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Trop d'infos, une respiration : ici on expérimente la forme et le fond.
Fêtons l'Europe en poésie avec Antoni Grabowski
Antoni Grabowski est un homme du XIXème siècle (il est mort en 1921), polonais, ingénieur chimiste de formation, connu surtout pour avoir été le "père de la poésie en Espéranto". On pourrait débattre longtemps de l'intérêt de cette langue vivante... morte, des promesses qu'elle suscita en son temps et des limites évidentes qu'elle rencontra très vite. Grabowski crut au pouvoir de l'espéranto toute sa vie durant (il parlait lui-même une trentaine de langues couramment d'après la légende) et plus encore et par dessus tout au pouvoir des mots, ce qui tombe bien, parce que cela définit assez bien la poésie. Grabowski fit beaucoup de traduction et composa quelques poèmes directement en espéranto. Exemple de choix avec son jour de pluie et démonstration simplissime. L'Espéranto, c'est comme l'Europe. Ca sonne bien quand on le lit mais franchement on n'y comprend pas grand chose. La Pluva Tago La tago malvarma, malgaja,sensuna; Mia vivo malvarma, malgaja, sensuna: Ekhaltu, ho, koro malgaja, ne plendu! Poèmes pour l'identité nationale : la contribution de Joseph Myosotis d'Arbaud Je n'y peux rien mais l'idée m'est venue ce matin. Si je veux être utile à mon pays, il me faut participer absolument au grand débat sur l'identité nationale qu'organise le noble et byzantin Eric Besson. Mais qu'ai-je à dire sur le sujet ? J'ai regardé l'Equipe de France ce samedi soir, j'ai fait mon service militaire, j'ai la peau blanche mais peut passer pour un bougnoule après 2 jours sans rasoir, je parle un français impeccable et je l'écris bien. J'ai écouté le nouvel album de Diam's et ai trouvé ça un peu fort et plutôt mal rimé. Est-ce que pour autant j'ai des idées sur l'identité nationale ? Pas sûr. Ce qu'il faudrait pour défendre la patrie, ce sont bien des poèmes. Il faut l'avouer, la poésie n'a jamais servi qu'à ça. C'est pour cette raison qu'elle a été inventée et pour cette raison qu'elle a été si longtemps plébiscitée. Rien de tel qu'un bon poème pour exalter l'amour de la patrie et de nos terres agricoles. Mais que dire ?
Je peux faire un poème d'amour, un poème de sexe mais PAS un POEME NATIONAL. Il faut trouver un bon angle et s'y tenir, des images originales et surtout du fond qui ne sonne pas trop con. Je ne voudrais pas qu'on m'associe sur le site du grand débat à un Sous Grand Corps Malade, voire à un petit corps sain(t) qui met des petits corsets aux idées étriquées, qui tricote et fricote avec les salauds. Allons voir ce qui s'est fait jusqu'ici. Je pense Barrès, Maurras, quand on savait encore composer des sonnets et puis balancer de grandes idées qui tuent en vers. Parce que le Seine Saint Denis style et puis les Ndiaye Racaille qui mettent la France sur la paille, vaille que vaille, je m'en tamponne le corail (?), et mitraille la marmaille de contrebande. Ouais, c'est pas fameux. France en trance, je danse et balance ma panse, tu es ma chance depuis ma tendre enfance, tu me berces d'aisance (comme une fosse ?), France, ma France, en toi, ma lance s'engouffre et oups, trop tôt, venu quand j'y pense. Yo ! Ca ne va pas du tout. Pas le rythme. Pas le temps. Pas d'idées. Encore mieux se balancer un remix de Touchard. Quand ouf ! Il n'y a jamais eu de poésie NATIONALE mais quasi exclusivement des poésies régionalistes. Oui, il faut être régionaliste pour faire des odes à la France, le félibrige, les basques, les bretons, provence, poètes picards. Ce sont les vrais poètes nationaux. Joseph d'Arbaud, poème de Camargue. Les chevaux, le delta, le Rhône. Voilà la France comme on les aime : des gitans, des étalons et de la verdure qui se jette dans la mer. Tour de passe-passe. Remplace Arles par une tare, remplace Provence par France et ma contribution est chaude : Eric Besson, mon traître adoré, ma contribution qui va te faire triper (à ta mode de cancre). Ma FRANCE remix par Joseph Myosotis et zou :
"Si un mélange abominable /et le désordre universel / n'emportaient pas notre Race / avec les races d'ailleurs ; / si la barbarie qui, à la porte / heurte, voilà plus de sept cents ans, / passait enfin au large / et respectait nos enfants, À la fête de notre foi, / nous te conduirions, fer à taureaux, (JE N'AI PAS REUSSI A REMPLACER TAUREAUX !) / toi que maniaient nos ancêtres / de la Provence au pays ch'ti ; / toi qui, partout, aux jours de fêtes / fais retourner toutes les têtes / et palpiter les rubans / signal de la bagarre / et des battements de mains. TRIDENT, ARME DE FRANCE / ARME DES CHEFS ET DES MARINS, / JE TE HAUSSE AU NOM DES CROYANCES, / SUR TA HAMPE DE CHÂTAIGNIER / Plus fier dans ma selle gauloise / qu'un jouteur sur le palier de la barque, / que souffle sur les salicornes / libyen, vent du large ou des monts, / je t'abreuverai du sang des pourceaux. " ("Pourceaux" est-il bien approprié pour désigner les étrangers qui envahissent not'bo pays ?)
L'original, dans ce très bel article critique dépasse évidemment ma pâle copie mais il faut contribuer et initier ici le GRAND CONCOURS DE POESIE NATIONALE pour goinfrer celui qui se tiendra désormais dans la 3ème fosse du 8ème cercle des enfers selon le maître Dante, l'ami Besson le Simoniaque, léché par les flammes, pendu par les pieds et n'ayant les jambes à l'air qu'au genou. A moins qu'au monstrueux monstre, n'aille mieux le 9ème cercle des traîtres (c'est ce qu'on dit de lui, non ?), pleurer des larmes de cristal qui forment sur ses yeux globuleux une congère magistrale. Oh non. La poésie nationale vivra et nous non. Pourquoi les pamphlets ne sont plus à la mode : remise du 4e Prix Anabet
Jadis (on parle ici de la période qui va du XVIème siècle à 1968 en gros) très prisé des Français et des anglosaxons (tout aussi habile en la matière), le pamphlet est devenu avec l'essor du journalisme de masse et la création d'une caste d'intervenants médiatiques shortlistées (ceux qu'on retrouve de plateaux en plateaux), une chose aussi précieuse que rare. Distinct de l'essai par sa dimension polémique et souvent par son angle d'attaque incisif, le pamphlet est bref, violent et a pour fonction de soutenir un point de vue orienté dont l'auteur a la faiblesse de penser qu'il est évident (le point de vue) et paradoxalement partagé par aucun ou trop peu. C'est évidemment ainsi qu'on peut définir la chose : une idée qui saute aux yeux mais dont personne ne veut ou n'a encore voulu. On parle de lui comme d'une des armes de choix de la littérature de combat. C'est pour cette raison sûrement que l'ordre établi envoie ses plus fidèles soldats embouteiller les présentoirs des librairies au rayon Essais pour barrer la route des plus audacieux. Les autres fixent leur attention sur notre MiniRoi Soleil et cela suffit bien à tuer le débat avant même de le lancer. Au rang des pamphlets, on trouve aujourd'hui plus d'ouvrages d'amuseurs publics et de téléphilosophes que de justes penseurs ou de chevaliers blancs. Patrice Bollon, l'un des principaux artisans du genre encore en droit de publier, nous le rappelait en entretien : tout ceci n'est pas facile. Ce ne sont pas les Tiqqun qui diront le contraire, même s'ils ont pu bénéficier par ricochet avec leur éditeur la Fabrique d'un regain d'exposition appréciable entre L'insurrection qui vient et les mésaventures de l'ami Coupat.
Les pamphlétaires de qualité souffrent et les idées étouffent avec eux. L'initiative d'Anabet a le mérite d'exister en plus de récompenser de bons ouvrages, ce qui ne manquera pas cette année compte tenu de la liste des livres figurant dans la sélection du prix. En 2008, Jean-Luc Nancy l'emportait avec Vérité de la Démocratie. En 2007, c'était Pascal Durand qui gagnait avec Les nouveaux mots du pouvoir : abécédaire critique. En 2009, on trouve dans la sous-rubrique "insurrection", les Tiqqun justement avec Contribution à la Guerre en cours ; un ouvrage salutaire de Jacques Rancière intitulé Le Spectateur Emancipé ; un bon boulot d'actualité sur les chiffres et les stats qui s'appelle "Le grand trucage - comment le gouvernement manipule des statistiques". En arts, Gérard Durozoi propose Ras le bol Warhol et Cie ! Contre la pauvreté des images. Et on en passe. Parmi ceux qu'on a lus et pas seulement feuilletés (le Rancière et le Tiqqun) dont on n'a pas parlé ici, petit avantage au Spectateur Emancipé pour son style et la rigueur de sa construction.
Pour se rassurer sur l'utilité de cette manifestation, on citera et on renverra à cette analyse de l'imbécile Paul Vermus dans France Soir, lequel explique que les sélectionnés sont tous des types inconnus (aucun Zemmour, Naulleau et autres au programme dit-il, quelle merde), ce qui signifie que le genre ne vaut rien. CQFD. N'oubliez pas de tailler les plumes en pointe avant de les ficher dans les yeux. Saupoudrez de goudron et d'un bon édredon éventré. Plongez dans la Vologne. C'est prêt. Quelle fin du monde êtes-vous ? Les top des meilleurs titres apocalyptiques
Le genre n'en reste pas moins un travail difficile et qui nécessite un savoir-faire très particulier. La littérature est en effet souvent plus à l'aise lorsqu'il s'agit de traiter d'individus isolés que de la planète entière. On peut décrire la mort d'une personne mais on risque de perdre en impact quand on se met à causer géopolotique ou disparitions macroéconomiques. Petite sélection des fins du monde littéraires : voir le top 10 des meilleurs livres apocalyptiques
Lire des livres à poil est-il complètement idiot ?Posté par Myosotis le 09.11.09 à 12:52 | tags : elucubration
Princesse de Clèves Monsieur Cre officie sur le net depuis quelques années semble-t-il. Je ne connaissais pas ses activités et suis tombé sur plusieurs de ses vidéos un peu par hasard comme le veut la tradition. Mr Cre joue comme un homme politique de la IVème République, fait du théâtre comme dans les années 50, avec cet diction outrée des vieux instituteurs et des professeurs de rhétorique.
Du coup, l'exercice prend des tours d'exposition du texte brut qui nous donnent le temps de l'apprécier à sa juste valeur, de le contempler comme Cre dans son plus simple appareil, celui de la langue écrite lue ou mieux de la langue presque comme elle résonne dans notre petite voix intérieure de lecteur. Evidemment (c'est le jeu d'acteur qui veut ça), le petit talent du comédien fait qu'on rigole bien aussi. On aime moyennement l'ironie qui se dégage de la lecture de la Princesse, un peu plus celle du discours de Sarkozy, presque craché dans toute sa vérité prétentieuse pour ce qu'il est : une tentative verbeuse et lyrique de faire l'histoire avec rien du tout en bouche. C'est beau, c'est vieux, écrit avec le nez sur le rétroviseur. Mais bon.... L'expérience de Mr Cre a ses limites mais n'est pas si courante sur Internet, cette monstrueuse bricole inutile (selon de plus en plus de people). C'est justement dans la mise en scène de cet inutile là que le net a des réserves et dissimule souvent ses plus belles surprises. On invite tout le monde, filles et gars, habillés ou à poil, sexy ou non, à poster ce genre de vidéos qui pourraient avantageusement remplacer à terme les milliers de K7 et CD/DVD audios qui moisissent dans les bibliothèques et emmerdent les malvoyants (même s'ils ne voient rien ?), voire constituer un argument diabolique de démocratisation de la lecture. Pamela Anderson à la lecture, ça ouvre des perspectives inédites. Le mystère Alexandre Jardin : c'est celui qui le dit qui y est (24)Posté par Myosotis le 05.11.09 à 11:50 | tags : roman, élucubration, littérature en vidéo, best-seller
C'est fait : j'ai achevé la lecture de Quinze ans après, l'acte 2 du premier grand bestseller d' Alexandre Jardin, Fanfan. Le livre dont je ferai peut-être (certainement, sûrement même) une chronique prochaine est à la fois fascinant de naïveté et de légéreté (vacuité ?) mais aussi fort intéressant pour qui s'intéresse de près au personnage Alexandre Jardin. Il faut se souvenir que ce type de 44 ans dont on ne fait plus grand cas aujourd'hui était, il y a une petite vingtaine d'années (Le Zèbre date de 1988), un véritable phénomène sociologique dans l'édition française et une sorte de pendant littéraire de Patrick Bruel pour la folie et les passions qu'il déchaînait dans son sillage. Alexandre Jardin au Salon du Livre, c'était comme East 17 chez Jacques Martin ou Barack Obama en train de s'acheter un big mac au fast-food du coin : de la folie, des hélicoptères qui tournent dans le ciel et des groupies qui se crêpent le chignon pour approcher l'artiste. Alexandre Jardin, c'était la locomotive commerciale de Gallimard avant l'arrivée d'Harry "La Poule aux oeufs d'or" Potter, l'ami des mères de tous vos copains quand vous aviez 20 ans, le sex-symbole BCBG romantique, le Byron des adhérents de la CAMIF, le Beigbeder antitrash du début des années 90, le Michel Drucker des clubs de lecture et une sorte de prototype anachronique (et talentueux) de ce que sont devenus les Marc Lévy, Gavalda Musso d'aujourd'hui. Etrangement, et comme André Agassi, Alexandre Jardin passe mal l'an 2000 et comment à épuiser la veine qu'y l'a fait vivre jusqu'ici : celle de l'amour-passion, de la séduction à outrance et du temps différé de la jouissance. Alexandre Jardin oeuvre pour la promotion des lettres et de la lecture (il fait des choses qui paraissent formidables en direction des écoles et des quartiers difficiles) et dynamite son oeuvre par des ouvrages plus personnels et autobiographiques : Le Roman des Jardin fait sensation en 2005 et sème une partie du public jardinesque en route. Comme Agassi, Jardin déclare qu'il n'a jamais aimé écrire ce qu'il écrivait (Agassi détestait le tennis, le saviez-vous). Il n'avoue pas s'être drogué mais se tape, à ce qu'on raconte, des prostituées par wagons à bestiaux : une par soir (confession à demie reprise dans le nouvel ouvrage) et deux les jours de fête.Avec Fanfan 2, Jardin tente son Lunar Park (la fausse biographie truquée est à la mode - Will Self s'y met pour son prochain, comme Beigbeder en raté, etc) et va réconcilier sa part obscure (le fou du cul) et sa part claire (la part commerciale, des coeurs romantiques et des bisounours sexuels) en mélangeant éléments de fiction (le film Fanfan, la vie d'Alexandre Jardin l'écrivain) et sa destinée singulière (l'homme Jardin, son rapport au monde de l'écriture). Si le résultat est un tantinet foireux, Quinze après est une vraie question posée au monde : mais qui est vraiment Alexandre Jardin ? Certains s'en foutent. On peut penser que la réponse à cette question (si quelqu'un la trouve) est fondamentale pour la bonne compréhension des équilibres qui soutiennent le marché du livre français, voire international. Pourquoi aime-t-on Alexandre Jardin en 1988 et plus aujourd'hui ? Pourquoi est-il important puis dépassé ? Pourquoi est-il un meilleur écrivain que Marc Lévy ? Sa dégringolade a-t-elle à voir avec son manque de sincérité ou avec la dévaluation de ses valeurs fleurs bleues ? Pourquoi Jardin est-il le seul type qui continue à s'habiller avec des pulls comme en 1988 ? Par où qu'on le prenne, le mystère Alexandre Jardin reste épais. C'est ce qui est bien. La misère des dédicaces est-elle inévitable ?Posté par Myosotis le 12.10.09 à 14:15 | tags : elucubration
Depuis quelques semaines, la saison des salons du livre a repris un peu partout en France. La grande caravane de la rentrée littéraire pose son chapiteau géant de centre-ville en centre-ville, au pied d'une muraille romaine, à quelques pas de la mer, derrière un monument sacré, bien installée souvent, moins bien parfois, et vendue par une publicité tonitruante et soignée qui tente de placer le grand raoût du livre entre un concert de Renan Luce, un spectacle d'otaries vivantes ou une foire au mariage.
Sous la tente, des centaines d'auteurs se pressent, acheminés par des trains spéciaux, et font face au protocole qui sous-tend l'édifice : la dédicace, où comment un homme, un bras, quelques doigts armés d'un stylo, vont griffonner une signature, un mot rapide (après quelques autres échangés au portillon entre un sourire et une grimace gênée) à l'attention d'un autre homme, femme, enfant désignés sous le nom de lecteurs. Il y a toujours pas mal de maladresse dans l'échange qui mène à la dédicace : la peur de l'écrivain qui voit le lecteur tourner autour de lui comme d'une boîte de petits pois, la peur du badaud qui touche l'espace de trente secondes à la mystique de la grande littérature (même quand c'est Jean Amadou ou Marc Lévy) et puis la peur aussi (si rare) de vivre un instant privilégié. Il y a dans le rituel de la dédicace une sorte de scénographie involontaire (des étals, rien que des étals, des linges blancs sur les tables et des hauts portraits des auteurs affichés derrière eux) qui voudrait faire de ces épisodes de grands moments quand ils sont à peu près tout le contraire. Mais à quoi bon ? Les dédicaces ont-elles plus de valeur que si Jacques Vabre venait signer ses paquets de café, que lorsqu'une nana revêt le costume (très chouette) du lapin Duracell pour l'après-midi dans un supermarché pour écouler ses piles, que lorsque Madeleine vous fait goûter un toast tartiné avec le nouveau Saint-Morêt. Pas sûr ou alors sûrement.
La dédicace relève d'un acte d'adoration envers tous les moments que le Dieu Lecture nous a accordé. La dédicace est comme une masturbation qui fonctionnerait avec n'importe quel auteur où le lecteur se remercie lui-même d'avoir adoré lire, d'avoir adoré voyager, s'évader, oublier qu'il était lui. La dédicace est un rêve et un regret, un espoir et un abandon. Elle signifie au lecteur qu'il n'est pas l'écrivain et à l'écrivain qu'il n'est pas grand chose d'autre que ce qu'il voit devant lui. En cela, elle se pose en grand messe du spectacle littéraire, en grand barnum commercial mais aussi en un instant d'une intimité choisie, un moment de confidentialité où le lecteur et l'écrivain (Nick Cave, Palahniuk, Jean Amadou, n'importe quoi) interagissent malgré eux pour faire exister leur média et être ramenés violemment à eux-mêmes. L'espace d'une seconde, la tente disparaît et les deux fusionnent ainsi et devant tout le monde, en un sourire entendu : nous sommes le livre, nous sommes ton livre et nous le valons bien. On peut se moquer des dédicaces et de leur apparente futilité. On peut se moquer des familles Duraton qui hantent les salons et honorent de fausses idoles en achetant leurs 3 kilos de culture annuels. On peut se moquer bien sûr.... mais ce n'est pas juste ça.
Salon du Livre 2008 - Marc Lévy et Jean Amadou
Nick Cave - HMV London - Octobre 2009 Palahniuk signe un membre en plastique
Les dix meilleures façons de doper les ventes d'un livre Ce n'est un secret pour personne. Mais un coup d'œil sur les meilleures ventes du mois permet d'en avoir la confirmation : ce sont presque toujours les mêmes recettes qui rapportent. Un président, une princesse, un coup de pub inespéré ou une nouvelle tendance : que faut-il faire pour espérer côtoyer les Twilight et les Millenium au box-office des livres ? Voici 10 trucs qui vous permettront, entre autres, de doper les ventes de votre futur chef d'œuvre.1. Gagner un prix littéraire. Gagner un prix reste bien sûr l’un des meilleurs moyens pour se retrouver bien placer en librairie, et attirer ainsi l’œil du lecteur à la recherche d’un truc « connu mais intelligent ». Le label Nobel ou Goncourt certifie aux regards les moins affûtés que tel ou tel livre n’est pas une bouse. Peut-être un peu chiant, peut-être trop de bons sentiments, mais pas une bouse. Un exemple : La dernière Nobel en date, Herta Müller, dont Gallimard annonce déjà la parution du prochain roman, La balançoire du souffle, ainsi que la réédition express d’un de ses livres paru en 1988 : L’homme est un grand faisan sur terre.
2. Susciter un scandale politique. Autant une belle chronique dans la rubrique littéraire du Nouvel inquisiteur avant-gardiste ne risque pas de faire exploser les ventes d’un fils spirituel de Musil, autant le titre d’un bouquin cité dans toutes les colonnes politiques – gratuites ou prestigieuses – saura habilement s’infiltrer dans la tête des lecteurs de façon à les conduire tout droit vers la gondole appropriée de la Fnac la plus proche... La mort d'Edgar Poe a-t-elle été une bonne chose pour lui ?
Du coup, mort à 40 ans à Baltimore, Poe avait tout le temps devant lui pour devenir l'une des figures incontournables de la littérature internationale. Son oeuvre devait croître, prospérer avec les ans pour devenir l'une des plus influentes des XIXème et XXème siècles, servant de réservoir pour la littérature (gothique), le cinéma et tous les arts passés, présents et à venir. Certains ont débattu pour savoir si Poe était méchant, s'il était vraiment mort ou juste passé de l'autre côté, s'il était ambitieux, s'il était arriviste (il essaya de trouver un temps une planque dans l'administration). Pour la petite histoire, Poe aurait pu tout simplement être mort connement. Une légende veut (et elle est étayée par plusieurs ouvrages) qu'il ait été ramassé à demi ivre par des militants politiques chargés de soutenir des candidats à l'élection du shérif de la ville. Les militants avaient coutume à l'époque de faire ingurgiter à des inconnus des cocktails de bibine et de narcotiques, puis de les emmener en téléguidage remplir leur rôle citoyen au bureau de vote. Poe aurait pu les rencontrer par hasard, se laisser entraîner et n'aurait pas résisté à l'absorption du breuvage. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. La mort. Pour la bonne bouche et pour fêter l'événement, on relira agréablement et en vo (je ne me risquerai pas à une traduction maison après Baudelaire et quelques autres) l'un de ses poèmes les plus "optimistes" (je plaisante), le joli The Happiest Day. Le poème est sublime et se lit comme souvent chez Poe comme un formidable texte de pop music. J'avais une prof de lettres qui disait aux cancres en s'énervant : "Putain, mais lisez au moins Poe." Comment est-ce qu'on peut ne pas aimer Poe ? I. The happiest day-the happiest hour My seared and blighted heart hath known, The highest hope of pride and power, II. Of power! said I? Yes! such I ween III. And pride, what have I now with thee? IV. The happiest day--the happiest hour V. But were that hope of pride and power VI. For on its wing was dark alloy
Le poème est tiré du joli réservoir de littérature en ligne, l'endroit où l'on trouve tout ce qu'on veut lire et ne pas lire. Pourquoi je n'arrive pas à écrire dans mes beaux carnets Paperblanks : Atelier de trivialités (11)Posté par Myosotis le 02.10.09 à 18:05 | tags : elucubration
Si l'écrivain de base (il faudrait peut-être faire l'étude sur l'écrivain de droite ou les versaillais) n'utilise pas de carnets type Paperblanks (très très beaux, il faut le rappeler même si on n'écrit pas un publireportage et que tout le monde a envie de posséder) pour travailler c'est tout simplement parce qu'utiliser un carnet aussi classieux pour jeter des idées éparses sur le papier culpabilise énormément. Si les carnets sont trop beaux, on se dit que ce qu'on doit noter dedans doit avoir une certaine tenue, ce qui n'est pas toujours le cas d'une idée qui nous traverse l'esprit et qu'on ne veut pas perdre. Pour donner un exemple particulièrement accablant pour moi, j'ai noté récemment une idée de personnage (un méchant) qu'il me paraissait bien de garder pour plus tard. J'ai donc utilisé une feuille volante de format A4 pliée en deux et rangée dans une pochette cheap pour écrire ceci : "le méchant = il a mal au dos et doit sans cesse faire l'amour pour se soulager. Cette maladie le conduit à des comportements colériques, à des sautes d'humeur et à des phases de déchaînements quasi éjaculatoires. Il a un métier à responsabilité et doit sans cesse s'organiser pour contrôler sa maladie. ex: JFK en pire." Pas brillant ? Je ne sais pas si je serais amené à utiliser ce personnage un jour (possible que oui) mais il aurait sans doute été dommage de griller un Paperblanks pour ça. Idem lorsque j'ai travaillé sur mon dernier roman en date, j'ai quelque peu salopé mon carnet doré (un vert de la collection Splendeur de la soie) pour noter des éléments biographiques sur Alain Delon et m'en suis beaucoup voulu au point d'arracher les pages après-coup pour ne pas souiller le carnet. Plat préféré : andouillette Frites. Date de naissance. Nom des parents. Ce genre de choses.
Si l'on ajoute à ça, au moment de l'écriture elle-même, la loi qui veut qu'un carnet élégant renforce la solennité de l'acte d'écriture et multiplie la peur de la page blanche (ce mouvement de recul qui prend avant le premier mot ou la première phrase), on sait enfin pourquoi les beaux carnets ont vocation à ne servir à rien qu'à faire beau, on sait pourquoi les chefs d'oeuvre ont été écrits sur des carnets à spirales, des tickets de métro ou des rouleaux de printemps (Les 120 journées de Sodome par exemple). Est-ce pour autant qu'on ne doit pas se payer un beau carnet ? Pas sûr. Giscard d'Estaing et la série des Présidents : une saga à succès ?
La série baptisée modestement La Comédie des Sentiments (et qui ne raconte pas DU TOUT l'histoire de VGE entre 1974 et 1981, mais pas du tout), devrait comprendre 8 tomes rédigés ou "coordonnés" par l'Académicien. On ne sait donc pas si VGE écrira tous les livres lui-même (on confirme que pour celui-ci c'est le cas pour en avoir lu 12 pages en librairie) mais on connaît déjà les titres des 8 romans :
1. La danseuse et le Président : l'histoire d'une danseuse russe et du Président 2. La joueuse de tennis et le Président : l'histoire d'une numéro 1 de tennis slovaque lesbienne et du Président 3. Le Président au pensionnat : l'histoire d'un pensionnat de jeunes filles de la Légion d'honneur et du Président (étrange...) 4. Le demi de mêlée et le Président : l'histoire d'amour entre un demi de mêlée du Racing Paris et le Président 5. La chlamydiose et le Président : l'histoire de la maladie vénérienne du Président 6. Le Grand danois et le Président : l'histoire érotique du Président et de son chien géant Roger. Il se raconte qu'une série TV pourrait même en découler sur France 2 (et avec l'assentiment de la Présidence actuelle) avec Nicolas Duvauchelle ou Lorant Deutsch dans le rôle du Président.
Voir aussi: - Après Lady Di et VGE, le diaporama des couples les plus improbables
De Closets ou le sans-faute opportuniste d'une vieille France moderne
Lire la chronique de Zéro faute
Mes 5 trucs pour survivre à la rentrée littéraire Encore un billet par un chroniqueur sur la vie des chroniqueurs, c'est moche et autocentré en plus : tout ce qu'on déteste lire et voilà qu'on se met à en écrire soi même, ce qui..., tout de même, évite de lire ceux des autres qui en font peu finalement, et c'est tant mieux, non ? Lorsque je me promène dans la rue au Mans et qu'on me reconnaît, de nombreux admirateurs internautes me disent : "Hé Myosotis, ça doit être horrible la période de la rentrée littéraire pour toi. Comment tu fais pour lire autant de livres ? - Oh, je réponds, c'est toujours un plaisir de lire des livres et puis on est là pour ça, aider au choix, faire plaisir en en prenant un maximum".Lorsque je réponds ce genre de choses et échange quelques mots avec la personne tandis que je signe un autographe ou échange un numéro de téléphone, je mens. Je ne prends pas des trains à travers la plaine mais je mens comme un arracheur de dents. Tous les chroniqueurs/lecteurs vous le diront : la rentrée littéraire est un moment particulièrement difficile à vivre parce qu'on se sent débordé de toutes parts, parce qu'on sent que les bons livres nous échappent et qu'on a tiré dans la grande loterie des avant-programmes que des nanars, des bûches de Noël, des livres dont on ne voudrait même pas lire le quatrième de couverture et qui nous attendent parfois 2 à 3 semaines avant leur sortie en librairie, nous font les yeux doux et hurlent :"Lis-nous, lis-nous, dévore nous et dis du bien de nous, sinon on est morts". Les livres qu'on reçoit GRATUITEMENT par camions entiers sont alors étalés sur un tapis, au pied du lit et jouent du coude pour gagner le haut de la pile. "Moi, moi, monsieur." Ils jouent au fayot mais ne se font aucune illusion. On lira en priorité les grands noms, ceux que tout le monde va faire parce qu'ils ont (peut-être) une chance supérieure d'être... bien ou foireux... ou alors juste une chance supérieure d'être lus par d'autres que nous et donc commentés et cherchés sur le net. Pour la rentrée littéraire, les premiers SERONT les premiers. Les autres ne seront même pas derniers. Ils ne seront même pas classés. On les refourguera dans une bouquinerie fin novembre sans même une trace de doigts sur le fronton pour leur dire adieu.
La rentrée littéraire est un désastre pour les écrivains et pour les livres. Pour les chroniqueurs, elle leur fait toucher du doigt la vanité de leur métier. Comment découvrir quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Comment intéresser un "public" au livre de quelqu'un que personne ne connaît ? Pourquoi dire du bien d'un truc que personne n'a AUCUNE intention de lire ou d'acheter ? Comment faire son malin en lisant tout ce que monde lit et commente à longueur de journal, magazine, site ? Ok, il y a plus malheureux. Ok, il y a plus pénible. Ok, la souffrance du chroniqueur à la solde de Lagardère, ça ne va arracher une larme à un écrivain tricard mais ce n'est pas si simple. Pour résister, nous avons chacun nos trucs. Voici les miens :
1. Caser entre deux livres de la rentrée un livre qui n'en fait pas partie : cette année, je me suis refait des H-G Wells pour patienter entre les nanars et les chefs d'oeuvre 2009. L'Amour et M. Lewisham. Au temps de la comète. Souverains. Des Updike aussi. Le Brian Evenson que j'avais raté. Un livre sur la chimie du quotidien très intéressant. J'ai essayé de lire tout ce qui ne portait pas le millésime "NOUVEAUTES" pour me changer les idées. Hesse. Wells. Beigbeder. Wells. Vollmann. Wells. Fauquemberg. Updike.
2. Alterner les essais, les romans et les bande-dessinées : c'est une technique que tout le monde connaît. Enchaîner dix romans de suite peut être usant et un peu rébarbatif. C'est dans le Beigbeder que le père du narrateur est un africain ou dans le Marie Ndiaye ? C'est Marc Lévy qui s'est fait greffer un bras de poulet dans le bas-ventre ? Alterner, c'est une précaution utile pour ne pas mélanger, surtout si comme moi, on lit 3 livres enchaînés avant de passer à leur chronique. Un livre, une chronique, ça sent trop l'usine.
3. Ne jamais lire les critiques des collègues sur le site pour ne pas les jalouser : Comme chaque année, je me suis fait blouser. Pas tiré toujours les bons numéros dans notre avant-programme, le grand moment où on se répartit les nouveautés. J'aurais bien lu le Foenkinos mais personne ne me l'a envoyé. Dave Eggers, David Foster Wallace, tous ces mecs : jamais eu l'idée de les lire et voilà que je me fais les plus gros et les plus chiantissimes du marché. Damned ! L'année prochaine, je me fais Amélie Nothomb sur un plateau et Houellebecq les doigts dans le nez.
4. Lire le livre de Beigbeder en premier pour mieux apprécier les autres : Ca oui, je n'y avais pas pensé les années précédentes mais la lecture d'Un Roman Français m'aura mis du baume au coeur. Rien lu de moins bien après ça. J'exagère mais ça peut être une idée pour la suite. Si vous avez beaucoup de livres à lire et que vous DEVEZ tous les lire, essayez de garder les meilleurs pour la fin. Bon, on m'a refilé Les Veilleurs de Vincent Message en deuxième semaine et je n'avais pas prévu ça. Coup dur. Et 650 pages de pseudo Matrix, The Cell freudien à rajouter. Je bois le bouillon.
5. Ne jamais cesser de se prendre au sérieux : s'il y a une erreur que ne doit pas commettre le critique, c'est celle-ci : prendre son boulot à la légère ou se décontracter. La règle n°1 d'une critique réussie, c'est de considérer qu'elle est la seule critique qui sera jamais écrite sur le livre. Ne pas regarder sur google ce qu'ont écrit des dizaines de types avant vous. Ne pas leur piquer de jugements tout fait. Ecrire comme si vous étiez le Passeur ultime, quitte à avoir le melon et à en rajouter des tonnes. Sans ça, vous êtes un baltringue, un charlatan. Et hop ! Les livres de la rentrée sont (aussi) des accessoires de mode
Le look prof d'histoire. La rentrée fatigue aussi les profs, peut-être même plus que les élèves. Pour se remettre dans le bain du programme scolaire, le prof d'histoire choisira les revenus d'Algérie par Laurent Mauvignier (Des Hommes), dont il a lu la chronique dans Libé, ou l'itinéraire solitaire du résistant polonais Jan Karski, retracé par Yannick Haenel.
Le philosophe engagé. Même quand la rame de métro est au bord de l'implosion, l'engagé ne lâche pas son bouquin, car l'engagé estime qu'à l'heure de Facebook et de la mondialisation, le livre est notre dernier refuge, notre dernier sursaut d'humanité. Il appréciera l'essai fleuve de William Vollmann, Le Livre des violences. Son équivalent féminin préférera peut-être La Faculté des rêves, bio fantasmée de Valerie Solanas, auteure du SCUM manifesto, par Sara Stridsberg.
La féministe. Elle s'identifiera facilement aux femmes de Marie NDiaye. La semaine suivante, au club de lecture, elle échangera Trois Femmes Puissantes contre Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé.
L'étudiant à Sciences Po. Pour être étiqueté tout de suite "mec / fille qui connaît l'Amérique d'aujourd'hui", rien de tel que du Joseph O Neill (Netherland), ou Les Enfants de Las Vegas, de Charles Bock. Pour compléter la panoplie, prévoir le badge Obama, abîmé, épinglé sur le sac bandoulière, décoloré.
La lycéenne amoureuse. Les baisers sur le sable et les cœurs brisés en septembre ne sont pas une invention de la mauvaise teen literature. A l'automne, le métro recueille de sincères âmes déchirées. Pour les consoler, le décadent Mes illusions donnent sur la cour de Sacha Sperling fera l'affaire. Si la lycéenne amoureuse a laissé sa moitié sur une plage espagnole, Le Jeu de l'Ange, de Carlos Ruiz Zafon, lui portera le coup fatal. Comme marque-page, elle n'oubliera pas la photo prise le dernier soir, au bout de la jetée.
L'érudit : Il achètera Vengeance du traducteur, de Brice Matthieussent, parce qu'il se souvient que Brice Matthieussent a traduit des grands noms de la littérature anglo-saxonne, ce qui est déjà un signe de haute voltige intellectuelle. Puis, il choisira le roman russe de Thierry Hesse, Démon. Parce que l'érudit n'a pas peur des pavés, et l'érudit s'en fout de ce que pense de lui son voisin d'en face. Le Reader's Digest va-t-il disparaître ?Posté par Myosotis le 28.08.09 à 16:10 | tags : elucubration
![]() Les annonces inquiétantes se multiplient depuis quelques mois (années) autour de la santé financière vacillante du Reader's Digest. Ceux qui ont un âge certain (une trentaine d'années, voire un peu plus) se souviennent sûrement d'avoir croisé un jour ou à la lueur d'un abonnement souscrit par leurs parents, ces revues assez singulières éditées par le Digest et qui mélangeaient articles de société, analyses politiques et sociales, témoignages surréalistes et aussi, parfois, nouvelles littéraires. Longtemps magazine familial n°1 aux Etats-Unis, associé à l'essor de la consommation de masse, le Digest a été créé en 1922 à Pleasantville, par un ancien Poilu et estropié de guerre. Son format assez particulier (petit, compact, ramassé et assez épais) le distinguait nettement des autres magazines et lui donnait une aura tout à fait inexplicable. Le Reader's Digest pour les français, c'était à la fois un concentré d'Amérique et une fenêtre ouverte sur le monde : articles sur les OVNIS, le désert de Mojave, des témoignages à l'Amérique sur des survivants, des rescapés de catastrophe qui faisaient fortune, des unijambistes qui gravissaient l'Everest, des soldats héroïques qui se sortaient de plans improbables, des types avec des cancers qui tombaient les femmes, des pilules miracles, des aspirateurs qui tondaient la pelouse, mais aussi des vampires, des loups-garous, des ours canadiens, la guerre du Vietnam, des maladies nouvelles, l'éducation. Tout et n'importe quoi. Le Reader's Digest, c'était aussi des collections de short stories où l'on pouvait lire du Mark Twain, du Kurt Vonnegut Jr, du Jack London, sans vraiment savoir qu'ils avaient écrit autre chose. Pour les snobs et dans l'imagerie "populaire" des élites, le Reader's Digest a été assez vite assimilé à une revue pour les pauvres, l'ancêtre cheap des news magazine pour les ploucs, un moyen bon marché de faire passer tout et n'importe quoi dans le même emballage. Un peu de pub, un peu de philosocio, un peu de littérature pour les ouvriers en retraite, les ménagères de 60 ans et les bas du front. Le Reader's Digest et France Loisirs dans le même bain de mépris et de dérision. Sans doute est-ce que la petite dérive people/célébrités des dernières décennies aura aidé à déconsidérer la collection. Toujours est-il qu'il y avait du charme et la poésie dans ce pêle-mêle accessible à tous, l'idée qu'une culture se bâtissait aussi sur le rassemblement d'idées hétéroclites, qu'un intellect pouvait se nourrir de tout pour vivre, que n'importe qui pouvait lire n'importe quoi (ce qui a bien disparu aujourd'hui - il y a les livres pour les élites et les livres pour les ploucs), des articles vulgarisés sur les neurosciences et se passionner pour un peintre dont il ne verrait jamais les toiles, un scène agraire du Michigan et l'ascension de l'Everest. Le Reader's Digest est un témoignage du temps où chacun ne rêvait pas d'avoir sa case individuelle pour ranger son individualité (faire un barbecue et exprimer sa personnalité), où le marché n'était pas encore fragmenté à l'extrême, où les consommateurs n'étaient pas encore ciblés au microscope marketing. Ou alors un temps où, d'une façon ou d'une autre, il n'y avait qu'une seule case, grande hospitalière et pleine de rêves américains au progrès et aux dents blanches. Selon toute probabilité, le Reader's Digest ne disparaîtra pas. Un énième plan de renflouement est en cours de préparation. Tant mieux et tant pis. http://www.rd.com/
La Ferme: les vacances chez maman avec John Updike
Du coup, je n'ai relu d'Updike que le minimum et surtout pas ce que j'avais prévu de lire, à savoir la série des Rabbit, sa séquence principale, la plus connue, la plus amusante peut-être et la plus emblématique sûrement de ce qu'il essayait de faire. En guise de cache-misère, je m'en suis tenu à lire 2 ouvrages que je n'avais jamais lus avant qui sont Ce que pensait Roger (roman de 1986) et La Ferme (qui date de 1965). Du premier, je ne dirai pas grand-chose parce qu'il est tout simplement à lire. Le titre original est Roger's Version, ce qui n'a rien à voir avec la traduction et trompe considérablement le lecteur. Ce que pensait Roger met en place un dialogue incroyable et passionnant entre un scientifique et un théologien. C'est à la fois très difficile à lire (beaucoup de conversations scientifiques de "haute" volée) et très drôle et accessible (le thème principal ou second reste l'adultère, l'amour,...). Le roman a d'ailleurs été interprété (je ne me souviens plus pourquoi) comme une variation sur la Lettre Ecarlate de Hawthorne. En ce qui concerne La Ferme donc, c'est un tout autre univers mais le même romancier. Updike a 3 spécialités : le couple, l'homme dans le couple, le monde en dehors du couple ou en dehors de l'homme dans le couple. Cette description est complètement réductrice de son travail mais vaut assez pour La Ferme, qui raconte la villégiature d'un homme avec sa nouvelle épouse chez sa mère âgée. Celle-ci vit depuis des années dans une ferme qu'elle a de plus en plus de mal à faire tourner. Le roman parle donc de la ferme, des rapports entre un homme "normal", sa mère, des rapports entre son fils et sa belle-mère, entre sa nouvelle femme et son ancienne, sa nouvelle femme et sa vieille mère. Il est toujours impossible de dire ce qui est bien dans un roman d'Updike (en cela, je suis aussi nul que Nicholson Baker) car il n'y a guère que les situations et le style qui comptent. Les situations sont normales ici : des scènes de travail au champ, des faux départs, des brouilles, des secrets de famille, des non-dits. Le style est updikien, parfait dans sa manière de manier les adjectifs, économique, limpide mais en même temps grammaticalement sophistiqué et précieux. D'une certaine façon, le lecteur a toujours l'impression (j'imagine que le rendu est identique lorsque Updike écrivait une liste de course), lorsqu'il lit Updike, que tout est pensé et que les mots sont tous si intelligemment agencés qu'il n'est pas permis de les contester. Son sens de l'équilibre donne au tout une légèreté extraordinaire, une impression de naturel qui est à l'opposé de ce que réussit un type comme Zola dans une forme contraire de réalisme. La Ferme est donc un roman vraiment phénoménal car tout à fait anecdotique et dispensable. Ce n'est pas le plus impressionnant de l'oeuvre d'Updike, pas le plus drôle, pas le plus virtuose mais c'est l'un des plus attachants et des plus justes, un témoignage à "hauteur d'homme" de ce qui fait qu'un écrivain génial est un écrivain génial, c'est-à-dire la capacité à assurer l'essentiel non pas sur la longueur d'un roman (ce serait trop facile), d'une oeuvre (c'est impossible), mais bien sur chaque mot qu'il écrit. Oups, encore un bon sujet pour les futurs bacheliers et une réponse qui fait phosphorer...
Lire aussi: N.S.O. : Le space-opera d'un genre nouveau
Rappelons que le Space-Opera est un pilier de la culture SF dont les historiens situent l'apparition en 1915 avec "La curée des astres" de E.E. "Doc" Smith. Genre guerrier et conquérant par excellence, le space-opera fut longtemps l'illustration de la volonté de puissance de l'occident envers les peuples considérés comme moins favorisés (et pour le coup ici, il s'agit souvent d'extra-terrestres évidemment). Au delà de cette aspect politique un rien rebutant, c'est aussi – et ce, dés le début - un genre divertissant par excellence. Grandes aventures, conquêtes spatiales et immenses vaisseaux intergalactiques, sans oublier une multitude de planètes exotiques et leurs habitants plus ou moins belliqueux, font parti des ingrédients obligés du genre. C'est Paul McAuley qui, avec son humour inimitable, détient la meilleur définition en décrivant les space-operas classique comme "des intrigues d'un romantisme extravaguant, avec des empires englobant de nombreuses étoiles et des vaisseaux défiants des années lumières, dont la construction à un seul exemplaire épuiserait les réserves en métal de tout un système solaire..."
Aujourd'hui, après une longue mise en sommeil, le space-opera est de retour et comporte évidemment toujours tous les ingrédients d'un bon divertissement, mais il est aussi plus réaliste. Après la vague cyberpunk des années 80 et l'explosion technologique des années 90, le genre se voit obligé de faire face aux aléas de notre époque, comme le reste de la science-fiction, avec une bonne dose de nihilisme et de pessimisme politique et social. C'est ainsi que le N.S.O., apparaît dans le courant des années 90 avec des auteurs tels que M. John Harrison, Iain M. Banks, Gregory Benford, Dan Simmons, Lois McMaster Bujold, et bien d'autres.
Tous ces auteurs sont présents dans la somme que présente les éditions Bragelonne pour la première fois en traduction française. N.S.O, le nouveau space-opera apparaît comme le manifeste d'un mouvement incontournable et évolutif de la science-fiction. Gardner Dozois, à qui l'on doit la popularisation du terme "cyberpunk", y déploie sous nos yeux tous les trésors du New Space Opera contemporain en 18 nouvelles. Des univers multiples, partagés entre Hard Science et réalisme politique/scientifique, sans oublier des créatures étranges, des rencontres impossibles, des voyages à plusieurs années lumières, voir des périples dans le temps (le temps et l'espace bien sûr, mais aussi souvent, "le temps est l'espace"), des guerres sans fin, des mondes à la biosphère exubérante, le tout imaginé par les ténors de cet informel "mouvement", de Greg Egan à Robert Silverberg.
Pourquoi publier son livre sur Twitter n'a rien d'innovateur![]()
En juillet dernier, Matt Stewart, auteur de "The French Revolution", déclare : "Autant que je sache, je suis la première personne à publier tout un roman sur Twitter". Twitteroman éditeur, « Cyber-éditeur de littérature publiée sur twitter », s'insurge aussitôt, estimant être sur le coup depuis bien plus longtemps. On ne compte pas, en outre, le nombre de personnes qui nourrissent, seuls dans leur coin et sans oser l'avouer à personne, le projet de twittécriture qui les rendra enfin célèbres. Trouver de nouvelles façons de faire entrer en résonance de nouveaux outils et la création littéraire ? Oui. Mais la seule forme fragmentée du tweet est bien loin de suffire, elle, à faire de best-seller les quelques auteurs dont on a pu entendre parler - ou pas. Parce que de toute façon, avant Twitter, il y avait déjà le cadavre exquis.
Sinon, pour un usage plus classique et sans velléités littéraires, vous pouvez suivre le Twitter de Flu Cinq livres qui vous feront détester la plageMarre des tops, des diaporamas, des sujets été à la noix qui vous passent l'envie de lire des romans vraiment déprimants, pluvieux et sans SEXE du tout.... Plus que quelques semaines à tenir avant que ne débarquent les remorques de romans, essais, romans, romans, romans de la rentrée littéraire. Juste un petit classement pour la route, un dernier petit classement ensoleillé, une petite liste anodine, sympa, qui donne la pêche et le teint halé. Lire à la plage. Ne pas lire à la plage. Lire des livres qui sentent la plage ou qui parlent de la montagne. Des livres trash, drôles, tristes, des polars. On les a tous fait, les tops, les classements ? Il n'en reste aucun. - Mais comment faire l'année prochaine. Misère du journalisme. Les livres qui vous aideront à haïr la plage ? - On l'a pas celui-là. C'est parti alors.
5. Corps de femmes, regards d'hommes de Jean-Claude Kaufmann : Ahhh Kaufmann, ses délires sur les tâches ménagères et son best seller en poche culte "Corps de femmes, regards d'hommes" ou la sociologie des seins nus. Huit ans après, on a jamais trouvé mieux pour décrire précisément ce qui se passait autour de notre serviette de bains. La couverture du Poche est excitante comme un film porno avec son petit sein doré qui prend la lumière. A suivre dans nos magazines de l'été cette année : pourquoi les jeunes générations ne se mettent plus seins nus ? Souci éthique ? Pudeur ? Peur de perdre les tétons brûlés ? Cancer de la peau. Relisons Kaufmann : le sein nu (et la chatte à l'air non épilée...), c'est la liberté ! Olé.
4. Web de John Wyndham. Dernier roman de Wyndham avant sa mort, Web raconte l'histoire assez moderne d'une colonie d'idéalistes venus s'implanter sur une île du Pacifique rachetée par un milliardaire pour démontrer que, malgré les guerres, le crime, la jalousie, l'homme peut refonder une civilisation sur des valeurs sympas. Wyndham fait son trip hippie pendant quelques dizaines de pages avant que l'île ne révèle sa vraie nature : elle est pleine d'araignées.... Beurk.
3. La Tempête de William Shakespeare. Là encore, la plage n'est pas aussi sympa qu'on croit. Prospéro s'emmerde sur son île et l'île est hostile : des fées, des esprits, un gros monstre gentil en Caliban, des tempêtes mais aussi l'amour. Et l'amour à la plage... évidemment. Mais il faut dire à la décharge de Shakespeare que la pièce a été jouée pour la première fois en 1611, date à laquelle le tourisme balnéaire n'existait pas sous la forme actuelle. La pièce reste une merveilleuse création onirique, un chef d'oeuvre de drame, de fantaisie et de réflexion sur ce qu'est l'art.
2. Robinson Crusoé de Daniel Defoe. D'après un récent sondage, un certain nombre de personnes confondent aujourd'hui en Angleterre Daniel Defoe et Willem Dafoe, l'Antichrist aux fesses fermes de Lars Von Trier et le méchant Bouffon Vert de Spiderman. C'est tout de même un comble mais c'est vrai que Robinson Crusoé a tout juste 290 ans et que les jeunes générations trouvent un peu lointaine cette histoire d'île déserte depuis que Tom Hanks lui a fait un sort moderne au cinéma. Lire Robinson Crusoé, cela reste magique. Mais lire Robinson Crusoé au Cap Ferret ou à Valras, c'est un peu naze.
1. La Plage d' Alex Garland : Quoi qu'on en pense (surtout si on a vu le film), la lecture de La Plage d'Alex Garland reste après des siècles un souvenir de lecture magnifique. Avec Fight Club de Palahniuk en version trash, le livre reste l'épopée néohippie la plus cruelle de ces vingt dernières années. Même s'il faut maintenant dépasser le traumatisme de Leonardo DiCaprio embrassant Virginie Ledoyen sur du New Order de mauvaise facture pour le lire, La Plage est un grand livre, à lire quand on est revenu et qu'on commence à avoir la nostalgie des cocotiers, des seins nus et du surf.
Martine ou Caroline et ses amis à la plage/ Oui-Oui à la plage : Indissociable souvenir des vacances en famille. Martine (la best seller du livre de lecture), Caroline, sa cousine par alliance et puis Oui-Oui. Ils ont bien vécu. Placés en institution aujourd'hui mais cela n'empêche pas leurs aventures d'être rééditées. Tous ces emmerdeurs allaient à la plage dans le temps. Ils jouaient à la balle, sautaient dans les vagues, faisaient des châteaux de sable. Ils avaient un chien et même des amis. Ils portaient souvent des maillots de bains rouges pour être plus visibles et parfois... se perdaient avant d'être retrouvés par leurs parents. Martine à la plage, c'était la revanche de Martine à l'Ecole, Martine fait du vélo ou Martine apprend la potée au chou. Maintenant, Martine est loin, si loin. Nous sommes seuls à la plage et il n'y a guère plus que Marc Levy qui s'en souvient encore. Pourquoi les femmes écrivains ne font-elles pas parler les hommes ?
Cynthia Crosser observe que parmi les auteures contemporaines anglo-saxonnes, peu d'entre elles choisissent pour leur roman un narrateur ou un héros mâle. A l'en croire, même les plumes de Jane Austen et des sœurs Brontë, avec leurs Darcy et leurs Rochester, ne dessinaient pas de « vrais hommes ». (Ce qu'entend la journaliste par « vrais » est une autre question.) Au delà de ses aspects provocs, cet article a le mérite de pointer une réalité à laquelle la littérature française n'échappe pas : pourquoi nos auteures les plus célèbres ont-elles autant de mal, ou de déplaisir, à se glisser dans la peau d'un homme ? A l'inverse, les écrivains masculins n'hésitent pas à plonger dans l'esprit d'une femme : après Zola et Flaubert, il y a eu par exemple Albert Cohen avec Belle du Seigneur, Gilles Leroy avec Alabama Song. Poids de l'héritage littéraire (le féminisme de Simone de Beauvoir est encore frais), sous-représentation des femmes écrivains dans la littérature contemporaine... on peut avancer beaucoup d'explications, mais pas celle d'un manque d'imagination dont souffriraient les femmes de lettres, ni celle d'une répugnance à parler des hommes. Une leçon de littérature à travers la pop musicPosté par Myosotis le 24.07.09 à 14:45 | tags : littérature en vidéo, elucubration, arts et littérature
C'est justement le cas de la littérature... qui, en admettant qu'elle puisse rebuter certains teenagers - ce qui est à démontrer - peut être découverte tout simplement par nombre d'oeuvres musicales et plus particulièrement par les musiques pop, sans qu'on ait besoin de tailler des chansons Education Nationale sur mesure. La chanson est par définition un art littéraire, tout le monde le sait, mais peut-être aussi un art chargé de littérature.
Etrangement et même si Ferré a joué Baudelaire, Rimbaud et quelques autres, si Noir Désir, en son temps glorieux, a cité Maïakowski, si Gainsbourg s'est amusé avec Verlaine, la pop music française (pas la variétoche) a assez peu consacré de titres à des figures littéraires. A côté de ça, et sans qu'on se lance ici dans un grand essai sur le lien entre le rock et la littérature, il n'est pas très difficile lorsqu'on aime les musiques "anglo-saxonnes" d'y trouver un bon résumé, et des dizaines de chansons parlant de héros de littérature ou de figures littéraires telles que Ulysse, Wilde bien sûr (omniprésent), mais aussi Kafka, Bukowski et bien entendu Burroughs. A titre personnel, j'ai eu la chance de venir à Wilde, qui est sans doute l'écrivain anglais le plus référencé dans l'univers pop par les Smiths et les Television Personalities, ici avec leur titre impeccable "Portrait de Dorian Gray". Je n'aurais jamais eu autant d'amour et de respect pour le premier roman posthume de Melville (ou le dernier roman tout court), Billy Budd, si je n'avais jamais écouté l'opéra de Britten. Le compositeur anglais est, du reste, à lui seul un professeur de lettres avec ses versions toutes plus brillantes les unes que les autres du Tour d'écrou d'Henry James, de La Mort à Venise de Thomas Mann, ou du Songe d'une nuit d'été.
Bêtement, et au lieu de dire que l'on va mettre l'Histoire en musique ou qu'on va chanter la littérature pour la bonne cause, on peut se contenter de prêter l'oreille à ce qui existe déjà et laisser, comme dit la publicité, "le charme agir". Pour revenir sur un ancien sujet ("entend-on de la musique lorsqu'on lit, est-ce notre petite musique intérieure ou la musique du livre?"), on voit bien que le débat n'est pas clos puisqu'il arrive parfois qu'une musique extérieure puisse s'ajouter au conte, se substituant, complétant ou s'ajoutant aux autres. Pour ceux qui aiment couper les cheveux en quatre, il y a assez peu d'exemples de chansons, de peintures, de sculptures adaptées en romans...., ce qui encore une fois prouve (par l'absurde et la mauvaise foi?) la supériorité de l'écrit et de la fiction sur les autres arts....
Television Personalities - The Portrait of Dorian Gray Benjamin Britten - Billy Budd Lire aussi : Pour mieux vendre son bouquin à Hollywood : devenir un troll
James Robert Smith, auteur de The Flock, n'avait à priori pas grand chose pour lui dans la grande course à l'option. Son livre parle d'oiseaux préhistoriques supérieurement intelligents qui vivent cachés en Floride depuis des millions d'années, jusqu'au jour où un promoteur décide de construire un parc d'attraction sur leur habitat. On imagine mal un producteur s'emballer à l'idée d'un film dont les personnages principaux seraient des oiseaux, et pourtant Don Murphy d'Angry Films, producteur du récent blockbuster Transformers, a "optionné" The Flock. Tout ça à cause d'une dispute sur internet.
Murphy est en effet connu pour son caractère irrascible : il garde une alerte google active sur son nom et sur celui de ses films et dès qu'on en dit du mal sur le net, il surgit dans les commentaires pour incendier celui qui a osé s'en prendre à une de ses productions. James Robert Smith, en bon troll, avait donné son avis sur l'adaptation cinématographique de From Hell produite par Murphy, dans les commentaires du blog d'Eddie Campbell (dessinateur de la BD From Hell). Après une dispute houleuse dans les commentaires dudit blog, Murphy décide d'enquêter sur son détracteur, découvre qu'il a écrit un livre et décide de l'acheter pour le lire et se moquer de ce qu'il imagine déjà être un très mauvais livre. Sauf qu'il le trouve finalement très bon. Résultat, aujourd'hui le scénariste Travis Milloy planche sur une adaptation pour Angry Films. Et moi je tiens juste à conclure en disant que Transformers est très mauvais et que j'ai un synopsis ultra prometteur dans mes cartons.
Voir aussi : Sept citations pour ne pas craquer dans le métro Après les zombies, Jane Austen chez les monstres marins L'actu des adaptations sur le blog ciné Sept citations pour ne pas craquer dans le métro![]() "L'enfer, c'est les autres", "Un trône n'est qu'un banc recouvert de velours" : les usagers du métro londonien peuvent désormais méditer sur quelques phrases qui leur sont soumises, entassés dans une rame ou sommeillant sur leur siège.
L'idée est née dans l'esprit de l'artiste Jeremy Deller, déprimé par les messages habituels du genre "Attention à la marche en descendant du train". En mars dernier, le personnel du Tube a donc reçu des recueils de citations conçus par l'artiste, dont ils peuvent lire des extraits aux passagers de la Picadilly Line, une des lignes les plus fréquentées du réseau. Histoire de calmer les nerfs, et de briser la monotonie souterraine.
En ces temps de chaleur et de haute fréquentation touristique, et si la RATP suivait le mouvement ? Quelques suggestions : A minuit et demi, l'attente du métro est estimée à 12 minutes sur le panneau lumineux. Oui, mais "Les temps sont courts à celui qui pense, et interminables à celui qui désire." (Alain).
Le métro s'arrête en plein élan, l'arrêt se prolonge, puis les lumières s'éteignent dans la rame. Heureusement, "Il ne faut cesser de s'enfoncer dans sa nuit : c'est alors que brusquement la lumière se fait." (Francis Ponge)
Un accordéoniste entre dans le wagon, entonne La Foule d'Edith Piaf, alors qu'on venait de choisir sa chanson préférée sur son mp3. Ne pas oublier que "Pour celui qui est très seul, le bruit est déjà une consolation." (Nietzsche)
Escaliers, couloirs et affiches publicitaires se succèdent. Finalement, le changement se révèle deux fois plus long l'on qu'on l'avait calculé. Pas grave, puisque "En vérité, je ne voyage pas, moi, pour atteindre un endroit précis, mais pour marcher, par simple plaisir de voyager." (R.L. Stevenson)
A 8h30 du matin un 12 août, la température atteint tranquillement les 32 degrés. La douche matinale semble déjà remonter à la semaine précédente. Mais comme selon Jean Cocteau, "l'œuvre est une sueur", chaque goutte qui coule sous le T-shirt devient précieuse.
Lorsqu'à 10h07 vous appelez votre rendez-vous de 10 heures pour le prévenir que vous aurez du retard, car le métro n'avance plus: la phrase de Pascal, "On ne peut être en retard si on est dans l'infini" lui donnera de quoi patienter encore un bon quart d'heure.
Enfin, lors de la prochaine grève, coincé entre une femme qui râle et renifle, et un homme qui mâche son chewing-gum dans votre oreille, rappelez vous qu' "Il n'y a, au fond, de réel que l'humanité." (Auguste Comte)
D'autres idées ? Qu'aimeriez-vous qu'on vous murmure dans le métro?
Lire aussi : Cinq raisons de lire à la plage Le rapport entre Hölderlin et Michael Jackson est pourtant évident
Quel est le point commun entre Michael Jackson, le 14 juillet et Hölderlin, le plus grand poète allemand de tous les temps (et Goethe c'est du bobtail ?) ? Point commun ? Bof. L'absurdité du temps. Si l'on considère que Hölderlin est un poète révolutionnaire, bouleversé par la révolution française, membre des jeunes Stiflers qui planteront un arbre de la liberté sur les bords de la rivière Neckar et poète de révélation pour Hegel et Schelling, il apparaît difficile de ne pas associer Hölderlin, fut-il allemand, aux pensées qui peuvent nous traverser l'esprit lorsqu'on prépare le 14 juillet ou le 13 et son feu d'artifice. Difficile alors dans la chaleur des célébrations républicaines de ne pas évoquer le décès récent, matraqué chez nous avec la délicatesse d'un Panzer, du biennommé King of Pop. Et alors ?, demande la raison. Hé c'est bien sûr, répond la mémoire loufoque. En faisant le pont avec la Révolution Française, on éclaircit fondamentalement la liaison entre Hölderlin et Michael Jackson. La réponse se trouve alors à portée de recueil, de poésie celui-là (pas de cercueil, attention). Hölderlin a donné aux alentours de 1793 une description incroyablement précise de Michael Jackson et de la magie de son Moonwalk. En changeant quelques mots mal placés voilà ce que ça donne.
"Michael Jackson. C'est lui que j'aimerais Chanter, pareil à Hercule, ou/ A l'île voisine, où, détenu et sauvé, rafraîchi/ Par l'eau de mer froide, hors du désert/ Du flot, du flot immense, Pélée. Mais ça ne va/ Pas. Son destin est tout autre. Bien plus miraculeux./ Plus riche, à danser. Imprévisible Depuis le sien la fable./ Alors Je voudrais chanter le voyage des gens nobles vers Neverland, et la souffrance errante à Staples Center, / Et l'empereur Bambi. / Mais que Mon ardeur même ne m'expose. Comprendre cela Nous le devons avant tout. Comme l'air du matin sont proprement les noms Depuis le King of Pop. / Deviennent rêves. Tombent, comme l'erreur, Sur le cœur et le tuent, si pas un seul/ Ne les pèse à leur poids, ne comprend. Mais l'homme attentif Vit le visage du dieu, / Autrefois, lorsque, au mystère du vin, assis/ Tous ensemble, à l'heure du concert, Michael Jackson, dans sa grande âme, l'ayant choisie, Proféra la mort, et l'amour ultime, car jamais Il n'avait eu assez de mots, Pour dire le bien, en ce temps, et d'affirmer ce qui s'affirme. Mais sa lumière était La mort. Car pauvre est la colère du monde. Mais il le savait. Tout est bien. Après quoi il mourut. Mais ses amis purent voir encore, courbée, malgré tout, devant Dieu/ La forme de celui qui s'absente, comme lorsque/ Un siècle se penche, pensifs, dans la joie de la vérité, une dernière fois. Ils s'attristèrent pourtant, car alors Le soir était venu./ Etre pur en effet Face à un tel visage, est destin, une vie, avec un cœur, Et qui dure au-delà de la moitié. Mais beaucoup de choses sont à éviter./ Trop D'amour, dans l'adoration, Est dangereux, le plus souvent blesse. / Mais ils ne voulaient quitter/ Ni le visage de Michael Jackson ni leur patrie. Cela leur était inné Comme le feu dans le fer, tandis qu'allait A leur côté, comme une peste, l'ombre de l'amour. C'est pourquoi il leur envoya Stevie Wonder, et la demeure en vérité Trembla et les orages de Dieu grondèrent. "
A quoi tient le sacrilège. Deux mots. Et Jésus devient MJ ou vice versa comme à la parade. C'est Hölderlin qui est plus grand que les deux autres, tout simplement.
Cinq raisons DE LIRE à la plage![]() Suite et fin de notre "pour ou contre" régressif et estival. Qu'on s'entende : je n'aime pas la plage, pas l'eau salée, pas le soleil et globalement pas la mer. Mais le débat n'est pas là. Bien sûr il vaudra toujours mieux lire en eau douce qu'en eau salée (le sel attaque les pages, fait des doigts plus petits, et laisse un mauvais goût sur les lèvres), au lac qu'à l'océan (il y a des arbres et pas des parasols) mais il s'avère que beaucoup de français pensent autrement et décident coûte que coûte chaque année de se précipiter vers ces côtes que nous avons si belles paraît-il et de s'y abîmer le cuir. Si les bonnes raisons de ne pas lire à la plage ne vous ont pas convaincu d'arrêter, d'abandonner votre Marc Lévy ou votre Fred Vargas, votre Guillaume Musso ou Irvine Welsh, c'est sûrement pour l'une de ses 5 bonnes raisons de lire à la plage.
1. On peut zieuter les filles/mecs sans passer pour un mateur : le coup du coup d'oeil par dessus le livre est une technique que tout bon lecteur apprend dès l'âge de 6 ou 7 ans. Cette technique atteint son maximum d'efficacité lorsqu'elle est pratiquée à la mer. Là, vous pouvez zieuter à peu près ce que vous voulez et ce que vous aimez : le cul balourd d'une vieille nana, les petits seins qui pointent d'une gamine de 12 ans (sic), les tablettes de chocolat d'un Thierry Henry du Cap d'Agde au short tendu sous le slip, le colloque des jeunes filles en fleur qui débattent de leurs affaires du soir à l'ombre du parasol. Le livre, de bon format, vous autorise toutes les audaces, toutes les indiscrétions. Le tenir bien droit près du corps : zieuter à droite en fin de chaque ligne en passant le nez par la lisière des pages, ou plus classiquement, en l'éloignant de vous, par dessus, à votre convenance. Lire à la plage c'est érotique.
2. On s'emmerde un peu moins qu'en restant sur le sable comme une crêpe. Chose étrange mais remarquable si on n'aime pas tant que ça la mer : lire à la plage permet de s'évader de ses propres vacances.... L'objectif est étrange si l'on considère que les vacances sont elles-mêmes un moyen de s'évader de sa propre vie, s'évader de l'évasion n'en reste pas moins quelque chose de salutaire. Il ne faut pas oublier que le chef en moins, les vacances sont parfois aussi chiantes que l'année régulière. Pour beaucoup, avec la femme et les enfants, elles ressemblent même à des play-offs de fin de saison, le moment où on va devoir se farcir toute la bêtise de ses proches, tout l'ennui et la pesanteur d'une année accumulés. Lire à la plage permet d'une part de résister à la plage elle-même et, d'autre part, de résister à ceux avec qui on s'y trouve.
3. C'est plus facile de lire à la plage qu'à la montagne : la bonne raison ne l'est pas vraiment mais à tout craindre, mieux vaut lire sur le sable, même chaud, sur une serviette, sur un matelas gonflé et bleu de 4 centimètres, qu'à la montagne. Les rochers font mal au dos. Il faut se trimballer le pavé sur les dénivelés insensés que nous suggère d'affronter notre conjoint(e) fan de randonnée. Lorsqu'on lit en montagne, recroquevillé sur un rocher qui tente de s'inventer des aspérités pour nous transpercer l'anus, on se tortille, on plie les jambes et on se rapproche dangereusement de nos propres chaussures de randonnée, ensaucées par les kilomètres, et qui dégage une odeur de fox-terrier mort. Avec les doigts en éventail, tout ceci ne peut arriver. Avez-vous déjà essayé de monter le Rouge et le Noir en haut du Ventoux ? Lire à la plage, c'est naze mais ce n'est pas ce qu'il y a de pire.
4. C'est ça ou le jokari : l'argument se suffit à lui-même. La plage, ça craint et la lecture peut vous sauver la mise, vous donner l'impression que vous n'aurez pas tout perdu en essayant de vous choper un cancer de la peau. Notez d'ailleurs que si vous lisez un livre (et contrairement à toutes les vieilles peaux qui hantent les plages de Nice et de la Côte d'Azur) vous avez de bonnes chances d'éviter l'effet "peau parcheminée" qui va avec l'exposition au soleil. Le livre, c'est mieux qu'une crème indice 7. Donc la lecture, oui, c'est mieux que le jokari, mieux que le volley avec des nanas qui ne veulent pas coucher avec vous et qui ne savent PAS jouer, c'est mieux que la baignade dans une eau gorgée d'huiles et de méduses, mieux que de faire des patés de sable idiots avec votre fils d'un an, mieux que de porter la glacière ou que d'acheter des chouchous, mieux que de mater les culs, mieux que de fumer des cigarettes et les enfouir sous le sable, mieux qu'à peu près tout ce qui peut se pratiquer à la plage.
5. On peut penser à des trucs horribles/érotiques/supernégatifs EN SLIP sans que personne en sache rien : L'un des privilèges premiers et traditionnels de la lecture s'apprécie encore plus quand on est à la plage, c'est-à-dire en slip ou en maillot de bain deux pièces. C'est l'idée de penser du mal/bien des autres dans le plus simple appareil, dans un environnement naturel et ouvert alors qu'ILS ne se doutent de rien. L'opération rejoint parfois notre raison 1 mais peut surtout être stimulée par le livre que vous choisirez. Un petit Bret Easton Ellis, Glamorama au hasard, vous donnera des envies de baiser à tout va, un début d'érection (?) et des envies de meurtre qui vous permettront de vivre secrètement une petite aventure morbide tandis que la plage s'égaye dans votre dos. L'un de nos livres tristes fera de vous un être unique et absolument seul alors qu'il n'y a pas cinq centimètres pour étendre votre serviette. Vous pourrez aimer, tuer, baiser, cracher, péter en secret. La lecture est seule à vous offrir cette occasion d'être reconnu à votre juste valeur, dans votre individualité la plus stricte et la plus infâme. Lire à la plage fait de vous un être irremplaçable, si vous lisez ce qu'il faut bien sûr. Travaux pratiques en ce qui me concerne, du 1er au 15 août près de Loctudy en Bretagne. (Musique des Dents de la mer....) Voir aussi : |
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