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L'actualité des super-héros américains. Voir aussi nos sélections comics et roman graphique.
Neil Cohn et le langage visuel
Neil Cohn est un étudiant en linguistique, et sa théorie, c'est que ce que nous appelons bédé, comics, manga, art séquentiel, graphic novel ou autre, utilisent un Langage Visuel qui au-delà de toute considération "artistique" de style et d'esthétique est avant tout un moyen de communiquer, un langage avec sa syntaxe, sa grammaire, ses coutumes et ses figures de style. Commencer à penser comme ça peu transformer votre façon de lire la bédé et de la percevoir. Loin d'être le simple storyboard que la conception trop répandue de "l'espace temps" suggère, la bédé est un véritable langage visuel, qui comme un autre langage peut dès lors être évalué avant toute chose selon la capacité à communiquer clairement de l'émetteur d'un message plutôt que sur sa capacité à dessiner des muscles saillants aux barbares et des seins ronds aux elfes. ![]() Les freaks, c'est chic
Freakangels est un nouveau webcomic hebdomadaire scénarisé par rien moins que Warren Ellis. Ce n'est sans doute pas anodin de voir un scénariste aussi réputé et "bankable" (il devrait très prochainement hériter du principal titre x-men à la suite de Grant Morrisson et Joss Whedon) se lancer dans un ambitieux projet de comic gratuit pour le web. Il a l'appui de l'éditeur américain Avatar Press (une version papier est bien sûr prévue plus tard) et le site comme la bédé ont la marque d'un professionnalisme que les webcomics n'acquièrent en général qu'après plusieurs années (ou plus souvent jamais). Il y a un forum déjà très actif, un flux RSS (youpi !), une interface simple et claire et des lecteurs, déjà beaucoup de lecteurs (77 000 la première semaine, dieu sait combien aujourd'hui).
Ce qui arrive ensuite, pour l'instant, c'est qu'on est introduit à une ribambelle de personnages, tous autant de clichés "ellis-éen" cyniques et râleurs... Mais on ne va pas se mettre à regarder dans la bouche d'un cheval offert, n'est-ce pas ? D'autant plus que Paul Duffield au dessin s'avère plutôt talentueux. Son style mélange habilement l'influence des mangas pour filles avec un côté plus européens et des couleurs à tomber.
On pourra regretter de voir que, offert une telle occasion, Ellis produise un peu toujours la même chose mais son idée semble plus être pour l'instant de changer le "contenant" plutôt que le "contenu". On peu espérer que Freakangels ouvre la voie à d'autres auteurs de comics "traditionnels", loin des offres online moyenâgeuses de DC Comics et Marvel. Art Spiegelman est-il fini ?
Regarde toujours la vie du mauvais côté
C’est une chose de lire les histoires de Jimmy Corrigan ou Quimby The Mouse et voir Ware peindre des personnages parfaitement pitoyables, c’en est une autre de retrouver le même misérabilisme dans son autoportrait. C’est que les carnets de dessins de Ware sont bourrés de croquis pas toujours intéressants visiblement réalisé surtout quand il n’avait vraiment rien d’autre à faire, d’où une multitude de portraits d’inconnus attendant à l’aéroport, d’amis vus de dos en train de conduire et de paysages urbains probablement observés depuis un arrêt de bus.
Pour en savoir plus sur le Graphic Novel, lisez le dossier spécial sur Flu
The Acme Novelty Library Date Book Vol. 2 1995-2002 Oog & Blik Radio Crumb
En tant qu'introduction à Crumb, c'est sans doute assez bancal, on recommandera aux auditeurs d'avoir lu quelques bédés et d'avoir vu le film de Terry Zwygoff avant de s'intéresser à ce que tous ces gens ont à dire sur un homme et une oeuvre à la fois assez aisés à saisir pour peu qu'ils soient attaqués par le bon bout et trop riche et complexe pour être résumée en quelques mots. Restent des témoignages et des observations qui intéresseront celui qui croit avoir déjà à peu près cerné la personnalité de Robert Crumb. Ecoutez le podcast tant qu'il est là. Lecture en boucle : The Invisibles" de Grant Morrison
Il y a deux ans j'avais lu The Invisibles de Grant Morrison en V.O. et j'en avais même parlé un peu sur Mille feuilles, expliquant que "oui mes amis, c'était bien mais un peu n'importe quoi quand même". J'étais si jeune et innocent à l'époque, il faut bien le dire... Depuis j'ai lu beaucoup d'autres oeuvres de Morrison, j'ai appris à la comprendre et les Invisibles sont restés dans un coin de mon esprit qu'ils semblaient décidés à ne pas quitter. L'une des pensées qui m'assaillaient en lisant tous ses autres bouquins était qu'a l'exception notable de The Filth, ils n'arrivaient pas à la cheville des Invisibles... ce qui n'était pas si grave puisque c'était surtout du aux échelons que n'ont cessé de gravir les Invisibles dans ma tête. Grant Morrison, Steve Yeowell, Jill Thompson Panini/Vertigo PS : rendons à César ce qui est à César, ma lecture de The Invisibles doit énormément à l'analyse de Douglas Wolk.
Nextwave : l'effet Red Bull Les lecteurs de son blog savent que Warren Ellis boit exclusivement de la Red Bull, une "energy drink" autrichienne. La Red Bull contient de la taurine et a par conséquent été interdite de commercialisation en France parce que celle ci engendrerait des effets neuro-comportementaux indésirables : des rats dopés à la taurine ont montré un tel état d'excitation qu'ils se rongeaient les pattes. Pour autant que l'on sache, Warren Ellis n'en est pas encore là mais il a écrit Nextwave et ce pourrait bien être un premier synptome plutôt inquiétant.
Nextwave, Tome 1 : Rendez-vous avec la H.A.I.N.E., et Tome 2 : Dans ta face Warren Ellis & Stuart Immonen Panini Comics
Martin Lemelman : dessine-moi mes souvenirs
Comment écrire l'horreur ? Martin Lemelman n'a pas eu à trop se prendre la tête avec cette question : sur son lit de mort, sa mère a décidé de lui raconter comment elle a traversé les années trente et quarante en Pologne, et il a tout filmé. La fille de Mendel est la retranscription, avec illustrations au crayon, de la bande vidéo de cette nuit là. Emotionnellement pour lui, c'était sans doute difficile mais à part ça, le livre s'est écrit tout seul. Gusta Lemelman a grandit dans un petit coin de la Pologne où juifs, polonais et serbes vivaient en relativement bonne intelligence jusqu'à l'arrivée des russes, puis des nazis. Elle a passé une bonne part de la guerre cachée dans un trou au milieu de la forêt avec ses deux frères, dans l'attente anxieuse des nouvelles du monde et de ses massacres.
Editions Cà et Là
1001 nuits de neige
On a vite fait de classer la série Fables de Bill Willingham dans la catégorie "Sandman du pauvre", ce que la lecture de plus d'une poignée d'épisodes de Fables dément, la série ayant ses propres ambitions et ses propres mérites, moindre sans doute mais bien différents de l'oeuvre de Neil Gaiman. L'album "hors série" 1001 Nuits de Neige invite cependant à nouveau les comparaisons avec Sandman : reprenant le prétexte des 1001 nuits, cette fois avec le personnage de Blanche Neige devenue la prisonnière d'un sultan misogyne, l'album est une sorte d'anthologie d'histoires plus ou moins courtes illustrées dans un style généralement "peint" par des artistes de renom du comic book.
Panini Comics American Splendor : de vieux jours comme les autres The Quitter d' Harvey Pekar, paru dans la collection Vertigo il y a quelques mois, nous avait laissé un peu perplexe quand à l'opportunité de sa publication... Un jour comme les autres, c'est déjà un peu plus ça. L'album regroupe en fait quatre comic books "American Splendor" écrit par Harvey Pekar en 2006. Il ne s'agit donc toujours pas des American Splendor vintage qui font que Pekar est célèbre et qui manque toujours cruellement au lecteur francophone mais ça y ressemble pas mal. Plutôt que le trompeur graphic novel initiatique The Quitter, cet album nous donne à lire l'essence même du talent de Pekar. Il s'y met en scène débouchant ses toilettes, attendant un avion ou pestant contre ses éditeurs. Chacune de ces courtes anecdotes est dessinée par un auteur différent et, si pas mal de types pondent des dessins plutôt anecdotiques, il faut bien le reconnaitre, il y a aussi un paquet de beaux noms : Gilbert Hernandez, Eddie Campbell, Hilary Barta, Chris Weston... American Splendor : Un jour comme les autres Vertigo/Panini Exit Wounds : boum ! au quotidien
Exit Wounds raconte l'histoire d'un garçon et d'une fille réunis par des circonstances extraordinaires et qui ne s'aiment pas beaucoup au début mais vont apprendre à se connaître et s'apprécier... Ce pourrait être le scénario d'une comédie romantique façon Hugh Grant et Julia Roberts si les circonstances extraordinaires n'étaient la disparition possible du père de l'un et de l'amant de l'autre dans un attentat suicide palestinien en Israël. Tous deux ont des raisons de douter que le corps trop brûlé pour être identifié soit celui de leur proche. Exit Wounds est cependant tout sauf politique. L'attentat pourrait aussi bien être une catastrophe naturelle : Exit Wounds, ça veut dire "plaie de sortie" et il est davantage ici question de conséquences que de causes. Rutu Modan lance ses personnages dans une quête dont on se moque un peu : le mort potentiel semble avoir été un type plutôt déplaisant et on doute fort qu'il soit effectivement mort.
Actes Sud BD Girls : gare au spermato géant !
Il m'aura fallu pas mal de temps avant d'être convaincue par la série Girls des frères Luna, qui s'est achevée il y a quelques mois par le tome 4. L'histoire de Girls (qu'on ne confondra surtout pas avec le Lost Girls d'Alan Moore) est assez simple : dans l'Amérique profonde, au milieu du village Pennystown, peuplé de quelques dizaines d'habitants, atterrit un jour une jeune fille à poil. Recueillie par un adolescent dans sa voiture, il s'avère assez vite que la jeune femme, plutôt bien faite -euphémisme, les brunettes sont à croquer, suffisamment en chair pour suggérer leur extrême fécondité, peau de porcelaine, lèvres papillon etc - ne s'intéresse qu'à une chose : baiser pour se reproduire. Fécondée, elle se reproduit en mode Gremlins, pond un oeuf et donne bientôt naissance à une colonie de nanas à poil extraterrestre qui entreprennent de massacrer les femmes (à l'exception des femmes enceintes), de séduire les hommes et de se reproduire davantage. Accessoirement elles portent aussi les cadavres de leur victime comme nourriture à leur vaisseau-mère, un spermato géant incandescent de plusieurs mètres de diamètre, posé dans un champ à côté. Hum....vous vous dîtes que les types qui ont écrit ça avaient sacrément fumé, pas vrai ? En fait, malgré ce résumé, Girls ressemble plus à un film bien achevé des frères Coen qu'à un délire sans queue ni tête.
Girls, Tome 1 à 4 Delcourt
Swap : Superman et un Moore de plus
Qu'on ne se méprenne pas, Swap n'est pas une simple affaire de BD ni un roman pour spécialistes, même si l'histoire tourne autour d'un exemplaire n°1 de Superman, objet d'un échange "innocent" entre 2 gamins de douze ans, à la sortie d'une école de Cornouailles. On est loin ici des référentielles Aventures de Klay & Kavalier de Michael Chabon (on parlera bientôt de son perroquet). L'atmosphère s'apparente plus, avant sa chute, au beau roman de Nick Hornby intitulé Haute fidélité. Le héros de Swap s'appelle Harvey. Il a la trentaine, un magasin de bande dessinées à Londres, un gros bidon de buveur de bières et un profil de looser pas très beautiful.
Swap - 352 pages Editions Liana Levy
Je Détruirais Toutes Les Planètes Civilisées !
A première vue, les aventures de Stardust le super magicien dont "la vaste connaissance de la science interplanétaire fait de lui l'homme le plus remarquable ayant jamais vécu" et de Fantomah, la femme mystère de la jungle ne sont que des comics super-héroïque lancés sur les traces du succès de Superman comme tant d'autre à la fin des années 1930. Sauf que les comics de Fletcher Hanks sont remarquablement "mauvais", kitsch et, disons le, complètement cinglés. Invariablement, une aventure de Stardust ou Fantomah se déroule ainsi : le héros découvre les plans d'un méchant gangster/espion/terroriste pour s'emparer d'une grande richesse et/ou détruire la civilisation et s'interpose quand ces plans sont mis à exécution, utilisant une liste de pouvoirs illimités ("Stardust voyage sur des ondes supra-solaires accelérés !", "Fantomah concentres ses puissantes ondes de volonté", "Stardust utilise son téléviseur détecteur de crime", etc...) les héros, véritables figures divines, empêchent la ruine de la civilisation et à l'aide de leurs pouvoirs inventent un châtiment particulièrement cruel pour les méchants, impliquant souvent la transformation en sous-homme et une souffrance éternelle. Le dessin de Hanks est qui plus est très "amateur" et l'anatomie de ses personnages est particulièrement bizarre. Si on a déjà lus quelques comics super héroïques de l'époque, on sait cependant que la différence entre ceux là et ceux de Hanks n'est qu'une différence de degrés : le dessin médiocre, la science fiction débile, les scénarios répétitifs et la bizarrerie générale étaient la norme à l'époque, Hanks n'était guère que le plus fou de l'asile.
Il prend un plaisir visible à dépeindre les plans fous de ses vilains et un autre plaisir non moins grand à les faire échouer et à punir leurs auteurs violemment. Le peu qu'ont sait réellement de Fletcher Hanks (l'interview de son fils par Karasik à la fin de cet ouvrage révèle qu'il était un mari alcoolique et violent qui a vite abandonné sa famille) nous conforte dans cette position et surtout nous laisse suffisamment de marge pour donner libre cours à nos fantasmes d'un auteur de quasi-art brut, peut-être un peu fou. On en vient finalement à s'interroger... Hanks était-il si inconscient ? Beaucoup de ses "fans" sont aujourd'hui de l'avis qu'Hanks était un génie, que son dessin était plus original que "mauvais"... Difficile d'en juger en verité, mais c'est ce qui fait que ce livre est si passionnant, bien au delà du simple objet kitsch. "Je Détruirais toutes les planètes civilisées !" Fletcher Hanks, Paul Karasik Actes Sud BD, L'an 2
Lecture de Labo : Dresden CodakPosté par 2goldfish le 28.12.07 à 10:31 | tags : lectures de bureau, web, comics, science-fiction, bd
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Mort@17 : la BD sanglante pour les filles
Le Livre Noir de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires Ce Black Dossier n'est pas le véritable troisième tome des aventures de la Ligue des gentlemen extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neill. La Ligue, rappelons-le, est une Bd au concept simple et génial : les héros de la littérature victorienne parmi lesquels Alan Quatermain, l'Homme Invisible et le Capitaine Némo, sont embauchés par les services secrets britanniques pour lutter ensemble contre les menaces du monde moderne : Fu Manchu, les Martiens de la La Guerre des Mondes etc...Jusqu'ici, nous avons eu droit à deux aventures en Bd de la Ligue, et à une, paraît-il, horrible adaptation cinématographique. Black Dossier n'est donc pas le troisième épisode de la série, mais plutôt un interlude ou un supplément de luxe qui s'avère finalement encore meilleur que le matériel d'origine. Dans les première pages de la Bd, nous retrouvons Mina et Allan, les deux héros des précédents volumes, mystérieusement rajeunis dans le Londres des années 1950 alors en pleine transition après la chute du régime de Big Brother. Mina séduit un espion playboy, qui aime les vodka-martini secouées mais pas frappées, qui se fait appeler Jimmy (pour des raisons de droit, comme plusieurs de ses collègues des fifties, il ne sera jamais plus clairement identifié). Elle l'utilise pour infiltrer l'ancien Ministère de l'Amour et subtiliser le fameux Black Dossier. La suite de la Bd sera une course poursuite entre les voleurs et Jimmy, assisté d'Emma Peel et Bulldog Drummond (espion britannique pré-Bond), pourtant cette course poursuite n'est qu'une succession d'entractes, ce qui nous permet de souffler entre deux tranches du Black Dossier volé, intégralement reproduit dans les pages de l'album.Ce dossier est censé présenter l'histoire de la Ligue, de sa première incarnation avec Gulliver, Prospero et Davy Crockett aux plus récentes aventures d'Allan et Mina en Amérique parmi les beatniks. Moore et O'Neill s'en donnent à coeur joie et multiplient les pastiches : d'une fausse pièce inachevée du célèbre biographe William Shakespeare à un hilarant mix entre l'auteur comique P.G. Wodehouse et l'effrayant H.P. Lovecraft en passant par une Tijuana Bible (Bd porno) "1984" et un très drôle chapitre à la Kerouac dans lequel Mina et Allan stoppent le diabolique Docteur Sachs. Il y a forcément plus de références qu'on ne saurait reconnaître, mais peu importe, ça fait partie du jeu : Black Dossier est deux fois plus ludique encore que les précédentes aventures de la Ligue. Les dernières pages font même usage de la troisième dimension grâce à une paire de lunettes fournies avec le livre. Black Dossier est cependant plus que ludique. C'est aussi une histoire de la fiction et de son rôle depuis l'aube de l'humanité, un traité de dissidence sexuelle plus condensé et efficace que Lost Girls et une démonstration de l'étendue du talent de dessinateur de Kevin O'Neill. D'une certaine façon, c'est un travail plutôt mineur pour Alan Moore, et pourtant on est encore une fois époustouflé par son génie.Une ultime précision : l'avenir pourrait me faire mentir, nous avons déjà eu de telles frayeurs finalement infondées avec Lost Girls, mais il semblerait bien que le président de DC comics, très en colère après Alan Moore, ait décidé d'empêcher la publication de ce Black Dossier en dehors des USA. Sa lecture demande un très bon niveau en anglais. Toutegois, voyons les choses du bon côté : le dollar ne vaut plus rien pour nous autres riches Européens et même en tenant compte des frais de port, on peut importer la Bd pour une bouchée de pain. The League of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier Alan Moore, Kevin O'Neill DC Comics/America's Best Comics 30 jours de nuit : le livre ou le film ? (2)
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Alors que les 2 tomes de 30 jours de nuit, comic book américain de Niles et Templesmith, reviennent en bonne place dans les étals de librairie pour Noël, sort prochainement l'adaptation cinématographique du premier volume de cette série horrifique et romantique par David Slade et avec, dans les rôles principaux, Josh Hartnett et la sublime Melissa George. Le trait de Templesmith est trop dynamique et trop concentré sur ses effets verticaux (la neige, la nuit, le sang) pour suggérer les 30 jours qui n'en finissent pas, les non-levers de soleil et l'attente des humains traqués par les vampires. Le film n'y parvient pas plus, incapable de se soustraire à son rythme semi-hollywoodien de poursuites, séquences d'évasion, plans à la con ou morceaux de bravoure, pour laisser respirer et frissonner son monde. Du coup, BD et film peuvent, pour une fois, être renvoyés presque dos à dos, autour d'un semi-échec qui tient autant à des erreurs de gestion (artistique, s'entend) qu'à des défauts intrinsèques des médias. Sur le terrain de l'attente, du temps qui passe... lentement et de l'angoisse, il est assez difficile de rivaliser avec le roman. Est-ce à dire que les mots contiennent par leur double dimension spatiale et sonore, par leur lettrage, leur plumage et leur configuration intrinsèque (un après l'autre) une qualité que les autres n'ont pas ? Ce n'est pas si sûr. Le film qui attend ennuie (souvent). La BD qui attend est souvent prétentieuse. Le livre qui attend (on parlera de Je suis la ou une légende bientôt) peut être un chef-d'oeuvre. Le roman attend toujours, d'une façon ou d'une autre. Il aura plus de mal à pétiller et à rivaliser sur le champ de l'action, de l'humour qui fuse. Chacun ses armes, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse pas trouver d'exceptions, de contre-exemples etc.
Top Ten : ce qui reste après l'Alan Moore Alors que leur créateur lance cet automne le troisième tome de sa La Ligue des gentlemen extraordinaires, tome 1 (on reviendra prochainement sur ce Black Dossier très attendu), les superflics mutants du 10e district s'offrent leur première escapade sans Alan Moore et Gene Ha, sous la plume de l'écrivain newbie Paul Di Filippo et du dessinateur Jerry Ordway.Rappelons que Top Ten est l'une des séries-phare lancée par Alan Moore dans le cadre de sa ligne tout public ABC et un mélange assez savoureux de 21 Jump Street, de Mike Hammer (?) et de n'importe quelle sitcom américaine. Di Filippo, qui semble être un auteur de SF connu (?), mais qu'on ne connait pas, se tire plutôt pas mal de la lourde charge qui consiste à succéder à Moore. S'appuyant sur des personnages solides auxquels il n'ajoute pas grand chose, il situe l'intrigue de cette nouvelle mini-série cinq ans après les derniers événements qui avaient secoué Néopolis. On retrouve la bande de Top Ten rassemblée pour un barbecue champêtre telle qu'on l'avait laissée ou presque : le vieux commissaire gay est aux manettes, le chien robot en chef de meute lancé dans une procédure d'adoption avec sa fidèle épouse humaine, ToyGirl (la fille aux jouets mécaniques) à la colle avec un Ken en plastique qui s'envoie en l'air avec Barbie derrière son dos, un couple bleu de frère et soeur incestueux, etc. Di Filippo ajoute quelques recrues à la fine équipe, dont une très jolie sirène qui se balade tantôt dans son bocal les seins à l'air ou allume sa collègue goudoue en ondulant sur sa queue. Côté intrigue, la nouvelle aventure est tordue mais ne manque pas de piment : les Top Ten ont fort à faire avec une sorte de Dr Fatalis spectral géant (tête de mort à l'appui) qui distribue de la drogue de synthèse virale contaminant tout le monde et qui transforme les gens en zombie. Ajoutez à cela que la mairie est tenue par un babouin débile aux manières de cochon, que celui-ci manque déclencher un conflit social en remplaçant le commissaire homo par un ancien militaire et cela donne une bonne mixture irracontable, sans que cela ne déshonore aucunement l'esprit libre et libertaire de la série. Di Filippo en fait peut-être un peu trop dans le pathos (la mort de la mère du CowBoy) et se perd parfois dans les pistes qu'il a lui-même ouvertes. Pourtant, on ne peut pas lui en vouloir d'avoir essayé de rivaliser avec l'intensité narrative d'Alan Moore. Côté dessin, et c'est la bonne surprise, Jerry Ordway fait oublier le Gene Ha des premiers épisodes (on met de côté le Top Ten 49rs et ses ambiances crépusculaires) en truffant ses planches de détails subliminaux (des apparitions de cartoon célèbres comme Popeye, Jimmy Corrigan et d'autres) et en respectant le cahier des charges : Néopolis est une ville de BD sublime, un bonheur pour les yeux et un personnage à elle toute seule. On a beau patauger un peu vers la fin, Top Ten : Au delà de l'ultime frontière est une prolongation honorable à une série importante, un bon divertissement dans un environnement impeccable, où les héros parlent super-pouvoirs mais aussi crise du logement, adoption ou sexualité. Le nouveau duo a, en cela, accentué l'une des tendances de Moore et Ha qui était de faire primer la vie des policiers sur leurs enquêtes. L'équilibre de l'ensemble en pâtit peut-être, mais on s'amuse plutôt bien et cela suffit à notre bonheur. On n'ira pas néanmoins jusqu'à conseiller ce tome à ceux qui n'ont pas apprivoisé les personnages de Top Ten et leurs petits secrets en de précédentes occasions : ils n'y verraient que du (petit) feu et ce serait dommage. Top Ten : Au delà de l'ultime frontière Paul Di Filippo, Jerry Ordway Marvel Panini FranceIl était une fois Fables
Dit comme ça, Fables sonne comme un comic book qui tente comme tant d'autre de surfer sur la vague Alan Moore/Neil Gaiman et avec beaucoup de retard.En interview, Bill Willingham explique d'ailleurs que le concept trouve son origine dans un dessin animé parodiant les contes de fée qu'il a vu enfant (comme Watchmen aurait été inspiré par une parodie des supers-héros parue dans MAD) et dans un projet abandonné de spin-off du Sandman de Gaiman. Rapidement, Fables a heureusement trouvé sa propre voie : plutôt que d'utiliser les contes de fées dans une tentative de commentaire post-moderne sur la fiction, Willingham construit une véritable histoire et n'ironise jamais sur le ridicule ou la profondeur de son concept. S'il y a un sujet à Fables, c'est probablement la politique. Cela ne saute pourtant pas aux yeux : l'exil des fables peut-être lu comme une métaphore de la diaspora juive, mais, la plupart du temps, aucune référence directe n'est faite à l'actualité. La BD est plus une série de contes moraux de plus en plus complexes : la grande simplicité des personnages (la plupart, que ce soit le Prince Charmant ou Cendrillon, ne sont que de simples archétypes unidimensionnels que Willingham ne cherche aucunement à épaissir) permet une grande lisibilité des situations, quand bien même elles impliquent un casting des plus larges. Toute la richesse de Fables tient donc dans l'accumulation des histoires et des personnes. Buckingham au dessin aide beaucoup : il a établi avec son ancien (et plus célèbre) collaborateur Chris Bachalo un style très personnel de découpage, multipliant les motifs et les symboles un peu comme J.H. Williams l'a fait dans Promethea. Ce qui peut n'être qu'un gimmick simpliste ("et si les pages avec le Prince Charmant avait la forme d'un blason ?") s'avère parfaitement adapté à la nature archétypale des personnages. Fables est un truc plutôt rare : un comic book politique plutôt conservateur, et néanmoins subtil ainsi que nuancé, une longue fresque à la Sandman, qui ne se prend jamais pour plus qu'elle n'est et, avec plus de soixante numéros parus aux USA, une série qui ne semble jamais devoir s'arrêter sans qu'on le regrette. Tout le monde aime American Elf
... Enfin, sauf moi, mais je fais déjà suffisament mon Schtroumpf grognon dans ces lignes. American Elf, c'est le journal dessiné de James Kochalka, Américain qui aime se dessiner en elfe. Ne me demandez pas pourquoi. Il y raconte les insignifiantes anecdotes de sa vie de tous les jours. Tout le monde (attention je dis bien tout le monde) ne fait que de dire que c'est génial. Cela doit certainement l'être. Je dois pour ma part reconnaître qu'il serait difficile de détester ce strip. En tout cas je ne pouvais pas vous signaler que Kochalka a enfin abandonné son antique système d'abonnement, et que dorénavant les immenses archives d'American Elf sont mises gracieusement à votre disposition sur le web. Pensez à dire merci.
Les Eternels de Jack Kirby![]() On se sent un peu stupide en écrivant sur Jack Kirby. Le scénario des Eternels, son dernier travail important pour Marvel dans les années 1970, évoque au mieux celui des Mystérieuses Cités d'Or mais, avouons-le, on dit ça par pure flatterie : cette histoire de races mystérieuses créées par des dieux extra-terrestres serait ridicule même au sein d'une Gloubi-boulga night. Les personnages sont de risibles clichés, dont on n'aurait pas voulu dans un film d'aventure muet à Hollywood en 1920 et malgré toute la sympathie que nous inspirent ses créations antérieures tout aussi simples (mais attachantes comme la Chose des Quatre Fantastiques, Hulk, les New Gods, etc...), on ne peut considérer les Eternels que comme l'oeuvre d'un génie cramé, usé par des années de service au comic book et qui balance une nouvelle idée toute les trois pages, non pas parce qu'il est inspiré comme par le passé mais probablement parce que comme nous il s'est déjà lassé de la précédente.Peu importe la médiocrité du scénario : Kirby était alors au sommet de son art en tant que dessinateur. Il avait depuis longtemps parfait son style unique de composition et de mise en scène conçu pour que chaque élément du dessin semble vous sauter dessus comme si vous aviez mis des lunettes 3D. Ses héros avaient des costumes couverts de symboles géométriques complexes qui n'étaient encore rien comparés aux constructions folles à la limite de l'architecture escherienne qu'étaient les machines de Kirby, des vaisseaux spatiaux incas aux outils mystérieux de dieux, ces constructions ont dû donner des maux de têtes et des érections à Moebius, Giger, Mignola et un million d'autres. Cerise sur le gateau, le dessin de Kirby bénéficiait pour une fois d'un encrage plutôt bon de Mike Royer et de couleurs propres et nettes (c'est déjà beaucoup à l'échelle de ce qu'a subit Kirby) de Glinys Wein passées par un travail de restauration impeccable des studios Marvel pour une réédition "Deluxe" intégrale.Dernière bonne nouvelle : on peut parfaitement suivre le scénario inepte des Eternels en se contentant de lire les bulles en diagonale (et en zappant complétement les redondants pavés narratifs) pour s'attarder à loisir sur le dessin spectaculaire. C'est en tout cas ce que j'ai fait après avoir scrupuleusement et péniblement lu "sérieusement" les premiers épisodes de l'intégrale. Les Eternels restent un des travaux les plus mineurs de Kirby et ne doivent leur réédition qu'à la récente résurrection des personnages par Neil Gaiman, mais on peut espérer, pourquoi pas, qu'un succès en librairie ouvrirait la voie à une réédition des New Gods. Les Eternels : L'intégrale Jack Kirby Marvel France Seven Soldiers, encore un tour de passe-passe de Grant Morrison
Sandman 7 de Neil Gaiman : Vies Brèves & Longs plaisirs
On voudrait que les publications du Sandman ne se terminent jamais mais il faudra bien s'y résoudre : un jour, il n'y en aura plus. Noël avec Robert Crumb![]() C'est Noël, vous avez l'instinct de vider votre portefeuille pour offrir des cadeaux à vos amis. Mais seulement voilà, vous venez de passer un semaine horrible, chaque matin debout longtems avant les poules pour aller attendre un hypothétique train coincé dans une gare avec beaucoup trop de vos semblables collés contre vous, se mouchant parce qu'ils ont la grippe humaine ou aviaire et qu'ils ont beaucoup trop de germes pour eux tout seul. Dans vos oreilles il y a Nadya qui chante "Comme un Wok" et ça y est, vous avez glissé de l'autre côté. La chute de la civilisation de son état de grâce pré-industriel pour en venir à "ça" vous apparaît comme une insupportable évidence. Vous détestez tous ces gens, y compris vos amis, et vous n'en avez plus rien à foutre de la société, dans les trains maintenant vous vous collez aux femmes avec de grosses fesses et vous imaginez toutes ces choses horribles que vous allez leur faire subir, vous, créature repoussante et libidineuse mais tellement supérieure intellectuellement. Pour Noël, vous allez vous offrir à vous même un album de Robert Crumb. |
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