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Trop d'infos, une respiration : ici on expérimente la forme et le fond.
Mon problème avec 2666 et les livres mastodontes
Avec 2666, élu meilleur livre de l'année 2008 (date de sa sortie) un peu partout, Bolaño propose pas moins de 1000 pages et un gros pavé paru chez Christian Bourgois dans lequel je me suis engouffré totalement inconscient. Le roman qui traite entre autres choses du mal est ce que j'ai lu de mieux depuis au moins mille ans. Se sachant malade, l'écrivain avait mûri le plan de sortir ce monstre en 5 volumes pour assurer la prospérité de ses héritiers, mais les dits héritiers, respectueux de l'oeuvre de leur papounet ont pris la décision de respecter le travail de Bolaño et préféré sortir le livre en une seule séquence plutôt que de le trancher en mode jackpot.
Du coup, voilà le travail : 1 kilo 200 grammes de matière littéraire en fusion, intransportable et disons le impossible à lire dans des conditions normales d'utilisation. Le problème posé par 2666 n'est pas une chose anodine et se pose plus souvent qu'on ne le croit, que l'on se retrouve dans la posture du critique ou dans celle du lecteur occasionnel.
Pour le critique, le gros livre a tout d'un repoussoir. Que faut-il en faire ? Il va de soi que si on veut faire son travail correctement, lire 2666, William H. Gass et son Tunnel ou le Livre des Violences de Vollmann à venir, il faut envoyer un mot d'excuse à son rédacteur en chef disant à peu près ceci : " Je te prépare une critique de 2666 pour dans 6 à 8 mois. D'ici là, merci de continuer à me payer mais je suis sincèrement désolé, je ne pourrai rien lire d'autre, ni te livrer quoi que ce soit", ou alors ruser, parcourir le livre, recopier le 4ème de couverture et se la jouer à l'esbrouffe.... Faire comme si, lire vite et lire mal, lire sans s'arrêter, tout lire mais en sabotant le plaisir qu'on y prend. C'est souvent cette voie-là qu'on choisit à défaut de rater l'exclusivité et de critiquer en 2011 un livre sorti en 2007, voire d'abandonner toute velléité critique si le livre est si bon qu'il n'est pas la peine d'en rajouter.
Le lecteur d'aujourd'hui aime aller d'un livre à l'autre, et ne peut pas se payer le luxe de ne lire qu'un livre pendant un an, à moins d'être un monomaniaque dangereux. La seule solution que j'ai trouvé pour ce genre de livres est de les picorer, de les garder près de ma table de chevet (j'ai toujours là un gros Walter Benjamin, l'énorme correspondance de Leopardi par exemple) et d'en faire des livres INTERCALAIRES, lus par segments de 10 ou 12 pages, les jours de misère romanesque. Du coup, le livre mastodonte se lit en durée XXL, sur des années, des siècles même, il se lit lentement et plus sûrement qu'aucun autre, ce qui n'est sans doute pas la meilleure manière de l'apprécier mais qui permet de le faire quand même. Pas la peine de parler du contenu, il reste les phrases, le temps et nous. Quand je l'aurai fini, nous serons tous morts et il ne restera rien ou pas grand chose de Bolaño et de la littérature, encore moins de ce site, de Michael Jackson et son moonwalk, de la race lisante, de la Terre,... Il ne restera que le vent.
Message personnel : Je suis théoriquement censé rendre le livre à la bibliothèque du Mans le 13 juillet. Comptez dessus. De toute façon, je suis à peu près certain que personne n'aura l'idée de le réserver dans les 10 prochaines années.
L'étrange succès de John Creasey
Auteur de plusieurs centaines de romans - la rumeur veut qu'ils soient au nombre de 562 en 40 ans - qu'on peut ranger sans trop risquer de se tromper dans la catégorie "aventures", Creasey a surtout donné naissance à l'un des personnages les plus célèbres à avoir raté leur chance d'être connus de la littérature : le Baron. Se payer un petit Baron pour l'été, c'est réussir ses vacances sans aucun risque d'être déçu. Creasey a évité presque tous les écueils du genre : le machisme, le sexisme, le racisme, pour ne garder que le meilleur, l'aventure, l'aventure et... l'aventure. Chaque Baron (mais il faut lire en VO uniquement d'autres de ses séries comme Departement Z ou Sexton Blake) est un plaisir de gourmet, une vraie bouffée d'oxygène. Cela mérite un détour ici. Pourquoi les lecteurs de bd préfèrent-ils les cartoons ?![]() C'est une intuition que beaucoup ont depuis longtemps et qu'on attribue généralement à Scott McCloud qui l'a formulée dans L'Art Invisible : le lecteur de bande dessinnée s'identifie plus facilement à un personnage dessiné de façon "cartoonesque" qu'à un personnage dessiné de façon "réaliste".
Des chercheurs australiens ont récemment mis à l'épreuve cette théorie en analysant l'électro-encéphalogramme de cobayes à qui ils donnaient à lire une bédé racontant l'affrontement de deux super héros, chacun étant alternativement dessiné de façon cartoonesque et réaliste. Les électro-encéphalogrammes ont confirmé l'intuition de McCloud : les lecteurs montraient plus d'empathie pour le personnage "cartoonesque".
Comment expliquer ça ? Nombreux sont ceux qui estiment que la simplicité du trait nous permet de "remplir" le personnage avec des détails de notre imagination. Ils présument donc que nous les "remplissons" forcément de détails sympathiques. Cette théorie est insatisfaisante : je n'ai jamais eu l'impression de projeter sur un personnage cartoonesque des traits qui n'y étaient pas. Ces personnages sont généralement plus expressifs et n'ont pas besoin qu'on vienne leur ajouter quelque chose qu'ils n'ont pas déjà. Un cartoon met délibérément l'emphase sur certains traits d'un personnage et laisse finalement moins de place à l'imagination. Le lecteur se reconnaît donc plus dans un ou deux traits de personnalité caricaturés que dans une myriade de détails qu'il ne partage pas forcément.
On peut raisonnablement extrapoler cette expérience et en faire une application plus générale. Et si les lecteurs de prose préféraient eux aussi les personnages simples, cartoonesques ? Un roman psychologique c'est bien, mais un Marc Lévy, ça vend mieux. A vrai dire, et sans être sarcastique, on peut écrire de grands livres avec des personnages très simples. Pour rester dans le monde de la BD, Peanuts en est la parfaite illustration : une poignée d'enfants définis par deux ou trois traits de personnalité qui intéragissent pendant cinquante ans d'une façon tout ausi cartoonesque que celle dont ils sont dessinés, c'est un chef d'oeuvre. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
5 best-sellers auxquels vous n'échapperez pas cet étéPosté par Myosotis le 22.05.09 à 19:11 | tags : lectures de plage, élucubration, short-list, best-seller
A l'approche de l'été, les meilleures ventes de livres prennent comme chaque année une tournure particulière, même si cette année, crise oblige, les professionnels de l'édition l'admettent : le français lit moins ou achète moins de bouquins ce qui revient à peu près au même. Décryptage des tendances estivales à venir à travers 5 titres qui cartonnent actuellement en librairie :
Julia Palombe danse la poésie érotiquePosté par Myosotis le 10.05.09 à 10:30 | tags : littérature en vidéo, elucubration, sexe et littérature, poésie
L'Internet n'est pas le paradis de l'érotisme et encore moins des littératures érotiques. Il faut faire de réels efforts pour tomber sur quelque chose d'intéressant : des vieux textes, des ouvrages littéraires, rarement illustrés, des conversations et des écrits qui ne sombrent pas directement dans le graveleux, le porno et le hardcore, devenus depuis... hum... tout le temps, l'alpha et l'omega de l'offre en ligne. Sur Youtube, la censure régnant, on peut peut-être plus facilement trouver son compte si on ne recherche pas les sensations fortes et s'offrir quelques réels frissons innocents. Quelques lectures de texte en ligne, du Baudelaire, du Crébillon (en cherchant bien), quelques images volées, beaucoup d'adolescentes qui lisent, déclament.... cela ne va généralement pas très loin. Et puis, il y a cette étrange vidéo promotionnelle, un teaser énigmatique pour un spectacle (un pestacle, un sex live show) de littérature érotique : Baudelaire (encore lui) et d'autres, lus, chantés, dansés par Julia Palombe. Spectacle de poésie érotique, striptease littéraire, crée par Julia Palombe et réalisé par le légendaire John B. Root. Oh bon sang ! Il y a le numéro de téléphone. Je laisse un massage,.... un message. Voici que la littérature érotique est sauvée. Mieux que Lucchini, mieux que Robert Hossein en Angélique, mieux que Daniel Pennac en Bartleby, que les interminables Monologue du Vagin qui ont plombé des générations d'amateurs de théatre, Julia Palombe ? Sûrement, peut-être. Il ne s'agit pas de ça (la chose) mais bien d'une véritable danseuse, une vraie, avec des chaussons, au service des arabesques littéraires et caresses versifiées, qui a déjà dansé Neruda et Cervantes, rien que ça. A voir sûrement, si on vous en laisse le temps, ou à recevoir en spectacle privé, à domicile et en bon bourgeois. Désolé. Les 10 écrivains les plus beaux de l'histoire
Les rumeurs qui ont couru un temps autour de Guillaume Musso, "créature non écrivante de son éditeur", ne tiennent pas. L'homme existe et écrit ses livres lui-même. Il n'en reste pas moins que la tête des écrivains a son importance et que celle-ci (leur tête) a souvent compté pour pas mal dans leur vie d'homme et donc dans leur vie littéraire. La beauté a pu faire l'homme ou être défaite par lui. Ceux qui avaient des traits ingrats (on pense à Dante, à Léopardi chez les Italiens), s'en sont servis autant que ceux qui savaient charmer. En guise de divertissement, voici une (à défaut d'être LA) liste des 10 écrivains les plus beaux de tous les temps, à compléter sans fin :
1. Lord Byron - impossible de ne pas placer en tête de liste un romantique. Lord Byron était riche, beau, spirituel, avait l'esprit aventurier. Il est possible du reste qu'il ait été plus bel homme que bon écrivain. Difficile de faire l'impasse toutefois sur son Dom Juan ou quelques uns de ses contes en vers. Byron était beau mais pas que....
2. Christopher Marlowe - Rival et ami de Shakespeare, Christopher Marlowe a pour lui d'être mort au plus âge (29 ans) et d'avoir vécu sans compter. Fils d'un coordonnier, il s'impose comme le bad boy génial du théâtre élisabéthain. Beau, alcoolique, un brin gay sur les bords, marlou, Marlowe est l'équivalent dans le monde de l'écriture de Marlon Brando au cinéma. Magicien, occultiste, espion, Marlowe avait presque toutes les qualités pour plaire. Son Docteur Faustus est impeccable. Là encore, l'homme est devenu avec la distance plus important que l'oeuvre.
3. Arthur Rimbaud - Sans Commentaire. Le Rimbaud jeune consacre la main mise des romantiques sur le classement des belles gueules. Le Rimbaud d'Aden est moins séduisant mais ne peut pas rivaliser avec les images ultrasexy du poète aux semelles de vent. Rimbaud arrive en tête des moins de 15 ans.
4. Jack Kerouac - En voilà une beauté trapue, à la serpe, 100% américaine. Kerouac a des allures de Mike Delfino dans Desperate Housewives. Il sent autant la littérature que le travail manuel et ça plaît. La chemise bûcheron fait son effet, le look de trappeur aussi et l'idée d'un type qui vous emmène sur la route (aux "States", ça va sans dire) fait encore rêver la gente féminine. La mort à 47 ans est un atout, même si la cause (l'alcoolisme, la cirrhose) est moins glamour.
5. Paul Laurence Dunbar - Le charme afro américain de Paul Dunbar ne pouvait pas être passé sous silence à l'heure où Barack Obama est de loin l'homme de pouvoir le plus séduisant de la terre. Dunbar est mort à 33 ans de la tuberculose. Il était marié jusqu'aux yeux mais son couple était si romantique (sa femme était poète elle aussi) et ses poèmes si puissants dans leur mélange d'américain et de dialecte black, qu'il était impossible de passer à côté de cet homme là. Il faut lire A Warm day in Winter pour sentir la chaleur de cette voix poétique là. Dunbar c'est l'Amérique sexy et sauvage, l'intelligence et la souplesse du coeur.
6. Bret Easton Ellis - Le Bret des jeunes années sent bon les années 80. Il chante du Genesis, sort avec les Duran Duran et arbore une sexualité ambigue qui perdra de son charme par la suite. L'élégance au masculin, c'est lui, et ses livres sont si osés que l'homme qui les écrit ne peut passer que pour un monstre d'érotisme. American Psycho, Les lois de l'attraction, Ellis est au coeur des années sexe, des années fric, des années coke. Le modèle est usé jusqu'à la corde. A cette place dans le classement, on aurait tout aussi pu bien mettre son ami Jay Mc Inerney, un brin plus beau mais beaucoup beaucoup moins connu à l'époque. Tant pis pour lui.
7. Casanova - Sans commentaire. Casanova était un écrivain et un séducteur. Il était si beau et détraqué qu'il ne put s'empêcher d'après la légende de séduire sa propre fille et de lui faire un enfant. C'est peu glorieux mais Casanova sut aussi conquérir à la loyale. Quelques-uns de ses Mémoires et soliloques tiennent la route mais il n'est plus lu aujourd'hui. Reste que si l'on ne met pas Casanova dans un tel classement, on ne met plus personne.
8. Francis Scott Fitzgerald - Il fallait un représentant de la séduction aristocratique qui ne soit pas aristocrate. Ce sera Fitzgerald. Elégant, spirituel, sûr de sa valeur, l'auteur de Gatsby le magnifique personnifie la séduction américaine, celle d'avant Bret Easton justement. Défaut majeur : alcoolique également et piètre amant.
9. Marc Lévy - Oui, Marc Lévy. Depuis qu'Alexandre Jardin ressemble à un professeur de lettres déguisé en hamster pour foie gras, Marc Lévy est devenu le chouchou des lectrices de la tranche 30-50. Il est beau, svelte, écrit juste et vit en Angleterre. Marc Lévy donc.
10. Florian Zeller- leader sur la tranche 15-25, Zeller coiffe David Foenkinos sur le fil, et grâce à sa coupe de cheveu superhéroïque élève le niveau de sa littérature à un degré de notoriété inespéré. Zeller au théâtre, Zeller en roman. La multitude de ses talents l'amène à occuper la dernière place de ce classement des 10 plus beaux écrivains de tous les temps. A suivre.... X Men Origins : Wolverine : le livre ou le film ?
Logan est le Lucky Luke barbare des X-Men, un monstre de sauvagerie capable d'éructations animales et en même temps (l'un de ses points communs avec Hulk), un animal blessé, un enfant abîmé, amnésique à la recherche de sa part d'humanité. Alors que les comics choisissent souvent leur angle d'attaque : l'action ou l'introspection en dominante mais sans renoncer au fil des séquences à jouer sur les deux pôles d'attraction du poilu, le film hésite assez peu avant de laisser tomber la part sombre de Wolverine pour en faire une machine de guerre. Le début du film est symptomatique de cette option : le réalisateur démarre en copiant quasi plan à plan le Wolverine Origins de Jenkins et Kubert et ouvre sur une scène iniatique qui nous donne un aperçu de ce qu'aurait pu être un film de Wolverine victorien et inspiré des Hauts de Hurlevent (ce qui est le cas de ce chef d'oeuvre bande-dessinée).
Logan est flanqué d'un pâlot Sabretooth, trop méchant pour être crédible sur la pellicule; Wolverine le film devient un film d'action assez traditionnel d'où les éléments psychologiques introduits par le run de Barry Windsor Smith sont soigneusement évacués. Il aura beau perdre 2 fois sa nana, Jackman n'approche jamais la justesse et la tristesse des comics. Quitte à aller jusqu'au bout, Marvel aurait dû se payer d'emblée un Wolverine vs Hulk qui aurait eu une meilleure gueule, ou à développer l'alliance Wolverine-Captain America contre le joug nazi. (Question subsidiaire : quelqu'un a-t-il vu un cameo lors du débarquement du Captain ? Pas moi en tout cas....) Etrangement et pour une fois, c'est donc la relative homogénéité du film qui plombe son impact et limite sa séduction. L'équipe de superbâtards réunie autour du griffu n'est pas assez individualisée pour prendre corps - elle n'existe pas sous cette forme dans les comics, le réalisateur ayant essayé de fourrer le maximum de personnages en un minimum de temps - et s'en désintéressant dès qu'il a présenté (en 10 minutes) les pouvoirs des uns et des autres. Il ne s'agissait pas de refaire les Inglorious Bastards ou les X Men, mais tout de même. A quoi bon se payer une équipe si c'est pour s'en servir si peu ? Au jeu du qui s'en sort le mieux, Gambit tire son épingle du jeu, Deadpool est à la ramasse en ninja blanc démasqué. Pour le reste, l'équipe ne vaut pas grand chose et le personnage de généralissime devenu emblématique des films adaptés de comics (voir Iron Man, Hulk,...) n'a pas plus d'intérêt qu'ailleurs.
Les livres ou le film donc ? Comme à chaque fois, on répond la même chose : les livres bien sûr mais on peut aussi voir le film pour d'autres raisons et s'amuser tout autant. La distribution (officielle) de pop corns, c'est maintenant sur vos écrans. Pour les autres, c'est aussi la fête à Wolvie dans les étals de librairie avec des rééditions si nombreuses qu'on n'ose même pas les détailler.
De l'amour selon Hunter S. Thompson, Sade et Alain Badiou L'amour, le sentiment amoureux, exprime t-il une vérité universelle ? Eprouvons-nous le même amour selon que l'on soit homo, hétéro ou bisexuel ? L'amour est-il synonyme de fidélité ? Doit-on forcément être fidèle quand nous sommes amoureux ? Existe-il une éthique de l'amour ? A contrario, existe-t-il des lieux où cette éthique et nulle et non avenue ? Des lieux où l'amour et l'infidélité sont la norme ? Ces lieux eux-mêmes sont-ils le reflet d'une vérité universelle plus probante ou d'une réelle évolution des moeurs à l'ère du simulacre ?
Ce sont à ces questions, et à bien d'autres encore, que nous propose de réfléchir Graham Potts, doctorant en sciences sociales et pensée politique, dans "Love Hurts", un texte publié sur C-Theory, le fameux site philosophique des époux Kroker. A l'aune des textes d'Hunter S. Thompson (Las Vegas parano), des philosophes Alain Badiou et Jean Baudrillard, ainsi que ceux du Marquis de Sade, Potts étudie les rites amoureux contemporains, cherchant à en définir une éthique. Hilarant, Potts s'envole pour Las Vegas où il rejoue un parfait simulacre (Baudrillard toujours) de l'épopée de Thompson tout en tentant de démontrer à la lumière des excès de notre époque (drogues, sexe et rock'n'roll) que la versatilité contemporaine n'est pas forcément acquise socialement (ni forcément souhaitable selon Badiou). Il compose ainsi une fabuleuse et drolatique analyse des investissements pulsionnels et idéologiques qui ont façonné notre société, jusqu'à la mener à l'ère du divertissement et à l'absence totale de morale qui la caractérisent aujourd'hui.
A noter que ce texte, comme beaucoup d'autres, est offert gratuitement par C-Theory, célèbre site de pop-philosophie (en ligne depuis 1993) fondé par les Canadiens Arthur et Marilouise Kroker. Indécrottables net addicts toujours sur la brèche, gourous cyber à l'affût du moindre phénomène émergent, Arthur et Marilouise s'imposent comme les observateurs respectés de la révolution de l'information née avec les médias électroniques, et étendent aujourd'hui leur réflexion à d'autres pans de la société et de la pensée. Présents sur tous les fronts, ils unissent cyberculture et street culture, musiques électroniques, arts numériques, nouvelles technologies, philosophie et sociologie iconoclaste en invitant de grands penseurs à venir s'exprimer en ligne sur leur site. Les visiteurs désireux de recevoir mensuellement - et gratuitement - une pleine page de pensée "virtuelle" sont invités à s'inscrire, ils pourront ainsi profiter des lumières de philosophes et metaphysiciens de notre temps (attention, pour anglophones seulement).
Lire aussi : Hunter S. Thompson, la biographie en ligne Alain Badiou, le soldat philosophe
William Blake : le génie qui excuse tout ou à peu près....
Exceptionnelle. Sûrement une révélation visuelle, bien qu'il ne soit pas certain que l'homme d'aujourd'hui soit capable (je dis bien capable) de saisir exactement la culture (folle) dont parlait Blake. Ses illustrations sont des miracles picturaux mais aussi des énigmes pour l'interprétation, dont nous n'avons pas en notre possession le dixième des clés. Du coup, Blake est obscur, branché et permet les pires absurdités. On a fait de lui le Jim Morrisson des poètes parce qu'il avait donné à Huxley le nom de son essai (The Doors of perception) qui donnerait son nom au groupe du Lézard débraillé. Soit. Blake a été conjugué à la sauce Jarmush, cité par Belmondo dans Le Corps de mon ennemi, mais aussi par Alan Moore, c'est déjà mieux, à la fin de From Hell.
Il fait l'objet de dizaines, de centaines, de milliers de vidéos qui, comme celles qui sont sélectionnées ci-dessous, font de lui le poète ultime : inspiré, fou, possédé, le poète rêveur capable de faire descendre ses visions prophétiques et insensées dans des figures communes ou vouées à le devenir : un tigre, un agneau, un arbrisseau, une... nouvelle Jerusalem. Si ces tentatives sont plutôt... ratées, elles prennent Blake par le bon bout et le seul qui vaille peut-être pour le découvrir : se confronter à l'oeuvre et regarder si elle nous plaît. Lire "Jerusalem", "Le Mariage", "Les Chants d'Innocence" et faire ce que l'on peut. Ceux qui lisent l'anglais pourront se procurer la biographie impeccable de Peter Ackroyd. Le livre a une tendance poussée à voir le génie en Blake et à voir la folie et le manque de hauteur dans son entourage. Blake était misogyne, sauf en ce qui concerne sa femme, ce qui n'est déjà pas mal. Il n'était pas si marrant que ça et a mis dans sa vie une sacrée mauvaise foi. Les principes oui, mais point trop n'en faut, si on veut réussir dans l'artisanat de l'art. Blake aurait pu prendre exemple sur Shakespeare qui avait su, lui, concilier plus habilement génie et business. S'agissant de Blake, tout est bon à savoir, rien n'est inutile, sa vie, son oeuvre, tout n'est que poésie, mystère et exotisme à l'anglaise. Qu'on comprenne ou qu'on ne comprenne pas, le message est simple : il faut apprendre à lire les yeux fermés. Ole !
The Tyger Poison Tree
The Lamb Voir le diaporama de l'expo William Blake Pour ceux qui veulent aller plus loin et y aller en VO, c'est ici. L'étrange succès de Benoît Duteurtre : c'est celui qui le dit qui y est (23)Benoît Duteurtre est une figure assez intéressante de la littérature française d'aujourd'hui. Reconnu et méconnu à la fois, il se taille à chaque sortie d'un roman un franc succès critique (à quelques exceptions près) et populaire, sans représenter à la manière d'Angot, de Houellebecq ou d'autres, une sorte de Formule 1 du paysage littéraire ou une star du genre. Les romans de Duteurtre présentent un ensemble de qualités qui correspondent parfaitement au goût de l'époque : 1) ils sont inscrits dans le présent : Duteurtre a parlé de l'interdiction de fumer, de l'écologie, de l'opérette, des vaches (donc de nous), de la société d'aujourd'hui, du conformisme et des grands sujets qui font l'air du temps. Ces approches sont simples, mais colorées subtilement d'anticipation, assises sur des personnages taillés près du corps et qui renvoient au quotidien de chacun. Ce réalisme culturel, à défaut d'être vraiment social (Duteurtre parle et écrit bourgeois) en fait l'un des rares écrivains français généralistes à parler macro et macrosocial. 2) ils sont un brin satiriques et intelligemment bâtis : l'exemple le plus emblématique du talent de Duteurtre est son Service clientèle, encensé par la presse de droite et de gauche et qui s'intéressait quasi exclusivement aux "nouvelles technologies" et à leur portée envahissante, voire avilissante. Portables, abonnements internet : le tout était abordé assez brillamment (drôle disons) comme s'il s'agissait d'une approche journalistique, tendance magazine féminin. Duteurtre sait amuser et ne lésine pas sur les rapprochements bizarroïdes. Dans son avant dernier ouvrage, il parle de sa famille, du Président René Coty dont il est le descendant, de la bourgeoisie, des chrétiens. A son échelle, Duteurtre est le Etienne Chatiliez du livre, un renifleur de tendances plutôt habile et un romancier éditorialiste inspiré. Petite entorse à la règle, son dernier ouvrage Ballets Roses, s'il navigue toujours en eaux IVème République, parle des parties fines d'André Le Toquer, président de l'Assemblée Nationale, de notables et filles de petite vertu, soit une vrai histoire vraie au service de l'imagination. 3) ils sont bien écrits : cela doit être souligné. Nourri chez Houellebecq, Duteurtre est un des tenants de l'Ecriture Contemporaine, soit une écriture... française... sans trop de fioritures mais d'une limpidité et d'une lisibilité totales. Il est donc moderne tout en restant classique. Pas de mots savants (ou pas trop), pas d'effets de style intempestifs, pas de recherche excessive d'originalité mais une quête d'efficacité et de précision qui est tout à fait louable. Il ne faut pas confondre ce type d'écriture avec une écriture sans âme ou "surimi", ce serait une grave erreur. 4) ils sont tenus de telle sorte qu'ils ne blessent pas et ne créent pas la polémique : c'est vraisemblablement là la faiblesse de Duteurtre. Il ne parle souvent que de ce dont on attend qu'il parle. Son observation sociale est consensuelle (il est du côté de la majorité) et dépasse rarement les limites de l'acceptable. Duteurtre, connu à ses débuts pour être l'amant d'Annie Ernaux, a des allures de gendre idéal... du moins dans ses livres. Il est simple, normal, présente bien et pense à l'avenant. Ses prises de position sont courageuses mais peu radicales. En cela, il a un côté académique, presque Vieille France et finalement plutôt conservateur qui peut agacer et fait que les réactions à ses livres et à son écriture sont peu marquées. Duteurtre comme les français aime l'eau tiède qui se donne des allures d'eau bouillante. Il aime l'engagement qui ne fait pas mal aux jambes et les prises de risques... calculées. A l'image de cette scène (un rien ennuyeuse) en vidéo où le point de fixation trop fugace est son intervieweuse poitrinée, le discours de Duteurtre est un discours dramatique parce qu'il met (presque) tout le monde d'accord, un discours intéressant, intelligent mais qui appelle sur le fond et la forme à la concorde. L'excellente littérature doit comporter (peut-être ?) une part de violence et de méchanceté qui semble absente de son mode d'élaboration. Cette absence de rage et ce côté rigolard font qu'on peut aimer Duteurtre mais pas totalement le prendre au sérieux. Le satiriste doit inspirer de la peur (Houellebecq) et Duteurtre fait sourire. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas lire Les pieds dans l'eau, A propos des vaches, Chemins de fer, Service Clientèle,... mais qu'on n'y trouvera pas tout ce qu'on pourrait y venir chercher. Le bateau ivre : Rimbaud dans tous ses états"Le bateau ivre" est l'un des poèmes les plus fameux de Rimbaud, celui par lequel il gagna ses galons de poète "voyant", comme il l'exposait lui-même l'année de sa composition en 1871. Le poème, un bateau qui rompt ses amarres comme le poète avec la norme, l'esprit avec la raison, la vision avec l'ordre, est un poème programmatique, qui expose en une longueur exceptionnelle chez Rimbaud (vingt et quelques strophes), la substance du travail qui sera effectué par la suite. Sur le net, le poème est celui qui donne lieu peut-être au plus de développements (à égalité avec la poésie romantique du "Dormeur du Val") sous forme de commentaires composés (pour les élèves de lycée), d'essais mais aussi de peintures, de dessins, de films illustrés etc. Le Bateau Ivre se déguste à toutes les sauces, pour le meilleur parfois et pour le pire le plus souvent. Dans les trois exemples sélectionnés, on voit toute la vanité que peut avoir une rendition qui tente de transformer la matière rimbaldienne en ce qu'elle n'est pas : la funky attitude ne lui va pas, ni celle qui tend à faire de Rimbaud ce type aux semelles de vent qu'on habille en marin et en bohémien ceinturé d'un accordéon. Ni funky, ni réaliste populaire, ni marin, ni gitan, ni soldat, ni rien : le seul Rimbaud qui marche en images est celui de ces 3 ados qui lui offrent ce qu'il mérite : un petit film au poil à l'esthétique Gus Van Sant, mélancolique, épuré et baladeur. Rimbaud est un poète qui étrangement (pour ce qu'il est populaire) ne souffre pas la récupération, le travestissement, l'habillage. Lu par des acteurs célèbres, il devient lourd et toc. Lu par des gens qui savent lire, il ne dégage plus rien. Il ne produit ses meilleurs effets que débarrassés de tous les artifices, tel qu'en lui-même, une série de vers écrits par un jeune homme d'à peine 17 ans, qui monte à Paris, lus par d'autres jeunes hommes d'à peu près le même âge et avec des rêves pleins la tête. Le bateau ivre scolaire par Alexandre, Aymeric, Valentin Le bateau ivre néoréaliste par Madrillet Le bateau ivre Funky par Alain Ligier Le top 5 des livres difficiles mais qu'on peut lire quand même
Et puis il y a les vrais livres ardus, ceux qu'on avait une envie folle de lire, parce que le thème nous correspondait, parce qu'on en avait lu du bien dans la presse, parce qu'ils avaient l'air superchouettes et qui d'une façon ou d'une autre, sont devenus des montagnes dès les premiers chapitres, des trucs invraisemblables et qu'on a fini par abandonner - très vite - ou au contraire, sur lesquels on s'est acharné de longues heures, de longues semaines, de longs mois parfois, parce qu'ils nous valaient bien. En voivi quelques exemples avec le "top 5 des livres ardus mais qu'on peut lire quand même parce qu'ils sont chouettes même quand on est nuls" :
5. Tim Powers, A deux pas du Néant : le livre de Tim Powers est peut-être la variation la plus compliquée et tordue que vous trouverez aujourd'hui sur les voyages dans le temps. L'auteur y mélange des espions israéliens, Albert Einstein, des sociétés secrètes, Charlie Chaplin et des esprits frappeurs. C'est à la fois comique et un grand roman d'aventure mais il faut sacrément s'accrocher sur les 200 premières pages pour ne pas lâcher prise. A déconseiller à ceux qui trouvent que Retour vers le futur, le film, est trop compliqué quand Marty est en double dans un même espace temps.
4. William H. Gass, Le tunnel : J'ai déjà dit pas mal de choses sur ce Tunnel, parfois mal, parfois de manière imprécise. Avec le recul, le roman se confond aujourd'hui dans mon esprit avec son titre. A moins qu'on ne lui préfère le trou noir. Trop dense pour moi, le livre demande une attention, une concentration, un arrêt sur les mots que je n'ai pas les moyens de mettre à son service. La complexité ne tient pas comme chez Powers à l'intrigue mais plutôt à la construction, au style, à la nature même du projet.
3. Salman Rushdie, Les Versets sataniques : Ma première tentative de lire Les Versets Sataniques est intervenue au moment de leur publication (polémique). Je voulais savoir quelle sorte de livre pouvait entraîner une telle réaction. Je n'ai jamais su, ni jamais réussi à comprendre qui était qui, bloqué gamin par les noms indiens des personnages, puis par la construction rushdienne du récit, trop exotique pour mon esprit cartésien. J'ai réessayé à plusieurs reprises de comprendre Les Versets mais doit avouer ma totale impuissance. Caramba, encore raté !
2. Thomas Pynchon, Mason et Dixon : L'un de mes plus gros échecs de lecteur. Un livre qui sur sa jaquette a tout pour plaire et qui me reste impénétrable. Roman picaresque, géographie, jeux et énigmes, fantaisie et fantastique, et je reste à la porte, scotché par la débauche de moyens, la maestria du romancier, l'ampleur du projet, comme un gamin qui renonce à rentrer dans un palais parce que le portail est trop grand pour lui.
1. James Joyce, Finnegans wake : Difficile d'échapper à Finnegans Wake dans un tel classement. Je l'ai lu pour dire que je l'avais lu, dans l'ordre et sans sauter une page (l'erreur ?). L'impression est étrange (j'en ai repicoré un morceau l'autre jour). On paie assez cher les grands moments où l'on chevauche le texte à dos de mots, à la vitesse d'un train au galop. On paie assez cher en moments de solitude, en ennui et décryptage. L'impression parfois de se coltiner un morceau d'araméen sans le dictionnaire qui va avec. Finnegans résume à lui seul l'intérêt et la difficulté qu'il peut y avoir à aimer les livres "durs à comprendre". Va-t-on au Salon du livre pour draguer ?Posté par Myosotis le 23.03.09 à 10:06 | tags : elucubration
En marge du Salon du livre de Paris et sur YouTube, on peut trouver désormais ce genre de vidéos. Si on y regarde plus près, on se rend compte qu'elles se multiplient autour des événements spécifiquement littéraires, salons, lectures, comme si une étrange association était en train de se créer dans l'esprit des (pervers) vidéonautes, entre l'érotisme, la lecture et les bottes en cuir. Est-il possible que cette femme blonde "mature", dont l'attrait (je m'excuse auprès d'elle) n'a rien de particulier ou de bouleversant, soit simplement dopée par sa qualité de lectrice potentielle ? Si on reconnaît ici à l'oeuvre toute la mécanique voyeuriste (le fétichisme des chaussures, des jupes, le look de prostituée bourgeoise, les faux cheveux blonds, le sac à main), il faut croire que l'on cherche aussi, par delà le sexe et la sensualité, à retrouver dans ces instants volés, l'effet qu'ont la lecture, la culture, les livres sur la... chair fraîche ? Dans un étal de boucherie voyeuriste, peut-on se rendre compte que LIRE améliore la fermeté d'un cul moulé, le tombé du mollet, le galbe d'une cuisse, l'intensité d'un regard ? Fréquenter les salons du livre rend les pervers intelligents : comme des amateurs qui nourrissent les poulets au grain avant de les sacrifier, ceux-ci traquent des entrejambes qui ont gambadé entre les essais et les romans, plutôt que chez Etam ou Mango. C'est étrange mais compréhensible. On ne peut qu'encourager ce phénomène et souhaiter que ces voleurs se paient des modèles... plus jeunes et moins culottées. Les voix fantômes de William Burroughs : vidéo et bande-sonLa poétesse canadienne Myra Davies, adepte du spoken word (l'ancêtre du slam actuel), le dit très bien dans "Burroughs' Bunker", un morceau en forme d'hommage à l'écrivain renégat de la beat generation, qui ouvre son dernier album Cities & Girls : la diction de William Burroughs était si particulière qu'on se moquait finalement de ce qu'il avait à dire... Pour être définitivement captivé par ses lectures à haute voix, il suffisait de se laisser bercer par le flot lent et boueux de la langue burroughsienne. Un rythme qui héritait en droite ligne des mouvements lourds, plus aqueux que liquides, du fleuve Mississipi dont l'écrivain parle tant dans son œuvre. Ce fleuve au bord duquel, jeune homme, il se postait pour tirer à la carabine sur les vautours qui en hantaient les îlots, en compagnie de Jack Kerouac.
Les curieux pourront également découvrir ou redécouvrir ses textes et leur pouvoir, lus par l'auteur lui-même, sur l'excellent site Ubu.com. Extraits du Festin nu, des Garçons sauvages, morceaux d'interviews fictifs, routines, Ubu.com est une véritable mine en la matière. Une journée passée à réécouter les monologues de cette voix fantôme et on finit par se persuader que William Burroughs est bien là quelque part. La preuve avec l'incroyable interview posthume récemment proposée par notre collègue Myosotis... Le lien commercial et le don d'orgasmes sont l'avenir du livre....Posté par Myosotis le 06.03.09 à 17:30 | tags : élucubration
J'y reviens une seconde (et donc dernière) fois mais l'insertion de publicités ciblées, je ne sais trop comment, dans le corps de ce blog, souvent entre le billet et la zone de commentaires, n'en finit pas de me fasciner. J'ai beau me dire que ces messages ne me sont pas destinés et ne m'apporteront aucune satisfaction - je n'ai pas l'intention d'acheter quoi que ce soit par ce biais - chaque expérience (clic) m'amène à des découvertes qui me font, chaque fois, y revenir.
Sur l'échantillon d'aujourd'hui, trois liens publicitaires dont deux, au moins, valent franchement la peine. Le premier lien, je l'élimine, renvoie vers un site (sûrement très bon) de fournitures de bureau tout à fait convenable et traditionnel. Rien de bien marrant si l'on ne dirige pas une armée de secrétaires ou une entreprise de 1000 personnes ou si on n'a pas l'occasion (comme beaucoup) d'emprunter les 3 ou 4 crayons (pointe fine, noir, bleu, Pinball) dont on a besoin dans la réserve du boulot.
Deuxième lien : cette histoire de bureaux à louer à Montreuil. A priori la première question qui se pose est la suivante : que fout ce lien sur le blog livres ? Quel rapport avec le livre et surtout pourquoi l'automate si puissant et qui a l'air de connaître son affaire a-t-il trouvé bon et légitime de l'incruster ici ? Il faut toujours faire confiance à la machine. Bureaux de 15 à 350 m2. Que pourrait bien faire un visiteur du Blog Livres de 15 m2 à Montreuil , 278 rue de Rosny ? Entreposer des livres ? Les cacher en cas de saisie ? Monter un quotidien ou un magazine de littérature érotique ? Par les temps qui courent, ce serait un truc bizarre mais pourquoi pas, si on n'en a les moyens. Cette histoire de bureaux renvoie peut-être à une question plus importante qui est l'espace nécessaire au rangement de sa bibliothèque. On l'a déjà dit à maintes reprises, en attendant le tout numérique (retro satanas), entreposer ses livres chez soi est un calvaire.
L'automate suggère vraisemblablement aux lecteurs de déstocker et d'externaliser cet hébergement dans le secteur commercial et privé. On peut choisir pour 40 euros/ mois de louer un m3 de stockage dans une entreprise spécialisée ou considérer que nos livres méritent mieux. Alors qu'au XIXème siècle, les rentiers et les bourgeois avaient les moyens de s'offrir une garçonnière-bibliothèque pour s'isoler, lire et aimer en paix, on pourrait imaginer qu'un local de bureau serait plus accessible et autoriserait à un collectionneur contemporain à peu près le même usage. Soit.
La vraie pépite de sélection reste, malgré tout, le lien n°3 : i-editions.com, une maison d'édition qui a un projet ! Hé, oui, il faut le considérer avec attention car c'est un projet intéressant qui communique notamment sur l'idée d'un retour sur investissement... assuré. Est-ce à dire que si vous auto-éditez une immonde merde (c'est facile), i-editions.com est si fort qu'il vous garantit à peu près de rentrer dans vos sous ? Ca y ressemble. En vitrine - et là encore, ça vaut son pesant de cacahuètes littéraires, deux ouvrages qui semblent des must du genre, et capables de rapporter un maximum de blé :
1. Les vêtements d'Hiroshima : il fallait y penser et ils y ont pensé. « Je ressentais le besoin de photographier ces signes intimes du corps des victimes de Hiroshima, je voulais transmettre la souffrance dont ces tissus sont les témoins. Les vêtements des victimes de l'explosion me sont apparus à la manière de fossiles que l'on découvre enfouis, qui renferment les sensations de ce qui a été vécu dans la chair, la douleur, l'impuissance, la honte. » Je me disais bien aussi qu'un tel ouvrage manquait. Pas vous ? Iconographie au poil, projet pour le moins original et tout à fait louable. Voilà une chouette idée de cadeau pour qui s'intéresse aux vêtements d'Hiroshima, non ?
On peut s'accorder pour trouver la publicité invasive mais avec cet automate là, c'est de la poésie en barre sur chaque livraison. Il faut se rappeler que certains écrivains (Amis, Palahniuk, et d'autres) sont désormais sponsorisés, au même titre que les réalisateurs de films, pour faire apparaître des noms et des marques dans leurs ouvrages.Bret Easton Ellis le faisait à l'œil, ce grand niais. La pub et le name-dropping sont l'avenir du roman de gare. Ils rapporteront bientôt plus que les ventes misérables de livres. On vous aura prévenu. Innsmouth de Lovecraft, la comédie musicaleComme le montre l'adaptation ratée de Watchmen : les gardiens dans les salles en ce moment, ce n'est pas parce qu'une adaptation est "fidèle" qu'elle est bonne. Au contraire, les deux termes sont plutôt antithétiques. Prenez l'oeuvre de H. P. Lovecraft. Sa misanthropie en a toujours fait la grande favorite des geeks qui trouvent en elle un réconfort à leur solitude. Un peu comme il trouvent un réconfort à leus troubles existentiels dans l'univers bourré de sens de Watchmen. Comme les geeks sont des gens créatifs, ou du moins comme ils ont du temps à tuer, à travers les années ils en ont réalisé beaucoup, des adaptations de Lovecraft. Des adaptations plus ou moins réussies mais le plus souvent peu fidèles parce que rééllement réappropriées. Peut-être parce que les geeks d'aujourd'hui ne ressemblent tout de même au fond pas tant que ça à un vieil anglais acariâtre et raciste du début du siècle dernier. Ceux qui se font appeler The HP Lovecraft Historical Society, par exemple, enregistrent depuis des années des chansons inspirées de l'univers de leur maître. Et quand un autre geek en prend une pour la mettre en image, ça donne ça, "Fishmen", une version du Cauchemard d'Innsmouth en comédie musicale : Lire au bureau, c'est possible avec Readatwork
Le gars (cinquante ans, portant beau et visiblement ayant bon goût en poésie) avait distraitement étalé des photocopies du recueil, une bonne douzaine de pages, sur son bureau, et les décortiquait comme s'il épluchait une note de service ou un rapport d'activités, en essayant (en vain) de dissimuler sa funeste et sournoise activité aux importuns. Bon prince, j'ai détourné le regard comme si de rien n'était et décidé de ne pas l'accabler, ce qui n'aurait pas été le cas, je l'avoue, si je l'avais surpris en train de lire Marc Lévy ou Anna Gavalda. Il faut avouer que lire La Terre Vaine au bureau est à la fois un choix incroyablement pertinent, approprié et... risqué.
Si j'en avais eu le courage, j'aurais bien sûr conseillé à ce collègue poète, de se connecter au merveilleux instrument qu'est ce read-at-work qui permet par un simple clic d'accéder, sous la couverture d'une interface Windows tout ce qu'il y a de plus anodine, à des dizaines d'ouvrages en langue... anglaise. On peut ainsi se payer un Shakespeare en donnant l'impression de contempler un rapport ou un document Word de base. Etrangement, je ne connais pas l'équivalent français de ce site. Alors qu'une requête simple sur google de type "read at work" renvoie à des tas de discussions passionnantes sur les lectures qu'on peut s'autoriser sur son lieu de travail, la même opération en français (lire au travail, donc) donne un résultat très décevant : "lire du travail", "comment lire efficacement", ce genre de choses. Soit le français est particulièrement fier de rester dans la clandestinité et refuse d'en faire état sur le net, soit on vient de trouver une preuve nouvelle de notre remarquable productivité. L'écriture automatique est-elle passée de mode ? Atelier de trivialités (11)L'écriture automatique à la Breton est un peu passée de mode, le cut-up à la Burroughs-Gysin n'a plus le vent en poupe. Ce qui marche un maximum en ce moment comme en témoignent les dizaines de vidéos similaires à celle-ci que l'on peut regarder sur le net, c'est l'écriture automatique spirite. Matériel nécessaire : une bougie, une pénombre semi-nocturne renforcée si possible par des rideaux lourds en velours rouge, une table ronde en bois de préférence, une autre bougie, un stylo, une ou deux amies frémissantes (prendre si disponibles des jeunes filles fraîches et au teint pâle, des rousses et brunes prioritairement), un gothique, une planche Ouija (à défaut une ardoise avec une craie blanche taillée en pointe) et un embryon de tempête (pluie bienvenue). L'écriture spirite permet théoriquement d'interroger les esprits des disparus célèbres, proches ou inconnus, de convoquer des démons de bas étage et accessoirement de tenter quelques vers poétiques. A lire les questions sur les forums comme celle-ci : "J'essaie depuis quelque temps de faire de l'écriture auto, mais j'ai l'impression que ca tourne en séance de spiritisme ! En fait je prends une feuille de papier et un stylo,j 'écris le prénom de ma grand-mère et j'attends en essayant de me concentrer et de penser à elle. Je n'écris rien mais mon stylo bouge et forme des espèces de dessin bizzare qui ne représente rien de connu ! Je sens une présence (ou plusieurs,je ne sais pas) près de moi, alors j'arrête parce que je commence à avoir peur. A votre avis comment dois je interpréter cela ? Quelle est la différence entre le spiritisme et l'écriture automatique ? Est-ce que les 2 sont dangereux ?" Le projet n'est pas sans risques et ne laisse pas indemne. Sur le plan strictement littéraire, il n'est pas démontré que l'écriture spirite soit un must. Les mots sont décousus, peu nombreux, assez mal écrits et on n'obtient rarement autre chose que des séquences sans queue ni tête. Ceux qui ont une ambition littéraire et qui voudraient vraiment persévérer dans cette voie auraient intérêt à suivre ces quelques conseils élémentaires : 1. Utiliser un stylo feutre plutôt qu'un bille ou un plume. Il glisse mieux et ne risque pas de déraper, si l'esprit venait à s'exciter. Pensez qu'un revenant qui aurait tout ce chemin jusqu'à vous préférerait clairement user d'un pinball noir classieux et léger que pousser un Montblanc à 1000 euros de 350 grammes. 2. Convoquer de préférence un esprit sachant écrire et ayant une réputation littéraire établie. Pour rappel, la convocation se fait assez simplement en écrivant en haut de page le nom de celui-ci que vous appelez. Pas la peine d'appeler Marc Lévy (ok, ce n'est pas un bon exemple), Jean D'Ormesson, ou Pascal Sevran. N'appelez pas non plus une célébrité internationale du type Shakespeare, qui de notoriété spirite, a décidé depuis 250 ans, de ne plus répondre à ce genre d'appels idiots. Prenez un écrivain moyenne-gamme, un peu oublié, genre Montesquieu, le Cardinal de Retz ou que peu de jeunes tels que vous iront solliciter. Cela maximisera vos chances d'avoir une réponse. Evitez évidemment les stars gothiques telles que Baudelaire ou Poe. Ils ne se déplaceront pas. 3. Si vous n'obtenez pas de bons résultats, remballez votre matériel et tentez la tout aussi simple manipulation des enregistrements à la Raudive. Prenez un magnétophone ou un enregistreur MP3, réglez votre équaliseur sur une sensibilité maximale aux basses (un réglage "The Fall" fait très bien l'affaire), et allez vous coucher. Lorsque vous vous réveillerez, connectez votre lecteur à votre chaîne hi-fi et poussez le volume à fond. Vous tenez votre poème. Illustration par une de mes tentatives récentes, poème obtenu après une nuit d'enregistrement en janvier : "Pain, Pain, crise, tu n'auras point /Main main, cris, mange ta main /Pas à pas, pain à pain, décharne et décharge / de tes poids gras double t'évideras." La ponctuation a été rajoutée, ainsi que quelques mots de transition. Pour un poème en écriture spirite, ce n'est pas si mal. J'avais pour l'occasion convoqué l'écrivain américain Sinclair Lewis, mort le 10 janvier 1951 à Rome. Je ne sais pas si ces quelques mots sont de sa main, mais cela montre que l'écriture spirite, ça marche ! Quel point commun y-a-t-il entre Edgar Allan Poe et un oeuf ?Quel rapport y a-t-il entre Humpty Dumpty, oeuf rendu célèbre par une comptine, et Edgar Allan Poe ? Pas grand-chose a priori, mais ce chouette film (marchand) était l'occasion de revenir quelques instants sur le 200ème anniversaire de la naissance de l'écrivain, célébré en grande pompe, il a quelques jours, aux Etats Unis. Né le 19 janvier 1809 à Boston, Poe fait l'objet d'une féroce bataille mémorielle entre plusieurs villes qui aimeraient toutes s'imposer comme la ville préférée des touristes littéraires intéressés (et ils sont nombreux) par l'auteur des Aventures d'Arthur Gordon Pym et autres contes et histoires extraordinaires. Poe est célébré à Baltimore où il a résidé à partir de l'âge de 23 ans, avant de déménager à Philadelphie. Là, il est allé de maison de location en maison de location, et la dernière par laquelle il est passé a été déclarée Site National Historique Edgar Allan Poe par l'équivalent américain du service des "monuments historiques". A côté de cette maison dite du Spring Garden, le personnage de Poe est aussi revendiqué par New York, où il a résidé dans un petit cottage du Bronx. En miettes mais entier Cet éparpillement de Poe, qui reste l'un des écrivains les plus lus au monde pour ses nouvelles et son talent immense (La Lettre volée, Le Corbeau et à peu près les 3/4 de ce qu'il a composé sont des merveilles) nous ramène évidemment à l'ami Humpty Dumpty, beaucoup moins connu que Poe de ce côté-ci de l'Atlantique, bien que promu par un autre type bizarroïde dans son Alice au pays des merveilles. On lui prête au moins une douzaine d'origine. HD est un roi ou alors un con, quelqu'un d'important, réel ou imaginaire, du XIVème ou XVIIème siècle. Comme vous le verrez, si vous ne le connaissez pas, Humpty Dumpty est donc un personnage de comptine, souvent représenté sous la forme d'un oeuf. La comptine dit à peu près ceci (en traduction maison) : "Humpty Dumpty sur un mur perché./ Humpty Dumpty par terre s'est rétamé./ Ni les sujets du Roi, ni ses chevaux / N'en purent jamais recoller les morceaux." C'est évidemment beaucoup plus goûteux en anglais mais cela dit bien ce que cela veut dire. Poe et Humpty Dumpty sont tous les deux tombés du mur, ce qui est une façon comme une autre de parler de la mort. Dans ces cas là, et qu'on soit oeuf ou poète, il n'y a qu'une issue : l'éclatement en mille morceaux, morceaux-contes, morceaux-puzzle, morceaux-villes, morceaux-souvenirs. La mort a cette caractéristique de changer l'unitaire en fragments : cela vaut pour le corps évidemment, mais surtout pour l'histoire de l'homme, qui devient alors légende. De toutes les composantes de l'homme ou de l'Humpty Dumpty, il n'y a guère qu'un élément qui ne pâtit pas de la mort : l'oeuvre ou la comptine. Même écrasé au bas du mur, même six pieds sous terre, l'oeuvre de Poe se transmet aussi vive et multiple que le conte d'Humpty Dumpty (chanté par Abba ou Genesis, par des enfants, des gothiques et des foldingues). En ces matières, seul l'art échappe à jamais au nevermore. Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d'un démon qui rêve; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s'élever, - jamais plus! Quels romans faut-il lire pour mieux traverser la crise ? On aurait tendance à dire que la vie ne peut pas s’apprendre (que) dans les livres. Pourtant une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l’université de Washington, basé à Saint Louis, montre le contraire : loin de déconnecter de la réalité, la lecture donnerait les moyens d’affronter certaines situations de la vraie vie… Quels livres faudrait-il alors avoir lu pour traverser la crise de 2009 ?C’est un article du Guardian qui nous fait le rapport de cette étude, lancée par le département des sciences cognitives de l’Université de Washington. Des examens menés sur plusieurs participants ont révélé que la lecture, loin d’être une activité passive, stimule considérablement l’activité cérébrale du lecteur, en fonction des contenus du livre en question. Par exemple, s’il est fait mention d’un personnage qui tire sur une corde, c’est la région du cerveau contrôlant nos mouvements pour saisir les objets qui se retrouvera en pleine activité. La lecture permettrait donc au lecteur d’assimiler toute situation rencontrée dans le récit, de sorte à pouvoir réagir dans la vraie vie face à une situation similaire. En d’autres termes, lire les aventures sentimentales désastreuses de Bridget Jones aideraient les femmes à mieux gérer leur vie amoureuse…
Lire aussi : Maisons d'écrivains : les oeuvres ont-elles une adresse ?Le Musée Zola à Medan
J'ai toujours un peu de mal avec les maisons d'écrivains. Faut-il se contenter de lire les livres ou y a-t-il un intérêt réel à découvrir l'endroit exact où a été écrit tel ou tel livre, de voir la chaise de l'auteur, de quelle couleur était peinte sa chambre, ce qu'il voyait ou ne voyait pas par la fenêtre ? J'ai visité la maison de Rostand, le Musée Zola à Medan (vidéo), celle du séjour romain de Keats, la maison de Shakespeare et puis un tas d'autres mais je ne suis pas certain au final que cela ait eu une véritable résonance sur ma compréhension de leurs oeuvres. Dans certains cas, on peut se faire un plaisir de midinette et avoir l'impression de sentir la présence du "Grand Homme" entre les murs, voir où il a traîné ses savates, où il a aimé, fait pipi, voir où il a posé son coude.
C'est à chaque fois émouvant d'effleurer un objet qu'il a possédé ou utilisé, de mesurer les distances entre les murs, de monter et descendre les escaliers en se calant sur son ancien pas. Et puis quoi ? Pensez-vous que, si on figeait votre baraque le matin du 3 février 2009, et qu'on y revenait, disons le 3 février 2209, vous y seriez encore ? Pensez-vous que les visiteurs du futur auraient suffisamment de connaissance de votre époque, de votre morphologie, de vos moeurs pour comprendre pourquoi vous aviez mis telle ou telle chose au mur, mis tel meuble sur tel mur ? Pensez-vous que ce serait instructif pour eux et qu'ils pourraient, ne serait-ce qu'une seule seconde, y entrevoir votre âme ? Une personne normale et qui ne vous vouerait aucune sorte d'admiration ne trouverait-elle pas ce spectacle d'une maisonnée ré-ordonnée à la mode de l'époque pour la visite totalement inintéressante ?
Trou noir Il me semble avoir vu dans un magazine un portrait de Marc Lévy chez lui et je m'en souviens à peine. On peut choisir comme d'autres (touristes) de préférer aux maisons les lieux qui sont décrits par les romans, la périphérie des tournages. La Normandie de Maupassant est instructive, le Combray de Proust dont certains empruntent le circuit à neuneux, est un must. On peut courir la lande des Hauts de Hurlevent comme si on était transi d'amour, faire le circuit Ulysse avec James Joyce dans sa poche ou une croisière Odyssée homérique avec Pascal Sevran (mort) en animateur expert. Qu'il s'agisse de se replonger dans les lieux de l'écriture ou dans les lieux du livre, la démarche peut répondre à un besoin du lecteur mais n'a en soi pas une grande valeur critique (si on n'écrit pas une thèse sur le livre ou l'auteur évidemment).
Elle rappelle que la lecture est lecture du livre mais surtout un fantasme du lecteur autour du livre lui-même, construit sur du sable, et qui incorpore à l'acte de lecture toute une matière qui lui est extérieure. Toutes proportions gardées, il n'est pas insensé de considérer qu'en lisant, on met en place dans son canapé un trou noir qui aspire tout ce qui se présente ou a pu se présenter autour : nos propres souvenirs, notre propre environnement, mais aussi tout l'entourage sensationnel du livre, sa couverture, ses pages, sa police de caractère, son intrigue, sa langue, auteur, maison de l'auteur, époque,.... D'une certaine façon, c'est cette dynamique du trou noir sensationnel qui explique le succès de la série des Jasper Fforde, Affaire Jane Eyre et co, laquelle repose sur la mise en 3D du rapport au livre. Michael Chabon est-il bidon ? C'est celui qui le dit qui y est (22)Révélé en 1988 par son premier roman, Les mystères de Pittsburgh, Michael Chabon est un (jeune) prodige de 46 ans, dont on peut lire désormais lire Le Club des policiers yiddish, récemment traduit en français aux éditions Robert Laffont. Depuis l'expérience décevante de La Solution finale, chronique doylienne un rien fumeuse et exagérément ampoulée par l'auteur, on pouvait se méfier un tantinet de Michael Chabon, à qui certains reprochent depuis quelques années maintenant de trop en faire. Avec ses allures de golden boy tendance Midas, Chabon s'est attiré beaucoup d'inimitiés. Ses constructions romanesques sont subtiles, limite précieuses, référencées dans un champ culturel que beaucoup ne partagent pas (l'intelligence et l'humour juifs pour dire les choses) et sont parfois taxées de roublardise. L'esprit pop qui guide ses compositions est critiqué, de même que sa manière d'utiliser du vocabulaire savant, bizarroïde pour créer des effets littéraires spécieux. Sans être mis au procès comme a pu l'être Danielewski, Chabon est soupçonné d'être trop bon pour être honnête et finalement un peu falot, une sorte de Marc Lévy du roman indépendant si l'on peut dire. Les méchants sceptiques sont allés jusqu'à lui coller une étiquette d'écrivain gay, ce qui ajouté à sa judéité affirmée, ferait beaucoup pour un seul homme américain, au motif que les relations entre les personnages masculins de ses romans sont ambiguës. Chabon a répliqué en disant qu'il avait effectivement eu par le passé ce type d'expériences. Sur son oeuvre, pourtant, il faut avouer que Chabon n'a pas fait beaucoup de faux pas. Ses Extraordinaires aventures de Kavalier & Clay sont impeccables, ses Garçons épatants le sont aussi et les Mystères de Pittsburgh... mystérieux. Son Club des policiers yiddish a l'air appétissant sur le papier, cocasse, humoristique, intelligent comme le sont les romans de Flann O'Brien, ce romancier culte irlandais auteur entre autres choses du Troisième Policier ou de Swim Two Birds. Chabon est un auteur à suivre, pas encore les yeux fermés, mais un prodige à surveiller dont le seul pêché est peut-être d'écrire des livres trop intelligents pour ses lecteurs. C'est un autre débat, mais les constructions trop solides ont, en littérature, des défauts que n'ont pas parfois les édifices branlants. Ce qui menace Chabon, c'est un art dont la vie et la modestie seraient absents. Trop brillant pour être honnête, on disait.... La vidéo (hideuse) est adaptée du génial roman de Chabon, Les Extraordinaires aventures de Kavalier & Clay. Lire aussi : Mallarmé et les fantômes japonais : C'est celui qui le dit qui y est (21)Mais dont le temps est résolu en des tentures sur lesquelles s'est arrêté, les complétant de sa splendeur, le frémissement amorti, dans l'oubli, comme une chevelure languissante, autour du visage, éclairé de mystère, aux yeux nuls pareils au miroir, de l'hôte, dénué de toute signification que de présence. C'est le rêve pur d'un Minuit, en soi disparu."
Il fallait oser le parallèle entre l'Igitur de Mallarmé et les films de fantôme chinois. C'est peu ou prou ce que propose cette vidéo réellement réussie (ça change) qui entreprend de filmer l'infilmable, au travers de cette évocation. Le poème, conte, cycle, comme on voudra, n'est pas coton à résumer. Disons qu'avec lui, Mallarmé choisit de s'enfoncer au bout de sa nuit. Un être (incarné à ce sens) décide dans la nuit de devenir une partie du néant ou de fusionner avec lui. Dans sa dissolution, une sorte de transmutation se produit qui aboutit à un flash type "conscience de soi" paranormale et à une sorte d'irradiation de joie. Hum... pas sûr d'être clair. Disons qu'Igitur est un monument théorique qui relie dans un mouvement hypnotique un travail sur le verbe, son apparition, son explosion, sa sublimation et un travail sur l'être, ce que se trouve être assez exactement les histoires de fantômes japonais, à la Ring et surtout Kaïro, avec les tâches aux murs et les mouvements entre les mondes.
Ce bref extrait montre à quel point Mallarmé est resté contemporain et à la pointe du progrès. La thématique de l'être au non-être, du corps au fantôme, de la dissolution et de la réincarnation est au coeur de nombre de projets émergeants, qu'il s'agisse d'avant-garde artistique, de cinéma (on l'a dit) mais également de réflexions sur les nouvelles technologies. Le devenir-spectre, la renaissance digitale sont autant de notions qui sont sous-jacentes quelques dizaines d'années avant leur actualisation dans le discours mallarméen. Ce qui frappe ici encore plus évidemment, c'est aussi cette capacité du verbe mallarméen à suggérer ce lent mouvement de dissipation. La place des mots est essentielle dans le schéma d'Igitur, leurs glissements, leurs inversions, les découpages de ponction viennent peu à peu couper l'être de sa consistance et produire l'impression globale d'étrangeté. Au final, on a l'impression (pas tout à fait fausse) saisissante que c'est le verbe qui découpe le corps et le recompose vers la fin du livre. Cette opération, clinique, poétique et mystique, est aussi glaçante que bluffante. Lire aussi : Les bienfaits de la pub sur Fluctuat : le jour où j'ai croisé Lucas GrantCertains s'en sont plaints pour le principe, d'autres s'en foutent : il y a désormais de la publicité incrustée directement entre les billets de ce blog. Cela ne gêne pas vraiment la lecture et oblige simplement à glisser un peu plus vite et un peu plus loin pour aller du post aux commentaires, du billet au billet suivant, etc. La publicité est partout et j'imagine que cela fait quelques rentrées d'argent supplémentaires, ce qui, en temps de crise, comme l'a souligné un observateur, est dans l'air du temps.
Secrets délices de Sarah Mayberry : Grand, fort, des épaules musclées et un visage parfait : Lucas Grant est incroyablement séduisant, encore plus beau que sur les photos des magazines où Sophie l'a souvent admiré. Bien trop troublée par sa présence, elle se demande si elle n'a pas accepté un peu vite de suivre ce play-boy dans une villa aussi idyllique qu'isolée afin d'être sa cuisinière pendant un mois. Car tout en lui respire la sensualité, et la manière dont il la regarde ne laisse aucun doute sur la nature des recettes qu'il aimerait expérimenter avec elle. Mais après tout, et même si ce n'est pas dans ses habitudes, c'est peut-être une occasion rêvée d'explorer ses fantasmes les plus secrets dans les bras d'un amant hors pair. Qui travaille au CDI ? - Atelier de trivialités (10)On a tous en nous quelque chose des Choristes. On a tous en nous quelque chose de Tennesxxx..... quand on s'intéresse au rapport aux livres, le retour vers le passé est inévitable : le goût des livres de demain a le goût des livres d'hier. Etrangement, l'homme vieillit mais pas le lecteur. Le lecteur est toujours jeune, immortel, le lecteur se branche directement sur la fontaine de jouvence qu'est le livre et peut instantanément (l'effet Madeleine appliqué au livre) recouvrer l'apparence physique et mentale qu'il avait le premier matin où il tint entre ses mains un livre ou un illustré. Les vieillards lisent avec des coeurs de jeune homme ou de jeune femme, jusqu'à leur mort et probablement même après. La lecture est la seule expérience humaine qu'il est possible d'aborder en dehors du temps et en dehors de la finitude de l'existence. Cette approche donne une importance déterminante aux lieux et endroits de premier contact avec l'écrit : la bibliothèque familiale, la collection du Reader Digest du père, dans la vitrine de la salle à manger, le fauteuil du salon, la bibliothèque municipale et, lorsqu'il s'agit de lier travail et plaisir, livre et turbin : le CDI. Le CDI est un univers étrange, à mi-chemin entre la salle de classe, de travail et la chambre de bibliothèque. C'est un endroit (un centre de documentation et d'information, rebaptisé depuis en Centre Documentaire ou Educatif... fermé) au statut incertain où se mêlent des gens qui travaillent, des gens qui font tout sauf travailler et d'autres qui se détendent et s'évadent, en prenant des livres que personne ne leur a commandé de prendre. Il y a dans les CDI des livres de littérature et des livres d'aventure qui n'ont rien à voir avec l'étude, des livres qui font voyager, des classiques, des modernes, accumulés au gré des programmes et des demandes, parfois farfelues, des professeurs. Dans le mien, par exemple, (je veux dire celui où j'étais collégien, il y a une éternité) et par une raison que je n'ai jamais élucidée, quelqu'un avait fait acheter 20 exemplaires des Lois de l'attraction de Bret Easton Ellis. Ils étaient là, en rang, serrés les uns contre les autres, gardés par une documentaliste à lunettes qui vraisemblablement ignorait qu'on les lui avait confiés. D'après la fiche de sortie des ouvrages, aucun n'avait jamais vu la lumière du jour, ni été placé dans les mains d'un élève. Je suppose qu'aucun professeur n'avait eu l'idée de les étudier en oeuvre suivie pour le bac ou le BEPC, mais ils étaient là pour de bon. J'en ai pris un au hasard, pensant que le livre parlerait d'amour (j'étais dans ces histoires de cristallisation stendhalienne jusqu'au cou). Autant dire que je n'ai pas été déçu. Malgré moi, avec Bret Easton Ellis, cela a été la seule fois de ma vie où j'ai vraiment appris quelque chose au CDI. Les Lois de l'Attraction. C'était d'une certaine façon un roman d'amour. Il paraît que les CDI d'aujourd'hui ont bien changé. On y trouve encore quelques tronches mais surtout, raconte-t-on (et la vidéo le montre), des ados qui ricanent (on ricanait à l'époque), essaient de séduire des nanas, en s'envoyant des SMS. Le centre d'attention a migré des livres vers les téléphones portables, ramenant les rayonnages de la bibliothèque et du CDI, à un simple décor pour l'application d'une réalité virtuelle qui n'est plus la réalité virtuelle ou fictive portée par les livres. Comme partout, c'est la réalité même du lieu qui s'est virtualisée et le virtuel (le monde du SMS, de l'échange dématérialisé) qui est devenu l'endroit du réel. A ce titre, on peut dire que les CDI n'existent plus comme ils existaient par le passé et que plus personne ne peut y travailler sans être ailleurs. C'est bien dommage car on s'y amusait bien. |
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