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Trop d'infos, une respiration : ici on expérimente la forme et le fond.
Le corps de Pasolini. C'est celui qui le dit qui y est (5)Posté par Myosotis le 03.05.08 à 12:00 | tags : elucubration
S'il n'y avait pas Pasolini, Burroughs et quelques autres (la masse Bukowski?), on pourrait assez facilement tenir la position selon laquelle on se moque bien du corps et de la grâce des écrivains. Seule l'oeuvre compte, non ? Seul vaut ce qui restera après la mort, l'affichage médiatique, les clips, ce qui se lit et fait le charme d'un auteur : ses écrits, romans, pièces de théâtre, poésies, etc. La gueule n'a pas d'importance. On est pas dans la collection Beigbeder après tout, celle où on essayait d'habiller des bimbos précieuses en monuments de la littérature à coups de robes courtes, de minois enjôleurs et de cuisses fermes. Le corps des écrivains ne vaut pas grand chose et ne présente aucun intérêt. On sourit lorsque Houellebecq fume une cigarette sur le petit doigt, lorsqu'Angot fait sa moue. On rigole quand [people_restrictif=marc levy]Marc Lévy va chez le coiffeur et fait un concours de balayage avec [people_restrictif]Jean-Christophe Ruffin, et alors ? Alors rien. Peu importe. Houellebecq compte à sa façon. Son corps paraphrase ce qu'il a écrit et n'apporte rien à l'oeuvre. Il la porte sur lui mais pas aussi bien que si c'était elle qui l'avait inventé. Le corps de Houellebecq préexiste probablement le Houellebecq qui écrit (sauf peut-être la chute des cheveux qui est venue en même temps que l'écrivain) mais ne le commande pas. C'est le plus souvent la règle dans le milieu : le corps n'a pas d'utilité et ne mérite donc pas de passer le siècle. Tout est bien qui finit bien, puisque la nature a fait en sorte chez les génies qu'on abandonne l'un pour laisser parler l'autre. Pas bête. Le problème, c'est qu'il y a Pasolini et qu'on peut difficilement faire l'impasse sur le corps de Pasolini, lorsqu'on le voit ainsi en mini-clip musical. Pasolini l'acteur et Pasolini le corps, vivant comme mort, sont une seule et même chose qui, d'une certaine façon, sont nécessaires au "fonctionnement" de l'oeuvre. Le corps porte la vie de l'écrivain et lui sert comme d'un instrument. Le corps de Pasolini baise des garçons sauvages, joue au football dans la banlieue de Rome, se balade au bord des ruisseaux, des canaux, prend le soleil. Le corps de Pasolini roule en voiture, racole, se bagarre et perd. Il se fait défoncer le crâne et un peu tout par on ne sait pas qui : des loubards, des casseurs de pédé, des voyoux, des espions, des meurtriers. Le corps de Pasolini est comme un Opinel poétique : il ouvre l'oeuvre, la rend possible et la complète avec ses allures de danseur carnavalesque. Il explose près d'Ostie et se répand sur le sable et constitue l'exception qui confirme la règle. Le sable réalise alors le rêve de n'importe quel artiste : faire une mouillette avec le cerveau du plus grand créateur multimédia du XXème siècle. La grâce qui se dégage depuis la naissance médiatique du phénomène Pasolini jusqu'à sa mort est assez inédite pour être signalée. Son corps dépasse l'oeuvre au sens où il donne ce supplément d'âme et de vie qui, parfois, manque à la parole précieuse et dramatique de l'intellectuel. Le corps de Pasolini ajoute à la force des écrits une dimension adolescente, une grâce enfantine et une rigueur qu'il perdait lorsqu'il devenait trop sérieux. Pour ceux que la lecture fatigue et que le cinéma italien rebute, comprendre Pasolini n'est pas plus difficile que ça : regardez son corps, écoutez quelques minutes de sa parole et vous aurez compris de quoi il retourne. "Une panthère surdouée et gay", avait dit une fois un ennemi camarade. Une panthère maquisarde, marxiste, footballeuse, gay et brune. Si vous imaginez ça, vous tenez Pasolini. Le corps de Pasolini, et ce n'est pas un hasard, fonctionne comme le corps du Christ. Il représente. Il porte. Il incarne. Mais surtout il transcende. Comme l'Autre, il se sacrifie pour la Toussaint (1er novembre 1975) et devient le corps le plus important de la littérature moderne, à égalité avec Shakespeare qui n'en avait pas. Guillaume Musso, agent du futur ? C'est celui qui le dit qui y est (4)"Acceptez enfin de vendre le livre comme une savonnette, un parfum ou de la lingerie fine et le marché s'éclairera comme une aube nouvelle." Ces paroles prophétiques prononcées par un éditeur imaginaire dans une nouvelle de Jack London dont j'ai oublié le titre (ça fait sérieux !) étaient prémonitoires des débats qui agitent (assez peu finalement) le monde de l'édition. Le livre est-il un produit comme un autre ? Faut-il le vendre au supermarché ? Bah oui, d'ailleurs on ne s'en prive pas. Peut-on imaginer d'en faire la publicité ou de lui consacrer, comme ici, une sorte de bande-annonce, de lancement ou de teaser ? Cette petite séquence proposée par Guillaume Musso (qui remplacera pour l'occasion Marc Levy, excusé..), est l'une des choses les plus intelligentes qu'il m'ait été donné de voir en provenance d'une maison d'édition française. Il faut bien avouer qu'en la matière, nous accusons encore une fois une bonne quinzaine d'années de retard sur les éditeurs anglo-saxons qui n'ont jamais eu ce questionnement de savoir si oui ou non pour vendre un ouvrage il fallait lui appliquer les techniques de... vente. Cela fait un bail que ce genre de mini-films existent. Il suffit de se promener sur Youtube pour découvrir, un peu partout, des séquences parfois supervisées par l'auteur lui-même qui ne font honte à personne. Tapez Coupland, tapez Gibson, tapez Bret Easton Ellis et vous verrez ce dont il est question. La Vieille France moisie n'a pas adopté le dixième des techniques de stimulation mercatico-intellectuelle : sites dédiés, pseudo univers qui crédibilise le livre, conférence de lancement sur Second Life, confettis-extrait qui sont des découpes du livre disposées dans une assiette et permettent de le... goûter comme on goûterait un saucisson... Heureusement pour nous, à défaut de nous faire basculer dans le futur de la littérature, Guillaume Musso, avec son physique de Sylvain Marconnet endimanché, ses faux airs de VRP de province, est là pour faire avancer l'histoire. Son dernier roman, Je reviens te chercher, porte bien son nom : sa main généreuse nous est tendue depuis une modernité dont nous devons pas avoir peur : site internet de niveau professionnel, lecture (ardue) du prologue de ce chef d'oeuvre en forme de livre virtuel (essayez donc de tourner les pages, p***), clip de lancement... Guillaume Musso est notre phare, notre lanterne. Son éditeur XO a tout compris et sait désormais que le marché du livre est un monde ultraconcurrentiel (je ne vous rappelle pas le nombre de livres qui sortent chaque mois - les petits imbéciles qui se plaignent des embouteillages le mercredi sur les écrans de cinéma n'ont jamais sorti un bouquin en septembre), où il n'y a de salut que dans la mise en place de franchises ou figures immédiatement identifiables par le consommateur (Nothomb, Houellebecq,...) ou par une logique poussée de différenciation produit. Il faut évidemment prendre exemple sur lui et faire tout pareil. L'avenir du roman français et plus généralement de son rayonnement à l'international reposent dans cette capacité à sortir de l'obscurantisme éditorial pour embrasser la modernité. Comme l'écrit Musso dans son dernier et sinistre opus (on peut être un vendeur moderne et vendre de la m***, ne l'oubliez jamais, si d'aventure les éditeurs français se décidaient à jouer le jeu), "Dépêchez-vous de vivre, dépêchez-vous d'aimer. Nous croyons toujours avoir le temps, mais ce n'est pas vrai. Un jour nous prenons conscience que nous avons franchi le point de non-retour, ce moment où l'on ne peut plus revenir en arrière. Ce moment où l'on se rend compte qu'on a laissé passer sa chance.." Ceux qui aiment Musso aiment-ils Marc Lévy, de la même façon ? Peut-on aimer un écrivain pour son physique comme on aimerait M Pokora ? Il faut lire Guillaume Musso parce qu'il fait partie des écrivains qui réussissent à remplir une page avec le plus petit nombre de mots au monde. Ses phrases sont si brèves qu'elles ressemblent à des éternuements, ses dialogues sont si courts qu'ils ressemblent à des tirades absurdes de Beckett. Ses situations sont si simples qu'elles ressemblent aux images mentales qui vous montaient au cerveau, lorsque vous étiez en Terminale, et essayez de vous représenter la différence entre le concept et la chose.... Quel rapport avec ce qu'on vient de dire ? Aucun évidemment et c'est ce qui est bien."C'est la rencontre improbable..." http://www.guillaumemusso.com/ (site qui vaut le détour) Les livres de nos mères Etre mère et rester femme, voilà qui ne relève pas de l'évidence. Devenir femme en restant l'enfant, non plus. De là sans doute naît la complexité de la relation mère-fille, que la psychanalyste Caroline Eliacheff et la sociologue Nathalie Heinich ont voulu exploré dans Mère-fille, une relation à trois. "Depuis Freud, la psychanalyse a évolué", expliquent les auteurs de cet essai. C'est parce qu'on ne peut plus tout expliquer par Œdipe, que la rédaction de cet ouvrage s'est imposé comme nécessaire. Dans le documentaire Mère Fille, pour la vie, réalisé par Paule Zajdermann, les deux spécialistes reviennent sur ce sujet qu'elles ont fini par maîtriser, à force d'entretiens, de témoignages, de lectures, d'observation et d'analyse. Mais cette fois, leur réflexion s'expose à la lumière d'extraits de films et d'œuvres littéraires. La Leçon de piano, Secrets et mensonges, Talons aiguilles, entre autres, constituent de parfaites références cinématographiques en la matière. En littérature, Madame Bovary symbolise par exemple celle qui est plus femme que mère. Le sujet donne surtout l'occasion de faire intervenir des femmes écrivains : Annie Ernaux, Pierrette Fleutiaux, Noëlle Châtelet, Marguerite Duras ou Doris Lessing viennent ainsi témoigner de leur relation avec leur mère, qu'elles ont chacune à leur manière abordée dans leur œuvre. La mère peut être envahissante, agaçante, destructrice, ou même absente. Sans elle, nous sommes moins que rien. Nous ne serions pas.
D'une façon plus générale, et au-delà de la seule relation mère-fille, il est vrai que la littérature regorge de romans consacrés à la figure maternelle, ou qui y font souvent allusion. Est-ce parce que l'écrivain, confronté à l'acte de création, éprouve le besoin de remonter à la sienne propre ? Parler de sa mère dans une œuvre, n'est-ce pas y faire intervenir une force originelle ? Lorsque j'évoque la figure de la mère dans la littérature, quelques ouvrages me reviennent naturellement en tête : Le Livre de ma mère, d'Albert Cohen, La Promesse de l'aube, de Romain Gary, Poil de carotte, de Jules Renard, La recherche de Proust, ou encore Le Château de ma mère de Pagnol. Bien entendu, la liste ne se termine pas. Et il y a autant de listes personnelles qu'il y a d'histoires maternelles. A l'infini. Mère Fille, pour la vie, de Paule Zajdermann, DVD, 1h03, MK2 éditions, 2005. Sexe, censure et tribunaux Il faudrait pouvoir s'insurger à chaque fois que sévit injustement la censure.Nouvel exemple en Indiana, (état du centre des Etats-Unis), où les élus siégeant au Congrès ont décidé de mettre en place un flicage anti-porno. Une loi votée fin mars oblige désormais les commerces susceptibles de vendre des "contenus sexuellement explicites" à se faire enregistrer auprès des autorités de l'Etat, afin de faciliter leur contrôle. Les sex-shops sont les premiers à être touchés par le nouveau dispositif. Le problème, c'est que la loi est énoncée de façon si vague, si vaste, qu'elle peut tout à fait s'appliquer aux libraires, quand bien même ceux-ci ne feraient que diffuser des œuvres littéraires ou des manuels d'éducation sexuelle. Après tout, qu'est-ce qu'un "contenu sexuellement explicite" ? Selon la Constitution de l'Indiana : "Tout ce qui décrit et représente la nudité, un comportement ou une excitation sexuels". Les puritains ont parlé. Le diable habite les pages dangereuses de romans blasphématoires, il faut protéger nos jeunes de la perdition. Les libraires, qui se verront désormais dans l'obligation de payer de nouvelles charges à l'Etat pour assurer leur suivi par les autorités locales, ont de quoi être furieux. D'abord, ils se retrouvent là face à une violation du premier amendement, qui défend la liberté d'expression. Et puis, depuis quand un dealer de livres est-il réputé pour être dangereux ? L'American Booksellers For Free Expression prévoit de porter l'affaire devant les tribunaux. La loi, parfois, c'est quand même bizarre. Au fond, ne suffit-il pas d'avoir un peu d'imagination, doublée d'une once de paranoïa, pour voir le mal partout... En version française : vous ne trouvez pas que dans Martine à la plage, la jupe de la fillette est un peu courte, et fait par conséquent de l'ouvrage un exemple de mauvaise vertu à l'égard des petites filles ? D'autant plus aberrant que si nous devions retirer d'une librairie tous les ouvrages comportant des allusions sexuelles, il ne resterait sans doute pas grand-chose. Pas même la Sainte Bible. (Sur le rapport entre sainteté et sexualité, vous pouvez lire un billet sur le blog sexe) Marc Lévy : c'est celui qui le dit qui y est (3)Posté par Myosotis le 07.04.08 à 10:51 | tags : elucubration
J'ai beau réécouter et reregarder cette vidéo en boucle, je n'arrive toujours pas à en saisir entièrement le sens. On a parfois peur, lorsqu'on attaque la lecture d'un livre de ne pas être à la hauteur de son ambition : trop bête, trop ras des pâquerettes ou trop obnubilé par les basses contingences (l'intrigue, les personnages, les rebondissements) pour comprendre ce qui est à comprendre. On peut ainsi se sentir trop petit pour des monuments de la littérature comme l'oeuvre de Proust (en général), des romans comme Le tunnel de William Gass, ce genre de choses mais aussi, pour cette même raison, passer à côté de miniatures tout aussi intrigantes ou exigeantes. Si l'on considère que l'auteur a raison d'écrire ce qu'il écrit (pourquoi l'écrirait-il sinon?), de dire ce qu'il dit, c'est que le lecteur a toujours tort. Au lieu de critiquer, il doit prendre sa part dans l'échec de sa propre lecture et, s'il n'est pas content, changer tout simplement de livre, d'auteur ou de cerveau. Si l'on retourne à cette déclaration incroyablement intelligente de Marc Levy mais finalement si peu intelligible (pour un con d'auditeur comme nous, ne nous méprenons pas), c'est qu'il ne faut pas confondre lorsqu'il s'agit de lire ou d'écouter : intelligence et lecture. Il y a des auteurs intelligents qui écrivent des livres cons, des livres cons qui ont des auteurs cons et des livres intelligents qui sont écrits par des cons. Sûrement aussi des livres intelligents écrits par des gens intelligents, mais peu importe puisqu'il y a probablement plus de gens intelligents que de livres qui le sont. De la même façon, des lecteurs stupides aiment des livres stupides (c'est le cas le plus simple) mais des lecteurs intelligents peuvent aimer des livres cons (pour des raisons intelligentes ou très connes) comme des lecteurs idiots aimer des livres moins bêtes et choisir de le rester (con) ou non. Lorsqu'un écrivain s'exprime sur un livre en dehors d'une lecture, ce n'est souvent pas, contrairement à ce qu'on croit, le livre qui parle mais son auteur. A ce stade, il doit être clair que les deux n'ont rien à voir et ne peuvent pas vous apprendre grand chose l'un sur l'autre. Les enfants de la liberté ne vous disent pas grand chose sur Marc Lévy et Marc Lévy pas grand chose non plus de ce que vous ressentirez lorsque vous lirez son livre. Du coup (et on revient en arrière), il n'y a pas de salut pour le lecteur qui ne peut pas écouter grand monde pour se faire une opinion et est obligé de se lancer à peu près seul dans un dialogue (de sourd) avec le livre qu'il choisit. La critique qui suit souvent sa propre logique n'est pas toujours de bon conseil, ce qui fait qu'on est bien avancé. Tout ça pour ça, donc ? Bah oui, il faut parfois pas mal de temps pour un aller-retour en évidence, surtout si on ne veut dire du mal de personne. Si tu lis ça, je couche pasLe Libé daté d'hier a soulevé une question amusante, et qui peut aussi, si on est vraiment sensible, s'avérer assez épineuse. Peut-on coucher avec quelqu'un dont les goûts littéraires laissent à désirer ? C'est la Sunday Book Review du New York Times qui a d'abord consacré une page entière au sujet, dans un article titré «It's not you, it's your books», et signé Rachel Donadio. Le truc aurait pu tout aussi bien venir de l'agaçante Carrie Bradshaw de Sex and the City. Un peu de vocabulaire : le literary dealbreaker est donc une "rupture pour cause littéraire". Si ce motif peut paraître complètement futile, il n'est pas si aberrant que ça. Au contraire, il renvoie plus généralement au problème de savoir si deux personnes aux goûts culturels complètement opposés peuvent être amoureusement compatibles. Agnès Jaoui en avait fait le moteur de son film Le Goût des autres, avec Bacri en chef d'entreprise pas très branché culture.L'auteur de l'article de Libé, Edouard Launet, a surtout relevé les réactions des lecteurs du NY Times. D'un côté, il y a ceux qui n'ont pas compris que la question vaut seulement pour un happy few, vivant principalement dans "le sud de Manhattan ou quelques arrondissements centraux de Paris", et qu'elle peut bien évidemment être considérée comme une grosse blague. Ceux-là s'insurgent contre l'intolérance d'un partenaire qui vous préférerait plutôt en passionné(e) de Proust que de Danielle Steel (oui, là on fait dans l'extrême). Ensuite, il y a ceux qui classent assez catégoriquement certains ouvrages comme potentielles causes littéraires de rupture. Trio vainqueur : le Da Vinci Code de Dan Brown, L'alchimiste de Paulo Coelho et Les Cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini. Enfin, une autre école, à laquelle Edouard Launet n'adhère pas du tout, qui voudrait, en gros, que "les filles qui aiment James Joyce ne sont pas nécessairement super au lit". C'est vrai qu'il faut, d'abord, en trouver assez pour pouvoir comparer. Jean-Luc Delarue dirait : "si vous avez déjà rompu avec un partenaire en raison de ses goûts littéraires, ou si vous choisissez vos partenaires en fonction de ses goûts littéraires, venez témoigner."
Lire l'article d'Edouard Launet : "Rupture littéraire, on achève bien d'imprimer" dans Libération Cartographie des goûts littéraires : du nul au sublime
Possible qu'on ait déjà mentionné ce site par le passé, mais sans doute pas pour dire la même chose, alors, comme deux fois valent mieux qu'une seule, on ne saurait trop conseiller d'aller y refaire un tour. L'interface n'est pas des plus élaborées mais le site literature-map permet en tapant le nom d'un auteur de voir instantanément la liste des auteurs proximes ou proches par l'ambiance, le style, les thèmes, l'époque, l'esprit, et qu'il est possible de lire à leur tour.
Les lecteurs, dont je suis, qui travaillent par cercles concentriques autour d'obsessions individuelles (découverte d'un livre sur un thème donné, une accroche = découverte d'un auteur = épuisement de tous les livres de cet auteur puis retour et passage à un autre auteur) apprécieront le procédé qui permet, à peu de frais (bien que d'une façon assez robotique) de sauter d'un auteur à l'autre et donc d'alimenter la machine compulsive. La typologie des parcours de lecture est presque aussi variée que les lecteurs eux-mêmes mais ne doit pas dissimuler que nous avons tous un profil opératoire bien défini qui n'est que rarement le fruit du hasard.
Presque autant que ce qu'on lit, la manière dont on vient aux livres est révélatrice de ce qu'on y cherche. Il y a les lecteurs qui musardent et picorent du livre au hasard des découvertes, ceux qui travaillent sur les quatrièmes de couvertures, selon la couleur de la jaquette, qui aiment telle ou telle maison d'édition, les lecteurs qui suivent les magazines ou qui relèvent d'un groupe ou d'une école de lecture (les blogs de filles, fluctuat, le cercle des vierges disparues, le club des lecteurs nerd, les gothiques...), ceux qui ont une démarche scientifique, une orientation exclusive, une approche par genre, ceux qui ont des tendances pantagruéliques (tout lire, tout connaître) mais aucun qui fait n'importe quoi.
De là à dire qu'on lit comme on vit, et qu'on pourrait tirer quelque chose de votre spectographie de lecteur (quels livres ?, combien ?) et inventer une science concurrente ou complémentaire de la psychanalyse, il n'y a qu'un pas qu'on ne franchira pas aujourd'hui. Les études sociologiques dont on peut lire de temps en temps les conclusions (que lisent les français ?) restent jusqu'ici à la surface des choses et sont commandées pour la plupart à des fins économiques (le rapport livre/journal, le rapport essais/romans/documents). Quelqu'un qui voudrait s'amuser pourrait dresser une étude clinique des liens entre la personnalité et les choix de lecture qui, sans nul doute, nous apprendrait des choses. On pourrait ainsi "profiler" les lecteurs comme on "profile" des serial killers, et pourquoi pas détecter les seconds d'après les premiers, dès le plus jeune âge (ça ne vous rappelle rien?). Ambitieux ou idiot ? A vous de voir... Les étudiants en lettres pourraient en faire un beau thème de recherche à mi-chemin entre les neurosciences et la littérature.
En attendant, la carte du tendre livre fonctionne pour le meilleur (tapez Burroughs par exemple, Bukowski ou Zola) et pour le pire (tapez Marc Levy, tapez Beigbeder et vous constaterez qu'ils sont presque les pires auteurs des orbites dont ils composent le centre). Vous constaterez ainsi, ce qu'on savait depuis longtemps, que souvent le nul cotoye le sublime, que, dans un périmètre de proximité, et autour de lignes communes, un bon écrivain peut virer au nul et un tocard au génie. William Vollmann : c'est celui qui le dit qui y est (2)L'un des talons d'Achille de la France culturelle (personne n'en dit jamais rien), c'est qu'elle n'a pas la culture des lectures, privilège anglo-saxon et germanique, qui permet à tout un chacun de juger sur pièce comment un livre se tient dans la bouche de ...la tête qui l'a imaginé. Si l'exercice se développe depuis 4 ou 5 ans, le pays préfère néanmoins les étals de boucher des salons du livre ou les forums questions/réponses où l'on entend l'auteur tenter de justifier l'injustifiable (ce qu'il a écrit), dissimuler ses intentions sous une chappe (pré-fabriquée par lui-même pour l'exercice) d'intelligence, plutôt que l'écoute du texte lu, bêtement et scrupuleusement par l'écrivain. L'exercice peut être chiant (lorsque le texte l'est ou que l'auteur n'est pas à l'aise) mais s'avère assez souvent passionnant lorsque l'auteur réussit à rendre oralement la petite musique intérieure du livre, soit celle qu'il entendait au moment où il transcrivait son idée en mots. Il y a peu de textes bâtis spécifiquement pour la lecture mais aucun qui ne sorte ragaillardi d'une lecture par son auteur. Dans le meilleur des cas, comme chez Palahniuk, Gibson, ou d'autres papes du roman américain, le texte décolle et s'accompagne par la voie du postillon d'un cortège d'images et de sensations qui ne résonnaient pas avec cette évidence à notre propre lecture. L'explication du phénomène est simple : lorsque je lis le livre, ce sont mes images mentales que j'amène; lorsque c'est Vollmann comme ici, c'est lui qui travaille et me mitraille de ses sensations. De là à dire qu'il faudrait se faire lire les romans à domicile, il n'y a qu'un pas qu'on ne franchira pas puisque les plaisirs sont tout simplement différents et, d'une certaine façon, complémentaires. Après le petit clip d'Anna Gavalda, le spectacle d'un Vollmann qui lit quelques pages de son dernier ouvrage Riding Toward Everywhere, se passe de commentaires. On repèrera l'apparition d'une ride lorsque le journaliste écrivain monte en wagon, quelques rictus de contentement lorsqu'il bute sur un passage qu'il aime, une inquiétude quand il s'aperçoit que sa phrase ne coule pas aussi fluide qu'il l'aurait voulu. Le vieux conte qui veut que Flaubert se relisait à voix haute est une autre illustration de tout ça : il faut entendre pour lire et entendre pour écrire. Les sourds et durs de la feuille (penchez vous sur l'expression si vous ne l'avez pas fait avant) sont condamnés à faire avec les moyens du bord. Riding Toward Everywhere, pendant que nous y sommes, raconte une aventure américaine à la Vollmann : le bon William a décidé de reprendre la route comme s'il avait encore 20 ans et donc monte dans un train dans le Wyoming qu'il va filer jusqu'en Idaho, avant de traverser le pays du Nord au Sud et vice versa comme un vrai hobo. Il finit en rêvant de Cold Mountain, à la colle (ou presque, ils s'embrassent) avec une sorte de SDF prostituée bizarroïde. Etrange bonhomme pour un étrange voyage dans une Amérique de misère et de liberté. Vollmann, en seulement (pour lui) deux petites centaines de pages, et une langue spectaculairement asséchée par l'effort, revient à l'intensité dramatique des Nuits du Papillon ou des Putes pour Gloria. Ca s'écoute avant de se lire en extrait, étant entendu qu'entre Central Europe, Copernic et celui-ci, il y en a eu encore un autre (Poor People) et que celui-là arrivera en français avant le... suivant. Comprenne qui pourra. Vollmann est l'homme qui écrit plus vite qu'il parle, une sorte de Lucky Luke de la machine à écrire qui terrasserait Sollers, Troyat et Stephen Kingavant même qu'ils aient pu mettre la main au ceinturon. Anna Gavalda : c'est celui qui le dit qui y est (1)Ce qu'on reproche à l'invisible mais omniprésente Anna Gavalda tient en un mot : (à peu près) "tout". Ce court métrage, réalisé à partir d'une des "meilleures" nouvelles de son recueil Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, "The Opel Touch", est, en substance, une bonne illustration de ce qu'on peut attendre d'Anna Gavalda : une fluidité narrative sans précédent depuis Marc Levy, une pointe de mélancolie dans un océan de détresse et (accessoirement si vous êtes un homme), un poil d'excitation érotique devant ses belles bourgeoises catholiques aux dents blanches qui votent à droite modérée. Love Bless(e) you ressemble à un film d'otaku japonais, les petites socquettes en moins et donne une idée de l'extrême densité sentimentale à laquelle prétend Gavalda depuis l'origine. La perversité des romans de la jeune femme tient également au fait qu'on ne puisse qu'assez difficilement en critiquer un contenu oecuménique, une exécution légèrement au dessus des standards du genre (une écriture de plus en plus décharnée mais sans aspérités, ni scandale majeur) et des valeurs inattaquables. Gavalda écrit pour le bien et lutte contre le mal dans la vie et la littérature. Elle milite en faveur de vies compliquées et d'imbroglios existentiels qui se dénouent pour le meilleur et pour le pire, mais qui ont toujours l'issue que le lecteur mérite. Il n'y a de fin que dans l'émotion. Il n'y a de résolution que dans l'harmonie ou la tempête. Il n'y a de point final qu'en suspension, comme si l'éternité était à ce prix. En cela, la puissance de son oeuvre rivalise avec la puissance de la vie elle-même. Critiquer Gavalda équivaut à critiquer l'humanité, à critiquer le sang qui coule dans nos veines, le coeur qui bat, le vent dans les cheveux, les sexes humides et l'essence sans plomb. Le seul moyen de n'en pas dire du bien est encore de ne pas la lire, ce qui, après tout, lui rend encore hommage. Anna Gavalda est nous comme Flaubert était Emma Bovary, c'est ce qui fait le plus peur. La terrible affaire Sébire et la valeur littéraire des faits diversPosté par Myosotis le 21.03.08 à 15:41 | tags : elucubration
Alors que Fluctuat fait, en ce moment, la part belle à William Gibson et à son Code Source riche en mouvements souterrains, les rumeurs enflent sur le web concernant ce qui a bien pu se passer dans la semaine au domicile de Chantal Sébire. Chantal Sébire est, rappelons-le tout de même, cette femme de 52 ans qui, suite à des tumeurs déformantes et ultradouloureuses, a remis sur le tapis ce vieux serpent de mer qu'est l'euthanasie, le droit à mourir dignement ou à la mort volontairement assistée. Là où l'affaire nous intéresse évidemment, c'est quand elle quitte le domaine journalistique pour entrer dans celui du surnaturel et de l'étrange, donc celui de la fiction à venir.Il est possible que la télévision tente un jour un récit type docu-fiction du calvaire de cette femme courageuse, mais il n'y aura guère que l'Internet (sur lequel la rumeur court déjà) et la fiction pour oser ce qu'on ose pas ailleurs : supposer que Chantal Sebire n'est pas morte de mort naturelle (trop de souffrance), ne s'est pas suicidée, n'a pas été assistée par un médecin (le sien n'était pas présent), un proche ou un parent ayant facilité son trépas. Ce que la fiction pourrait oser dire avec l'Internet, c'est que Chantal Sébire a été tuée...., qu'on lui a donné secrètement satisfaction. Il ne faut pas être un grand sympathisant des théories conspirationnistes pour trouver "troublant" que sa mort intervienne après un beau battage médiatique et une inflexion de l'opinion publique, que son médecin de famille ait été dépêché, peu avant, avec un ou plusieurs spécialistes et son dossier médical sous le bras à l'Elysée pour un entretien à caractère privé (étaient présents Nicolas Sarkozy, le Dr Arnold Munnich et le professeur Brasnu, que des noms bizarres). Ajoutez à cela que les premières constatations judiciaires et médicales tardent à venir (autopsie ou pas autopsie), que le temps passe et vous obtenez un beau canevas romanesque. Et si... on vous disait que plusieurs habitants de son bled ont aperçu dans le village une fourgonnette de couleur blanche qui aurait été vue garée à 300 mètres du domicile de la famille et dont 3 personnes en costume sombre seraient descendues peu après. Si on vous disait que ces hommes sont repartis juste avant que le mari de Chantal Sebire ne rentre chez lui et ne découvre le corps de son épouse ?
Chantal Sebire était-elle suivie et veillée en permanence ? La surveillance a-t-elle été absente l'espace de cinq ou six secondes, le temps d'un petit pipi ou d'un détour par la cuisine ? Les Men in Black agissaient-ils sur ordre de la présidence en concertation avec la famille ou, en sous-main et comme de parfaits assassins ? Qui avait intérêt à ce que Chantal Sebire meure prestement : elle, l'Etat, la mystérieuse Nadine Morano ?
Que dit l'affaire Sébire ? Est-ce un métier affreux ? Qu'est-ce qui nous vaut de penser à ce qui aurait pu se tramer en coulisses ? Qu'est-ce qui empêche qu'on substitue à ce qui s'est sans doute réellement passé (rien, une femme qui expire), un conte, une histoire d'horreur ou d'espionnage ? Pas grand chose à vrai dire : la morale et la pudeur ne tiennent pas, le respect guère plus. L'envie. La pertinence du faits divers. A-t-il quelque chose à nous dire qui n'ait été vu ailleurs ? L'apparence physique de Chantal Sébire est-elle d'autant plus spectaculaire que nous vivons au temps de la publicité et de Nip Tuck ? Peut-on tout dire maintenant ?
La littérature est voyeuriste quand elle est mal faite, visionnaire quand elle l'est mieux, toujours en éveil en tout cas. Le cas Sebire est à la fois trop frais et presque trop dramatique pour qu'on en tire un bon livre. C'est le reproche qu'on a pu faire à Mazarine : il est impossible de se dépêtrer d'une telle histoire sans chausser de gros sabots littéraires. La réalité est parfois trop improbable pour donner une fiction crédible... Mais qui sait ? Il est possible que Chantal Sebire mérite une belle histoire, un bel auteur, ou un conte. Il est possible que d'une certaine façon David Lynch en ait déjà résumé l'essentiel dans son Elephant Man qui dit, à l'ancienne (la mode de la fin XIXème et du début XXème), ce que nous disons tout bas aujourd'hui. La différence, l'humanité sont peu de choses. Et cetera. Pourquoi il ne faut pas se souvenir des livres qu'on a lus (2)
La tragédie du lecteur est que, comme le M&M's dans l'espace, il est toujours seul et qu'on ne l'entend pas crier.
Retour sur La route avec Cormac McCarthyPosté par Maxence le 06.03.08 à 18:21 | tags : elucubration
Un thème qui pourrait s'appliquer à n'importe quel roman se situant durant la deuxième guerre mondiale (On peut penser au Journal d'Anne Franck, ou, plus près de nous, à n'importe quel témoignage de soldat américain racontant son expérience en Irak, par exemple, voir Dans la vallée d'Elah). Dans Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme, l'écrivain nous avait déjà prévenu : dans un monde qui marche sur la tête, il est difficile de prêcher des valeurs humanistes sans passer pour un vieux réactionnaire (rôle qu'incarnait à la perfection le shérif du roman). Quand à inculquer ces valeurs aux futures générations, la tâche semble carrément impossible. Alors, pas de lumière au bout du tunnel ?
Une lueur au bout de la route Hé bien si justement. Une petite lueur sur La Route. Certains se souviennent certainement du final de Non, Ce Pays n'est pas pour le Vieil Homme, la narration d'un rêve par le shérif. Un rêve de transmission dans lequel père et fils étaient réunis dans la mort : "Il faisait froid et il y avait de la neige par terre et il m'a dépassé à cheval lui aussi et il a continué son chemin. Il n'a pas dit un mot. Il a simplement continué et il était enveloppé dans une couverture et il allait tête basse et quand il m'a dépassé j'ai vu qu'il portait une flamme dans une corne comme les gens d'autrefois avaient coutume de le faire et je pouvais voir la corne à la lumière qu'il y avait à l'intérieur. À peu près de la couleur de la lune. Et dans le rêve je savais qu'il allait plus loin et qu'il voulait allumer un feu quelque part là-bas dans tout ce noir et dans tout ce froid et je savais que n'importe quand j'y arriverais il y serait " Toute la confiance d'un fils envers son père, exprimé ici en quelques lignes.
Le fait que McCarthy dédie La route à son jeune fils comme l'a si bien fait remarquer Fabrice Colin dans sa critique, symbolise bien évidemment le legs d'un père à son fils, mais aussi celui d'un être humain plus vieux, incarnant l'ancien monde, à un autre plus jeune. Un autre "passage de flambeau" en quelque sorte, et je ne voudrais pas en dire trop, mais le symbolisme du porteur de lumière dans ce dernier roman de McCarthy est, à ce titre, exemplaire. La lumière incarnant l'espoir, mais aussi, métaphore biblique oblige, la divinité suprême, qui est également le verbe. Et quel legs un écrivain peut-il laisser au monde déliquescent qui est le notre si ce n'est cette lumière tellement parlante ? Je vous le demande. Comment se souvenir des livres qu'on a lus pour briller en société ?La mémoire des livres est une chose étrange et, d'une certaine façon, propre à chaque lecteur. Il y a ceux qui lisent peu et qui se souviennent de tout comme s'ils disposaient d'une mémoire à la Tesser Act (un roman d' Alex Garland sur un type qui mémorise tout tout), il y a les Rain Men de la lecture qui lisent comme ils mangent et qui, par une force qu'on ne peut expliquer, sont capables de citer de mémoire des passages de leurs livres, dans à peu près toutes les langues (dont le latin olala), et de vous faire passer pour un gros débile lorsque vous avez la malchance de les croiser en société. Il y a les lecteurs passoire qui lisent peu pour retenir moins, ceux chez qui les livres sont aussitôt lus, aussitôt passés aux oubliettes, et ceux (dont je suis) qui lisent beaucoup et pensent, les prétentieux, retenir... l'essentiel, soit un mélange de ce qui les a marqués dans un ouvrage, quelques images, quelques traces d'un style, une manière d'agencer les phrases, le fantôme d'une intrigue ou d'une atmosphère, une ambiance, un fond d'odeur, quelques arrière-plans, paysages, et autres péripéties.
Le problème de ces lecteurs là est qu'ils se trouvent démunis lorsqu'il s'agit d'évoquer, en ville, en amoureux, ou en société les livres qu'ils ont lus pour la simple et bonne raison qu'ils ne s'en souviennent pas assez précisément pour briller ou alors rivaliser avec la concurrence. On peut évidemment se rassurer en admettant qu'à l'âge adulte (et disparu l'âge étudiant où l'on parle littérature dans les bars), les endroits où on peut parler de ses lectures sont rares : les repas de famille (bof, bof), les repas entre amis (- Non, je n'ai pas lu le dernier Anna Gavaldaet je ne trouve pas que Guillaume Musso est un super bon écrivain - ambiance...), le couple (soit vous avez les mêmes goûts et ça n'intéresse pas forcément l'autre de...discuter des heures avec soi-même, soit ils sont opposés et vous gagnez une occasion de ne pas aimer votre conjoint).
Aussi peu nombreuses que soient les occasions, parler de ses lectures reste une chose assez merveilleuse qui vous pose une condition humaine et vous permet de partager une part de vous-même qui est autrement plus intime et importante que le dernier blockbuster que vous avez vu au cinéma, le nom des restaurants où vous avez été manger ou la marque des chouettes rideaux que vous avez fait pendre dans votre salle-manger. Comment faire alors, lorsqu'on n'a pas de tête (ou lorsqu'on lit correctement) pour ne pas passer pour un ignare: 1. Notez comme Garfunkel tous les livres que vous avez lus dans un petit carnet en les résumant en quelques lignes : nom des personnages principaux, faits marquants, dates et 1 citation choisie. Se balader en permanence avec son petit carnet, prétendre, lors du repas, qu'on a envie de faire pipi, de fumer une cigarette dehors, consulter le petit carnet et revenir à chaque fois avec une belle citation toute prête. 2. Ne lisez que des livres que personne ne connaît. Du coup, vous passerez pour un marginal, un type décalé ce qui suscite toujours une certaine fascination. Si vous êtes dans un repas de famille, on passera que vous êtes... gay ou bizarre mais cela n'est pas forcément pour vous déplaire quand cela vient de la tante Zoé. Par contre, vous allez assez vite vous sentir seul, très seul... 3. Ne lisez que des livres qui ont eu une adaptation au cinéma et que tout le monde a vue. Comme on mémorise toujours mieux les images que les mots, vous aurez moins de mal à solliciter votre mémoire et beaucoup plus de chances de trouver quelqu'un à qui parler. Méfiez-vous néanmoins des livres-films : vous perdez en tant que lecteur tout avantage concurrentiel avec ceux qui ont vu le film. Attention encore : ne vous faites pas piéger par les changements apportés aux livres par les scénaristes. Vous pourriez vous faire démasquer assez vite si vous voulez faire de l'esbrouffe ou au contraire être mis en minorité par des idiots qui pensent qu'il y a encore de la vie humaine à la fin de Je suis une légende. 4. Laissez à vos amis l'initiative de la conversation et répondez systématiquement lorsqu'ils vous demandent si vous avez lu tel ou tel livre : "Oui, c'était chouette mais j'ai trouvé que la fin était trop brutale, bancale, inattendue, ouais bizarre, limite ratée." Comme 95% des fins de roman sont foireuses (c'est le principe du roman d'arrêter l'histoire au mauvais moment), vous ne pourrez pas vous tromper et on pensera que vous êtes un lecteur particulièrement fin et avisé. 5. Prétendez que vous ne lisez plus que des classiques. Comme tout le monde dit ça et que personne ne le fait, vous êtes sûr qu'on ne vous demandera pas de causer du Rouge et le Noir, de Salammbô ou de La Cousine Bette. Dites : "en ce moment, je suis dans ma période Maupassant." Dans tous les cas, la conversation s'arrêtera à : "j'ai bien aimé Le Horla" et vous serez débarrassé. 6. Inventez vous même les intrigues des livres que vous prétendez avoir lus. C'est le meilleur moyen de se souvenir de ce qu'on a lu. Dites que vous avez lu un super roman de Jean Baptiste Tergal, appelé L'Allumette Anarchiste qui raconte l'histoire d'une gamine de 14 ans qui fugue après avoir été violée par un notaire de province et décide de devenir terroriste. Si tout se passe bien, on vous lancera un admiratif "Ah ouais ?" avant de vous demander "comment c'est le titre ? Ah, ouais, je vais voir, oui, tiens je vais le lire." Bien entendu, comme vous le faîtes vous-même, pas question que votre ami retienne le titre ou ait l'intention de se procurer ce super livre qui n'existe pas. Mais vous aurez fait votre effet.
A chacun sa Saint-ValentinPosté par Easywriter le 14.02.08 à 16:22 | tags : elucubration
La Saint Valentin m'a toujours gonflé. Parce que : 1) J'ai quasiment toujours été célibataire à chaque 14 février. Ne vous attendez donc pas à ce que je fasse ici la promotion des dîners aux chandelles (ni aux Chandelles d'ailleurs, passons...). Un autre pour nous les hommes :
Le premier est signé Miranda July, extrait de son recueil de nouvelles, "Un bref instant de romantisme" et l'autre est une chanson de ce joyeux drille de Miossec. Vous pouvez l'écouter ici. Ballard de Noël : je regarde Home sur YoutubeJ'ai reçu hier matin dans ma boîte aux lettres le programme télé (gratuit de la ville du Mans) pour les fêtes de fin d'année et j'ai réalisé que, comme la précédente, Arthur et Patrick Sébastien risquaient de m'accueillir en 2008 si je n'y prenais garde. Je ne lis pas, par principe, les soirs de Nouvel An ou de Noël, mais je regarde la télé. Pas de bamboula en instance, pas d'amis dans le périmètre (voilà ce que c'est que d'habiter Le Mans et de travailler le jour du réveillon) et juste la perspective d'un repas, peut-être surgelé, à partager en amoureux devant une émission enregistrée dans les derniers jours du mois d'août. Cela ne sentait pas très bon et je me doutais bien que je n'allais pas être le seul à devoir me les farcir. Heureusement, je me suis souvenu que j'avais toujours en stock (sur Youtube) l'adaptation par la BBC d'une nouvelle de J.G. Ballard, mon écrivain chouchou, tirée du recueil Fièvre guerrière. La nouvelle qui a servi à cette excellente adaptation s'appelle The Enormous Space et raconte l'histoire d'un type, Gerard Ballantyne, plutôt doux et BCBG, qui a assisté à un accident de voiture qui le hante. Lorsque sa femme demande le divorce (chose qu'il n'avait pas vu venir), Gerard décide de s'enfermer chez lui et de n'en plus bouger, histoire de se couper complètement d'un monde qui lui veut du mal. S'enfonçant peu à peu dans la folie (il survit en se nourrissant exclusivement de ce qu'il trouve dans la maison, comme s'il était dans le Sahara ou dans la Jungle), le héros va vivre une expérience extraordinaire qui change le Cocooning en une sorte de Koh-Lanta hardcore. Le renfermement sur soi (et sur la maison - on se croirait dans une adaptation filmée de Levinas) se double d'une plongée métaphysique qui est tout aussi bouleversante et spectaculaire que la perspective du lieu clos et parfaitement étanche. Je ne raconte pas la fin de cet excellent film, mais je me suis promis de le revoir avant le 31 décembre, histoire de me pousser dehors de chez moi ou d'échapper aux autres croque-morts en différé. Ceux qui hésitent à se mettre un masque, une plume dans les cheveux (ou ailleurs) et à jeter des confettis, pourront toujours jeter un oeil sur cet Home sinistre. Il vaut mieux sortir que de voir ça. Ballard a à peu près senti toutes les tendances du monde contemporain, vu toutes les horreurs et les risques auxquels il nous exposait, à l'exception de Sébastien et Arthur un soir de nouvelle année. S'il avait incorporé le modèle de la télévision française à sa nouvelle, il est probable que des millions d'Anglais seraient morts à l'heure qu'il est. Brad-Pitt Deuchfalh : et si c'était...
Brad-Pitt Deuchfalh refusant obstinément tout entretien (exception faite de quelques échanges par mail), difficile de se faire une juste idée de qui il est vraiment. Sur Flu, nous avons donc émis des hypothèses. Du "déjà envisagé et dementi" (Nothomb ?), du "pourquoi pas c'est bien son genre" (Beigbeder ?), de l'incongru (Despentes ? Delarue ?). Bref, rien de bien probant... Comme plusieurs avis valent mieux qu'un, nous avons décidé d'inviter deux confrères à se pencher sur le phénomène Brad-Pitt D. Pensent-ils vraiment qu'un adolescent puisse être l'auteur de ce blog ? Et si une personnalité se cachait derrière ce pseudo, qui envisageraient-ils ?
Christophe Greuet, Journaliste culturel au Midi Libre, blogueur sur Culture Café J'ai entendu parler de ce blog et du livre qui en a été tiré, bien sûr. J'ai même été lire plusieurs billets sur le blog, mais je dois vous avouer que mon intérêt pour lui n'a pas dépassé le raz des pâquerettes (et je reste poli). Je comprends assez mal d'ailleurs la frénésie médiatique autour d'un tel nano-phénomène. En l'occurence, bien sûr qu'un adolescent, ou très jeune adulte, peut être l'auteur d'un tel blog. Je pense même que la plupart des adolescents pourrait faire mieux que cela. Quant à savoir si c'est un écrivain professionnel, c'est effectivement une éventualité, car je pense qu'un adolescent aurait plus besoin de reconnaissance sous son vrai nom qu'un tel souhait d'anonymat. Quant à l'identité de celui qui se cacherait derrière, je n'en sais rien. Mais ce doit être un auteur en quête de publicité, ce qui correspond à 99 % de la profession ! Alexandra, Journaliste et co-créatrice du blog Buzz littéraire Je pense qu'un adolescent peut tout à fait écrire avec talent et sensibilité. Je me souviens d'un véritable choc littéraire en lisant les textes d'une blogueuse de 17 ans à l'époque (Satinella). En ce qui concerne Brad-Pitt Deuchfalh, je n'ai pas été particulièrement touchée par son style ni son univers, tout en lui reconnaissant un véritable ton. Pour autant, il y a quelques indices qui peuvent faire douter quant à son âge véritable. Un ado ne ressent en général pas le besoin de préciser que ses textes sont l'oeuvre d'un "vrai" garçon de 15 ans (comme s'il redoutait déjà qu'on le soupçonne). De plus, ses textes sonnent un peu cliché parfois (comme celui sur les règles). Enfin l'indice le plus flagrant est le fait qu'il a refusé de se montrer aux différents éditeurs qui l'ont contacté (sauf M6Editions avec qui il a signé). Toutefois j'ai le sentiment qu'il s'agit de quelqu'un de jeune, même s'il n'est peut-être pas collégien (je le vois difficilement avoir plus de 30 ans). C'est quelqu'un qui maîtrise Internet et l'informatique (logiciels de retouche) sur le bout des doigts. Quelqu'un qui travaille peut-être au contact de jeunes (pion, prof ?). En tout cas quelqu'un qui lit Citato (un magazine qui est uniquement distribué dans les lycées, il faut connaître...). Dans tous les cas, quelque soit son âge, le plus important en tant qu'auteur, c'est qu'il ait rencontré son lectorat qui lui est fidèle. Honnêtement, je ne pense pas qu'une célébrité se cache derrière ce blogueur... Mais si l'on devait inventer, je dirai Titeuf pour l'humour un peu gras et potache qu'il partage tous les deux. Retrouvez Brad-Pitt Deuchfalh en entretien sur ados.fr La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh Brad-Pitt Deuchfalh M6Editions
Je suis une légende : le livre ou le film ? (3)![]() Le film sort aujourd'hui. Mais j'ai eu la chance (Amis pirates américains, merci) de regarder en avant première le I am a Legend adapté de Richard Matheson avec Will Smith dans le rôle principal. La comparaison du livre et du film nous donne une nouvelle et excellente occasion de variation sur notre thème favori du moment (après Stardust, 30 jours de nuit) : le livre ou le film ? Là encore, et pour des raisons différentes de la dernière fois, le match est plus serré qu'on ne l'aurait cru, s'agissant d'un chef d'oeuvre de la SF daté de 1954, ayant fait en 1964 et 1971 déjà l'objet de deux adaptations inégales ET d'un film avec... Will Smith qui n'est pas notre acteur favori. Dans le livre et le film, Je suis (une) légende - l'absence ou l'existence de l'article a toute son importance et mériterait un billet à lui seul - un homme appelé Robert Neville est le dernier survivant de la race humaine (pense-t-on) après qu'une contamination virale ou bactérienne ait changé tout le voisinage en vampires supposément débiles et glouglouteurs de sang. Neville se balade en ville dans la journée, joue avec son chien, fait ses courses dans des supérettes abandonnées et trucide des vampires qui roupillent, avant de se planquer la nuit dans sa maison bunker, tandis que les méchants bonhommes l'attendent ou le menacent. Dans le livre, Neville est une épave humaine (la dernière du stock avant clôture), boit comme un trou et est miné par des visions de sa famille disparue (je ne dis pas comment). Les vampires déposent de temps à autre une carcasse de nana à la porte de chez lui, histoire de lui plomber le moral. En journée, il fait des expériences et nous fait part de son ennui extrême tout en dissertant de manière scientifique sur l'origine et le fonctionnement du virus vampirique. Dans le film, le schéma est assez similaire, si ce n'est que Neville semble avoir une forme morale un cran au-dessus. Il bouffe bio, a l'air assez joyeux malgré la pesanteur de la solitude et vit sa vie à la cool (du moins en apparence), Will Smith étant parfait avec son allure dégingandée pour suggérer un degré de bien-être supérieur au personnage du livre. Le plus bizarre, alors qu'on pourrait crier à la trahison (Neville sombre contre Neville clair), le Neville-Smith n'est pas inférieur psychologiquement au Neville du bouquin. On voit bien pourquoi le personnage a été éclairci (se taper Will Smith est déjà rude mais un Will Smith qui fait la tronche ou joue la gravité non merci) mais aussi ce qu'un personnage plus lumineux amène comme dynamisme. Alors que le livre s'appuie sur la répétition des jours, l'ennui et le caractère tragique des situations, le film s'intéresse à la manière de l'excellent 28 jours plus tard (film écrit par notre chouchou Alex Garland, rappelons-le) sur la ville sinistrée, le désert, la solitude cinématographique. Depuis L'Armée des 12 singes, les panoramiques apocalyptiques de grandes villes sont une belle réussite et l'on se prend à penser que les évocations du film sont ici supérieures à ce que le livre nous avait donné à voir. Pour la nuit, en revanche, le cinéma est clairement en retrait. Le réalisateur cède aux travers de vouloir faire de l'action quand Matheson faisait de la dépression. La mort du chien, dans le même registre, fonctionne aussi bien en image qu'à lire. Pour des raisons qui tiennent sans doute à notre éducation et à la structure de notre cerveau, il semble qu'on soit plus réceptif aujourd'hui lorsqu'on voit la mort à l'écran que lorsqu'on la lit. Est-ce une question de génération ? En tout cas, sur ce terrain, le film (en quantité de larmes versée) fonctionne presque mieux que la version originale. On ne parlera pas ici de la fin comparée des deux histoires. La fin du livre est assez géniale, depuis l'arrivée de l'amie Ruth, jusqu'au dernier jour et son retournement de perspective. Celle du film la suit d'assez près, mais avec une morale moins dramatique et moins perturbante. Les variations de l'un à l'autre des supports illustrent non pas une intention artistique différente (on peut supposer que le réalisateur n'a pas eu les mains libres sur sa chute, d'autant plus que, d'après la rumeur, la fin a été retournée après projection devant les fameux panels-tests qui dictent le montage final des hyperproductions US), ni une limite de l'un ou l'autre media, mais tout simplement la liberté supplémentaire (quasi infinie) dont bénéficie l'écrit par rapport à l'image.
30 jours de nuit : le livre ou le film ? (2)
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Alors que les 2 tomes de 30 jours de nuit, comic book américain de Niles et Templesmith, reviennent en bonne place dans les étals de librairie pour Noël, sort prochainement l'adaptation cinématographique du premier volume de cette série horrifique et romantique par David Slade et avec, dans les rôles principaux, Josh Hartnett et la sublime Melissa George. Le trait de Templesmith est trop dynamique et trop concentré sur ses effets verticaux (la neige, la nuit, le sang) pour suggérer les 30 jours qui n'en finissent pas, les non-levers de soleil et l'attente des humains traqués par les vampires. Le film n'y parvient pas plus, incapable de se soustraire à son rythme semi-hollywoodien de poursuites, séquences d'évasion, plans à la con ou morceaux de bravoure, pour laisser respirer et frissonner son monde. Du coup, BD et film peuvent, pour une fois, être renvoyés presque dos à dos, autour d'un semi-échec qui tient autant à des erreurs de gestion (artistique, s'entend) qu'à des défauts intrinsèques des médias. Sur le terrain de l'attente, du temps qui passe... lentement et de l'angoisse, il est assez difficile de rivaliser avec le roman. Est-ce à dire que les mots contiennent par leur double dimension spatiale et sonore, par leur lettrage, leur plumage et leur configuration intrinsèque (un après l'autre) une qualité que les autres n'ont pas ? Ce n'est pas si sûr. Le film qui attend ennuie (souvent). La BD qui attend est souvent prétentieuse. Le livre qui attend (on parlera de Je suis la ou une légende bientôt) peut être un chef-d'oeuvre. Le roman attend toujours, d'une façon ou d'une autre. Il aura plus de mal à pétiller et à rivaliser sur le champ de l'action, de l'humour qui fuse. Chacun ses armes, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse pas trouver d'exceptions, de contre-exemples etc.
Miss France : Pourquoi la lecture ne rend pas plus laid que le cheval....Posté par Myosotis le 10.12.07 à 11:28 | tags : elucubration
La France va mieux, tout le monde le dit. Depuis samedi soir, la Miss France est réellement jolie et n'a pas l'air totalement stupide lorsqu'elle ouvre la bouche. Pour la première fois (me semble-t-il) d'ailleurs, le site de l'émission nous gratifie d'une fiche individuelle des candidates en lice lors de l'émission de samedi dernier et nous affranchit sur leurs lectures. De l'élue, la réunionaise Valérie Bègue (on ne peut pas tout avoir), on découvre ainsi que son livre de chevet est... L'alchimiste de Paulo Coelho. Miss Auvergne lit Harry Potter ; Miss Provence Le Nom de la rose, d'Umberto Eco; la Picardie "Le château de verre" d'une mystérieuse Jeannette Walls, Miss Loire-Forez n'a pas répondu à la question et écoute de la musique "extrêmement variée"; Miss Artois Hainaut (ma circonscription natale) s'envoie Si c'est un homme de Primo Levi au petit déj; Miss Limousin rien non plus; Miss Languedoc-Roussillon lit la trilogie du Le Seigneur des Anneaux ; Miss Tahiti Paulo Coelho ; Miss Corse l'ABC de la graphologie ; Miss Bretagne Acide sulfurique d'Amélie Nothomb ; Miss Comminges-Pyrénées le Da Vinci Code. Et je m'en tiens là, histoire de ne pas ajouter l'ami Marc Levy qui figure à 2 ou 3 reprises dans le top des miss.Il est amusant de voir que, si ces jeunes filles n'ont pas prémédité leur coup et maquillé leurs goûts (à considérer qu'elles lisent vraiment, ce qu'on peut supposer à la lecture de ce qui précède), leur liste de lecture ressemble à n'importe quelle autre liste de lecture un tantinet commerciale d'à peu près n'importe quelle Française dite "moyenne". Sans qu'on soit particulièrement bouleversé par cette information, on peut néanmoins en tirer une série d'enseignements qui valent ce qu'ils valent : 1. Les jolies filles ne sont génétiquement pas incapables de lire. Cette idée reçue a depuis longtemps été battue en brèche (je me souviens de cette galerie photos de jolies filles au livre, relayée ici l'année dernière). Mais, il faut le redire et le redire encore : lire ne rend pas laide, ça abîme juste les yeux. On peut s'appliquer sur le visage un Flaubert ou un Marc Lévy, comme on se ferait un masque au concombre. Cela donne bonne mine et éclaire le regard d'une lueur que les hommes (certains hommes) savent repérer au premier coup d'oeil. La lecture, d'où qu'on se place, est une activité beaucoup plus saine pour un mannequin que le ski (les genoux) ou surtout le cheval qui vous déforme les jambes et risque de vous laisser paralysée comme Toulouse Lautrec. 2. Que les Miss n'ont pas cité une seule fois L'élégance du hérisson... Est-ce le signe d'une prochaine dégringolade du titre après des mois au sommet des ventes ? Est-ce que le livre, aussi bon soit-il, n'a pas bouleversé les vies au point d'être cité (encore ou déjà) en qualité de "livre de chevet". Si l'on considère qu'un livre de chevet est un livre qu'on est susceptible de lire et de relire, pourquoi citer l'Alchimiste, Marc Lévy ou même l'ABC de la Graphologie et pas le hérisson ? 3. Que Miss Paris lit actuellement Les hommes viennent de Mars et les filles de Vénus Ce qui explique sans doute qu'elle ait une tête d'extraterrestre. La honte pour l'Ile de France ! 4. Qu'il est très peu probable, sur ma liste de lecture, que je sois sélectionné un jour pour le Concours des Miss France Et ce, malgré mes formes incomparables. De toute manière, je ne faisais pas la taille minimale pour défiler, mais bon.... Le réglement du concours prévoit-il d'éliminer une nana superbien roulée qui lirait Dantec, Chuck Palahniuk et Alain Robbe-Grillet ? 5. Qu'on lit les mêmes âneries sur l'ensemble du territoire français (si on concourt pour le titre de Miss), sans que le Sud de la France se différencie du Nord. Autre idée reçue qui est battue en brèche. Même si, dieu merci, 85% des filles de la téléréalité restent nées entre Saint-Tropez et Montpellier. Peut-on dire pour autant que le jacobinisme a fait autant que le capitalisme pour la diffusion de la bêtise ? 6. Que le portrait de Miss Calédonie est manquant sur le site et indiqué "bientôt disponible". Mais quand au juste ? 7. Qu'il faut vraiment que je lise Paulo Coelho si je veux emballer les filles.
Lucius Shepard : Le bayou des derniers jours
Ecrivain américain, reporter de guerre, infatigable voyageur et baroudeur émérite, Lucius Shepard fait parti de la génération des Philip K. Dick, Norman Spinrad & Co., autant dire la frange rock'n'roll, exubérante et engagée de la SF des 70's. Mais Shepard est aussi un écrivain au style fluide, proche des grands auteurs anglo-saxons, comme Ernest Hemingway ou Joseph Conrad. C'est également le spécialiste d'une littérature fantastique teintée de modernité qui mélange aussi bien, rites vaudous, légendes urbaines et futur proche. Les personnages de Shepard, sont un peu comme les personnages de La Plage d'Alex Garland, des occidentaux paumés, aux prises avec des forces et des coutumes qui les dépassent. C'est le cas de Jack Mustain, le héros de Louisiana Breakdown, dernier roman de l'Américain traduit aux éditions du Bélial.
Raconté comme un compte à rebours vers le désastre et la perdition, Louisiana Breakdown se déroule en un peu moins de 48 heures dans la moiteur des marais de la Louisiane profonde : Immobilisé malgré lui dans la ville de Graal, Jack Mustain va faire connaissance avec sa population haute en couleur, saturée de chaleur et de secrets. Une bourgade du sud profond qui semble condamnée d'avance et sombre lentement dans la démence sous l'ombre omniprésente du cyclone Katrina. Un lieu où il ne fait pas bon tomber amoureux, un endroit enfin, ou charmes anciens et maléfices sont plus que jamais vivant dans le cœur de ceux qui y vivent. |