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Michal Witkowski et le roman pédé

Posté par Myosotis le 07.01.08 à 17:15 | tags : roman, éditions de l'olivier

Lubiewo est le premier roman de Michal Witkowski, jeune trentenaire polonais, gay revendiqué et critique littéraire (nous dit sa courte biographie) dans plusieurs journaux mainstream (j'entends par là, non "communautaires") polonais.
Se revendiquant du Decameron et de Pasolini (celui des films, de Salo mais, on l'imagine aussi, des Garçons Sauvages et autres rêveries homoérotiques à caractère sociologique), Michal Witkowski (rien à voir avec le Michal voleur d'orange que nous connaissons par ici) nous propose en 300 et quelques pages un voyage assez habile dans l'univers des gays polonais, sujet auquel, on doit l'avouer, on avait jamais pensé avant... A travers une sorte de reportage dont il est le narrateur, le chroniqueur et l'acteur intermittent, l'écrivain entreprend de recueillir les voix de dizaines d'homos polonais, en villégiature sur une plage de la Baltique Lubiewo, qui sert de prolongement sexuel et estival à la faune des tapettes de Wroclaw. Le double intérêt de ce "roman pédé" repose, à la fois(...)

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Lubiewo


Editions de l'Olivier - 358 pages



Jonathan Franzen vous souhaite la bienvenue dans sa zone d'inconfort

Posté par Easywriter le 27.12.07 à 16:02 | tags : éditions de l'olivier, roman

Avec la Zone d'Inconfort , Jonathan Franzen ne sacrifie pas aux rites du genre autobiographique moderne : nostalgie brodée sur le mode ironique, références pop tous azimuts, ancrage générationnel explicite.

Jugez plutôt : le jeune Jonathan a été élevé dans le Missouri et parle peu des névrosés de la côte Est (ou Ouest), a fréquenté avec enthousiasme des clubs de scouts chrétiens, étudié l'allemand et nourrit une passion particulièrement diserte et vraiment passionnante pour l'ornithologie (si, si).
N'étaient ses très belles pages sur Charlie Brown et Peanuts, le romancier ne nous adresserait quasiment aucun clin d'oeil.

Le pitch ? Alors qu'il visite une dernière fois la maison familiale promise à la vente, Franzen déroule ses souvenirs adolescents, premières émois sexuels, cavalcades débiles avec les potes, expérience de la honte familiale, etc...

Rien de bien original dans son propos, et pourtant, en six chapitres qui se lisent comme autant de brèves nouvelles, l'auteur des Corrections offre un livre particulièrement émouvant conçu comme un "pré-roman" : thèmes personnages et événements sont au rendez-vous sans que l'écrivain n'ait encore trouvé le liant qui en ferait une bonne grosse fiction agencée et rassurante.

Et c'est précisément cet aspect inabouti qui lui permet de sublimer la commune chronique des jours perdus en une réflexion autrement troublante sur l'intimité dévoilée. Sur ce qu'implique le fait de se dire et de ne pas y arriver. Franzen y est maladroit jusque dans la description de sa maladresse, de sa gaucherie.

Et fanfaronne nettement moins que dans son ouvrage précédent. Rétrospectivement, La zone d'inconfort éclaire d'ailleurs un fait qu'on peinait à identifier jusqu'ici dans Les Corrections : Franzen a un problème assez sérieux avec l'intimité, y compris celle de ses personnages, une sorte de psychorigidité littéraire partiellement masquée par une verve inouïe mais qui cache plus qu'elle ne révèle.

Car l'auteur ne manque ni d'inventivité ni de puissance d'évocation et a justement les défauts de ses qualités : érudit et ambitieux, il est régulièrement beaucoup trop bavard et Les Corrections pâtissait de ce que voulant à tout prix maîtriser totalement son ouvrage, il allait jusqu'à sacrifier inutilement certains personnages sur l'autel de ses pesantes démonstrations. On croyait lire un chirurgien méticuleux et on subissait finalement 700 pages de la prose d'un artificier surdoué.

Cette fois Franzen laisse intact ce qui résiste. Conscient qu'il y a ce que disent les mots et ce qu'ils cachent. Que la littérature a autant à voir avec le fait de dire que celui de taire. Dans la zone d'inconfort il n'y a pas de place pour le show.

On veut donc croire que l'auteur a moins échoué dans une entreprise autobiographique que réussi à créer une forme fidèle à ce qu'est toute histoire personnelle racontée : la quête nécessaire et forcément ratée du sens à travers la reconstitution hasardeuse de sa vie.
Comme un ornithologue obsessionnel peut perdre la sienne à traquer dans les marais, un furtif canard siffleur qui se dérobera sans cesse à son regard.

 

la Zone d'Inconfort

Jonathan Franzen

Editions de l'Olivier

 

 


Rachel Cusk et les desespérantes housewives

Posté par Easywriter le 05.10.07 à 11:10 | tags : roman, éditions de l'olivier

 

Ca va être compliqué à force de n'être d'accord avec personne sur cette rentrée littéraire. Après la déception Tom est mort, la semi-déception A l'abri de rien, voici le cas Rachel Cusk - juste un tiers de déception si on garde la même échelle de valeurs.

Au moment où on dépouillait les programmes de rentrée ( en juin), Arlington Park nous inspira la plus grande sympathie : un écrivain anglais que la prestigieuse revue Granta considérait comme l'une des plus plumes les plus prometteuses du moment, recompensé par des prix littéraires respectables, publiait un ouvrage décrivant l'enfer pavillonnaire vécue par des Desperate housewives anglaises avec le talent de Virginia Woolf.

Outre qu'il serait raisonnable d'arrêter de voir planer l'ombre de Virginia Woolf dès qu'un ouvrage féminin et féministe possède quelques qualités, comparer Arlington Park à la série américaine est une erreur : Desperate ne brille pas par la qualité de son étude de moeurs - ce que Cusk réussit en partie.
La banlieue pavillonnaire qui sert de décor au feuilleton est plutôt friquée alors qu'Arlington Park est un mouroir très middle-class, et, last but nos least, l'intérêt de la série est sa capacité enjouée à rebondir là où le roman ne raconte quasiment rien. Et c'est d'ailleurs ce qui finit par lasser.

Pourtant Cusk ne manque pas de talent, et notamment de celui de portraitiste. Singulièrement pour décrire la violence potentielle que les femmes du livre réfrènent et qui est assez flippante. C'est la lucide Juliett Randall qui estime qu'au final "tous les hommes sont des assassins" même son bien inoffensif professeur d'époux.
C'est l'obsessionnelle Amanda Clapp qui considère sa voiture comme sa meilleure alliée, si propre si spacieuse et si discrète. C'est Maisie Carrington qui se pame devant des miettes de repas.

Tout est ordre dans Arlington Park la ville, des rangées de maisons aux intérieurs proprets en passant par les conversations convenues dont rien ne dépasse ou les ordres plus symboliques comme le mariage.
Du coup, tout est en ordre dans Arlington Park le livre, dont les histoires se déroulent à l'identique et finissent par se confondre dans la monotonie.

On attend juste que la pluie qui bat sans cesse finisse par tout dévaster. Comme dans les vieilles pubs du chocolat Crunch où le monde en carton s'écroulait quand on croquait la tablette. La subtilité de l'auteur n'empêche pas qu'après avoir étrangement suffoqué on finit par s'ennuyer. Comme si on lisait son livre dans un de ces pavillons mortels, par un après-midi de pluie, à Arlington Park.

Arlington Park
Rachel Cusk
Editions de l'Olivier

 


Divisadero de Michael Ondaatje : un fragment de bon livre

Posté par Myosotis le 17.09.07 à 17:04 | tags : roman, news, éditions de l'olivier

Je n'ai pas lu Le Patient Anglais mais on m'en a dit du bien, comme des livres de Michael Ondaajte en général, dont je découvrais ici, pour la première fois, la plume. A défaut de resituer Divisadero dans l'oeuvre de cet auteur (je n'y connais rien si ce n'est que c'est son 5ème livre et que je n'en ai lu aucun), on le rangera dans sa case d'appartenance : du "nouveau best-seller", au sens où la littérature populaire s'engagerait dans l'expérimentation formelle et narrative. Comme le titre du livre l'indique, Divisadero est une histoire double, ou une histoire duplice, deux romans en un qui en forment peut-être un seul, mais dont la réunion est si étrangement proposée qu'elle ne fonctionne pas du tout. Des deux histoires, on a préféré la première, intéressante, bien menée, et qui promettait beaucoup. La seconde (qu'on a eu du mal à identifier comme telle) ne vaut pas tripette, regorge de clichés idiots (elle se passe en France, à la campagne), est assez mal écrite et suffit à vous gâcher le bon souvenir que vous aviez du début.

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Divisadero

Michael Ondaatje
Editions de l'Olivier


Consultez le dossier Rentrée littéraire.


Corps volatils, le bon roman névrosé

Posté par Myosotis le 03.09.07 à 13:02 | tags : éditions de l'olivier, roman

Corps Volatils, premier roman d'une jeune femme de 28 ans, écrivaine jeunesse semble-t-il, et auteur d'un recueil de nouvelles il y a peu, fait partie de ces livres qui partent avec quelques handicaps. Une quatrième de couverture qui aurait pu être moins prolixe en références quasi-gratuites (André Breton, Nerval,..), comme celles variées à l'art contemporain et, surtout, sans une écriture moins précieuse.
De ces obstacles, on ne traînera que le troisième jusqu'au bout (on a vu bien pire que cette écriture un peu ampoulée), sans qu'il réussisse à atténuer le plaisir pervers qu'offre la lecture de ce beau roman. L'histoire est assez simple et peut être racontée sans préjudice : Colin est un jeune étudiant bohème (mais un brin sérieux), qui vit en colocation dans un Paris noiromantique (il y pleut sans cesse, la lumière est noire - c'est bête mais cela met une bonne ambiance comme lorsqu'on choisit l'éclairage au cinéma), avec Quentin, un jeune médecin qui traficote des médicaments volés à l'hôpital. Un jour, et après une rupture, Colin retrouve Estella, son amour d'enfance, fille d'un écrivain célèbre, John Volstead, auteur d'un unique chef d'oeuvre, et suicidé dans sa baignoire alors qu'il travaillait peut-être sur un nouveau roman. Estella et Colin se remettent à la colle. Le second mesure que son amie est toujours obsédée (et c'est un bas mot) par la mort de son père, y compris jusqu'à se... détruire (roulements de tambour). Son père donne toujours le sentiment de tirer les ficelles dans l'ombre, manipulant les êtres dans la mort comme il avait abusé d'eux dans la vie. Estella fait de l'oeil à Quentin et parcourt Paris à la recherche de traces. Jeune femme mal dans sa peau, elle cherche accessoirement l'amour passion et tout ce qui pourra la sortir de l'ennui du quotidien.
Sur ce résumé, on ne donne pas cher du roman, n'est-ce pas ? Mais, Alikavazovic en tire le meilleur parti : son imagination fait de la folie progressive d'Estella une névrose rampante réellement inquiétante, l'attachement de Colin (qui a ses secrets) nous fait passer la pilule d'une Estella qu'on aurait bien vite rejetée sans ça et les rapports entre le jeune héros et son ami médecin (l'image de l'adulescent qui n'a pas de limites) deviennent bientôt - pour le lecteur mâle - l'enjeu principal du livre. Estella choisira-t-elle l'homme qui aime sincèrement et doucement, ou celui qui s'enflamme en manquant rapidement d'oxygène ? Trop facile... Le final nous offre quelques belles émotions (et notamment un retour en arrière particulèrement percutant), qui font de ces Corps Volatils une plutôt bonne surprise. La densité psychologique des personnages et de l'intrigue a réussi sur les quelques 300 pages du roman à faire de ces pseudo-Amants du Pont-Neuf (pour la langue et l'outrance sentimentale, le réalisme poétique et la manie de souligner chaque trait émotionnel) un très bon livre de psychologie amoureuse appliquée en mode "toutes les histoires sont psychotiques". Amitié brisée, secrets de famille, noirceur, trahison, avec un brin de brio (le trafic de médicament, le crachage de feu) et on tient ce qui n'est pas un chef-d'oeuvre (à la française), mais un moment de lecture intelligent, glaçant et roboratif.

Corps Volatils
Jakuta Alikavazovic
Editions de l'Olivier

Consultez le dossier Rentrée littéraire.


Si l'île Maurice m'était contée...

Posté par Solaris le 06.08.07 à 09:36 | tags : extrait, roman, éditions de l'olivier, rentrée littéraire

Je ne me souviens pas du moment exact où j'ai remarqué David. Peut-être était-ce quand il a marché vers les barbelés. J'ai d'abord vu ses cheveux magnifiques, cette masse qui flottait autour de sa tête, et qui pourtant était bien à lui, comme jamais quelque chose n'a été à moi, ces boucles qui cachaient son front et la façon dont il avançait, guindé, pas en boitant, non, il donnait l'impression d'être fait de bois et de fer et que ses mécanismes n'avaient pas été huilés depuis un bon moment. Il avait un short marron comme mon petit frère Vinod et cela accentuait la blancheur de ses jambes. Il s'approchait de la grille, lentement, dans se presser et cela m'a paru si incroyable qu'il fasse cela alors qu'il était en prison, comme s'il marchait dans son jardin et il se rapprochait, se rapprochait là maintenant, je voyais mieux son visage, son minuscule visage d'enfant blond perdu dans la moiteur et la chaleur de Beau-Bassin. Il y avait d'autres enfants dans la cour mais ils restaient souvent accolés à un adulte, personne ne jouait, personne ne courait, personne ne semblait parler. Tous des petits Raj, comme moi.
David m'a dit, plus tard, qu'il avançait vers les fleurs sauvages qui poussaient près des fils barbelés. David adorait les fleurs, c'est comme s'il n'en avait jamais vu de sa vie mais c'est vrai que les fleurs de Beau-Bassin sont différentes de celles qui poussent à Prague. Moi, à l'époque, j'étais persuadé qu'il venait vers moi. Ses yeux étaient dans les miens, ça ne pouvait pas être possible autrement et mon coeur a commencé à s'emballer. Il s'approchait de plus en plus de la grille, je tremblais, je m'enfonçais encore plus dans la terre quand soudain, il s'est retourné vers les autres et il s'est éloigné des barbelés avec quelques pas de marionnettes.


Sous le charme ! Tout simplement séduits par cette pépite littéraire que nous propose les éditions de l'Olivier. Comme quoi plonger dans les souvenirs d'un vieillard peut parfois réserver de bonnes surprises...
Le dernier frère nous transporte à l'île Maurice, pays d'origine de son auteur. Une histoire dans l'Histoire, celle de l'amitié naissante entre deux jeunes garçons pendant la Seconde Guerre mondiale. La rencontre de deux cultures certes, mais surtout de deux enfances sacrifiées, trop tôt confrontées aux réalités du monde adulte.[...]

Retrouvez l'intégralité de la chronique sur Le dernier frère.
Consultez aussi le dossier Rentrée littéraire.

Le dernier frère
Nathacha Appanah
Editions de l'Olivier


En vacances avec Hawes pour le meilleur et pour l'Empire

Posté par Myosotis le 10.07.07 à 10:41 | tags : editions de l'olivier, roman, lectures de plage, extrait

"Marley regarda autour de lui, glacé d'épouvante. Il s'aperçut qu'il était étendu sur un vieux lit de camp métallique dans un coin d'une grande baraque en bois. A côté de sa tête, fixée au mur de planches, une affiche encadrée montrait des bombardiers en action. "Les briseurs de barrages reviennent... forts commme Vulcain !", y était-il écrit en grosses lettres, tandis que, en plus petit, on vantait l'armement de l'Avro Vulcan (...) ainsi que ses performances. A l'autre bout de la baraque, une petite estrade. Au dessus de celle-ci, au milieu, deux cannes de bambou croisés servaient de hampes à deux drapeaux exactement de la même taille, l'un britannique et l'autre australien, dont les rouges avaient viré au rose et les intenses bleu marine au bleu ciel, comme des fanions effilochés et roussis de régiments depuis longtemps absorbés ou dissous, pendus dans l'air stagnant et poussiéreux et sentant l'encaustique d'une petite église de la campagne anglaise. Entre ces deux drapeaux, trônait un portrait défraîchi de la jeune reine Elisabeth en compagnie de son fringant duc d'Edimbourg, et, au dessous, une plaque commémorative en bois gravé et très orné couverte de noms.

Marley se tourna vers la porte ouverte, où la jeune femme se tenait dos à lui, face à la lumière vaporeuse du soleil, appuyés, bras croisés, au chambranle. Derrière elle, à l'extérieur, il découvrit une plaine ensoleillée, une savane sans relief d'à peine plus d'un kilomètre de largeur, bordée de hautes falaises. (..) Sous ce drôle d'éclairage, Marley distingua en clignant des yeux un petit complexe de baraques de bois, et à une vingtaine de mètres de la porte, la moitié de ce qui était manifestement une paire de poteaux de rugby. La femme se retourna vers lui, toujours appuyée au chambranle, et sourit. Les bouclettes de ses cheveux blonds scintillèrent dans le halo terne qui entourait ses petites oreilles, et des pointes de bleu firent rire ses yeux.

- On se réveille, Jungle Jim ?, lança-t-elle."

Le roman de James Hawes est sans nul doute LE LIVRE QUE VOUS DEVEZ EMMENER POUR LES VACANCES, le plus drôle, le plus intelligent et le plus imaginatif. Marley, un quadra looser à la dérive embarque pour un Koh-Lanta hardcore en pleine jungle et échoue, dernier candidat vivant, .... dans une colonie britannique formée, il y a 50 ans, après le crash d'un avion au-dessus des montagnes. Leçon de survie, d'humour, de sensualité, Pour Le Meilleur et Pour l'Empire est une satire glorieuse des médias, du monde politique et de sa mise en scène des valeurs, mais aussi une réflexion pertinente sur ce qui fonde nos sociétés. Pour le Meilleur... se lit aussi à partir de 15 ans, sans aucun souci de compréhension. Il est tout à fait désigné pour les lecteurs exigeants et qui n'ont néanmoins pas envie de se faire des noeuds au cerveau sur leur drap de bains. Vous voyez qui et ce que je veux dire...

NB EW : cette notule est la première d'une série sur les lectures de plage les plus stimulantes. Outre l'oeil exercé de nos collaborateurs, cette série profitera également des lumières de nos lecteurs qui peuvent faire part de leurs conseils (argumentés) en cliquant sur ce lien


Le lard bleu de Vladimir Sorokine

Posté par Myosotis le 16.03.07 à 12:05 | tags : roman, éditions de l'olivier

Il faut un certain courage pour se fader ce lard bleu, roman de l'écrivain branché russe Vladimir Sorokine tant son intrigue et sa forme sont peu académiques et déroutantes. Le roman démarre dans un futur peu éloigné mais terriblement distant (en 2068) où des scientifiques russes enclavés en Sibérie dissertent sur leur prochaine récolte de lard bleu : une substance mystérieuse, assimilable à une drogue magique, prélevée sur des clones d'écrivains russes célèbres comme Tolstoï, Nabokov ou Dostoiëvski. Les scientifiques ont organisé une sorte de ferme de clones littéraires où ces derniers sont invités à écrire pour secréter la fameuse substance. Celle-ci est ensuite récoltée en même temps que les oeuvres produites par les génies en vue d'une expédition par le biais d'une... machine à remonter le temps en 1954, au pays des Soviets.
Hum... La première partie (la plus difficile à apprécier si vous n'êtes pas un spécialiste de littérature russe) est constituée de la production des clones en une série de 6 ou 7 plagiats ou nouvelles "à la manière de" qui sont lues et commentées par les fermiers hi-tech. On peut supposer que Sorokine réalise là un très amusant exercice littéraire, reprenant les tics et coutumes des grands noms de la littérature de son pays, même si ces "variations sur" sont un peu trop subtiles pour quelqu'un (comme moi) qui n'a pas une connaissance approfondie des auteurs de départ. Du coup, on lit ces nouvelles d'un oeil intéressé, attentif, parfois amusé, mais sans en capter (sûrement) toute la saveur. Le roman s'anime pour le lecteur lambda quand Sorokine se décide à envoyer son paquet de lard bleu dans un cube glacé en plein centre de l'URSS de Staline : le paquet étant délivré au beau milieu d'une sauterie où sont présentes les huiles du régime.
Le Lard Bleu entre alors dans une sorte de frénésie littéraire irracontable, faite d'outrances (essentiellement sexuelles - Hitler et Staline qui baisent ensemble et en famille), de retournements carnavalesques et d'autres absurdités. Cette seconde moitié est à la fois la plus accessible au lecteur français et la plus spectaculaire. Elle mérite à elle seule qu'on jette un oeil à ce roman qui s'achèvera, par ailleurs, de bien belle manière, en réussissant (ce qui n'était pas gagné) à relier son entame et sa chute en un dernier tour de passe-passe habile.

Roman difficile d'accès, le Lard Bleu est un salvateur exercice de fiction qui sous ses airs désinvoltes et burlesques, propose un contenu politique incandescent et réellement subversif. L'éditeur prend soin de rappeler sur la 4ème de couverture les réactions polémiques qui ont suivi la sortie du bouquin : les poursuites judiciaires et les persécutions du méchant Poutine. Par delà ces anecdotes (qui n'en sont pas évidemment), le roman vaut avant tout pour l'effet de saisissement qu'il produira sur tout lecteur normalement constitué. La surprise pourra laisser place selon son "profil psychologique" à de la fascination et à de la jubilation (si on aime) ou à de l'incompréhension et de la stupeur (si on aime pas). Je ne suis pas certain d'avoir moi-même choisi mon camp.

 


Cormac McCarthy : Au coeur des ténèbres

Posté par Maxence le 22.01.07 à 12:28 | tags : roman, polar, extrait, rentrée littéraire, éditions de l'olivier

On dit que les yeux c'est les fenêtres de l'âme. Je me demande de quoi ces yeux-là étaient les fenêtres et je crois que j'aime mieux ne pas le savoir. Mais il y a un peu partout une autre vision du monde et d'autres yeux pour le voir et on y va tout droit. Ça m'a amené à un moment de ma vie auquel j'aurais jamais pensé que j'arriverais un jour. Y a quelque part un prophète de la destruction bien réel et vivant et je ne veux pas avoir à l'affronter. Je sais qu'il existe. J'ai vu son oeuvre. Je me suis trouvé une fois en face de ces yeux-là. Et je ne recommencerai pas. Et je ne vais pas pousser tous mes jetons sur le tapis et me lever pour le défier. Ce n est pas seulement à cause de mon âge. je voudrais bien que ce soit ça la raison. Je ne peux même pas dire qu'il s'agit de savoir à quoi on est prêt. Parce que j'ai toujours su qu'il faut être prêt à mourir rien que pour faire ce métier. Ça a toujours été vrai. Ce n'est pas pour me vanter ni rien mais c'est comme ça. Si t'es pas prêt ils le sauront. Ils le verront. En un clin d'œil. je crois plutôt qu'il s'agit de savoir ce qu'on accepte de devenir. Et je crois qu'il faudrait jouer son âme. Et ça je ne le ferai pas. Je pense à présent que je ne le ferai sans doute jamais.

Tiré de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, ce monologue désabusé fait parti des chapitres intermédiaires qui rythment le nouveau et impitoyable roman du très grand Cormac McCarthy. Une mise en bouche en forme d'avertissement. En effet, il y a des gens, comme des pays - et des livres - avec lesquels il ne faut parfois pas trop frayer (ou alors, à ses risques et périls...) On en reparle très vite sur Flu', le mag.

Cormac McCarthy - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (Editions de l'Olivier)


New York City Blues

Posté par Easywriter le 25.08.06 à 12:44 | tags : roman, gallimard, rentrée littéraire, éditions de l'olivier
C'est la lecture du dernier Rick Moody (et une note des Inrocks soyons honnêtes) qui nous a soufflée l'idée. Cinq ans après Le 11/09, New-York est au coeur de plusieurs romans US de la rentrée. Dans Le script donc, Moody choisit la grosse pomme comme décor principal de son ambitieu roman.
La ville y est « une gigantesque entreprise de propagande » qui concentre toutes les nationalités et autant d'histoires. A la fois roman urbain et épopée, le script croise le quotidien d'une dizaine de personnages -dont la plupart bossent dans le milieu de la production audiovisuelle – et l'histoire des sourciers à travers les siècles, sujet d'un feuilleton improbable et déjanté dont le scénario disparaît.
Mais c'est bien à New-york qu'aboutit la longue histoire des sourciers, où se déroule la phase ultime , l'aboutissement crépusculaire : la spectularisation de leur mission divinatoire par l'industrie culturelle. Grâce aux trajets de différents protagonistes – un chauffeur de taxi, un coursier schizophrène – Moody décrit un New-York labyrinthique et démentiel où cohabitent la vacuité d'une époque marchande et la rémanence des puissants mythes des civilisations qui nous ont précédé.
« Elles sont hideuses. Pareilles aux poteaux téléphoniques ét lectriques qui hachurent la belle campagne, elles jaillissent, sorties de nulle part, et imposent leur présence (...) Les tours ne vous donnent pas envie de composer un sonnet. Elles ne vous donnent pas envie de danser. Elles vous donnent envie de rédiger une analyse coûts bénéfices. »
Voilà ce qui dit Vanessa Meandro à propos des Twin Towers d'avant le 11/09. "Une ville pour insomniaques "qui pourrait être le bout du monde.
Et signer la fin de tout espoir possible. Comme dans le dernier Jonathan Safran Foer,-New-Yorkais pur sucre qui signe dans le New yorker, le New york times et habite à Brooklyn - où un jeune garçon sillonne Manhattan à la recherche de son père disparu dans l'effondrement des tours et entrera dans l'intimité de parfaits inconnus.
Nicole Krauss dans L'histoire de l'amour retrace sur le mode nostalgique de son personnage Léo Gursky un New-York idyllique et disparu. Enfin Jonathan Lethem -dont on ne dira rien vu qu'on l'a reçu ce matin – met en scène dans Forteresse de solitude le Brooklyn de deux enfants dont il narre trente ans de la vie. Une manière de lire ces livres est évidemment d'y chercher les allusions au 11/09 même si pour ce qu'on en a lu jusqu'ici, leurs histoires se suffisent à elles-mêmes.

Dans le mag ciné, lisez le dossier le 11/09 au cinéma.

La critique de le script de Rick Moody dans le mag livres.


Jonathan Lethem, forteresse de solitude

Posté par Easywriter le 24.08.06 à 15:11 | tags : roman, extrait, rentrée littéraire, éditions de l'olivier
" C'est comme ça qu'ils jouaient, Dylan faisait tomber le cerceau en plastique un millier de fois. Marilla chantait pour l'encourager, Oh baby, give me one more chance, I want your back. Elle frappait l'air de ses poings. Et Dylan de se demander, coupable, pourquoi ce n'était pas plutôt les deux blanches sur leur patins qu'il l'avaient réclamé. La conscience de ce voeu hérétique fut sa seconde blessure. Ce n'était pas comme le chaton mort : cette fois-ci personne ne se demanderait s'il avait d'abord compris pour oublier après. Il n'y avait que lui."
Ca va commencer à être gênant de toujours encenser les éditions de l'Olivier, mais outre le script de Rick Moody, le dernier Jonathan Safran Foer et le Bambi Frankenstein de Jean Hubert Gailliot, la maison d'Olivier Cohen publie également Forteresse de solitude de Jonathan lethem.
L'américain signe avec ce troisième ouvrage traduit (après Alice est montée sur la table et les orphelins de Brooklyn) une autobiographie spirituelle qui retrace trente ans de la vie de deux enfants Mingus et Dylan à Brooklyn. Dans les Inrockuptibles, Raphaëlle Leyris - chroniqueuse généralement très pertinente - estime que la langue de Lethem est d'une aisance "don-delilloesque". Il y est question de l'enfance, de crack, des Jackson Five et d'Orchestral manoeuvre in the dark. Trois bonnes raisons - parmi d'autres - d'y revenir bientôt.

Forteresse de solitude

Jonathan lethem
Editions de l'Olivier

Bambi Frankenstein de Jean-Hubert Gailliot

Posté par Easywriter le 21.08.06 à 16:56 | tags : roman, extrait, rentrée littéraire, éditions de l'olivier
"Parmi vous, certains se rappellent sans doute du calamiteux voyage qui s'était conclu, en 1999, par mon admission dans le service de traumatologie du docteur Sanger à l'hôpital central de Malaga. Quelques-uns se souviennent peut-être aussi des conditions dans lesquelles j'avais été amené à déménager un an plus tard, mi-contraint mi-consentant, encore recouvert de toutes mes bandelettes, en tant que «sujet d'étude spécial» dans les bagages du docteur, qui venait de créer le Heartbreak Hotel, une clinique de psychiatrie expérimentale associée au parc culturel L'Hacienda, à Las Cruces, New Mexico.
J'y suis resté sous traitement continu - au contraire de mes camarades plus célèbres, en permanence relié à l'une des petites boîtes noires conçues jadis par Meg Patterson et modifiées par le doc en vue d'accomplir son dessein messianique - jusqu'à une date récente."

Jean-Hubert Gailliot s'intéresse à Mickael Jackson (la redac musique de Flu aussi). Comment restaurer l'image du Roi de la Pop ? C'est la mission que les avocats de l'artiste confient à Jean-Hubert, pensionnaire momifié de l'Hacienda. Bientôt on aura un avis sur ce livre. Parce qu'on a un avis sur tout.
Mise à jour : la chronique de Bambi Frankenstein
Bambi Frankenstein
Jean-Hubert Gailliot
Editions de l'Olivier.

Jonatha Safran Foer : extrêmement fort et incroyablement près

Posté par Easywriter le 11.07.06 à 13:10 | tags : roman, extrait, rentrée littéraire, éditions de l'olivier
"J'abordais les gens pour leur demander s'ils savaient quelque chose que j'aurais du savoir, parce que des fois papa mettait au point les expéditions de reconnaissance de manière à ce que je doive parler aux gens. Mais tous ceux que j'avais abordés m'avaient simplement regardé d'un air de dire Hein quoi qu'est-ce ? J'avais cherché des indices autour du réservoir. J'avais lu les moindres affiches placardées sur mon arbre ou un réverbère. Examiné la description des animaux du zoo. J'avais demandé à ceux qui faisaient voler un cerf-volant de le redescendre pour que je puisse l'inspecter, alors que je savais que c'était improbable. Mais papa pouvait très bien pousser la ruse jusque là. Il n'y avait rien, ce qui était assez déplorable, sauf si rien était un indice. Rien était-il un indice ?"



A la rentrée, deux romans ont pour narrateur un enfant : Julien Parme de Florian Zeller et Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. A votre avis lequel est le meilleur ?
Blague à part, le roman de Safran Foer à paraître fin août met en scènes les tribulations géographico-existentielles (non ça ne veut rien dire) d'un gamin de neuf ans, un an après la disparition de son père dans l'attentat du 11 septembre. Après Tout est illuminé, un nouveau livre sur la mémoire impossible, avec les allers-retours dans le temps et le recours à la fiction pour pallier cette défaillance. Touffu et généreux, le livre de Safran Foer s'annonce -comme son précédent - bourratif et utilise parfois des procédés stylistiques pénibles. A la rentrée, il devrait être à nouveau surestimé. Par prudence on va finir de le lire.
Extrêment et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. Editions de l'Olivier. Tout est illuminé est disponible en Points Seuil.

Rick Moody : le script

Posté par Easywriter le 10.07.06 à 12:34 | tags : roman, extrait, rentrée littéraire, éditions de l'olivier
"Quand il pousse la porte du bar d'en face, il sent la gratitude se dérouler en lui, des mètres et des mètres de gratitude. Il a expulsé les poisons; il a vécu une sage interaction humaine. Dans le bar, sur un tabouret, la géniale mulâtresse se balance, une jambe mince tendue jusqu'au sol, reprend son équilibre. Elle ressemble à un couteau à cran d'arrêt. Il y a de nombreuses inconnues chez la géniale mulâtresse et il faut qu'il cesse de l'appeler ainsi. (...) Si c'était dans un script on dirait : ils échangent un rapide baiser choc frontal ou un baiser pareil au douc clapotis des vagues dans un marais salant ?"
Après le roman de la dépression (à la recherche du voile noir) voici le livre de la maniaquerie, de l'obsession de la vacuité, décrites par l'impitoyable et lyrique Rick Moody. Quoi de mieux que le petit monde inculte et névrosé de la télé pour interroger la psyché contemporaine ? Pas sûr que le script soit le meilleur ouvrage de l'auteur, mais un Moody moyen c'est déjà une excellente nouvelle. On en reparle autrement que comme une sale groupie dans quelques semaines.

Le script. Rick Moody. Editions de l'Olivier. Parution fin août.
Mise à J : La chronique de le script dans le mag livres.



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