, à cette époque, encore eu l'idée-déclic, mais travaille d'arrache-pied et accumule du matériel pour nourrir sa vision. On ne sait évidemment pas quand, ni dans quelles conditions le projet jaillit "d'entre les ténèbres de son esprit", mais le moins que l'on puisse dire c'est que la lumière fut, comme sur cette illustration de Gustave Doré et qu'elle fut pour longtemps et probablement toujours. Des FOLIO de FOLIE !![]() Les éditions Gallimard lancent dans leur collection Folio une nouvelle série. Dix incontournables de la littérature mondiale ont été retenus pour être publiés en format de poche, présentés dans de petits coffrets accompagnés d'un livret illustré sur l'auteur. Le graphisme des coffrets est un rappel singulier du récit de chaque oeuvre : noir bitume pour Sur la route de Jack Kerouac ou rayures de zèbre pour La ferme africaine de Karen Blixen. Pennac, l'Instit et l'école de la République
Le 150e anniversaire des Fleurs du Mal fêté en musique par GallimardPosté par Solaris le 31.10.07 à 11:21 | tags : concours de poèmes, gallimard, jeux littéraires, poésie
![]() En 1857, paraît l'ouvrage de Charles Baudelaire Les Fleurs du mal. Cette publication engendre alors un tollé, conduisant le poète et son éditeur devant la justice. Condamné à des amendes et à la suppression de six poèmes, Baudelaire doit attendre 1861 pour qu'une seconde parution de son oeuvre majeure se produise. Quant à la condamnation, elle ne sera levée qu'en 1949. Nietzsche et ses poèmes en prose : à mettre en toutes les mains
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Le style de Valentine Goby n'est pas ma tasse de thé : j'ai horreur de ces phrases sèches à dominante descriptive qui s'embarrassent d'images plus ou moins réussies pour suggérer une scène cliché.
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La version circulait depuis une dizaine de jours sur le net, ce qui veut dire qu'elle a été mise en ligne moins d'une semaine après la parution mondiale de l'ouvrage, le 21 juillet dernier. Soit le môme est un génie, soit, et c'est plus probable, plusieurs personnes ont collaboré via le réseau pour traduire les 600 pages en un temps record, et livrer une version " de bonne qualité " estiment les autorités. Et que risquent nos sympathiques fraudeurs ? Un an de prison et 500 000 euros que J.K.Rowling pourrait casquer sans s'en rendre compte. Mais le plus attentif et déterminé dans l'affaire est sans conteste l'éditeur français Gallimard qui n'entend pas se priver d'une partie de la manne, qu'il attend de sa propre traduction fin octobre, par une bande de geeks potaches. Ken Bruen : La Série Noire continue
Il aura fallut un peu moins de deux ans pour que l'édition française s'aperçoive des qualités proprement déchirantes (dans le sens "Putaiiiin, ça déchire !") de l'irlandais Ken Bruen. Ce revirement on le doit principalement à Aurélien Masson, le tout jeune directeur de la Série Noire chez Gallimard, découvreur français de Bruen. De fait, il est difficile de passer à côté de Ken Bruen dans les rayons des librairies ces temps-ci puisque outre la Série Noire qui publie l'intégralité de sa série "Jack Taylor" et de celle de R&B (pour "Robert and Brant"), Fayard Noir se lance également dans la course avec En effeuillant Baudelaire et Hackman Blues, publiés coup sur coup en mai dernier.
Mais arrêtons nous un instant sur le dernier volume en date de R&B, Blitz. Pour ceux qui n'avaient pas suivi les épisodes précédents signalons que Bruen, grand fan d'Ed Mc Bain devant l'éternel à voulu rendre hommage à son 87ième District dans cette suite de courts romans coups de poing, situés dans les quartiers Est de Londres. Après Les Mac Cabés (quel titre ! Pendez le traducteur !) dans lequel l'inspecteur Robert perdait tragiquement son frère, que Brant se remettait lentement d'une précédente affaire et que l'agent Falls (une des seules noires de la police de Brixton) s'enfonçait lentement mais sûrement dans l'addiction, les deux flics les plus borderline de Londres doivent faire face dans Blitz à un tueur en série visant spécialement la police. Avec l'inébranlable Brant dans le collimateur, le tueur ne se doute pas qu'il est lui-même la cible d'une sorte de violence bien plus frappadingue que la sienne. Autre fait notable, l'arrivée de Porter Nash (un des meilleurs personnages de Bruen), flic homosexuel et provocateur, qui donne un nouveau et truculent relief à la petite équipe.
Présenté comme ça, on pourrait penser que Bruen est à l'origine d'une mythologie un brin modernisée de celle de Dirty Harry, or, pas du tout. Robert & Brant ne sont ni ripoux (pas vraiment, hormis dans les bars où Brant ne paie jamais un verre), ni particulièrement violents. Ils font juste parti de ces personnes, de plus en plus rares, qui décident de mener leurs existences à l'instinct pour le bonheur de ceux qu'ils aiment et le malheur des autres. Justicier ambiguë, R&B traite leurs problèmes de manière souvent radical mais on se surprend le plus souvent à approuver silencieusement. Avec Bruen, on s'aperçoit paradoxalement qu'être un anarchiste est plus facile quand on est flic. Quand au style ? Hé bien c'est du minimalisme plein d'éloquence, des personnages attachants, des dialogue incisifs hilarants dans le plus pur style "ping-pong", des références musicales en continue et des intrigues pleine de raccourcis, ou au contraire, de détours surprenants. Comme dans la série des Jack Taylor, les "enquêtes" de Bruen ne nous emmènent jamais là où l'on s'attend. Je sais, ça semble parfaitement bateau dit comme ça, mais chez Bruen c'est quelque chose. Bruen est clairement un des plus grands auteurs de polar de notre temps et il le prouve à chaque nouvelle parution.
Justement, quand est-il de ses romans chez Fayard ? D'un tout autre tonneau, ils ne s'inscrivent dans aucune "série" et peuvent se lire indépendamment, ce qui est nouveau pour les lecteurs français de l'irlandais. Mais ma chronique est déjà trop longue alors, promis, vous en saurez plus demain ou dans la semaine... Stay Tuned !
Ken Bruen - Blitz (La Série Noire) La Vita Nova de Dante à la moulinette MBKL'écrivain philosophe jadis connu sous le nom de MBK (Mehdi Belhaj Kacem pour ceux qui n'ont pas suivi les aventures de l'ancien M. Delaume) nous fait le beau cadeau d'une nouvelle traduction de la Vita Nova (ou Nuova, selon les époques et les traductions) du seigneur Dante Alighieri. Ecrit à la fin du XIIIème siècle, publié après sa mort et surtout sa Divine Comédie, la Vita Nova est un petit bouquin étrange et totalement aberrant du sens commun. Le jeune Dante y présente, sous une forme, qui tient de l'autobiographie amoureuse (on se croirait chez Leopardi cinq cents ans plus tard), de l'essai ou du livre saint, mystique, morbide, ou alors de l'explication de texte, la version officielle et sentimentale de sa rencontre avec la sublime Béatrice, héroïne de toute sa littérature et sens (unique) de sa vie - rappelons toutefois que Dante est marié, père d'une multitude d'enfants etc.
Ce qui fait le charme de la Vita Nova, c'est justement son caractère anachronique et maladroit bien que totalement maîtrisé. Les jeunes d'aujourd'hui se marreront rien qu'à entendre le projet et son origine : Dante rencontre une fille lorsqu'il a neuf ans, flashe dessus, et ne la revoit ensuite qu'à 18 ans. Petit bourge de l'époque, il nous raconte donc sur une centaine de pages comment il va être amené, de temps à autre, à croiser Béatrice dans sa belle ville de Florence, à la saluer d'un signe de tête ou à récupérer de quelques mots échangés avec et sur elle et qui le plongent dans des délires passionnels (enthousiastes ou dépressifs) qu'on peut trouver totalement disproportionnés par rapport à la simple réalité des faits. Pour ne rien arranger, Béatrice meurt dans la foulée. L'art de Dante (son seul horizon) sera de rendre compte de sa folie amoureuse (et fictive) en composant à chaque fois un sonnet de quelques vers qu'il donne à lire à ses proches et à le disséquer en direct. Le livre-poème est à cet égard surprenant, totalement sincère, naïf et en même temps témoignant d'une maturité dans les explications de texte qui porte sur elle la démesure du projet qui suivra. La Vita Nova n'est pas grand chose de plus que ça : le délire poétique d'un (jeune) homme qui fantasme un amour de jeunesse et fait porter sur son objet une ambition incommensurable. Béatrice devient en plus d'une jeune fille sexy, une porte ouverte sur le sacré, la béatitude et le divin. Le mélange des genres et des registres est rendu assez précisément par la traduction de Belhaj Kacem. Celui-ci s'attache notamment à rendre la richesse d'une langue qui évolue entre l'autocomplaisance précieuse, la description affligée d'une maladie amoureuse, l'illumination foldingue, la simplicité régressive et la pure beauté conceptuelle. Il faut s'accrocher souvent pour ne pas se moquer de Dante (pris à la lettre, depuis 2007, tout est ici risible), mais aussi pour ne pas verser une larme lorsque Béatrice est emportée par la mort et laisse Dante seul avec son écriture du fantasme et sa peine. La fin de la Vita Nova est un grand moment de littérature. Dante promet de se taire sur cette affaire jusqu'à ce qu'il ait trouvé une forme susceptible d'exprimer tout ce qu'il a à dire. Puisque la forme n'existe pas encore, il va l'inventer. La Divine Comédie est en marche. La Vita Nova en est une sorte de brouillon, un double mineur mais annonciateur sur le mode quasi-pathologique de ce qui deviendra le plus grand chef d'oeuvre absurde de la littérature mondiale. La Vita Nova démontre de façon probante qu'un projet (un sentiment) imbécile et sans originalité (dire l'Amour qui n'existe pas, transcender une relation sans réalité) peut tout à fait amener à une oeuvre exceptionnelle. Comme disait à peu près Sade, l'écriture consiste à identifier l'unique source de sa folie et à la cultiver (ou à s'y consacrer, je ne me souviens plus). Dante Alighieri a Béatrice, rien que ça. Il s'y accroche comme un mort-de-faim. C'est le plus allumé de tous les écrivains et sûrement pour cette raison qu'il est l'un des meilleurs. La Vita Nova est le premier ouvrage égotiste moderne, un hymne à l'intoxication du Moi par lui-même, et en même temps le premier livre à en faire exploser le cadre par delà les frontières de l'individu. Foudres de guerre, enfin sur Terre !
N'ayez crainte, nos peurs sont factices, Foudres de guerre est un bon bouquin, la preuve en trois feuillets. Pourquoi nous avons faimLe premier ouvrage de Dave Eggers s'appelait Une oeuvre déchirante d'un génie renversant et ce titre contenait ce qui fait le talent et les limites de cet auteur américain : ego surdimensionné, écriture effectivement brillante et bouleversante, abus pénible d'ironie post-moderne.
Ca ne tient pas à grand-chose, mais il faut savoir écrire en quatre feuillets l'étrange mélange de plaisir et d'angoisse d'une mère attendant le retour de son fils adolescent; ou réussir, en racontant l'histoire de deux vieux amis qui font l'amour pour la première fois, des phrases aussi bêtasses que celles-ci : "Sommes nous contraints – peut-être la réponse est-elle oui – d'accepter tout choix qui ne blessera personne ? On utilise le terme blessé en parlant de ce genre de choses, parce que, lorsque ça se passe mal, on a l'impression d'être frappé au sternum par un énorme animal qui a parcouru des kilomètres uniquement dans ce but". Si les trois lignes précédentes vous laissent de marbre, oubliez cette notule et passez à autre chose. "Pourquoi nous avons faim L'effet Corydon : et Gide inventa le coming-out
Comme certains événéments ont un retentissement supérieur a leur importance, certains textes portent plus loin que leur simple valeur littéraire. Le Corydon d'André Gide, publié en 1924, est de ceux-là. Discours à la façon de Socrate, finalement peu inspiré et moins intéressant sur le fond que d'autres textes clandestins de l'époque, Corydon est néanmoins un texte d'engagement que l'on peut situer au-delà du courage. Gide y annonce tout de go qu'il est "de la jaquette", "une tapette", "une tarlouze", "un sodomite", chose qui n'a jamais été dite aussi librement sur la scène médiatique auparavant. Il récidivera dans la foulée avec l'allusif (et sublime) Les Faux Monnayeurs -vrai roman d'un homme libre et sans masque, son plus beau sûrement - et plus nettement encore dans son autobiographique Si le grain ne meurt mais Corydon, quelques décennies avant que le mot ne soit à la mode, reste le premier et exemplaire coming out spontané d'une célébrité. L'essai très pr
Jauffret Macro-Micro Raplapla
Les Microfictions de Régis Jauffret sont l'un des événements littéraires de cette rentrée 2007. Sur 1000 pages, l'auteur d'Histoire d'Amour et d'Univers, Univers, nous donne à lire 500 récits courts de 2 ou 3 pages maxi, agencés par ordre alphabétique et qui composent en réunion une proposition fictionnelle monumentale. Les récits ne se croisent pas, ne se recoupent pas, posés comme autant de nouvelles, ou d'embryons de nouvelles, poétiques, quasi journalistiques, parfois cliniques, dessinant une réalité alternative et déjantée faites d'anomalies sociales, de perversions, de compositions décalées, ou d'éclairages surprenants. PS : cette réflexion s'appuie, je dois le reconnaître, sur la lecture des seules 420 premières pages de Microfictions.
Les Falsificateurs
On ne sait pas si Octave qui nous a envoyé ce texte est lui-même un falsificateur de la critique envoyé par les éditions Gallimard ou la mère d'Antoine Bello mais de toute façon on ne lira pas ce roman parce que L'éloge de la pièce manquante, texte salué par l'ensemble de la critique et notre enthousiaste lecteur nous avait ennuyé à un point inouï. Et on préfère rester dans le faux qu'être démenti par le réel, ok ? (Merci Octave!) |
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