Neil Cohn est un expert mondial, une sommité dans le domaine de la théorie de la bande dessinée. Ce n'est pas très difficile, me direz vous avec raison, puisqu'il n'y a pas tant de concurrence que ça. Certes, il y en a de plus en plus mais il suffit d'avoir écrit quelques bouquins mal fichus comme Scott McCloud et ça y est, vous êtes à l'avant-garde d'un champ d'étude encore largement inexploré.
Neil Cohn est un étudiant en linguistique, et sa théorie, c'est que ce que nous appelons bédé, comics, manga, art séquentiel, graphic novel ou autre, utilisent un Langage Visuel qui au-delà de toute considération "artistique" de style et d'esthétique est avant tout un moyen de communiquer, un langage avec sa syntaxe, sa grammaire, ses coutumes et ses figures de style.
Sur son site emaki.net on trouve toute une série d'essais en PDF généralement passionnants mais qui demandent pour certains un sacré bon niveau d'anglais (le jargon sémiologique est déjà bien assez difficile à suivre en français pour moi). Il a aussi un blog qui est heureusement assez facile à lire et toujours très instructif. On peut y suivre sa participation dans certaines discussions théoriques de la blogosphère, des exemples de "langage visuel" trouvés au dos des sièges dans un avion ou au bas des pistes de ski, et surtout le raffinement en direct de ses théories.
L'un des éléments les plus distinctifs de sa théorie par rapport à celles de McCloud et Will Eisner (qui, pour toutes bancales qu'elles me semblent, sont les mieux connues par tout le monde, moi le premier) c'est son refus de l'équation case = moment qui implique que la bédé est un découpage du temps en petites cases, un peu comme une série d'images statiques piochées dans la bobine d'un film. Les cases seraient plutôt comme les mots d'une phrase, certaines tenant lieu de sujet, d'autres de verbe, de conjonction etc... Ironiquement, les bédés théoriques de McCloud en sont un bon exemple : elles ne présentent pas une histoire avec un déroulement narratif dans le temps mais plus une série d'idées découpées en case pour être mieux articulées. Les planches de Chris Ware sont elles aussi une bonne preuve : souvent, au milieu de ses dessins il insère une case remplit d'une simple conjonction "et", "mais", "cependant".
Commencer à penser comme ça peu transformer votre façon de lire la bédé et de la percevoir. Loin d'être le simple storyboard que la conception trop répandue de "l'espace temps" suggère, la bédé est un véritable langage visuel, qui comme un autre langage peut dès lors être évalué avant toute chose selon la capacité à communiquer clairement de l'émetteur d'un message plutôt que sur sa capacité à dessiner des muscles saillants aux barbares et des seins ronds aux elfes.
Posté par 2goldfish le 17.04.08 à 11:33 | tags : bd, web
Entre 4 Planches, le court-métrage/superproduction des Requins Marteaux qui a fait le tour des festivals de BD est enfin visible online sur le site Monsieur Ferraille. Ce film raconte l'histoire de Sami, celèbre auteur de Poupinou et Ratafiolle, bédé à succès qui repose sur une démarche autoriale nouvelle ("être créatif tout en étant innovant").
Entre 4 Planches est une satire du monde de la bédé, un film noir et une production aux valeurs remarquable. Nul doute que les scénaristes ont eux aussi cherché à "être créatifs tout en étant innovants". Oui bon, c'est sympa quoi. Pensez surtout à aller faire un tour au Supermarché Ferraille en sortant.
Je pourrais écrire tout un tas de trucs pour vous expliquer en quoi les dessins quotidiens de Natalie Dee sont excellents et pourquoi vous devriez les lire. Je ne sais vraiment pas ce que j'écrirais au delà de "drôle", "inventif", "coloré" et quelques autres adjectifs que j'ai toujours sous la main mais je trouverais sans doute. Sauf que franchement, même si je suis censé habiller un minimum les liens que je balance ici, ça vous ennuierait vous et moi et nous ne sommes pas là pour ça : nous sommes là pour que vous ayez quelque chose à lire au bureau.
Posté par Céline le 25.03.08 à 12:17 | tags : news, bd
Créée par Lewis Trondheim et Joann Sfar en 1998, la série Donjon a déjà derrière elle 10 ans d'existence. Dix ans que paraissent donc, à un rythme exceptionnel, les aventures de Terra Amata, monde médiéval dans lequel on reconnaît aisément la référence à l'univers du jeu de rôle Donjons et dragons. Pour fêter cette décennie de pérégrinations drolastiques en compagnie d'Herbert le canard, de Marvin Rouge le Lapin et autres bipèdes intelligents, le site Les Murmures du donjon et les éditions Delcourt ont lancé un concours de bande-annonce (jusqu'au 10 avril). Il s'agit de proposer une vidéo de 2 minutes maxi pour présenter la série Donjon, sans aucune contrainte formelle ni technique. Le gagnant verra sa bande-annonce devenir le clip officiel des "10 ans" et se verra remettre des albums de Donjon.
Voici l'exemple d'une vidéo en lice, réalisée par LeFlo :
Le Journal deSerge Clerc marque le grand retour d'un auteur culte de la BD des années 80. Sous-titré "Une histoire vraie", Clerc y conte en BD la fondation, l'incroyable ascension et la néanmoins vertigineuse chute, du fameux magazine Métal Hurlant. "Tout est vrai, ou presque" déclare Jean-Pierre Dionnet, fondateur de la revue dans la préface de ce pavé de 230 pages. Et on le croit, malgré l'humour à froid, décalé et totalement singulier de l'auteur de cette saga. Décrite du point de vue subjectif d'un petit provincial (Clerc est âgé de 17 ans quand il débute à Métal) monté à Paris en 1975 pour faire ses débuts dans la bande dessinée.
Dans Le Journal, Clerc raconte donc son parcours chaotique et éloquent en parallèle à l'histoire du magazine. De sa rencontre à son initiation avec les grandes figures de la BD adulte de l'époque...
Posté par 2goldfish le 10.03.08 à 11:17 | tags : bd, web
Bonne nouvelle : le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image s'est lancé dans un grand programme de numérisation de ses archives et les premiers résultats se font voir. Vous pouvez consulter en ligne le fonds Alain Saint-Ogan, c'est à dire principalement des albums de Zig et Puce et les carnets de leur auteur qui collectionnait tous les articles et illustrations de sa plume jamais publiés ainsi que toute sa correspondance. Ca fait beaucoup et ça n'intéressera presque personne : c'est ce qu'on appelle un musée.
Ironie mise à part, Zig Et Puce c'est un important bout de culture populaire de l'entre-deux guerres et une étape importante dans la bédé franco-belge : Alain Saint-Ogan a systématisé l'usage de la bulle et tout un tas d'autres petits trucs qui ont fait pour le meilleure et pour le pire la bédé telle qu'on l'a connu depuis. Non, si on a à se plaindre, c'est de l'interface de lecture des albums qui est loin de valoir une bonne vieille lecture sur microfilm. Espérons que ce sera corrigé pour les prochaines bédés mises en ligne par le CNBDI.
Oubliez Peanuts : Moomin est le vieux strip d'apparence enfantine qui cache des merveilles existentialistes avec la plus grande des simplicités. Ce n'est pas tellement que les dites merveilles soient si merveilleuses que ça, c'est surtout que là ou Peanuts peine à faire illusion (la dépression de Charlie Brown est beaucoup trop saisissante pour que je sois à l'aise avec l'idée de prêter mes Peanuts à un enfant) Moomin ressemble vraiment même de près à un inconséquent et fantasque enfantillage. Le personnage est d'ailleurs une sorte de Mickey scandinave, figure tutélaire du parc Moomin World en Finlande...
Le principe : Jochen Gerner a accumulé toute une série de petites phrases, de fragments de phrases et de rares citations plus larges sur la bande dessinée. Il les regroupe par thème, en fait de gros tas, une accumulation d'idées reçues, de déclarations à l'emporte pièce et d'expressions toutes faites qu'il illustre par des dessins ultra-simples, tendant vers la neutralité graphique d'un panneau de signalisation. Ces illustrations sont pour la plupart une retranscription graphique aussi littérale que possible des choses "lues et entendues" par l'auteur.
Il n'y a rien de plus que cette accumulation absurde et ces petits dessins sarcastiques et pourtant en émerge un livre étonnant, qui ne ressemble à aucun autre et dont le propos fascine autant que la méthode.
Posté par 2goldfish le 03.03.08 à 15:43 | tags : bd
Nicolas Presl était sculpteur avant de se lancer dans la bande dessinée. L'expérience nous a apprit à nous méfier des artistes de "l'extérieur" venus s'essayer à cet "art mineur". Surtout des réalisateurs et romanciers en fait, qui généralement se contentent d'écrire un peu comme il le ferait pour n'importe quel autre travail sans se soucier des articulations particulière du langage de la bédé. A priori un sculpteur n'a pas plus de prédispositions pour parler ce langage qu'un autre mais il n'a au moins pas les mauvaises habitudes d'un scénariste de cinéma.
Divine colonie, le second album de Nicolas Presl, raconte l'histoire d'un jeune prince espagnol naïf et pieux qui part évangéliser le nouveau monde.
Posté par 2goldfish le 13.02.08 à 14:10 | tags : bd
Carlos Gardel est un légendaire chanteur argentin dont on sait finalement peu de choses sur lui, ou plutôt trop pour que toutes soient vraies. Il serait né en France, en Argentine ou en Uruguay, aurait été communiste ou pas du tout, peut-être lié au crime organisé, il aurait été homme à femme ou homosexuel (ou les deux), aurait été assassiné ou victime d'un accident d'avion. Ce qu'on sait pour sur c'est qu'il a popularisé le tango sur toute la planète grâce à ses disques et ses films et qu'il reste un héros national en Argentine et en Uruguay, les deux pays se disputant la paternité du chanteur.
Ce gros flou qui entoure la vie de Carlos Gardel, José Munoz et Carlos Sampayo en profitent pour raconter ce qu'ils admettent être une "vie rêvée" de Gardel et pour présenter plusieurs points de vue contradictoires tout au long de la bédé. Le prétexte, c'est une émmission de radio dans laquelle deux "experts" débattent du chanteur. L'un est un argentin qui croit en Gardel le héros national, l'autre est uruguayen et communiste et veut démonter le mythe pièce par pièce. Pendant que ces deux là se disputent nous est présenté ce qui pourrait être la "réalité" de la vie de Gardel, quelque part entre les deux.
Ce n'est qu'un premier volume bien trop court cependant et on ne peut dire avec certitude où Muñoz et Sampayo veulent en venir. Ce qui est certain c'est que la vie du chanteur offre aux auteurs un canevas sur lequel ils peuvent broder à l'envie leurs thèmes favoris, ils font de Gardel une figure à la Sinatra, un séducteur et un joueur qui rencontre des jazzmen à new york et évolue dans une Buenos Aires en noir et blanc magnifique, tout en contrastes et jeux d'ombres élégants, un véritable délice pour les yeux.
Posté par 2goldfish le 05.02.08 à 16:14 | tags : bd
J'ai lu quelque part que Sascha Hommer revendique deux influences principales pour Insekt, sa première bédé parue en France chez Sarabacane : Charles Schultz et Charles Burns. Je ne peux qu'aimer un auteur qui en une déclaration si synthétique et a posteriori si évidente me rend le travail si facile.
De Schultz, l'auteur de Snoopy, L'intégrale : Snoopy et les Peanuts : 1950-1952, il reprend les personnages petits, mignons et tristes. Chez Burns, auteur de Black Hole, il reprend les monstres et le sexe. Et chez les deux il a trouvé la même peinture de la pression sociale, des losers, des exclus et un existentialisme simple et touchant. Si les noms de Burns et Schultz apparaissaient quelque part dans le bouquin, il pourrait prétendre être une critique ou une analyse de texte tout autant que ce qu'il est : un mix intelligent d'inspirations a priori éloignées l'une de l'autre.
Insekt raconte l'histoire de Pascal, un gamin populaire dans une école normale en tout point si ce n'est qu'elle se trouve dans une zone si polluée qu'on n'y voit pas en plein jour. Les filles se battent pour lui jusqu'au jour où l'une d'elle l'entraîne dans une zone non polluée et découvre à la lumière du jour que Pascal est un "insecte", une espèce de mutant monstrueux.
Cette bédé n'a pour elle ni une grande originalité ni aucune réelle profondeur mais le trait rond et épais de Hommer est charmant comme à peu près tout à propos de ce petit bouquin.
Tous les afficionados du bonhomme le savent mais Planter des clous de Manu Larcenet est totalement fini. Le dessinateur explique sur son site que les couleurs du quatrième tome du Combat ordinaire sont terminées - dessins et couverture sont prêts depuis août dernier. L'auteur publie même une planche qui montre son héros Marco en rendez-vous chez son psy à qui il n'a manifestement plus grand-chose à dire.
Tout finit bien apparemment - comment l'imaginer autrement - et on s'impatiente d'avoir l'objet entre les mains. Même si chaque jour qui passe nous rapproche aussi d'une autre terrible échéance : l'avoir déjà lu...
Fletcher Hanks est un artiste culte dans le milieu des comics qui connaît enfin si ce n'est la popularité, disons au moins la reconnaissance des ses pairs grâce à Paul Karasik, un autre auteur de BD. Dans "Je Détruirais toutes les planètes civilisées !" Karasik a compilé quinze des bédés de Hanks réalisées au cours de sa courte carrière d'auteur de comics entre 1939 et 1941.
A première vue, les aventures de Stardust le super magicien dont "la vaste connaissance de la science interplanétaire fait de lui l'homme le plus remarquable ayant jamais vécu" et de Fantomah, la femme mystère de la jungle ne sont que des comics super-héroïque lancés sur les traces du succès de Superman comme tant d'autre à la fin des années 1930. Sauf que les comics de Fletcher Hanks sont remarquablement "mauvais", kitsch et, disons le, complètement cinglés. Invariablement, une aventure de Stardust ou Fantomah se déroule ainsi : le héros découvre les plans d'un méchant gangster/espion/terroriste pour s'emparer d'une grande richesse et/ou détruire la civilisation et s'interpose quand ces plans sont mis à exécution, utilisant une liste de pouvoirs illimités ("Stardust voyage sur des ondes supra-solaires accelérés !", "Fantomah concentres ses puissantes ondes de volonté", "Stardust utilise son téléviseur détecteur de crime", etc...) les héros, véritables figures divines, empêchent la ruine de la civilisation et à l'aide de leurs pouvoirs inventent un châtiment particulièrement cruel pour les méchants, impliquant souvent la transformation en sous-homme et une souffrance éternelle.
Le dessin de Hanks est qui plus est très "amateur" et l'anatomie de ses personnages est particulièrement bizarre. Si on a déjà lus quelques comics super héroïques de l'époque, on sait cependant que la différence entre ceux là et ceux de Hanks n'est qu'une différence de degrés : le dessin médiocre, la science fiction débile, les scénarios répétitifs et la bizarrerie générale étaient la norme à l'époque, Hanks n'était guère que le plus fou de l'asile.
L'oeuvre de Fletcher Hanks est pour le lecteur moderne une invitation irrésistible à la psychanalyse de comptoir. Ses héros ont écrit "surmoi" au néon sur le front, ses vilains qui s'en prennent à la civilisation sont le "ça" primal que censurent les héros, représentants de la société américaine, de la science, de la maturité et de la mort (fantomah, quand elle utilise ses pouvoirs se transforme en) crâne flottant). Hanks apparaît comme un type tourmenté par des pulsions violentes mais fasciné par la puissance du surmoi.
Il prend un plaisir visible à dépeindre les plans fous de ses vilains et un autre plaisir non moins grand à les faire échouer et à punir leurs auteurs violemment. Le peu qu'ont sait réellement de Fletcher Hanks (l'interview de son fils par Karasik à la fin de cet ouvrage révèle qu'il était un mari alcoolique et violent qui a vite abandonné sa famille) nous conforte dans cette position et surtout nous laisse suffisamment de marge pour donner libre cours à nos fantasmes d'un auteur de quasi-art brut, peut-être un peu fou.
On en vient finalement à s'interroger... Hanks était-il si inconscient ? Beaucoup de ses "fans" sont aujourd'hui de l'avis qu'Hanks était un génie, que son dessin était plus original que "mauvais"... Difficile d'en juger en verité, mais c'est ce qui fait que ce livre est si passionnant, bien au delà du simple objet kitsch.
Passons en revue si vous le voulez bien les défauts traditionnels du webcomic moyen : un auteur qui maîtrise mieux Photoshop que les bases du dessin ; des références obscures pour tout non-spécialiste dans telle ou telle ténébreuse niche ; des compositions ambitieuses mais qu'on ne sait pas dans quel sens lire ; un auteur qui après une poignée de strip perd la terre de vue et se lance dans de grandes fresques à suivre beaucoup trop ambitieuses... Dresden Codak cumule tout ça : des couleurs informatiques bien plus réussies que le dessin dessous ; des pages labyrinthiques ; de nombreux gags incompréhensibles de presque tous, en dehors de la communauté scientifique ; et la série de gags originelle a même laissé place dernièrement à une histoire à suivre de voyageurs temporels et d'OVNI/robot.
Bref, ça devrait être mauvais. Mais franchement, si vous aimez les couleurs qui pètent, les blagues sur l'interprétation de Copenhague et Carl Jung, vous serez certainement prêt à passer outre les pages mal construites et les faiblesses du dessin des premières. Toutefois, les choses s'améliorent petit à petit, et les dernières pages sont presque lisibles.
Posté par Solaris le 05.12.07 à 15:56 | tags : bd, news
Le prix René Goscinny est décerné chaque année à un jeune scénariste de bande dessinée pour l'une de ses réalisations. Hier, le jury a désigné son lauréat 2007 (au troisième tour). La 15e édition a donc récompensé Le guide du moutard : Pour survivre à 9 mois de grossesse de Jul (Vents des Savanes).
45 albums étaient sélectionnés, dont Miss Endicott de Jean-Christophe Derrien (Le Lombard), face auquel Jul était confronté au cours des dernières délibérations.
Le Guide du Moutard relate le déroulement d'une grossesse parallèlement à celui de la campagne électorale présidentielle. Des situations burlesques, un humour caustique, des dessins expressifs. En bref, le journal d'une grossesse tout au long duquel l'attente conduit à des extrapolations ubuesques. Si vous deviez tomber dessus au détour d'un rayon, n'hésitez pas. Cet album vaut le coup d'oeil.
L'exposition De Superman Au Chat Du Rabbin au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme à Paris retrace l'évolution parallèlle de la condition juive et de la bande dessinée - des comics américains en particulier. Il semble qu'aux débuts du comic strip et jusque dans les années 1970, la bande dessinée outre-atlantique n'était l'oeuvre que de Juifs New Yorkais. Ils ont peut-être formé (et déformé) les esprits de la jeunesse américaine pendant tout ce temps mais avant de vous lancer en mode "antisémite parano", il faut bien vous dire que c'était loin d'être aussi cool que de contrôler les finances internationales, simuler la Shoah ou tuer Jésus : si les Juifs contrôlaient la production de comics, c'est avant tout parce que personne n'en voulait. Comme le racontait Will Eisner à Frank Miller dans leurs entretiens, on laissait la BD aux Juifs parce que les illustrateurs goys travaillaient tous pour la pub qui payait bien mieux et qu'on préférait toujours les employer eux plutôt que des noirs.
L'expo, précedemment évoquée sur Flu, commence avec des strips : c'est dans les journaux américains qu'a été inventé la BD... Dans la version américaine des faits (parce que, bien sûr, chacun prétend avoir inventé la BD en premier). Une chose est certaine, la BD a été inventée pour les immigrants qui lisaient mal l'anglais, parmi lesquels beaucoup de Juifs, et ces premiers strips étaient pleins de stéréotypes savoureux et révoltants. La naissance de Superman, puis des autres super-héros marquent l'entrée des comics dans le monde de l'enfance. Toujours considéré comme un médium pour illettrés, le comic strip (puis le comic book) fait les frais de l'alphabétisation des masses et à quelques exceptions (le Spirit de Will Eisner en est une) s'adresse à ceux qui ne savent pas encore bien lire.
Malgré tout ce qu'on a fait de Superman comme messie ou golem de la diaspora juive américaine, le judaïsme n'est presque jamais abordé ouvertement en BD. Il faudra attendre la révolution des "underground comix" et des auteurs comme Harvey Pekar, Aline Kominsky et Art Spiegelman pour que le judaïsme sorte du placard (Robert Crumb, contrairement à ce que certains croient, n'est pas juif). Cette crise d'adolescence débouche sur le graphic novel, qu'on dira inventé par Will Eisner en 1978.
Depuis que les comics de super-héros passaient aux mains des petits Américains de toutes origines qui avaient grandi en les lisant et qui, incroyable, "veulent" faire du super-héros, les auteurs juifs sont libres de se consacrer à des poursuites plus littéraires, à des oeuvres historiques comme Ben Katchor, théologiques comme le Chat du Rabbin de Sfar ou autobiographique comme tout le monde.
Ne vous laissez pas tromper par l'affiche : Superman et le Chat Du Rabbin ont beau être deux BD des plus ennuyeuses, l'expo est bien fournie en planches originales et la scénographie est bien pensée. La visite fournit en plus au passionné de BD un argument massue pour défendre ses petits miquets : le prochain qui me regarde de haut quand je lui explique de quelle partie du blog Livre je m'occupe, je le traite d'antisémite !
Posté par Easywriter le 19.11.07 à 12:32 | tags : bd
- Il est artiste fainéant, insupportablement égocentré et imbu de lui-même. Humainement, il est loin d'être parfait (radin, froussard et il dévore ses croûtes de pied). - On vous mentirait en vantant l'originalité de son graphisme ou son inventivité scénaristique. - Son dernier ouvrage est quasi-exclusivement consacré à la masturbation. - Et pourtant le modeste article qu'on lui consacre est élogieux. - Il s'appelle Joe Matt (clique sur son nom).
Posté par 2goldfish le 15.11.07 à 15:05 | tags : bd
Publié depuis 2004 dans Charlie-Hebdo, La vie secrète des jeunesde Riad Sattouf vient enfin de faire l'objet d'un volume relié chez l'Association. Chaque semaine depuis trois ans, Sattouf a produit une page rapportant une anecdote vue ou entendue dans le métro, une fête ou n'importe où. Dans son introduction l'auteur prévient (et le sujet reviendra à l'intérieur des BD elles-mêmes) : tout est 100% vrai. Ça a pu être "recadré", remis en scène, mais c'est arrivé. C'est qu'apparement personne ne veut le croire. Il n'y a pourtant rien de si invraissemblable dans ce qui est rapporté, si ce n'est peut-être la fréquence des faits intéressants/étonnants/significatifs dont Sattouf est témoin. Moi, je ne prends pas les transports en commun, ne vais pas aux fêtes, et en règle générale je ne sors pas de chez moi, aussi je n'en sais rien. Mais, pour qui garde les yeux et les oreilles ouvertes, il n'y a là rien d'exceptionnel, ou presque, c'est un peu ça le sujet d'ailleurs. Si ces histoires étaient inventées, elles montreraient surtout un grand manque d'imagination. Il ne s'agit pas ici de présenter une réalité qui dépasse la fiction, mais une réalité qui en aurait été débarrassée.
Ce qui est exceptionnel, peut-être, c'est surtout le talent de Sattouf pour saisir et retranscrire les détails qui "font" l'anecdote : les mimiques, les postures, le vocabulaire, la barette dans les cheveux ou le regard qui se détourne. Un bon dessinateur consciencieux devrait régulièrement sortir de son atelier pour faire du dessin d'observation. Beaucoup le font. Ici, la différence réside dans le fait que Sattouf conçoit aussi du "scénario d'observation". On y découvre la source des détails qui font sonner Pascal Brutal si juste bien qu'il évolue dans un futur dans lequel Alain Madelin est devenu président de la République.
Tout ça, c'est bien me direz-vous. Cependant, quelle est cette vie secrète qu'on découvre dans ce bouquin ? Moi, je n'y ai pas découvert grand chose parce que je suis encore jeune. Vous aussi, je parie. En effet, on constate que les "jeunes" du livre ont parfois allègrement entamé leur trentaine. Nous voulons tous être jeunes, et nous repoussons sans cesse dans notre esprit l'âge limite de la jeunesse (il est pourtant très objectivement fixé à 25 ans par les banques et la SNCF). Le corollaire étant qu'on réduit à l'état d'enfant ces filles de 18 ans qui parlent en SMS et leurs copains de 20 ans les oreilles bouchées par leur iPod (comme nous, parce que nous sommes encore jeunes). Des enfants ou des abrutis, se dit-on.
On ne découvre donc pas vraiment dans ces pages que la jeunesse est "avant tout un état d'esprit" fait d'irresponsabilités, d'hédonisme, de stupidité et d'un goût immodéré pour la nouveauté. On découvrira peut-être que la réalité ne se prête à aucune conclusion définitive ni aucune généralisation facile si on ne les a pas amenées avec nous a priori. Face à ce livre, le critique rigoureux est forcé de botter en touche : La Vie Secrète Des Jeunes, c'est le bouquin de Sattouf entier, impossible à réduire, diviser ou résumer.
Posté par 2goldfish le 08.11.07 à 11:05 | tags : vo, bd
Worried Noodles de David Shrigley a été publié pour le première fois il y a deux ans chez Tomlab, un label habituellement spécialisé dans la musique. Le bouquin se voulait en fait le livret de paroles d'un disque qui n'existait pas et en adoptait le format (vynile, pas CD, heureusement). Le livre a vite été épuisé et il est à nouveau publié aujourd'hui, acompagné d'un double CD sur lequel les paroles de Worried Noodles ont été mises en musique par tout un tas de groupes indépendants : TV On The Radio, Liars, Hot Chip, David Byrne... Un casting de luxe qui nous faisait saliver dans le blog d'à côté (le résultat, lui, est pour le moins inégal et inconséquent comme souvent avec ce genre de compilation).
J'ai découvert le travail de Shrigley sur l'album Friend Opportunity de Deerhoof au début de cette année. Il a réalisé douze pochettes plutôt sympa pour le disque. Et le groupe avait le premier composé une chanson sur des paroles trouvées dans Worried Noodles : "Kidz Are So Small". Ces quelques vers "Si j'étais un homme et toi un chien/je lancerais un bâton pour toi" (traduction libre par mes soins) étaient plutôt amusants et se prêtaient bien à un morceau de hip-hop bordélique et mignon. J'ai donc ouvert le livre de Shrigley dans la meilleure des dispositions.
Les paroles des chansons de Shrigley y sont écrites à la main et accompagnées de ses dessins primitifs, façon faux-art brut. La plupart des chansons sont très courtes, à peine quelques mots, toujours très simples, le plus souvent des observations naïves du quotidien. L'auteur vise tour à tour le mignon et le glauque et est occasionellement drôle.
Malgré un talent certain de Shrigley dans ce qu'il fait, la naïveté feinte peut très vite lasser et il est difficile de lire plus de quelques pages à la suite. Certes, le bouquin ne va pas s'envoler et on peut l'apprécier par petite dose, mais Worried Noodles m'amène à m'interroger sur l'opportunité d'un livre entier réalisé sur ce mode. Sans parler de toute une carrière. Je m'inquièterais presque pour lui.
Worried Noodles David Shrigley Tomlab, paru accompagne de deux CD
Depuis quelques années, il y a de plus en plus de bouquins qui prétendent vous apprendre à faire une BD. Enfin surtout à faire un manga, en fait. Ils sont tous complètement à côté de la plaque évidemment, et vous aurez beau avoir suivi tous les conseils du tome 1 (Apprendre à dessiner les héros) au tome 39 (Apprendre à dessiner les robots et autres ustensiles de cuisine) en passant par l'inévitable tome 23 (Apprendre à dessiner les jupes plissées et les petites culottes), vous serez encore très loin de savoir comment on fait un manga. Il faut avant tout dessiner les cases et surtout choisir ce qu'on va mettre dedans. Quand on est un peu exigeant en la matière, les qualités d'illustrateur de l'auteur passent au second plan. Un simple coup d'oeil sur les rayons "alternatifs" d'une librairie spécialisée suffit pour le novice à comprendre que l'ultime snobisme classe, c'est de lire une BD qui a l'air d'avoir été dessinée par un gamin trisomique.
Le but du nouveau bouquin de Scott Mac Cloud, Faire de la Bande Dessinée (suite de L'Art Invisible et Réinventer la Bande Dessinée), c'est de prendre le contre-pied de tous ces manuels et d'essayer de s'intéresser à toute les questions que l'auteur débutant devra se poser avant Comment dessiner ?. Les mauvaises langues s'en féliciteront puisque McCloud ne sait pas particulièrement bien dessiner, et la question de sa légitimité mérite pour une fois d'être sérieusement posée. Auteur plutôt anecdotique, McCloud avait suffisamment réfléchi au médium pour parler avec une certaine autorité de la théorie dans ses deux ouvrages précédents, mais il est loin d'être le premier maître vers qui on se tournerait spontanément pour nous enseigner la pratique. Il existe d'ailleurs quelques autres livres qui traitent du sujet autrement que sous l'angle du dessin pur (les deux bouquins fourre-tout de Will Eisner ou l'exhaustif L'art de la BD de Duc, par exemple).
Malgré tout McCloud s'en tire plutôt pas mal. Il crée des catégories et des définitions avec plus d'entrain que jamais, poussant la logique à l'extrême sur sa théorie des expressions, dont on se demandera longtemps si elle est géniale ou ridicule. Il a en tout cas un talent certain pour expliquer très clairement des principes pas toujours, et son choix d'utiliser la BD pour expliquer la BD semble si évident qu'on s'étonne que certains traitent encore le sujet principalement avec des mots.
On pourra discuter du bien fondé de nombre des idées de McCloud comme on l'a fait avec l'Art Invisible, livre lui même plein de théories largement décriées aujourd'hui, mais a eu l'intérêt de soulever tout un tas de questions. Il a l'évident défaut de présenter l'art de faire de la BD comme la simple application d'une série de techniques et de "trucs" que la plupart des grands auteurs ignorent en fait bien souvent. Pour le faiseur comme pour le simple lecteur. Cependant, il a le mérite de présenter un large panorama de tout ce qui doit rentrer en ligne de compte dans la création d'une BD, de l'angle de vue à la position du personnage en passant par le niveau de détail de l'arrière plan et la position des bulles. On oublie souvent de féliciter un artiste qui sait placer ses bulles.
Au final, on a du mal à extraire une théorie directrice du livre de McCloud, contrairement au précédent. Le livre reste pourtant bien plus théorique que la plupart des manuels de sa catégorie. Toutefois, à l'inverse des précédents, ce nouveau McCloud n'offre que peu de pistes nouvelles. L'espace qu'il s'accorde est limité, et bien trop souvent ses conseils se limitent à "faites attention à X" ou "réfléchissez bien au choix Y". Faire de la Bande Dessinée est une lecture instructive, mais bien moins essentielle que l'Art Invisible.
Posté par 2goldfish le 30.10.07 à 10:11 | tags : bd
L'un des pires aspects des massacres russes en Tchétchénie est leur banalité. Ils étaient en quelque sorte l'aboutissement de tout un siècle de violences semblables, résultats prévisibles de l'Histoire commune de deux nations. La particularité de ces massacres-ci étant la réussite avec laquelle on a tenu éloigné l'attention de la communauté internationale (qui, sans doute, ne demandait que ça).
J'aimerais donc pouvoir vous recommander la lecture de cette Chronique du proche étranger en Tchétchénie de Rash et Tamada. Il y est question d'un médecin français qui traverse un pays dévasté et écrasé sous la botte russe. N'est malheureusement pas Joe Sacco qui veut et, horreur, double horreur, cette BD est terriblement banale. Je me sens presque coupable de dire ça mais, outre les défauts techniques du dessin et du scénario (les deux sont bien trop confus), l'album manque singulièrement d'originalité et d'efficacité. Son ambition de nous "faire prendre conscience" la plombe. Si le reste du monde a ignoré la Tchétchénie, c'est en partie parce qu'il le voulait bien et la BD nous le rappelle souvent. Faut-il donc accabler le lecteur qui a fait l'effort d'ouvrir, peut-être d'acheter cette BD, et le sermonner ?
Ce qui ressort de cet album, c'est un sentiment d'impuissance. Pas l'impuissance des Tchétchénes, mais celle du scénariste qui ne trouve pas l'histoire si terriblement tragique, le bébé dans un four ou l'orphelin tout neuf encore couvert du sang de ses parents qui nous fera tomber à terre sous le poids de la honte et ramper jusqu'à Moscou pour étrangler Poutine de nos mains. Alors le scénariste s'énerve, oublie la fiction pour nous asséner les faits bruts, les dates et les morts. Il nous les jette au visage en désespoir de cause. Nos potentiels d'indignation, de culpabilité, de commisération et de révolte sont malheureusement limités et presque constamment sollicités.
Ne faire que les demander ne suffira pas. Idéalement, dans un livre, il ne faut pas demander, il faut susciter. Ça a quelque chose à voir avec "donner un poisson" ou "apprendre à pêcher". Si vous avez l'audace d'attendre quelque chose de votre lecteur, essayez de vous y prendre avec un minimum de subtilité.
Chronique du proche étranger en Tchétchénie Rash et Tamada Vertige Graphique
Posté par 2goldfish le 15.10.07 à 15:27 | tags : web, bd
Suite au débat dans les commentaires de mon billet sur webcomics.fr, je vais vous parler aujourd'hui d'un autre site de publication de BD en ligne, celui de la maison d'édition L'Employé Du Moi, j'ai nommé Grand Papier. On apprend sur la page "à propos" que Grand Papier est la suite donnée à deux projets de l'EdM : le Journal de l'EdM, qui était une série de BD réalisées par une dizaine d'auteurs et publiées quotidiennement sur le site de l'éditeur (puis pour certains imprimés, reliés et vendus en librairie), et 40075km-comics.net, un site ouvert à toute personne désireuse de proposer une BD sur le thème du voyage et qui a aboutit à la publication en librairie d'une anthologie-pavé au début de l'année.
Grand Papier offre donc une plateforme de publication à des auteurs séléctionnés pour la qualité de leur travail et leur correspondance avec la ligne éditoriale de l'Employé du Moi (comprendre : c'est de la BD d'auteurs, les enfants, pas Lanfeust). La qualité est effectivement au rendez-vous, il y a indéniablement plus de choses intéressantes à lire que sur webcomics.fr. La différence fondamentale avec ce dernier site réside dans le fait que Grand Papier ne se veut pas une finalité en soi, mais plutôt un tremplin vers une édition papier. C'est peut-être à cause de ça que la lecture sur le web est si inconfortable : la navigation d'une page à l'autre n'est pas intuitive, et surtout, souvent les pages sont trop petites pour êtres lues et on doit ouvrir une nouvelle fenêtre pour pouvoir zoomer. Fenêtre démunie de tout lien vers la page suivante.
On peut très bien utiliser Grand Papier pour découvrir "en gros" des auteurs et leurs oeuvres, mais pour les lire, il faut s'armer de patience, ou plutôt d'un bon de commande. Dommage.
Posté par Myosotis le 09.10.07 à 11:28 | tags : bd
Le cycle des Thorgal a été lancé en 1977 (il y a 30 ans tout juste) par Van Hamme (scénario) et Rosinski (dessin), s'imposant assez vite comme une franchise vigoureuse et plutôt intéressante entre Hercule (la série TV sur fond de joyeux mélange des mythologies viking, médiévale,...), Rahan (pour les valeurs et le soin de faire avancer l'espèce humaine) et surtout le comic-book de Conan le Barbare (pour la dimension heroic fantasy). Depuis le premier album, l'inaugural La Magicienne trahie, Thorgal nous était revenu à raison d'une moyenne d'un album par an, pour atteindre 29, l'année dernière, à la même époque, avec un volume aux allures de conclusion, le Sacrifice. Thorgal s'y retrouvait l'enjeu d'un étrange pari liant son fils et un mystérieux Manthor, aux allures sacrément inquiétantes. Entretemps, Van Hamme, également auteur de Largo Winch, s'était rangé des scénarios et avait annoncé qu'il prendrait du recul par rapport à ses séries, ce qui laissait un boulevard ouvert pour un double passage de témoin : celui du scénariste originel au profit de Yves Sente, et celui du personnage principal (Thorgal) au profit de son jeune fils blond et télékynésiste, Jolan. Moi, Jolan, volume 30 de la série, inaugure ainsi un nouvel univers sous la direction d'un Sente qu'on avait appris à apprécier sur sa Vengeance du comte Skarbeck, décalque plutôt bien foutu du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, ou sur deux albums de Blake et Mortimer. Jolan, devenu le personnage central du récit, s'embarque ici dans un voyage initiatique où, dans la grande tradition de l'heroic fantasy, il rencontre d'autres personnages inédits, une jolie nana, un noble mi-fourbe, mi-raisin, une autre jolie nana etc. La folle équipe doit se rendre, sur le modèle habituel, dans un endroit de l'Entre Monde, où Manthor désignera un élu (à quoi ?, il est peu tôt pour le dire, mais on l'apprend dans l'album), à la suite d'une série d'épreuves. Evidemment, le trip Communauté de l'Anneau fonctionne à plein régime et on déroule ce Moi, Jolan avec avidité et insouciance.
Sente introduit quelques belles scènes (le mur de feu...), qui ne brillent pas par leur originalité - c'est le moins que l'on puisse dire - mais constituent dans leur enchaînement dynamique un premier tome tout à fait respectable. La narration est très traditionnelle et ponctuée de quelques retours à Thorgal et son épouse, inquiets (juste ce qu'il faut) pour leur progéniture. Ce qui fait l'intérêt véritable de ce volume 30 est la qualité du dessin de Rosinski, devenu depuis cinq ou six ans (et sur l'album précédent en ce qui concerne les Thorgal), un adepte de la couleur directe. Son style, tout en couleurs et pinceaux donc, s'est orienté vers un équilibre assez subtil entre photo-réalisme (incomplet) et impressionnisme. Les pages de Thorgal en sortent grandies et tout à fait différentes de ce qu'elles étaient avant et beaucoup plus poétiques. La nouvelle "touch" de Rosinski (quasi Hamiltonienne dans ses dégradés de rose) sert à merveille la nouvelle épopée qui délaisse le Thorgal vieillissant pour une bande d'adolescents taquins et physiquement beaucoup plus sexy.
Le résultat décevra sûrement les anciens amateurs du Northland, qui aimait la rudesse et la sécheresse de leur héros, mais aussi ses ascendances extraterrestres (Thorgal est le descendant du Peuple des étoiles, un peuple super-doué qui a quitté la terre). Il décevra ceux qui aimaient le héros solitaire et ses grands moments de spleen. Ils apprécieront néanmoins la fraîcheur d'un Thorgal Jr joueur et énergique, la légéreté d'une franchise qui, sans se réinventer, semble se tourner un peu plus vers le public adolescent. Ce qui est clair, c'est que Thorgal a changé d'ère, pour le meilleur et pour le pire.
Cette nouvelle lecture de bureau que je vous propose a la particularité intéressante d'être payante. Bon, vous pouvez lire gratuitement la première BD, When I Am King celle qui a rendu célèbre son auteur Demian5. Mais, vous aurez certainement envie, comme moi, de verser trois dollars pour lire la suite (surtout au cours actuel du dollar).
When I Am King raconte les amours contrariées d'un chameau pervers et les mésaventures d'un roi d'Egypte, dont le dit chameau mange les vêtements. Personne ne reconnait le roi nu et il se voit refuser l'entrée de son palais. La suite est cartoonesque, psychédélique et émouvante (il est vraiment touchant ce chameau). Le dessin évoque un flyer pour une soirée éléctro du début des années zéro, ce qui n'est guère étonnant vu que c'est de cette époque que datent la plupart des travaux de Demian5. Ce qui importe plus cependant, c'est la forme de cette BD, principalement racontée en très longs strips horizontaux parfaitement adaptés au web (pour une fois, ça nous change) et plein de petites idées : quelques gifs animés, une séquence 3D et tout un tas de trouvailles intéressantes.
Les BD de la section payante sont au moins aussi intéressantes, mais malheureusement, abandonnées depuis quelques années, certaines semblant ne jamais devoir être terminées. Il n'empêche que vous en avez largement pour vos trois dollars (ou deux euros dix-sept cents au cours d'aujourd'hui).
Posté par Solaris le 24.09.07 à 15:47 | tags : news, bd
Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié des peuples) a adressé aujourd'hui une lettre aux Editions Casterman (Bruxelles). Dans ce courrier, est demandée la publication d'un appel à la vigilance contre les "préjugés racistes" dans toute nouvelle édition de l'album Tintin au Congo. Attaché "à la liberté d'expression", le Mrap considère que Tintin au Congo, bien qu'il soit un document historique, contient des préjugés racistes. C'est pourquoi, "pour toute nouvelle édition, un avis aux lecteurs éclairant le contexte historique de l'ouvrage et signalant les préjugés racistes qu'il contient doit être inséré".
La semaine passée, le Cran avait lancé le débat en France. Ses représentants avaient réclamé aux Editions Casterman le retrait de cet album d'Hergé, estimant "offensant" le caractère de cette bande dessinée.