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Société, médias, philosophie, histoire... l'actualité des livres qui font du bien, du mal ou qui font rire. Voir aussi notre sélection essai.

Pourquoi les pamphlets ne sont plus à la mode : remise du 4e Prix Anabet

Posté par Myosotis le 16.11.09 à 10:14 | tags : prix, essai, elucubration, news

Consacrant une ligne de leur collection (excellente et recommandable) à ce genre qui, s'il vend des livres en camion en librairie sous une forme abâtardie (le livre d'angle ou de témoignage, le livre de dénonciation à la De Closets), semble être à la fois passé de mode et marqué par sa grande médiocrité générale, les Editions Anabet décerneront le 19 novembre, le 4ème prix du pamphlet.

 

Jadis (on parle ici de la période qui va du XVIème siècle à 1968 en gros) très prisé des Français et des anglosaxons (tout aussi habile en la matière), le pamphlet est devenu avec l'essor du journalisme de masse et la création d'une caste d'intervenants médiatiques shortlistées (ceux qu'on retrouve de plateaux en plateaux), une chose aussi précieuse que rare. Distinct de l'essai par sa dimension polémique et souvent par son angle d'attaque incisif, le pamphlet est bref, violent et a pour fonction de soutenir un point de vue orienté dont l'auteur a la faiblesse de penser qu'il est évident (le point de vue) et paradoxalement partagé par aucun ou trop peu. C'est évidemment ainsi qu'on peut définir la chose : une idée qui saute aux yeux mais dont personne ne veut ou n'a encore voulu. On parle de lui comme d'une des armes de choix de la littérature de combat. C'est pour cette raison sûrement que l'ordre établi envoie ses plus fidèles soldats embouteiller les présentoirs des librairies au rayon Essais pour barrer la route des plus audacieux. Les autres fixent leur attention sur notre MiniRoi Soleil et cela suffit bien à tuer le débat avant même de le lancer.

Au rang des pamphlets, on trouve aujourd'hui plus d'ouvrages d'amuseurs publics et de téléphilosophes que de justes penseurs ou de chevaliers blancs. Patrice Bollon, l'un des principaux artisans du genre encore en droit de publier, nous le rappelait en entretien : tout ceci n'est pas facile. Ce ne sont pas les Tiqqun qui diront le contraire, même s'ils ont pu bénéficier par ricochet avec leur éditeur la Fabrique d'un regain d'exposition appréciable entre L'insurrection qui vient et les mésaventures de l'ami Coupat.

 

Les pamphlétaires de qualité souffrent et les idées étouffent avec eux. L'initiative d'Anabet a le mérite d'exister en plus de récompenser de bons ouvrages, ce qui ne manquera pas cette année compte tenu de la liste des livres figurant dans la sélection du prix. En 2008, Jean-Luc Nancy l'emportait avec Vérité de la Démocratie. En 2007, c'était Pascal Durand qui gagnait avec Les nouveaux mots du pouvoir : abécédaire critique. En 2009, on trouve dans la sous-rubrique "insurrection", les Tiqqun justement avec Contribution à la Guerre en cours ; un ouvrage salutaire de Jacques Rancière intitulé Le Spectateur Emancipé ; un bon boulot d'actualité sur les chiffres et les stats qui s'appelle "Le grand trucage - comment le gouvernement manipule des statistiques". En arts, Gérard Durozoi propose Ras le bol Warhol et Cie ! Contre la pauvreté des images. Et on en passe. Parmi ceux qu'on a lus et pas seulement feuilletés (le Rancière et le Tiqqun) dont on n'a pas parlé ici, petit avantage au Spectateur Emancipé pour son style et la rigueur de sa construction.

 

Pour se rassurer sur l'utilité de cette manifestation, on citera et on renverra à cette analyse de l'imbécile Paul Vermus dans France Soir, lequel explique que les sélectionnés sont tous des types inconnus (aucun Zemmour, Naulleau et autres au programme dit-il, quelle merde), ce qui signifie que le genre ne vaut rien. CQFD. N'oubliez pas de tailler les plumes en pointe avant de les ficher dans les yeux. Saupoudrez de goudron et d'un bon édredon éventré. Plongez dans la Vologne. C'est prêt.




De Closets ou le sans-faute opportuniste d'une vieille France moderne

Posté par Myosotis le 23.09.09 à 12:40 | tags : elucubration, essai, actu de la rentrée

Certains vont penser que j'en veux personnellement à François De Closets que j'avais critiqué sans mesure dans un billet hargneux consacré à son ouvrage Plus encore. Mais le bonhomme cherche le nerf de buffle et a le don d'agacer par sa capacité (confraternelle) à lancer mal et massivement des débats idiots et qui n'ont pas lieu d'être au moment où il ne faut pas. Son dernier ouvrage, Zéro faute : L'Orthographe, une passion française, m'est passé entre les mains lors d'un transit d'une demie-heure en gare de Paris Montparnasse. Je ne prétends pas l'avoir lu attentivement (encore qu'en 30 minutes ce pavé de 318 pages en caractère 24 est vite digéré), ni peut-être avoir perçu si vite toute la finesse d'une pensée que de nombreux journalistes ont salué. Ce qui m'intéresse chez De Closets, par delà ce qu'il écrit, c'est cette capacité à faire l'événement en surfant sur la vague en faisant passer pour neuves ou radicales (centristes, disons) des idées qui sont aussi novatrices que la coupe de ma dernière cravate.

Lire la chronique de Zéro faute

 







Une leçon de choses (horribles) avec William Vollmann

Posté par Céline le 15.09.09 à 11:47 | tags : actu de la rentrée, essai
 
Le Livre des violences
n'est pas un vrai livre. Ce n'est que le résumé en 1000 pages d'une œuvre monumentale trois à quatre fois plus volumineuse publiée par William Vollmann une vingtaine de mois après le 11 septembre. Même si la démonstration de cette nécessité est quasi impossible à faire ici, ou du moins aussi difficile à soutenir que pour son Central Europe, Le livre des violences est un voyage pédagogique et une leçon de choses (horribles) qu'on ne doit pas manquer.
 



Lectures écolo : suivez le guide !

Posté par Céline le 23.06.09 à 15:15 | tags : news, short-list, édition, essai
Après le raz-de-marée écolo des dernières élections européennes, et après la propagande lancée autour du film Home de Yann Arthus-Bertrand, on se dit qu'il est peut-être temps de se mettre à lire vert, et devenir ainsi un bon "greenreader".

 

Pour cela, on pourra soit se replonger dans des ouvrages passionants - essai ou fiction - abordant directement ou en filigrane les thèmes de la nature et de l'écologie, soit se tourner vers le nature writing, mouvement littéraire encore peu connu en France, qui se veut en harmonie avec les grands espaces. Suivez donc notre guide de la littérature écolo, et faîtes votre choix en consultant :

- notre diaporama des meilleurs livres écolo

- notre présentation du Nature Writing, et notre entretien avec Olivier Gallmeister, fondateur des éditions du même nom et spécialiste du Nature Writing.

 


Voir aussi :

Le diaporama des livres pour voyager sans bouger 

Le diaporama des manuscrits d'écrivains célèbres 

10 livres à planquer en cas de perquisition 




Tout le monde veut Debord à son bord

Posté par Céline le 17.06.09 à 12:19 | tags : média, news, essai, société
Afin d'aider l'Etat à réunir les fonds nécessaires pour acquérir et conserver les archives de Guy Debord, le président de la BNF Bruno Racine a organisé, lundi dernier, un dîner de gala auquel il a convié de potentiels donateurs : 500 euros par couvert, et plus si affinités...

Tout a commencé en janvier dernier, au moment où Christine Albanel déclare "trésor national" les archives de Debord. Le fonds précieux, qui regroupe tous les manuscrits de l'écrivain, dont celui de La Société du spectacle, devait rejoindre le centre de recherche sur l'avant-garde de l'Université de Yale. Pas moyen. La France veut garder ses agitateurs aussi. Mais pour cela, il faut payer. Plusieurs centaines de milliers d'euros, et dans moins de trente mois, sans quoi les archives fileraient direct à l'autre bout du monde. D'où l'idée de faire appel à des mécènes.
 
La veille du dîner, Alain Beuve-Méry cite dans un article du Monde d'éventuels participants : Total, Veolia ou Roeder ont réservé des tables, tout comme Sotheby's, les galeries d'art Ropac ou Templon. De nombreux autres donateurs habitués de la BNF devraient également être de la partie : Nahed Ojjeh, la veuve du marchand d'armes Akram Ojjeh, Pierre Bergé, cofondateur de la maison de couture Yves Saint Laurent, Pierre Leroy, collectionneur et cogérant du groupe Lagardère. Alors, tous ces gens-là seraient des admirateurs de Debord ? Alain Beuve-Méry glisse une remarque qui pourraient expliquer l'intérêt de certains des convives : « pour les entreprises qui font des bénéfices, l'opération est intéressante, car les dons sont fiscalement déductibles à hauteur de 90 % ; pour les particuliers, le seuil est fixé à 60 %. »
 
Le très radical site du Jura Libertaire s'insurge et dénonce « une extravagante récupération étatique », reprenant les termes employés par l'écrivain lui-même au sujet de l'usage, en 1986, d'une photo de Lautréamont sur les billets de loterie nationale. Debord espérait alors voir les « invités du Comte de Lautréamont » venir troubler « les grandes satisfactions » des responsables de l'opération, faisant référence au saccage organisée par les surréalistes dans une boîte de nuit ouverte en 1930, et trop hâtivement appelée le Maldoror. "Nous sommes les invités du comte de Lautréamont" avait clamé la bande à Breton en faisant littéralement péter le champagne et fuir les invités en tenue de soirée.
Pour l'auteur de l'article, les similitudes sont évidentes entre le souper mondain du Maldoror et le dîner organisé par Bruno Racine, qui « réunira autour de la princesse Alice Debord au pays des merveilles spectaculaires et marchandes, quelques marchands de canons, quelques trafiquants d'art (à moins que ce ne soit le contraire), et la représentante d'un gouvernement dont le chef a pour programme explicite la liquidation de mai 68 ». Les "invités de Debord" sont-ils alors, comme promis, venus troubler la tranquillité de cette petite société du spectacle ?
 
MAJ : Libération propose un compte-rendu du dîner, qui selon le Jura libertaire aurait rapporté 180.000 euros, "soit moins du dixième de la somme que la France doit réunir dans les deux ans et demi qui viennent."



Le grand œuvre de William Vollmann en septembre chez Tristram

Posté par Céline le 11.06.09 à 11:07 | tags : news, édition, essai

Un an après la parution de Pourquoi êtes-vous pauvres ? l'année dernière chez Actes Sud, on retrouvera William Vollmann dans nos rayons à la rentrée prochaine, avec l'un des projets les plus ambitieux de toute sa carrière, intitulé Le Livre de violences, qui paraîtra aux éditions Tristram le 10 septembre.
 

« Le Livre de violences est une critique de l'activité terroriste, défensive, militaire et policière, combinée avec certaines pensées d'ordre plus général, sur les moments où la violence pourrait être appropriée », explique Vollmann. L'écrivain, qui ne craint de pas d'explorer les sujets les plus vastes et les plus complexes, avait silloné il y a quelques années la planète pour aller interroger ses habitants sur leur pauvreté (Poor People, 2007). Il avait ensuite pris le train pendant trois mois avec des cloches pour raconter l'aventure des hobos (Riding Toward Everywhere, 2008).

Le livre des violences, paru pour la première fois en 2003 chez McSweeney's (5000 pages, 7 volumes, avec notes et annexes), s'appuie lui aussi sur une enquête de terrain, menée par Vollmann au cours de ses reportages dans les zones de conflit du monde. C'est une édition réduite - par l'auteur lui-même (960 pages) - et accompagnée de photographies, que publieront les éditions Tristram (auxquelles nous devons la redécouverte des écrits les plus expérimentaux du maître Ballard). « Nous n'excluons pas de compléter cette version en publiant ultérieurement d'autres parties du corpus original », précisent les éditeurs.

Parce qu'il cherche le plus souvent à explorer les phénomènes de nos sociétés, parce qu'il ne se départit jamais, dans l'observation de ses pairs, d'un regard profondément humain, William Vollmann apparaît comme l'exemple modèle des écrivains qui se soucient avant tout de rester en prise avec le monde contemporain. Alors son grand livre sur la violence, il ne fait aucun doute que nous vous en reparlerons. 




Assassiner le bourgeois qui est en vous avec Yann Kerninon

Posté par Céline le 03.06.09 à 11:02 | tags : philosophie, essai
Ecrivain, philosophe, enseignant et magicien, Yann Kerninon a récemment publié Tentative d'assassinat du bourgeois qui est en moi, un essai au titre éloquent qui, presque un siècle après Dada, cherche à outrepasser l'antagonisme stérile du bourgeois et de l'antibourgeois.

Loin des éternelles considérations sur le sujet qui ont hanté le XXe siècle - Nietzsche, Marx, Bourdieu, situationnistes et autres punks - Yann Kerninon propose une nouvelle façon d'être "non-bourgeois", qui tendrait vers le rire, le swing, l'amour : la vie. Nous avons demandé à ce dandy ennemi de la mauvaise foi de nous expliquer la marche à suivre pour en finir avec les esprits guindés ou cyniques qui plombent la société.
 
Lire l'entretien avec Yann Kerninon sur Fluctuat



10 livres subversifs à planquer en cas de perquisition

Posté par Gwenola le 14.05.09 à 14:40 | tags : essai, short-list
Pensiez-vous que nous étions arrivés à une époque où l'on n'impute plus aux livres les comportements déviants en tout genre ? La retenue, dans le cadre de l'affaire Coupat, d'une vingtaine de titres "gauchistes" comme potentielles preuves à charge, montre bien cependant que certaines lectures peuvent encore vous placer du côté de l'illégalité. Attention à ce que vous laissez traîner sur vos étagères : il y a des livres qu'il vaut mieux planquer en cas de perquisition.


Sur les 5000 livres trouvés dans la bibliothèque de la communauté de Tarnac, 27 ont été accusés de "légitim(er) les attaques contre l'Etat"... En dehors de L'Insurrection qui vient (2007) - un pamphlet anonyme signé du "Comité Invisible", attribué à Julien Coupat en dépit des infirmations de l'éditeur Eric Hazan et qualifié de "manuel insurectionnel" par la police - l'inventaire révèle surtout les titres d'ouvrages "gauchistes", comme Books for Burning d'Antonio Negri, The Insurrectionnal Project d'Alfredo M. Bonanno, Maintien de l'ordre. Enquête de David Dufresne ou La liberté et l'égalité se manifestent de Francis Dupuis-Déri. A en croire le rapport des enquêteurs, certains ouvrages pourraient bien contribuer à faire de leurs lecteurs de dangereux "terroristes de gauche anarcho-autonomes"...

 

En réaction au "délit de lecture" dont a été accusé Julien Coupat, la Mel a mis en ligne une pétition intitulée, à l'instar d'un texte de Walter Benjamin, "Je déballe ma bibliothèque".

Mais attention, déballer sa bibliothèque "pleine à craquer de livres subversifs", c'est donc bien, sauf évidemment si on est impliqué dans quelque sombre affaire d'activisme. Voici quelques livres qu'on évitera par exemple de placer sous le nez de la police.

Voir le top 10 des livres à planquer en cas de perquisition

 

Sur le forum : quels livres planqueriez-vous en cas de perquisition ?




Les Essais de Montaigne traduits du japonais

Posté par Céline le 13.05.09 à 11:04 | tags : édition, vo, essai, news
Que faire pour remettre Les Essais de Montaigne au goût du jour ? A cette question, André Lanly et Pascal Hervieu ont trouvé une réponse : le premier propose une version en français moderne, le second une traduction... du japonais. Absurde ?

 

Ce n'est pas en tout cas l'avis de Michel Onfray, qui signe la préface de la traduction du japonais d'Hervieu (Vivre à propos, éditions Flammarion), et justifie une telle initiative : la langue de Montaigne est « presque morte », et puis « la forme compte moins que le fond ». Fabrice Pliskin, en revanche, exprime l'indignation que lui inspirent de tels arguments dans un article du Nouvel Obs : « Dans ces conditions, plus rien ne s'oppose à la traduction en prose des Fleurs du mal : régularisons ces rimes qui ne riment à rien, ces alexandrins qui ne s'adressent pas toujours au "plus grand nombre", comme dit Onfray. »

Il a de son côté l'éminent Jean Starobinsky, critique spécialiste de Montaigne, qui voit dans le projet « une entreprise expérimentale, assez considérable dans l'énormité, et dont le succès semble douteux ». Le texte de Montaigne est défiguré, dénaturé, estime Pliskin. Là où Montaigne abusait de la métaphore, et ne livrait sa pensée qu'au terme de « longues et plaisantes galleries », ses adaptateurs vont droit au but, forgent une unique obsession pour le sens - jetant la forme aux oubliettes - et par là même finissent par le liquider.

 

Pour se faire une idée des changements qu'impliquent ces nouvelles traductions, on pourra lire sur Bibliobs trois versions du mariage selon Montaigne : la version d'origine, celle d'Hervieu (traduite du japonais), celle d'André Lanly traduite en français moderne.

 

Lire aussi :

Peter Watts explore nos espaces intérieurs 

Quimby the Mouse de Chris Ware en dessin-animé 

 




Joan Didion : le deuil et le souvenir

Posté par Céline le 28.04.09 à 11:27 | tags : news, essai
De Joan Didion, auteure peu traduite et donc peu connue en France (Ellis ou McInerney disent pourtant tout lui devoir), on connaît notamment L'Année de la pensée magique, ouvrage dans lequel elle évoque la mort de son mari, l'écrivain John Gregory Dunne, ainsi que le difficile processus de deuil qui a suivi. La pièce tirée du livre se joue actuellement à Hartford, ville natale de John Gregory Dunne.
 
Et cela fait sens : interviewée par le New York Times, Joan Didion s'est souvenue avec émotion de cet endroit "verdoyant", où a grandi son mari, et où elle-même a passé beaucoup de temps au cours des quarante années qu'aura duré leur mariage. Présentée comme un one-woman show, la pièce L'Année de la pensée magique couvre une plus longue période que ne le fait le livre : elle évoque en effet la mort de Quintana, la fille de Didion et de Dunne décédée en 2005 d'une mystérieuse maladie. C'est d'abord Vanessa Redgrave, amie de l'écrivain, qui avait d'abord interprété le rôle à Broadway, jusqu'à ce que sa propre vie ne rejoigne celle de son personnage dans des circonstances tragiques : le mois dernier, l'actrice apprenait la mort de sa fille Natasha Richardson, affrontant alors véritablement l'épreuve de deuil à laquelle son personnage était confronté.
 
Si Joan Didion avait d'abord vu comme une mauvaise idée l'adaptation du livre au théâtre, elle considère aujourd'hui que cette première expérience théâtrale a été "infiniment libératrice". Elle n'est cependant pas sûre de pouvoir assister à l'une des représentations d'Hartford, car concentrée sur d'autres projets : elle travaillerait actuellement sur un biopic de Katherine Graham produit par HBO, ainsi que sur un nouvel essai. en attendant d'en avoir la confirmation, on pourra redécouvrir cette figure importante des lettres américaines en lisant un recueil de ses chroniques paru sous le titre L'Amérique, 1965-1990 chez Grasset.
 
Photo : Vanessa Redgrave lors de la première de L'Année de la pensée magique en mars 2007 à New York
© Stuart Ramson/AP/SIPA



De l'amour selon Hunter S. Thompson, Sade et Alain Badiou

Posté par Maxence le 27.04.09 à 10:23 | tags : elucubration, essai, web, philosophie
Hunter S.ThompsonL'amour, le sentiment amoureux, exprime t-il une vérité universelle ? Eprouvons-nous le même amour selon que l'on soit homo, hétéro ou bisexuel ? L'amour est-il synonyme de fidélité ? Doit-on forcément être fidèle quand nous sommes amoureux ? Existe-il une éthique de l'amour ? A contrario, existe-t-il des lieux où cette éthique et nulle et non avenue ? Des lieux où l'amour et l'infidélité sont la norme ? Ces lieux eux-mêmes sont-ils le reflet d'une vérité universelle plus probante ou d'une réelle évolution des moeurs à l'ère du simulacre ?

 

Ce sont à ces questions, et à bien d'autres encore, que nous propose de réfléchir Graham Potts, doctorant en sciences sociales et pensée politique, dans "Love Hurts", un texte publié sur C-Theory, le fameux site philosophique des époux Kroker. A l'aune des textes d'Hunter S. Thompson (Las Vegas parano), des philosophes Alain Badiou et Jean Baudrillard, ainsi que ceux du Marquis de Sade, Potts étudie les rites amoureux contemporains, cherchant à en définir une éthique. Hilarant, Potts s'envole pour Las Vegas où il rejoue un parfait simulacre (Baudrillard toujours) de l'épopée de Thompson tout en tentant de démontrer à la lumière des excès de notre époque (drogues, sexe et rock'n'roll) que la versatilité contemporaine n'est pas forcément acquise socialement (ni forcément souhaitable selon Badiou). Il compose ainsi une fabuleuse et drolatique analyse des investissements pulsionnels et idéologiques qui ont façonné notre société, jusqu'à la mener à l'ère du divertissement et à l'absence totale de morale qui la caractérisent aujourd'hui.

 

A noter que ce texte, comme beaucoup d'autres, est offert gratuitement par C-Theory, célèbre site de pop-philosophie (en ligne depuis 1993) fondé par les Canadiens Arthur et Marilouise Kroker. Indécrottables net addicts toujours sur la brèche, gourous cyber à l'affût du moindre phénomène émergent, Arthur et Marilouise s'imposent comme les observateurs respectés de la révolution de l'information née avec les médias électroniques, et étendent aujourd'hui leur réflexion à d'autres pans de la société et de la pensée. Présents sur tous les fronts, ils unissent cyberculture et street culture, musiques électroniques, arts numériques, nouvelles technologies, philosophie et sociologie iconoclaste en invitant de grands penseurs à venir s'exprimer en ligne sur leur site. Les visiteurs désireux de recevoir mensuellement - et gratuitement - une pleine page de pensée "virtuelle" sont invités à s'inscrire, ils pourront ainsi profiter des lumières de philosophes et metaphysiciens de notre temps (attention, pour anglophones seulement).

 

Lire aussi :

Hunter S. Thompson, la biographie en ligne

Alain Badiou, le soldat philosophe 

 




Le cadeau littéraire de Chavez à Obama

Posté par Gwenola le 20.04.09 à 16:12 | tags : news, essai
 
Les livres et la diplomatie peuvent faire bon ménage. Au lendemain de la très remarquée poignée de main entre le président vénézuélien Hugo Chavez et Barack Obama lors du sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago, c'est un livre culte des cercles de la gauche latino-américaine - Les veines ouvertes de l'Amérique Latine : 5 siècles de Pillage du Continent - qui a servi à rapprocher (très) symboliquement les deux puissances politiques.
 
Cadeau d'Hugo Chavez à Obama, cet ouvrage anti-impérialiste de l'écrivain urugayen Eduardo Galeano écrit au début des années 1970 n'a bien sûr pas été choisi au hasard : il traite du pillage des ressources latino-américaines par les puissances étrangères. Anti-américaniste, Galeano n'hésite pas à comparer les méthodes des grandes puissances politiques (Etats-Unis, France, Chine, Grande-Bretagne et Russie) à celles d'un dompteur d'ours dans un article paru dans Le Monde Diplomatique. « Pour faire danser les ours dans les cirques, le dompteur les dresse : au rythme de la musique, il leur frappe la croupe à l'aide d'un bâton hérissé de pointes. S'ils dansent correctement, le dompteur cesse de les battre et leur donne de la nourriture. Sinon, la torture continue, et, la nuit tombée, les ours retournent dans leurs cages le ventre vide », écrit-il. Dans la même veine, l'ouvrage offert porte les stigmates d'un pays vidé de son sang par un capitalisme sauvage et de l'anti-américanisme radical de l'auteur.


Le message est explicite. Acte d'accusation contre les Etats-Unis, le livre peut-il être porteur d'espoir pour l'avenir politique des deux blocs ? « Ce livre (...) nous permet de tirer des leçons de l'histoire, de cette histoire que nous devons construire », a commenté Hugo Chavez qui avait déja créé l'événement en exhibant un ouvrage du linguiste Noam Chomsky - L'hégémonie ou la survie : La stratégie impérialiste des Etats-Unis - à la tribune de l'ONU en 2006.

 

Le livre de Galeano a surtout été à l'origine d'un incroyable buzz littéraire. En à peine quelques heures, le livre s'est propulsé de la 734e place au top des ventes sur Amazon ! Obama, grand lecteur et prescripteur, lui-même écrivain, a déclaré à propos de ce cadeau (instructif ?) : « J'ai cru que c'était un livre de Chavez en personne. J'étais sur le point de lui donner l'un des miens »...

Photo : Evan Vucci/AP/SIPA




Les zombies envahissent les librairies

Posté par Maxence le 10.04.09 à 10:35 | tags : best-seller, news, science-fiction, essai

Après un retour en force sur les écrans, il semblerait que le peuple des morts, qui avait plutôt pour habitude de tourner en rond autour des supermarchés, fasse une irruption remarquée dans les librairies.


C'est du moins ce que l'on peut déduire si l'on observe l'actualité du genre depuis quelques mois. Outre la parution d'une parodie d'Orgueil et préjugés de Jane Austen en version "zombie" - qui trône déjà, selon le NY Times, en 3e place des meilleures ventes - on peut désormais trouver en librairie un ensemble de titres consacrés aux morts-vivants, notamment : Zombies !, l'essai de Julien Bétan et Raphael Colson paru aux éditions les Moutons électriques, ainsi que le Guide de survie en territoire zombie : (Ce livre peut vous sauver la vie) et World war Z : Une histoire orale de la Guerre des Zombies, tous deux signés Max Brooks (le fils de Mel Brooks) et parus aux éditions Calmann-Levy dans une traduction de Patrick Imbert, passionné de science-fiction, critique et photographe.

Sérieusement "documenté" et fortement corrosifs, ces ouvrages peuvent être lus comme des livres de science-fiction jubilatoires et loufoques (ce qu'ils sont), mais aussi comme des recueils dispensant de vrais conseils, ou des témoignages, à l'usage de tout ceux qui souhaiteraient survivre à notre époque majoritairement zombifiée.

 

Lire aussi :

Jane Austen chez les zombies

Barack le Barbare : Obama affronte Sarah Palin dans une bd 

Les plus étonnantes librairies du monde 




Hitler, lecteur de Shakespeare et Cervantès

Posté par Gwenola le 23.03.09 à 16:32 | tags : histoire, essai, news
Imaginiez-vous Hitler en lecteur de grands classiques ? Un récent ouvrage du journaliste américain Timothy W. Ryback, Dans la bibliothèque privée d'Hitler (Le Cherche-midi), révèle un portrait dérangeant d'Hitler en passionné de littérature.

Si l'on ne s'étonne pas de l'attrait du dictateur pour les traités d'empoisonnement aux gaz, L'Histoire de la marine allemande durant la première guerre mondiale ou les ouvrages de Nietzsche - dont on sait à quel point il a dévoyé la pensée - l'idée que les pièces du grand Shakespeare aient pu côtoyer l'ouvrage antisémite d'Henry Ford, Le Juif international, sur les étagères de la bibliothèque d'Hitler est moins évidente. Hitler possédait également un exemplaire du Don Quichotte de Cervantès ainsi que ... La case de l'oncle Tom.
 

La Führer de lire
La controverse qui accompagne systématiquement la sortie d'ouvrages sur Hitler tient justement à cette représentation du personnage, qu'on préfère imaginer inculte et versant dans la folie que s'émerveillant face à la beauté de la poésie shakespearienne. Cela rappelle la polémique autour de la poupée de cire exposée à Berlin et qui représentait le dictateur dans son bunker, attendant la mort au milieu de ses livres. La sculpture fut décapitée au bout de trois minutes lors de son inauguration, par un visiteur indigné de voir le chef nazi représenté sous des traits humains...

Mais l'étude de Ryback le montre pourtant : Hitler, responsable d'autodafés répétés contre ce qu'il jugeait être une littérature dissidente (auteurs juifs ou pacifistes entre autres), était un grand collectionneur de livres (16 000 titres), fan de Robinson Crusoë et Gulliver. De quoi convaincre définitivement, cette fois, qu'une bibliothèque ne détermine pas exactement son propriétaire.

A noter que ce mois-ci paraît également un livre documentaire d'Antoine Vitkine, sur la réception de la bible nazie dans le monde (Mein Kampf, histoire d'un livre, Flammarion).

 

 




Des livres pour comprendre le génocide commis par les Khmers rouges

Posté par Céline le 18.02.09 à 12:15 | tags : news, histoire, essai
Alors que le procès des principaux dirigeants Khmers rouges, responsables du génocide des cambodgiens entre 1975 et 1979, s'est ouvert hier à Phnom Penh sous le parrainage de l'Onu, les librairies proposent plusieurs ouvrages, récemment parus ou plus anciens, retraçant le massacre mené sous le régime de Pol Pot.

Kaing Guek Eav, alias Douch, ancien directeur du centre d'interrogatoire S-21, où 15000 personnes ont été torturées, était le premier à comparaître hier. Ce tortionnaire a notamment été décrit avec précision dans Le Portail, récit dans lequel l'ethnologue François Bizot relate son enlèvement par les Khmers rouges en 1971.
 
Le documentaire du cinéaste Rithy Panh, La Machine Khmère rouge, qui traite également de S-21 (prison de Tuol Sleng), va faire quant à lui l'objet d'une réédition chez Flammarion. Rithy Panh est lui-même l'un des rares rescapés de S-21, et ses deux films tirés de cette expérience, La Terre des âmes errantes (1999) et S-21, la machine de mort Khmer rouge (2002) ont été primés à plusieurs reprises.
 
De nombreux autres ouvrages témoignent du génocide khmer. Parmi eux, le manga Enfant Soldat, qui retrace l'histoire d'Aki Ra, enrôlé de force par les Khmers rouges à l'âge de cinq ans (dessin d'Akira Fukaya, paru chez Delcourt le 14 janvier). Un ouvrage de photo de Dominique Mérignard, qui dans Témoin S-21 : face au génocide des Cambodgiens propose des clichés du musée officiel du génocide khmer (éd. Bec en l'air). Un roman enfin : Le Choeur des enfants Khmers de Loïc Barrière, inspiré de l'histoire vraie de Rotha M., jeune cambodgien vivant en France qui cherche à comprendre le passé difficile de son pays d'origine.
 
Trente ans ont passé depuis la chute du régime des Khmers rouges. Ce n'est qu'assez récemment que des témoignages se sont multipliés sur cette époque. Arrêté depuis 1999, Douch est accusé de "crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de meurtres avec préméditation". Après lui, quatre autres dirigeants Khmers rouges, âgés de 76 à 83 ans, seront entendus et jugés à leur tour.
 
Lire aussi :
 



Botho Strauss : Manifeste contre le monde secondaire

Posté par Myosotis le 23.10.08 à 10:34 | tags : essai, théâtre

"En quelques semaines, nous avons vu des empires s'écrouler, et du jour au lendemain nous avons vu des gens, des lieux, des opinions, des doctrines, abandonnés, transformés, rejetés. L'imprévisible s'était acquis son droit et ouvrait une brèche dans la trame apparemment impénétrable des programmes et des prévisions, des habitudes prises et des conséquences logiques. L'événement enseignait à tous que l'Histoire, tout comme la Nature, se plaît particulièrement à faire des sauts. Bien que, dans cette circonstance, nulle particule ne fût plus employée que le préfixe "re", il s'agissait moins que tout de restauration ou de retour. Ce qui se produisait tenait bien plutôt de cette force de surgissement que dans les sciences biologiques l'on qualifie par l'expression d'"émergence" : quelque chose de nouveau, quelque chose qu'on ne pouvait déduire à ce jour de l'expérience, se manifestait soudain et modifiat la "totalité du système", en l'occurrence : le monde.

La révolution qui s'opérait, ou, plus précisément, cette masse émergente de multiples formes de destruction, pression et résistance, devait avoir dès le début la valeur d'une marche vers l'ordre établi en Occident, et sa dynamique va s'épuiser dans la régulation de synchronisations et le besoin de compensation. Mais, dans la conscience de nombre des personnes concernées, l'autome dernier vint rompre l'illusion et mettre un terme par d'amères perspectives à un long sommeil, plus ou moins pénible, de Belle au bois dormant. L'ultime vengeance du régime totalitaire déchu, c'était aussi un bas les masques otal, la révélation négative d'une sotériologie terrestre manquée : tout faux depuis le commencement ! "

 

Un mot peut-être ce sotiérologie qui désigne l'étude du salut, la délivrance d'un état ou d'une condition non désirée. A ce mot près, cette introduction du Le Soulèvement contre le monde secondaire est un texte parfait. Cela tombe bien car c'est cette page qui démarre le petit ouvrage de reprise des essais de Botho Strauss, le dramaturge de l'incommunicabilité allemand, sur lequel je suis tombé par hasard. Strauss est un monument du théâtre allemand et européen. Il a un peu plus de 60 ans et a livré des pièces incroyablement... déprimantes traitant (pour faire bref) de la solitude humaine. Berlin est sa scène préférée et vous pouvez toujours aller chercher du côté de la Trilogie du Revoir, pour savoir de quoi il retourne.

Ses essais, et le premier notamment paru pour la première fois en 1990, soit quelques mois après la chute du mur de Berlin, sont tout bonnement remarquables, d'une précision littéraire et d'une clarté intellectuelle impressionnantes. Le premier est sous-titré "observations pour une esthétique de la présence" et c'est exactement ce dont parle Strauss : les rapports entre le réel et le sacré, entre l'art et le réel, entre la vision de l'homme, sa conception du monde, et l'aspiration au salut. Sa thèse est, si l'on s'amuse à dire ça simplement, que partout où il y a une expérience du sens, il y a présence de l'irrationnel et donc manifestation (sous une forme ou une autre) du sacré. Ce qui intéresse Strauss, c'est ce qu'il appelle l'indémontrable, le coeur de la fiction, comme production spirituelle et témoignage d'une absence de réalité, manifestation désordonnée ou rationnelle d'un ordre caché. On voit mieux ce que cette gestion paradoxale peut amener à l'analyse de l'Histoire et spécifiquement depuis la position dont parle Strauss : cette Allemagne qui après avoir été l'Allemagne de 1933 est devenue l'Allemagne de 1945 puis, enfin, celle de 1989.

 

La théorie de Strauss permet de tenir à distance l'enthousiasme, tout en ne se coupant pas de son énergie, elle permet à sa façon de neutraliser une conception qui verrait la rupture en moteur du changement, les ères séparées les unes des autres. Strauss relativise l'événement non pas en tant que tel mais en tant qu'il s'inscrit dans une manifestation continue et contigue presque du changement. Sans le savoir, il défend une sorte d'approche systémique de l'Histoire qui lui rend une fluidité presque totale. Sans qu'on puisse épuiser toute la richesse de ses thèses, cette série d'essais est très stimulante pour la pensée, en plus d'être un plaisir pour la lecture. Strauss n'est pas un grand dramaturge pour rien. Ainsi, on trouve aussi cette phrase un peu plus loin qui sonne merveilleusement : "la modernité ne se terminera pas sur ses pentes douces du post-moderne, elle s'achèvera par le choc culturel, choc qui ne frappera pas les sauvages mais les oublieux, rendus à leur désert." Convaincus ?    

Botho Strauss - Le Soulèvement contre le monde secondaire - Edition de l'Arche - 92 pages (1996)




Travaux pratiques : les nouveaux essais des P.U.F

Posté par Céline le 09.10.08 à 10:17 | tags : édition, essai, news
Cet automne, les célèbres P.U.F accueillent du sang neuf dans leur catalogue. Dirigée par Laurent de Sutter, chercheur et enseignant bruxellois, la toute nouvelle collection des P.U.F, baptisée "Travaux Pratiques", entreprend en effet de faire entendre les voix d'une génération montante d'auteurs.

Les deux premiers ouvrages qui paraîtront dans la collection, le 15 octobre prochain, donnent le ton : Camille de Toledo (auteur notamment du remarqué Archimondain jolipunk, Calmann-Lévy, 2002) proposera une réflexion sur l'état du réel dans la littérature avec Visiter le Flurkistan ou les illusions de la littérature monde. Quant à Pascal Chabot, philosophe spécialiste de Simondon, et par ailleurs conseiller artistique de la chorégraphe Michèle Noiret, il interrogera la notion de progrès, dans Après le progrès.

 

Nous avons posé quelques questions à Laurent de Sutter sur la collection Travaux Pratiques, qui devrait désormais publier quatre titres par an.


Pouvez-vous résumer l'esprit de la collection Travaux pratiques ?

Avec plaisir. « Travaux Pratiques » est une collection de brefs essais rassemblant des jeunes auteurs de tous horizons et toutes disciplines autour de l'enjeu suivant : relancer le genre littéraire de l'essai à partir d'objets nouveaux. Depuis toujours, l'essai fait partie intégrante du monde de la littérature : de Mishima à Vollmann, de Bergson à Baudrillard, de Bourdieu à Latour, l'histoire de la pensée est celle d'un alliage savant d'écriture et de concept. En lançant « Travaux Pratiques » grâce au soutien des Presses Universitaires de France, je souhaite souligner que cette histoire n'est pas finie - et même, au contraire, qu'il existe aujourd'hui un terreau des plus vivaces pour son futur. Les lecteurs curieux, et notamment ici, chez Fluctuat, suivent sans doute depuis un moment les aventures de « Matrix, machine philosophique » ou de Fresh Théorie, de même qu'ils lisent Camille de Toledo ou Mehdi Belhaj Kacem, en sentant que quelque chose de neuf se joue dans ces entreprises pourtant si diverses. L'ambition de « Travaux Pratiques » est d'être un lieu où toutes ces tentatives - qu'elles soient déjà connues, comme celles que je viens de citer, ou bien qu'elles soient encore discrètes - pourraient trouver un asile logique.


S'agit-il de dépoussiérer la "pensée française", de remettre la théorie au goût du jour ?

Je ne suis pas très sûr de la nécessité de dépoussiérer quoi que ce soit. J'ai plutôt l'impression que ce qui importerait - et dont « Travaux Pratiques » serait la manifestation éditoriale - est la nécessité renouvelée de choisir. La « pensée française », comme vous dites, me paraît aujourd'hui confrontée à l'alternative suivante : ou bien poursuivre le travail des maîtres de Mai 68, ou bien tenter de les enterrer. Avec « Travaux Pratiques », c'est une autre voie qu'il s'agit d'explorer : y aller du « tout autrement », comme le disait Levinas de Derrida. C'est-à-dire prendre tous les risques, se piquer de tous les savoirs, pour parvenir à briser les termes de cette alternative. Ni révérence, ni mépris, mais expérimentation, en quelque sorte. Or je crois que l'expérimentation a toujours été au « goût du jour » ; du moins, telle était l'opinion de Gilles Deleuze, et j'y souscris volontiers : c'est le désir d'expérimentation qui, depuis la nuit des temps, a distingué les véritables penseurs de ceux qui ne font que semblant.


Comment choisissez-vous vos auteurs ?

Disons que je les choisis par goût. Les auteurs qui m'ont fait le plaisir et l'honneur d'accepter de participer à « Travaux Pratiques » sont des gens que j'ai d'abord rencontrés dans tel article ou tel livre. En les lisant, j'ai, à chaque fois, été frappé par deux choses : une intelligence et un style. Pour moi, ces deux facteurs sont indissociables : le style est peut-être l'homme, mais il est d'abord la pensée - ce que, à nouveau, Derrida a jadis fortement souligné. Les auteurs que je recherche sont donc avant tout des écrivains qui pensent. Que ces écrivains choisissent la psychanalyse, le droit ou la philosophie plutôt que la littérature pour exprimer leurs idées est à mes yeux un détail. Seul compte leur rapport à l'essai comme genre littéraire dont la contrainte, double, est celle de l'originalité de pensée et de l'originalité du style. C'est ainsi que je peux me permettre de rassembler dans une même collection des écrivains comme Camille de Toledo et Chloé Delaume, des universitaires comme Pascal Chabot ou Pierre Cassou-Noguès, et des francs-tireurs comme Véronique Bergen ou Pacôme Thiellement, sans que, du moins je l'espère, cela ne fasse trop collage.

 


Les P.U.F sont une véritable référence, notamment pour les étudiants (et les professeurs). A qui s'adresse prioritairement les essais de Travaux pratiques ?

J'ai envie de dire : à tous ceux pour qui la pensée conserve encore un capital d'excitation ou de jouissance. Même Platon s'en était rendu compte : la pensée est érotique ou n'est pas. Qui n'a jamais, en lisant par exemple Sloterdijk ou Zizek, fait l'expérience de ce vertige proche de celui produit par les meilleurs romans de science-fiction risque de trouver cette thèse absurde - et pourtant, je crois que c'est son intuition qui nous conduit avant tout à la spéculation. Car cette expérience érotique du vertige de la pensée l'est précisément parce qu'en elle se combine la plus grande sophistication de raisonnement, la plus grande élégance de présentation, la plus inattendue des conclusions - et, pourtant, comme on s'en rend compte en un éclair, la plus grande charge de vérité. En ce sens, je crois qu'il y a quelque chose de proustien dans la pensée : elle nous fait apercevoir, par des détours qui paraissent gratuits, voire oiseux, quelque chose qui, sans eux, demeurerait fondu dans le décor l'entourant. J'espère que « Travaux Pratiques » pourra contribuer à fournir à ceux que cela attire, un peu de ce vertige - c'est-à-dire un peu plus de clarté dans la vision.




Atelier de trivialités (3) : les secrets de la psychogéographie

Posté par Myosotis le 23.09.08 à 13:10 | tags : élucubration, essai, littérature en vidéo
On a déjà parlé ici à plusieurs reprises des démarches psychogéographiques et des auteurs qui y sont associés. Cette approche sensible des univers urbains n'a en soi pas révolutionné les sciences sociales comme on aurait pu l'espérer, ni représenté la piste de développement que lui prédisaient les Situationnistes, Guy Debord en tête. Ce dernier, s'il n'en a pas été l'inventeur à proprement parler, l'a positionné d'emblée comme une des pierres angulaires de sa révolution situationniste, l'une des manières réellement différentes d'appréhender le réel et qui pourraient mettre à jour pour l'homme contemporain le sens caché des choses. Dans cette définition, Debord dit les choses assez clairement pour qu'on n'ait pas envie de le paraphraser.

 

"Le mot psychogéographie, proposé par un Kabyle illettré pour désigner l'ensemble des phénomènes dont nous étions quelques-uns à nous préoccuper vers l'été de 1953, ne se justifie pas trop mal. Ceci ne sort pas de la perspective matérialiste du conditionnement de la vie et de la pensée par la nature objective. La géographie, par exemple, rend compte de l'action déterminante de forces naturelles générales, comme la composition des sols ou les régimes climatiques, sur les formations économiques d'une société et, par là, sur la conception qu'elle peut se faire du monde. La psychogéographie se proposerait l'étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus. L'adjectif psychogéographique, conservant un assez plaisant vague, peut donc s'appliquer aux données établies par ce genre d'investigation, aux résultats de leur influence sur les sentiments humains, et même plus généralement à toute situation ou toute conduite qui paraissent relever du même esprit de découverte." Guy Debord, 1955.

 

Sans surprise, la France est passée à côté de cette nouvelle "science", ne laissant que peu de traces, en dehors du mouvement, d'éventuels cas pratiques. Il faut se tourner en Angleterre, encore et toujours, pour lire des choses intéressantes sur ce thème passionnant et notamment considérer ce qui a été fait par plusieurs auteurs (qu'on aime bien) autour de la ville de Londres. Iain Sinclair, le premier d'entre eux, le plus appliqué et le plus doué, a marché dans les pas de John Betjeman et produit une véritable psychogéographie de Londres à travers un itinéraire quartier par quartier (le plus connu étant son livre sur Whitechapel et l'East End), une évocation de la mythologie de la M25 (la grande autoroute, omniprésente chez Ballard et d'autres) et surtout un recueil de textes monumental sorti il y a un an ou deux maintenant et baptisé : London, city of disapearances (aucun n'a été traduit à ma connaissance).

 

Sinclair y coordonne des interventions romancées, chroniques, nouvelles, poèmes écrits par un tas de gens bien comme Ballard, évidemment, mais aussi ses amis intimes, le vieux Moorcock ou bien sûr Will Self. Ce dernier, qui s'est amusé dans son Livre de Dave (bientôt traduit) à imaginer un Londres devenu tout à fait autre chose après une catastrophe naturelle et quelques siècles d'histoire, a aussi livré, dans ce registre, un indépassable ouvrage illustré par Ralph Steadman et qui reprend notamment un très beau trajet à pied entre l'aéroport de New York et son centre-ville, autant dire un cheminement que personne n'avait fait à pied depuis des lustres. L'écrivain anglais, pour ceux que ces thèmes intéressent, tient aussi colonne dans The Independent pour lequel il signe régulièrement quelques pieds intitulés "Psychogeography" et qui constituent, avec certaines séquences de William Vollmann, les plus beaux et vigoureux exemples de mise en oeuvre de cette pensée fructueuse. L'enjeu représenté par la lecture des territoires urbains (les routes, les magasins, les quartiers, les parcs) est, pour les sciences, et pour la littérature, peut-être l'un des plus importants qui soit.




Jan Neruda, peintre de Paris

Posté par Myosotis le 25.08.08 à 14:49 | tags : essai, poésie

Il est peu probable que notre interface nécro-automatique sorte aujourd'hui le nom et la photographie du grand écrivain et poète tchèque Jan Neruda, tant celui-ci est tombé aux oubliettes de la littérature de ce côté-ci du continent. Neruda a donné son nom à un autre écrivain, Pablo, beaucoup plus connu que son inspirateur, en plus d'avoir laissé une trace indélébile dans sa ville natale (Les Contes de Mala Strana). Jan est pourtant l'un des piliers de l'Ecole de Mai et un bel exemple, dans la seconde moitié du XIXème siècle, d'une écriture libre et libérale.

Journaliste émérite, grand voyageur, et amateur de feuilletons, Neruda a notamment laissé de superbes Tableaux Parisiens, écrits à la hâte lors d'un voyage à Paris, entrepris peu avant l'épisode Communard. Neruda s'intéresse à la ville elle-même mais aussi aux parisiens : il décrit les mouvements, les pauvres, les classes, dans une déambulation appliquée et splendide qui rappelle (avant l'heure) les tableaux ultérieurs de Walter Benjamin. Neruda écrit sur les flâneurs, sur la police secrète. Il semble savoir que la vérité des villes est sous leur surface. Dans cet extrait, Neruda est à son meilleur : son écriture est attentive au moindre détail, descriptive, souple et expressive comme un pinceau.

 

"D'autres tourbillons humains se forment : dans le jardin du Luxembourg, jeunes et vieux, nantis et humbles prennent plaisir à jouer à la balle ; au Palais de Justice, les nerfs se tendent à craquer lors des procès ; à la Morgue, on pleure et on se lamente. La Morgue est une petite bâtisse basse, à proximité immédiate de la Seine qui lui apporte ses victimes les plus nombreuses. Tout cadavre inconnu trouvé à Paris est amené à la Morgue. On l'y déshabille, on le lave - si nécessaire est - et on le met sur une couchette noire cerclée de métal jaune, le visage tourné vers une verrière d'où le public peut le regarder. Un petit tuyau arrose le visage des noyés de manière à ce qu'ils restent plus frais. Les vêtements qui ont été enlevés sont suspendus au dessus du corps. Il y a une douzaine de couchettes mais j'ai vu au plus cinq cadavres en une journée. C'est le spectacle d'un couple de vieillards qui m'a le plus impressionné. Ils étaient allongés comme s'ils sommeillaient et un sourire flottait presque sur leurs visages : ils étaient apaisés au suprême degré. Ces pauvres gens s'étaient probablement profondément endormis, usés par l'âge, comme un ouvrier après un dur et long labeur. L'homme simple ne traversera pas le pont voisin sans s'arrêter à la Morgue ; il est toujours poursuivi par la crainte secrète d'y trouver quelqu'un de cher. Quand la Morgue est fermée - ce qui se produit quand on dispose de nouveaux corps - une foule dense s'agglutine devant la petite maison. J'y ai vu l'épouse et la fille d'un ouvrier qui n'était pas rentré chez lui depuis plusieurs jours. Elles avaient les yeux en feu d'avoir pleuré et leurs traits étaient marqués par une terrible et immense tension. Les personnes présentes s'écartaient avec compassion, les deux femmes se faufilèrent jusqu'à la vitre : leur regard parcourut en un éclair les cadavres. À nouveau rien. Nouvelle incertitude et nouveaux sanglots, un état plus éprouvant encore qu'une certitude.

Passons le pont Saint-Michel, prenons la rue sur notre droite et nous nous trouvons dans un nouveau tourbillon plus vivant et plus gai, celui des étudiants qui sortent d'un cours de médecine. Ce fameux étudiant parisien est toujours partisan du mariage sauvage avec les grisettes et d'un libéralisme résolu et puissamment explosif dans les périodes difficiles ; il n'a rien de frappant dans son aspect extérieur et, en général, ne ressemble en rien à un étudiant. Il fait ses universités le plus confortablement du monde même s'il vit dans le besoin. L'étudiant français m'a paru plus âgé que l'étudiant tchèque. On le suivra dans ses divertissements à la Closerie des Lilas et ailleurs pour faire plus ample connaissance et saisir tout de lui, y compris ces comptes très étranges du Grec (un juif) dont parle Murger dans son savoureux roman La vie de Bohême. Le Grec lui prête de l'argent, par exemple un demi-franc, lui reprend ses vieilles chaussures et lui achète de la pommade à moustaches, du "tabac morave", une canne ; en bref, il lui retire le plus consciencieusement du monde jusqu'à sa chemise."

 

S'il était là aujourd'hui, Neruda irait à Paris Plage ou au festival, histoire de voir ce que les Parisiens sont devenus. Il se promènerait dans la ville-musée avec un caméscope ou un carnet à spirales et boirait une bière en terrasse dans un bistrot du 11ème.




Gore Vidal, Bush et l'irréparable

Posté par Céline le 16.06.08 à 15:01 | tags : essai, news
Faut-il se sentir misanthrope pour être un intellectuel aujourd'hui ? Peut-on décrypter un monde envers lequel on éprouverait de la complaisance et de la sympathie ?
Le romancier et essayiste américain Gore Vidal laisse plutôt penser que non. Ce cousin éloigné d'Al Gore, qui avait fait scancale avec The City and the Pillar en 1948 (premier roman américain à mettre en scène des personnages homosexuels), est également connu pour ses positions anti-impérialistes, et le regard acerbe qu'il jette sur le monde.

L'écrivain qui publie cette semaine un recueil d'essais (The Selected Essays of Gore Vidal) s'est récemment exprimé dans plusieurs journaux, à la fois sur ses travaux littéraires et sur sa vision du monde actuel. Dans une interview publiée samedi dans le quotidien espagnol El Mundo, il a ainsi déclaré qu'il faudrait aux Etats-Unis "100 ans pour réparer tout le mal" commis par le président Georges W. Bush.

Gore Vidal s'était radicalement opposé à la guerre en Irak, considérant que les décisions prises à ce sujet par le président américain revenaient à violer la constitution américaine. L'auteur de Création et de Julien l'Apostat voit dans le gouvernement de son pays une dictature, "qui contrôle à loisir les médias".

A 82 ans, Vidal se considère lui-même comme l'un des derniers grands écrivains "intellectuels" américains, avec Norman Mailer ou Kurt Vonnegut. "Les écrivains aujourd'hui ne savent rien de l'histoire, ils veulent seulement écrire sur eux-mêmes", explique-t-il. Un constat bien souvent entendu, à l'heure où la littérature peut facilement être dissociée de toute pensée.

La nécessité de réengagement des écrivains se fera bientôt plus urgente. Gore Vidal, lui, s'est prononcé en faveur de Barack Obama, candidat démocrate aux prochaines présidentielles américaines : "j'ai pensé un moment qu'il était démagogue, mais il est intelligent et un président intelligent serait une authentique nouveauté à la Maison Blanche".

 

Retrouvez toute l'actu des élections américaines sur le blog politique




Les Essais de Thoreau : la bravoure tranquille

Posté par Myosotis le 11.04.08 à 16:56 | tags : essai, roman

"Nous nous imaginons que tout le vacarme de la religion, de la littérature et de la philosophie qui se fait entendre du haut des chaires, dans les salles de conférence et dans les salons se répercute dans tout l'univers, que c'est un bruit aussi général que celui de la terre tournant sur son axe. Mais si un homme dort profondément, il va tout oublier entre le coucher et le lever du soleil. C'est le mouvement de trois pouces d'un balancier dans un coffre d'horloge qui rend sensible à chaque instant le grand pouls de la nature. Quand nous ouvrons les paupières et les oreilles, il disparaît avec fracas dans un nuage de fumée commme les wagons sur la voie ferrée. lorsque je découvre un objet de beauté dans le coin le plus reculé de la nature, l'esprit serein et discret qu'exige sa contemplation me rappelle à quel point le secret d'une vie privée est inexprimale, tant elle est empreinte de silence et de modestie.

 

C'est dans un recoin fort tranquille et béni qu'il convient d'apprécier la beauté que renferment les mousses. Quel admirable entraînement procure la science en préparation des combats de la vie active ! En vérité, la vaillance incontestée que supposent ces études, est beaucoup plus impressionnante que la bravoure triomphale du guerrier. (...) La bravoure tranquille de l'homme est admirable. Son oeil est fait pour saisir poissons, fleurs, oiseaux, quadrupèdes et bipèdes. La science fait toujours preuve de bravoure car savoir, c'est savoir ce qui est bien; le doute et le danger reculent devant elle."

 

Si on voulait faire de la vraie et bonne critique (ce qui n'est pas toujours compatible avec notre travail de présentation des livres), il faudrait oser ne rien ajouter à cet extrait de l'Histoire Naturelle du Massachussets de Henry David Thoreau, l'un des essais repris dans cette nouvelle anthologie. L'écriture de Thoreau parle d'elle-même : tout ici n'est que nature Henry David Thoreau 

Essais

Edition Le mot et le reste





Jon Krakauer : Tragédie à l'Everest

Posté par Myosotis le 20.03.08 à 08:10 | tags : essai, roman

Jon Krakauer est devenu l'un des journalistes de reportage les plus côtés de la planète le jour où son expédition pour l'Everest, à laquelle il participait en tant que reporter pour le magazine Outside, s'est changée en tragédie grecque.

Krakauer est redescendu vivant, perdant dans la neige, le froid et les crevasses, les trois quarts de son groupe, deux guides prestigieux, Rob Hall le magnifique et son rival Scott Fischer, quelques inconnus et beaucoup d'illusions. Into Thin Air, traduit en Tragédie à l'Everest, fut développé six mois après le retour d'expédition, presque à chaud mais pas tout à fait quand même (un article qu'on trouve facilement sur le net avait précédé) pour devenir l'un des livres de journalisme les plus vendus aux Etats Unis.

Le récit est particulièrement bien troussé et suit pas à pas l'expédition au printemps 1996 qui allait se solder par 8 morts et quelques blessures plus que sérieuses.

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Tragédie à l'Everest

Jon Krakauer

Presses de la Cité

 




Le Remède Contre la BD

Posté par 2goldfish le 04.03.08 à 17:30 | tags : bd, essai

Le principe : Jochen Gerner a accumulé toute une série de petites phrases, de fragments de phrases et de rares citations plus larges sur la bande dessinée. Il les regroupe par thème, en fait de gros tas, une accumulation d'idées reçues, de déclarations à l'emporte pièce et d'expressions toutes faites qu'il illustre par des dessins ultra-simples, tendant vers la neutralité graphique d'un panneau de signalisation. Ces illustrations sont pour la plupart une retranscription graphique aussi littérale que possible des choses "lues et entendues" par l'auteur.

Il n'y a rien de plus que cette accumulation absurde et ces petits dessins sarcastiques et pourtant en émerge un livre étonnant, qui ne ressemble à aucun autre et dont le propos fascine autant que la méthode.

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Contre la bande dessinée - Choses lues et entendues

Jochen Gerner

L'Association

 

 

 




Sade éternel : l'album biographique de Michel Delon

Posté par Myosotis le 10.01.08 à 11:16 | tags : essai

Il reste assez difficile de parler aujourd'hui du Marquis de Sade  sans sombrer dans la redite ou la caricature. Michel Delon qui a notamment coordonné l'édition de l'auteur dans la Pléiade y parvient une nouvelle fois en nous offrant deux albums somptueusement habillés pour ouvrir la collection dite "de l'atelier" chez l'éditeur Textuel.

Malgré son prix relativement prohibitif (69 euros pour les 2 albums encoffrés), ce travail reste passionnant à découvrir... en bibliothèque et surtout d'une grande et réjouissante lisibilité. Le style de Delon est clair, d'une rigueur à toute épreuve et réussit à nous dire, sur le premier tome, l'essentiel de la vie de Sade en une cinquantaine de pages. Le volume 1 de ces Vies de Sade démarre par une biographie tout ce qu'il y a de plus classique mais sacrément efficace. Delon y raconte Sade depuis son enfance (il est fils d'un noble monté à Paris et qui s'y brûle les ailes et la fortune) jusqu'à ses dernières années d'enfermement (les célébrissimes pièces de théâtre jouées à Charenton,...), en ne lésinant pas sur les anecdotes.

La vie du Marquis est contextualisée et Delon insiste (...)

Lire la suite de la chronique

Les Vies de Sade
Michel Delon
Editions Textuel




Walden, Thoreau et la vie qu'on mène...

Posté par Myosotis le 07.12.07 à 17:41 | tags : essai, roman
 

La cote de l'écrivain Henry David Thoreau est actuellement en hausse, comme si cet auteur classique américain, poète, essayiste, pamphlétaire était redécouvert par enchantement, 153 ans après la publication de son ouvrage culte, Walden ou La vie dans les bois. Est-ce l'effet Al Gore(t) ? Un nouveau signe de la critique en marche du consumérisme outrancier ? Ou tout simplement une expression parmi d'autres des tocades bidons de l'homo capitaliste pour le retour à la nature, le bio, l'IKEA et le pin blanc composite ?

Walden, publié en 1854 donc, est un livre à découvrir pour plusieurs raisons. La première est que ce livre est formidablement bien écrit, et tout à fait spirituel. Thoreau qui est un homme d'extraction modeste, enseignant à ses heures, est aussi l'ami du poète (transcendantal) Emerson et ce type d'esprits libres dont seuls peuvent accoucher les Etats-Unis. Son fait d'armes le plus connu reste d'avoir refusé de payer ses impôts, parce qu'il était opposé à la guerre contre le Mexique et à l'esclavage. Thoreau théorise La désobéissance civile (ou civique) et devient une sorte de rempart intellectuel contre les atteintes de l'Etat à la... morale.

Fasciné par les sciences naturelles, les sports "nature" (il pratique le canoe,...) qui ne sont pas à l'époque ce qu'ils sont aujourd'hui, Thoreau expérimente au milieu des années 1850 : le retrait du monde... pour mieux le connaître. La démarche n'est ni religieuse, ni particulièrement philosophique. Thoreau pense qu'une coupure avec les conditions de vie matérielles de l'homme "urbanisé" lui permettra de mieux apprécier, au sens de peser, la vie contemporaine. Il construit une cabane de quelques mètres carrés sur le terrain d'un ami près des Etangs de Walden, dans le Massachussets, et y vit chichement pendant 2 ans et 2 mois.


Lisez la suite de la chronique de Walden ou La vie dans les bois


Walden ou La vie dans les bois
Henry David Thoreau
Gallimard






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