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Moonlight Hotel dans le texte

Posté par Myosotis le 06.07.07 à 14:01 | tags : belfond, extrait, politique, roman

"Cher Monsieur Richards,

Votre rapport du 10 novembre sur la situation actuelle dans le royaume du Kutar a retenu toute notre attention et je vous en remercie bien sincèrement. Ainsi que vous n'êtes pas sans le savoir, cette administration a toujours défendu le principe selon lequel, d'une part rien ne garantit mieux la prospérité d'une nation que la coexistence pacifique de ses citoyens, d'autre part rien n'est plus contraire à sa stabilité politique, économique et sociale que les conflits internes tel celui dont fait état votre rapport susmentionné. Nous sommes en conséquence très préoccupés par ce que vous nous dîtes des événements intervenus dans le royaume du Kutar et profondément convaincus qu'il est non seulement souhaitable mais nécessaire d'obtenir la fin des hostilités. Pour réaliser cet objectif, nous estimons que le gouvernement du Kutar se doit de poursuivre ses actions militaires contre l'armée de libération du peuple kutaran aussi longtemps qu'il n'aura pas obtenu la cessation définitive des hostilités...."

Les lettres reçues tout au long du roman par David Richards de son correspondant des Affaires Etrangères sont hilarantes et constituent des modèles de langue de bois et de burlesque administratif. Une fois les communications interrompues, elles restent le seul vecteur de communication entre les Etats-Unis et le Kutar, mais aussi un ressort pour l'intrigue puisqu'elles portent sur leur ridicule les espoirs et désespoirs de l'ensemble des réfugiés du Moonlight Hotel.

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Moonlight Hotel : la politique internationale à mourir de rire...

Posté par Myosotis le 28.06.07 à 10:37 | tags : belfond, politique, roman

Roman politique et satirique d'un grand reporter du New York Times Magazine, de Vanity Fair et Esquire, Moonlight Hotel propose un excellent décryptage des motivations et du fonctionnement de la politique internationale, et notamment des relations de puissance qui unissent les grands pays (les Etats-Unis et l'Angleterre, ici) aux petites nations, états timbre-poste et anciennes colonies.
Dans un contexte qui rappelle évidemment la guerre en Irak, la campagne d'Afghanistan mais peut-être et surtout Le Désert des Tartares, Scott Anderson invente un état du Moyen-Orient, inconnu de la plupart, et délibérément négligé par les grands de ce monde.

Le KUTAR est un obscur royaume arabe où le héros, David Richards, jeune diplomate de 34 ans, est en charge à l'Ambassade Américaine des politiques de développement et projets économiques. Le jeune homme contrôle des études fumeuses et carottages destinés à repérer des ressources rares qui le sont tellement qu'elles n'existent pas, vole de "repas de l'ambassadeur" en "soirées de l'ambassadeur", enfilant dans son superbe appartement des beaux quartiers les quelques attachées culturelles, femmes délaissées ou étudiantes touristes qui se présentent, en se demandant ce qu'il est venu faire là.

Le roman démarre vraiment lorsqu'on apprend que les rebelles du Nord s'agitent un peu plus que d'habitude. La crise s'envenime (bombardements, blocus, pertes civiles, menace sur la royauté) et conduit le pays au bord du gouffre. La satire démarre avec l'appel au secours lancé par un David Richards, encore pénétré par les idéaux de liberté et de solidarité supposément portés par son pays, à une intervention de l'Oncle Sam.
Un fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères l'envoie bouler d'un courrier sublimement administratif et paradoxal où on lui expose que les rebelles pourraient bien être aussi féroces que les talibans (voire pire) mais que les USA ne peuvent pas intervenir puisque leur organisation est actuellement en cours de classement parmi les organisations terroristes et qu'on ne peut attaquer que si l'organisation est reconnue comme terroriste, ni proposer des négociations dans la mesure où on ne négocie pas avec des... terroristes ou personnes susceptibles de le devenir.

L'intrigue, cocasse et tragique à la fois, se concentre autour de la situation au Moonlight Hotel, où David Richards se réfugie pendant le siège de la capitale avec une jeune autochtone dont il tombe amoureux, l'ambassadeur britannique, un journaliste américain chasseur de scoops pas dupe de ce que recouvre le rêve américain une fois exporté et quelques personnages secondaires très bien croqués.
Anderson parvient à merveille à décrire le lâchage en règle des grandes nations vis à vis d'un pays ami (le Kutar est membre du Commonwealth) mais qui ne représente AUCUN intérêt stratégique et le malaise réel et métaphysique que ce dernier provoque chez ses loyaux serviteurs. L'ambiance est d'autant plus tendue et le roman exaltant qu'Anderson ne donne aucune indication sur les fameux rebelles sanguinaires, se contentant de laisser ses personnages dans la contemplation dramatique de leurs assauts (les pertes au sein du MoonLight Hotel seront loin d'être négligeables).
Jusqu'à l'audacieux rebondissement final (savoureux), Moonlight Hotel est un roman d'une belle intelligence, à l'écriture limpide et sans aspérités, une vision ultralucide et surtout divertissante de la géopolitique et de ses ressorts.

A l'image des Rois du Désert (le film), et sans céder sur la langue, la forme et le sérieux narratif (quelques scènes de description du Kutar sont très réussies), Moonlight Hotel réussit donne du sens le sourire aux lèvres. Du grand et bon boulot, à lire sur la plage ou ailleurs...

Moonlight Hotel
Scott Anderson
Belfond









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