Je m'appelle Chloe, je suis Indochinoise depuis 23 ans
"Bonsoir. Je m'appelle Chloé et je suis indochinoise depuis 23 ans. J'avais dix ans quand j'ai commencé, c'était dans un camping, l'été de la mort de ma mère. J'ai d'abord écouté en cachette, sur des transistors qui traînaient, pendant des fêtes. Au retour des vacances, je crois que c'était déjà trop tard. Le 45-tours, l'album, les suivants, les maxis, les pirates. Ca a duré comme ça toute mon adolescence. Le réveil sonnait à peine qu'il me fallait ma première chanson. Quelque chose de fort, si possible. Avec beaucoup de synthés dedans. Ca m'apaisait autant que ça me rendait forte. Comme du ciment qui m'engrossait, affermissant les fondations. Je n'étais qu'un drame iodé, soudain l'épique m'envahissait, pulsations, neurotransmetteurs. C'était devenu vital, plus que les Lexomil." Le style Delaume fonctionne assez bien dans ce dispositif allégé. Ses séquences nominales sont efficaces, intelligibles. Evidemment, il faut se farcir Indochine (mais bon...) et aussi quelques inserts qui font la marque de fabrique et l'identité littéraire de l'auteur (les drames familiaux ne sont jamais loin et suggèrent la détresse de la narratrice, posés là comme pour faire peur, avec une grande discrétion, et sans explication inutile, pour une fois, serait-on tenté de souligner). Certains diront de la Dernière Fille Avant la Guerre que c'est un attrape-nigauds, un livre arty comme les autres, écrit avec beaucoup de désinvolture et en roue libre. On peut y voir aussi un petit travail juste et précis, plein d'émotion et de tendresse. Disons que La Dernière Fille avant la guerre est un Chloé Delaume pour les Nuls, ceux qui n'ont pas aimé les autres livres et n'aimeront peut-être pas les autres mais reconnaissent que cette fille fait de la littérature en conscience, une littérature programmatique et intelligente, et qui, même si on la tient pour un anti-modèle, doit être abordée avec respect et considération. |
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