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BD : actualité de la bande-dessinée et du roman graphique.
Gilbert Hernandez explore l'enfer, comme au cinéma
L'histoire de ce film/album, donc, c'est celle d'Empress, une petite fille abandonnée dans une décharge au milieux d'autres enfants quasi-sauvages et de prédateurs sexuels. Dès qu'un adulte l'approche, Empress croit que c'est son père, même lorsqu'il la viole. Elle se sortira de la décharge dans un second acte où sa vie est partagée entre une éducation intellectuelle donnée par un homme qui veut la sauver et ses propres pulsions qui la mènent dans les bas fonds de la ville, au milieu des putains. Dans le dernier acte, elle est mariée à un homme respectable dans une ville hantée par un tueur d'enfant. Autant vous le dire tout de suite, tout ça ne finit jamais bien. Dans la vision nihiliste d'Hernandez, Empress n'a aucune chance. On peut la sortir de la décharge mais on ne peut pas sortir la décharge d'elle. Empress est à l'opposé des personnages classiques de Palomar : elle n'a aucune attache, aucune place dans la société. C'est un personnage qui ne connait pas l'empathie parce qu'elle même est coupée de ses propres sentiments.
Ca pourrait n'être qu'une histoire scabreuse, et L'Enfer est pavé de bonnes intentions est certainement un exutoire aux pulsions les plus sombres d'Hernandez, mais on peut faire confiance à l'auteur pour donner une profondeur et une subtilité à son propos qui ne feront jamais de lui un pur artiste du "ça" à la Robert Crumb. Les années passant, on le compare de moins en moins à Gabriel Garcia Marquez et de plus en plus à David Lynch à cause d'une série de BD de plus en plus hallucinées, noires et dérangeantes. L'enfer... garde pas mal de ses qualités mais retrouve une structure plus classique à travers le prétexte du film dans la BD. Une bonne vieille tragédie en trois actes, c'est toujours efficace et ça semble avoir revigoré Hernandez qui dessine mieux que jamais. Pour reprendre la métaphore cinématographique, ses acteurs n'ont jamais été mieux dirigé. Chaque petite nuance dans leur expression faciale ou corporelle est parfaitement juste (allez, on pourra reprocher à Fritz de surjouer mais c'est son premier film). Chaque séquence est magistralement monté. Tout est fait pour donner un maximum de force à cette plongée dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine. Tim Lane, le Jack Kerouac de la bande dessinée
... « Y a plus d'espoir », comme dirait ce bon vieux Johnny. Sauf que Tim Lane a du goût, préfère Elvis, et qu'en VO, son recueil d'histoires courtes s'intitule Abandonned Cars. Cela dit, le titre Noir c'est noir en VF résume parfaitement le ton désenchanté de cette somme de « graphic stories ». D'abord écrites sous forme de nouvelles - fait assez rare pour être souligné - les récits de Lane n'ont pris forme visuelle qu'ensuite... Lire la suite de la chronique sur Fluctuat Bob Garcia, un homme ruiné par... sa passion pour Tintin
Bob Garcia est écrivain (notamment auteur de polars chez Payot & Rivages), musicien, chroniqueur, amoureux de jazz et de littérature. Jusque là, tout va bien. Le vrai problème, c'est sa passion pour Tintin. Cette passion qui l'a poussé à publier, dans le but de mieux faire connaître l'œuvre d'Hergé, « cinq petites études tintinophiles », dont certaines « contiennent quelques vignettes de Hergé au titre de la courte citation graphique ». Peu importe que ces ouvrages, tirés en moyenne à 500 exemplaires chacun, ne visaient en aucun cas à faire des sous sur le dos de Tintin. Moulinsart ne lui pardonnera pas. En 2008, Bob Garcia et son éditeur sont condamnés par le tribunal de Nanterre à payer 10.000 euros de dommages et intérêts à Moulinsart et à Fanny Rodwell, et 8.000 euros de frais de procédure. Le tintinophile ne fera pas appel cependant, estimant que ce jugement, qui « a admis le principe de la courte citation graphique », est quand même favorable.
En revanche, la société Moulinsart n'a pas hésité, elle, à remettre en cause cette première décision. Et malheureusement pour Bob Garcia, le jugement en appel (rendu à Versailles) infirme finalement le principe de courte citation graphique, le condamnant cette fois à payer « 48.619,76 euros pour contrefaçon »... Bob Garcia, également concerné par le procès des éditions du Léopard Masqué pour y avoir signé une parodie (Le Vol des 714 porcineys), est aujourd'hui un auteur que les ayants droit d'Hergé ont tout simplement poussé à bout : « Je souhaite dénoncer les procédés orduriers de Rodwell et de Moulinsart, en montrant la violence et l'acharnement dont ils font preuve à mon égard. Un proche de Rodwell a annoncé publiquement devant témoins que "Rodwell veut la peau de Bob Garcia". Jusqu'à quand les juges vont-ils donner raison à un tel personnage ? » Interview de David Heatley : raciste, obsédé... et génial
Son premier ouvrage, J'ai le cerveau sens dessus dessous, est autobiographique. Il y parle de sexe, de racisme, de hip hop, d'amour, et de la complexité des liens familiaux... De quoi vous retourner le cerveau, dans le meilleur sens du terme. Dans un entretien avec Fluctuat, David Heatley revient sur ses inspirations, sa démarche esthétique, et sur sa condition de "blanc aux Etats-Unis"... Lire l'entretien avec David Heatley Alex Robinson, Plus niais tu meurs Avec De mal en pis, Alex Robinson avait remporté le prix du meilleur premier album à Angoulême. On ne pouvait vraiment rien y redire : le dessin de Robinson, à défaut d'être beau, expressif, inspiré ou techniquement impressionant, est... adéquat. Les histoires qu'il raconte ne sont ni vraiment drôles, ni vraiment touchantes ou intéressantes mais personne n'oserait dire qu'elles ne sont pas compréhensibles. Son plus grand talent, selon ses admirateurs, c'est de créer des personnage qu'on reconnaît et effectivement, on a l'impression de tous les avoir déjà vus dans des sitcoms post Friends. Le tout faisait 600 pages, qu'on pouvait lire dans un train, au toilettes, en regardant des chiffres et des lettres ou en faisant tout un tas d'autres choses non moins intéressantes. Il faut reconnaître que dessiner 600 pages de comics, aussi inconséquentes soient-elles, c'est un sacré boulot, et ce boulot, Robinson l'a fait et c'est peut-être ça que le jury du festival d'Angoulême a tenu à saluer. Aujourd'hui, sa nouvelle bd Plus cool tu meurs ne fait que 128 pages, et encore, elles sont plus petites que celles de l'album précédent. Qu'est-ce qui peut bien justifier leur existence ?
Robinson raconte l'histoire d'un quadra nommé Andy qui a recours aux services d'un hypnotiseur dans le but d'arrêter de fumer. Il se retrouve alors projeté dans son corps d'ado dans les années 1980 où, croit-il, sa mission est de refuser la première cigarette qu'il a fumé et ainsi se libérer de son addiction. La véritable raison de son voyage, cependant, c'est de surpasser un traumatisme qu'on ne va pas vous spoiler mais que vous devinerez bien tout seul au bout de vingt pages. Vous avez déjà vu ce scénario dans un téléfilm de Noël Disney ou dans un épisode de Code Quantum mais l'important, ce n'est pas l'originalité de l'idée, c'est la façon dont on la développe. Robinson ne manque aucune des étapes attendues : Andy passe son regard amusé sur les insécurités de l'adolescence et passe outre pour inviter la fille de ses rêve, dire à sa mère et à sa soeur qu'il les aime, etc... il fait à peut près ce que monsieur tout le monde ferait en retournant dans sa peau d'ado, et apprend la morale attendue : quand on est ado, il ne faut pas se laisser avoir par la pression des autres et attendre d'être prêt avant de boire ou de sortir avec les filles. Doc et Difool ne l'auraient pas mieux dit.
"Quelle ironie que les vérités les plus profondes ne puissent être exprimées sans tomber dans le cliché" : l'auteur qui ose faire dire une telle chose à un de ses personnages dans la scène finale de son bouquin sait forcément qu'il tend le bâton aux critiques pour se faire battre. Il tente peut-être de se prémunir contre toute attaque. C'est vrai qu'il serait ridicule de chercher plus loin : évidemment, on pourrait questionner sa définition de la profondeur, mais à quoi bon ? S'il y a une morale à cet album et à la carrière de Robinson, c'est sans doute qu'il ne faut pas en attendre trop des gens. ![]() Alex Robinson, Plus cool tu meurs, éditions Rackham, 2009. Des mangas pour remplacer les journaux ?![]() Newsmanga.com est, exactement comme son nom l'indique, un site qui propose à ses visiteurs de découvrir l'actualité sous la forme de mangas.
Plutôt que de simples dessins de presse comme on en connaît chez nous, newsmanga raconte les affaires du Japon et du monde sous la forme de mangas de deux pages, dans lesquels on peut voir des versions un peu enfantines de Barack Obama et Kim Jong Il se disputer dans des mises en scènes caricaturales. C'est bien sûr totalement incompréhensible quand on ne lit pas le japonais et c'est bien dommage puisque ça a l'air d'être une excellente façon de s'informer en quelques secondes. Personne pour lancer un site équivalent avec des blogueurs BD français qui pour une fois auraient quelque chose d'intéressant à raconter ? ![]() Spider Woman, le premier comic animé de MarvelC'est sans doute l'aboutissement d'une dizaine d'année d'efforts pour que leurs comics ressemblent toujours plus à des films. Pour relancer le titre Spider Woman, Marvel comics a décidé de lancer un nouveau format, le "Motion Comic" qui cherche à combiner le meilleur des mondes du comic book et de l'animation.
Au vu du premier épisode de Spider Woman, pour l'instant offert gratuitement en streaming (pour la suite, il faut aller sur iTunes et payer), le meilleur de l'animation pour Marvel c'est le son et les acteurs, aussi peu convaincants soient-ils. Et le meilleur du comic book, c'est qu'il est beaucoup moins cher à produire qu'un vrai dessin animé. Le résultat n'est pas aussi cheap qu'on pourrait cependant le craindre, grâce aux dessins réalistes d'Alex Maalev, suffisament vivant pour que l'absence de mouvement nous manque trop. Côté histoire, Marvel et le scénariste Brian Bendis ont fait le curieux choix, au niveau marketing, d'intégrer ce comic book à sa "continuité", l'incroyable histoire sans fin qui lie tous ses personnages. Si donc en tant que nouveau lecteur (ou plutôt devrait-on dire spectateur) vous avez un peu de mal à suivre au début, c'est parce que vous ne savez pas que l'univers Marvel vient de se réveiller et de découvrir que des milliers d'aliens protéiformes ont pris secrètement la place d'humain et de super héros depuis des années. Spider Woman était de ceux qui se sont fait voler leur vie et qui aujourd'hui la retrouvent sans la reconnaître. On va lui offrir l'occasion de prendre sa revanche...
La suite, donc, c'est sur iTunes, mais vous pouvez aussi aller sur Youtube écouter la chanson de Spider Woman et attendre un peu pour le lancement du second motion comic de Marvel : Astonishing X-Men par Joss Whedon et John Cassaday, dont voici la bande annonce :
Ulysse de James Joyce : la version bd en ligne![]() Ulysse, voilà le pavé qui fait la différence. Il y a ceux qui l'ont (vraiment) lu, et les autres. C'est Jyve, blogueur de Flu, qui nous file le tuyau : si vous avez toujours eu la flemme de vous taper James Joyce, mais que vous voulez quand même comprendre de quoi il retourne si une pimbêche vient à vous draguer en dissertant sur la pensée labyrinthique de Leopold, vous pouvez toujours recourir à Ulysse "Seen", une version en ligne du grand classique irlandais.
A l'origine de ce projet titanesque d'adaptation graphique (le roman fait plus de 1000 pages en format poche), les membres de l'association Throwaway Horse, qui se sont donné pour mission de préserver et faire revivre les grandes œuvres de la littérature tombées dans le domaine public, en en proposant des "versions web 2.0" mêlant comics, commentaires web et texte originel. Pour le moment, seule la première partie, "Telemachus", est disponible. Prenez le temps ou soyez patients. Voir : Deltakilo, le blog Flu de Jyve Créez votre propre blog sur Flu.fr Un comics de propagande anti-téléchargement pour la Nouvelle-Zélande![]() C'est un comics qui pourrait évoquer Kid Paddle. Pour certains, c'est une grosse blague et il faut en rire. Pour d'autre, c'est de la propagande et c'est honteux. Tirée à 17.000 exemplaires afin d'être distribuée à la sortie des cinémas, La bd Escape From Terror Byte City a pour objectif de prévenir les jeunes néo-zélandais contre les dangers du téléchargement.
Si vous voulez trembler (de rire ?), la bd est disponible en téléchargement sur Mininova.
Entretien : Zep raconte le zizi sexuel... des adultesZep ne s'est pas endormi sur les lauriers du phénomène Titeuf (BD, série animée, Guide du zizi sexuel, expo à la Villette). Dans sa nouvelle bd, Happy Sex, le dessinateur s'adresse cette fois aux adultes, et comme à son habitude, outrepasse les tabous, avec bienveillance et humour. "Certaines personnes font de la BD érotique avec un sentiment de culpabilité, comme si c'était quelque chose d'interdit ou de caché. Or pour moi, le sexe est un sujet sain, central dans nos vies d'adultes. Pourquoi pourrait-on parler de travail, de politique, et pas de sexe ?" Lire des extraits de Happy Sex : extrait 1 / extrait 2 / extrait 3 (© Zep 2009 - Guy Delcourt Productions) La sélection des bd de la rentrée sur Fluctuat Bad Machinery, le nouveau webcomic de John Allison![]() Après sept ans de bons et loyaux services, Scary Go Round s'est achevé ce mois ci, laissant des milliers de fans du webcomic de John Allison dans l'expectative. On savait qu'il y aurait un nouveau webcomic qui commencerait le 21 septembre, mais pas si Shelley Winters en serait l'héroïne. La réponse, on l'a maintenant, et c'est "non". Et, même si était fan depuis des années de ses aventures loufoques, on se dit que ce n'est peut-être pas une mauvaise chose. En sept ans, le dessin de John Allison est passé d'un usage mignon d'Illustrator, qui faisait ressembler ses personnages à des marionnettes de papier, à un style plus souple qui lui permet sur les premières pages de Bad Machinery, son nouveau webcomic, d'être enfin un peu sérieux. Pas trop, sans doute. Les premiers comics sont déjà drôles, et l'habillage du tout laisse supposer l'entrée prochaine d'un robot ou d'un élément surnaturel dans ce qui n'est pour l'instant que la présentation d'une petite galerie de personnage fréquentant tous la même école. On apprécie déjà les dialogues si particuliers d'Allison, qui appliqués à autre chose qu'aux historiettes absurdes de Scary Go Round, fonctionnent plutôt bien. Si vous n'avez jamais lu Scary Go Round, le lancement de Bad Machinery est le moment idéal pour vous lancer à la découverte de l'un des plus grands talents de la BD gratuite en ligne. Entretien avec Maximilien Le Roy : comment parler des SDF en bd ? Auteur de 23 ans, Maximilien Le Roy défend une BD ancrée dans le réel, consciente et politique. Une rareté dans le paysage actuel. A la frontière du roman graphique et du reportage, Hosni, son dernier ouvrage, témoigne du quotidien d'un SDF dans les rues de Lyon. Dans un entretien avec Fluctuat, le jeune dessinateur revient sur sa rencontre avec Hosni, l'homme dont il décidera de faire le récit, ainsi que sur le travail documentaire qu'a nécessité ce sujet.Racontez nous votre rencontre avec Hosni, qui deviendra le personnage principal de votre BD... C'était place Bellecour, à Lyon, début 2007. On a discuté durant toute la nuit. Il m'a demandé ce que je faisais dans la vie, et lorsque je lui ai répondu "de la bd", il m'a alors dit que ça serait une bonne idée d'en faire une "sur les SDF, qui s'appellerait SDF + !" Je lui ai demandé le sens du "+". Il m'a expliqué que dans son esprit, ce "+" renvoie à toute les individualités et aux parcours cachés par ces trois lettres SDF... Lire la suite de l'entretien avec Maximilien Le Roy Le Petit Nicolas sur M6 : destiné aux enfants idiots ?Avant d'arriver au cinéma, Le Le Petit Nicolas de René Goscinny et Sempé passe d'abord par la télé. Sur M6, tous les dimanche matin, ) 9h30 - une heure à laquelle on est bien content que les enfants soient devant la télé, les enfants peuvent découvrir Le Petit Nicolas dans une version 3D, avec un générique chanté par Julien Doré et des scénarios remaniés pour la télévision, le tout semblant destiné à attirer les enfants de bobos, mais pas trop. M6 vend son émission aux enfants sur le thème "découvre l'école de tes parents", ce qui semble limiter l'émission aux enfants dont les parents ont plus de cinquante ans. Le résultat est franchement mauvais, en tout cas si on le compare à l'indémodable fraicheur de l'oeuvre qui est censée l'avoir inspiré. Ce qui veut sans doute dire qu'il est destiné aux enfants idiots. Ca tombe bien, beaucoup d'enfants le sont. Une situation à laquelle M6 n'a jamais cherché à trouver un remède. Far Arden : bande dessinée de l'année ?
De Far Arden, on ne dira finalement pas grand chose, parce qu'on en voudrait pas gâter le mystère et l'extraordinaire attrait (il s'agit d'une BD d'aventure à l'ancienne). Le résultat est étonnant : mélange en noir et blanc et graphisme assez élémentaire d'histoires de pirates, d'héroic fantasy, de récit picaresque et de roman d'aventures, entre London, Conrad, Stevenson, Tolkien et Manon Lescaut. L'histoire a pour héros un marin qui, pour des raisons que je ne dévoile pas ici, part à la recherche de Far Arden, une île édenique mythique dont personne n'est jamais revenu. Far Arden, ici déguisé en paradis fantasmatique (sauf un vieillard raconte y être allé et est rentré pour témoigner), est une référence, on le suppose, à Shakespeare qui l'évoque dans As You Like It (Arden était le nom de sa belle-mère, je crois). Pour les amateurs, Jim Morrison, le lézard des Doors, en avait fait aussi une référence récurrente dans ses poèmes et ses textes. Chez Cannon donc, la quête de Far Arden va se révéler une grande aventure planétaire avec sauts de puce d'île en île, pièges et trahisons multiples. Le scénario élaboré rapidement (chaque chapitre a été travaillé en 24h, c'est l'une des caractéristiques de l'oeuvre) est riche en rebondissements, en aller-retours et incorpore sur chaque micro-épisode, comme dans les feuilletons du XIXème siècle, au moins un événement. Le rythme est échevelé, les séquences d'actions incroyablement fluides et le mouvement global envoûtant. Les personnages secondaires sont très réussis : on s'aime, on tue, on s'éclate avec des ours, entre horreur, féérie et grand souffle épique.
Pour ne rien gâter, Far Arden fonce dans ses 80 dernières pages sur un final ahurissant. Je ne lâcherai qu'une information de taille : on découvrira, à la fin, Far Arden. Cette découverte est le moment le plus grandiose du livre et nous tombe dessus alors qu'on ne s'y attend plus. Cannon avait sans doute cette chute en tête dès le démarrage du projet et elle donne à l'ensemble une dimension de fable extraordinaire. Ceux qui ne pourraient pas attendre la traduction française pourront se procurer l'ouvrage directement chez Top Shelf. Son format est très agréable. La lecture ne nécessite par ailleurs pas un niveau d'anglais hors du commun : l'art de Cannon est avant tout visuel et repose sur l'élan narratif. Les amateurs de bande-dessinée peuvent vraiment se précipiter sur cette BD les yeux fermés. Ce n'est pas elle qui va leur faire ouvrir.... On n'avait pas pris un tel pied depuis longtemps, il faut le reconnaître. Anthologie American Splendor : un extrait en ligne et des exemplaires à gagner Il manquait cruellement à tous les fans de bd indépendante américaine une édition française des comics "vintage" dAmerican Splendor qui ont rendu Harvey Pekar célèbre. Les éditions ça et là, qui publient à partir du mois de septembre une anthologie en plusieurs volumes d'American Splendor, vont désormais pallier ce manque.L'anthologie regroupera des histoires inédites en France, réalisées entre 1976 et 2006, écrites par Harvey Pekar et dessinées notamment par Robert Crumb, Gerry Shamray, Greg Budgett et Kevin Brown. En saisissant des instants banals ou décisifs de son existence, le critique de jazz parvient à rendre un portrait saisissant d'une Amérique désenchantée, plus particulièrement celle de la middle-class de la ville industrielle de Cleveland, dans les années 70 et 80. Fluctuat vous propose de lire un extrait inédit de l'anthologie American Splendor, mais également d'en gagner un exemplaire, en participant au concours American Splendor. Anthologie American Splendor, volume 1, éditions ça et là, sortie le 26 septembre 2009. Lire aussi : Quand Ben Laden fait de la pub pour une BDTout est bon pour faire parler de soi. 12bis éditions, qui publiera le 11 septembre la BD Ben Laden dévoilé, a posté sur Youtube un montage vidéo où l'on voit Oussama Ben Laden encourager les femmes salafistes à « enlever le voile et la burka », pour que l'Islam « prenne le train du progrès et de la modernité».
La sortie de Ben Laden dévoilé, signé par le dessinateur Philippe Bercovici et le controversé Mohamed Sifaoui (qui relaie la vidéo sur son blog), est prévue huit ans exactement après les attaques du Word Trade Center. Le livre se présente comme la première BD-enquête sur le chef d'Al-Qaïda. Une promo provoc, d'un goût exquis, qui devrait assurer une pub efficace au livre. Dans la veine satirique, 12 bis éditions ont déjà publié les trois tomes de La face karchée de Sarkozy.
Voir aussi : Super-héros islamiques et super-héros américains: la rencontre Tintin, Astérix, Babar... A qui appartiennent les héros de notre enfance ?Si vous aviez l'intention de vous lancer dans un commerce non déclaré de mugs à l'effigie de Tintin, méfiez-vous : Nick Rodwell, grand protecteur des droits de l'oeuvre d'Hergé, risque de vous sauter à la gorge. Récemment, il s'en est pris sur son blog à des journalistes qui critiquaient sa gestion rigide de l'héritage du dessinateur. Et le mois dernier, les éditions Arconsil ont été condamnées à verser 40 000 euros à la société Moulinsart, suite à la publication de la série parodique Les aventures de Saint-Tin.
Le site Internet Tintin.com précise d'ailleurs les choses: "La société anonyme Moulinsart est titulaire exclusive, pour le monde entier, de l'ensemble des droits d'exploitation de l'œuvre d'Hergé, en particulier Les Aventures de Tintin. Le droit d'auteur protège non seulement les albums de bande dessinée et les dessins, scénarii, textes(...). Les adaptations de l'œuvre d'Hergé sont également protégées (les films, dessins animés, pièces de théâtre...) de même que ses dérivés (sculptures, figurines, livres...)". Marques déposées, droits d'auteur... Chaque personnage de fiction célèbre, même patrimonial, suppose des interdits et des libertés d'exploitation. En voici cinq exemples.
Lire aussi : Les Schtroumpfs sont-ils communistes? Tintin a 80 ans et fait toujours polémique. Babar, frenchy préféré du New-Yorker. En images : Des trésors de la bd se mêlent à l'art contemporain Entretien avec Mike Dawson, le cartoonist obsédé par Freddie Mercury Mike Dawson a deux obsessions : Freddie Mercury, et la BD. C'est donc en toute logique qu'il a publié Freddie et Moi, roman graphique dans lequel il retrace son enfance puis son adolescence au rythme des tubes de Queen. Nous avons posé quelques questions au plus grand dessinateur fan de Freddie Mercury de notre époque, autour de son admiration pour Freddie Mercury.Fluctuat : Freddie et Moi est une BD autobiographique, qui retrace une grande partie de votre enfance. Vous avez une excellente mémoire ou une imagination débordante ? Mike Dawson : Cela depend de la personne à laquelle vous posez la question. Je crois avoir une bonne mémoire, mais certaines personnes qui apparaissent dans mon livre ne seraient pas d'accord, et vous diraient que j'ai juste une imagination débordante. J'ai appris que la mémoire est quelque chose à laquelle on ne peut étonnamment pas se fier. Les souvenirs peuvent nous apparaître vifs, limpides, mais plus vous vous concentrez pour retrouver des détails, et plus ils deviennent fragiles... Echo : Terry Moore en mode bombe atomique
L'histoire d'Echo démarre par une scène atmosphérique: une nana habillée d'une combinaison sophistiquée vole dans le ciel bleu dans le cadre d'un test de matériel militaire, lorsqu'elle est prise en chasse par des avions envoyés par ses "amis" et descendue comme un pigeon. La combinaison explose (la nana avec) et quelques matériaux (un truc qui ressemble à du mercure à vue de nez) retombent sur la voiture et la poitrine (sic) d'une jeune femme en train de photographier la flore du désert local. L'histoire est lancée. Julie Martin, la jeune femme en question, est un prototype presque parfait de girl-next-door, jolie, en train de divorcer et quelque peu paumée dans sa vie. Le morceau de combinaison de l'armée qui s'étale maintenant sur sa poitrine comme une crêpe métallique vivante (?) va changer le cours de sa vie. Evidemment, la combinaison est une trouvaille incroyable, nucléaire, un matériau semi-vivant qui non seulement vaut très cher, mais a aussi des pouvoirs insoupçonnés. Les méchants vont vouloir mettre la main dessus mais Julie et sa combi vont s'animer et se défendre. Julie passe une alliance de circonstances avec un jeune mec qui se trouve être le copain de la nana abattue dans le ciel en ouverture (vous suivez ?). La fuite est lancée dans la grande tradition américaine : bikers, motels, guet-apens, coups de fils qui trahissent les positions, traqueurs free lance et méchants militi. On n'a pas fait grand chose de nouveau depuis la série Le Fugitif (à part Prison Break 2 et quelques millions d'autres films de cinéma). Julie fuit et on la recherche.
On s'arrêtera là pour le résumé des premiers épisodes (le tome 1 Incidents vient de sortir en France, et le 2 Atomic Dreams aux USA, confirmant l'excellente tenue de la série), pour dire que Moore réalise jusqu'ici un sans faute. Cet Echo est parfait : magnifiquement dessiné dans un noir et blanc graphique et effilé qui fait merveille, servi par un scénario qui mêle comédie (la vie de Julie), psychologie (la spécialité de l'auteur) et action. Sans conteste, l'une des séries à suivre de l'été et une nouvelle création majeure qui se dessine. Echo confirme aussi ce bon mouvement des comics indie vers le fantastique et la proximité, le mélange des genres et une réappropriation (le syndrome Heroes peut-être) des pouvoirs en dehors de l'environnement des superslips et superhéros traditionnels. L'Escalier truqué : rêves sans issues![]()
L'Escalier truqué qui donne son nom à l'album de Jean-Pierre Duffour et à l'une des histoires courtes qui le composent, c'est celui qui monte au coeur de la gigantesque tour dans laquelle se déroule toutes les histoires.
Enfin, il monte jusqu'à un certain point, au-delà duquel il se met à emprunter des directions plus obliques, jusqu'à explorer des dimensions qui n'ont pas de nom. Toute tentative de gravir l'escalier est de toute façon vouée à l'échec, la seule certitude quand on l'emprunte, c'est qu'on s'engage dans une voie sans issue.
Dans les centaines d'étages de cette tour sans fin vivent des gens ordinaires dont la vie peut basculer à tout instant dans le surréalisme. Quand les règles de l'ordinaire sont renversées, ils font des efforts désespérés pour rétablir le statu quo. Ils ne cherchent pas d'explication, ne s'étonnent même pas, tout ce qui leur importe c'est de sauver leur peau et surtout l'ordre de leur vie bien rangée. Au premier étage, on découvre les racines de l'absurde : un tribunal kafkaïen en noir et blanc qui accuse et juge sans logique. Heureusement, comme dans un rêve, il suffit d'être lucide et de réaliser que rien n'y a de conséquence pour s'en échapper sans heurt. Au dix-septième sous-sol vit le plombier/concierge, un minotaure qui dans sa cave passe son temps à se divertir en lisant de bon livres. Comme dans le mythe grec, ce minotaure est un symbole de l'inconscient, enfermé loin du monde réel. Ici cependant, dans le monde du rêve, c'est lui le roi, c'est lui qui crée l'absurde et c'est lui qu'on appelle pour réparer quand quelque chose ne va pas. Mais il est capricieux et n'en fait qu'à sa tête. Toutes ces histoires ont été publiées ici ou là par l'association ou l'éditeur japonais Kodansha. Aujourd'hui Rackham les rassemble et permet au lecteur d'avoir une vue d'ensemble de l'univers onirique de Duffour, qui vaut bien ce lui de David B, dont les albums comme le Cheval Blêmesont sans doute le point de comparaison le plus proche pour appréhender l'Escalier Truqué. Résistant à la logique, ces albums résistent aussi en grande partie à la critique. Ils sont bons, sans doute, mais il est un peu vain de chercher trop longtemps à deviner pourquoi.
J.P. Duffour, L'Escalier truqué, éditions Rackham, 2009. Super-héros islamiques et super-héros américains : la rencontre![]() The 99, la bande de superhéros musulmans, se préparent à rencontrer, dans une BD prévue d'ici un an, leurs collègues d’outre Atlantique, Superman, Wonder Woman, et consorts.
Depuis 2006, les aventures des 99 font des ravages au Koweït : environ un million d’exemplaires des comics s'y vendent par an, et un parc d’attractions qui leur est consacré a ouvert ses portes en mars dernier. Contrairement aux héros américains, ils ne souffrent d'aucun dédoublement de personnalité. Ce sont juste de banals citoyens, qui ont, un jour, développé des aptitudes surhumaines. Paul Levitz, directeur éditorial de DC comics, salue une initiative interculturelle sans précédent, même si la rencontre entre les super héros est une tradition dans le monde de la bulle dessinée. Naif Al-Mutawa, heureux père des 99, espère que cette collaboration favorisera le dialogue entre les deux cultures. On ignore, pour l’instant, si les DC heroes et les 99 seront ennemis, ou s’ils s’uniront dans le combat éternel contre le Mal.
Voir aussi : En images : des trésors de la bd exposés à la Maison Rouge Le diaporama de l'expo Art Spiegelman
Ego Comme X : la bd se refait une beauté![]() L'éditeur indépendant Ego Comme X vient de refaire à neuf son site web et outre une option "achat en ligne" toujours appréciable et une compilation d'entretiens avec ses auteurs phares, l'éditeur propose une demi douzaine d'albums à lire intégralement et gratuitement en ligne.
Ce sont des BD de Fabrice Néaud, Simon Hureau ou Lucas Méthé - ainsi qu'un roman de Lionel Tran - qui sont mises à disposition des lecteurs radins ou pauvres, parce qu'elles étaient épuisées, parce que leur auteur voulait qu'il en soit ainsi ou parce qu'il s'agit de travaux non commerciaux. Si vous aimez les histoires intimes, les BD en noir et blanc et que les interfaces de lectures peu ergonomiques ne vous rebutent pas trop, ce nouveau site est fait pour vous. En images : des trésors de la BD à la Maison RougeAvec l’ouverture récente du Musée de la bd à Angoulême, c’est l’un des événements incontournables de l’été consacrés au 9e art : l’expo Vraoum ! à la Maison Rouge réunit de véritables trésors graphiques, qu’il s’agisse de planches originales (Trondheim, Eisner, Crumb) ou d’œuvres d’artistes inspirés par la bande-dessinée (Basquiat, Warhol, Erro…).
Grands classiques (Tintin, Peanuts) ou superslips, science-fiction ou érotisme, figures hype ou populaires… : l’exposition de la Maison Rouge, orchestrée par David Rosenberg et Pierre Sterckx rend compte de la riche diversité de la bd. La preuve en images, avec le DIAPORAMA DE L'EXPO VRAOUM !, qui relève le pari de réunir Bédé et art contemporain. Vraoum ! Trésors de la bande dessinée et art contemporain A la Maison Rouge jusqu’au 27 septembre 2009.
Lire aussi : Persepolis 2.0 dénonce le régime iranien Gainsbourg par Joann Sfar, après le film, la bd La Genèse de Crumb dans Télérama Toute l'actu des expos sur le blog arts Persepolis 2.0 : une nouvelle version de la bd dénonce le régime iranien![]() « 2.000 personnes ont été arrêtées et sont actuellement en détention » en Iran, a déclaré Karim Lahidji, président de la Ligue iranienne de défense des droits de l'Homme, à l'AFP. Comment en est-on arrivé là ? Une version réactualisée de Persepolis, la célèbre bd de Marjane Satrapi, entreprend de retracer très clairement les événements qui agitent le pays depuis la réélection supposée truquée d'Ahmadinejad.
Nous ne sommes plus en 1979 mais trente ans plus tard, en juin 2009. Ce n'est plus de la chute du Chah qu'il s'agit, mais de la réélection d'Ahmadinejad contre Moussavi. La résistance s'organise désormais sur Twitter. Les images restent mais le texte change. L'histoire est-elle destinée à se répéter inlassablement, les opposants à se taire ? C'est ce que semble dire ce Persepolis 2.0, édité par Payman & Sina, et qui invite tous leurs lecteurs à diffuser leur bd.
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Gainsbourg par Joann Sfar : après le film, la bd (ou presque)
Il faut dire qu'après Persepolis ou Les Beaux gosses les producteurs français doivent penser que les auteurs de BD indépendante sont bankables. De notre côté on constate surtout que la bande dessinée française est un petit microcosme amusant, où ce qui tient lieu "d'alternative" et de "BD d'auteur" dans les librairies fait au box office jeu égal avec le mainstream (le film Largo Winch, par exemple). Sfar, en tout cas, est le premier à qui l'on confie un film qui n'a rien à voir avec son oeuvre BD mais il n'oublie tout de même pas d'où il vient, et pour assurer la promo du film qui devrait sortir l'an prochain, il a demandé à son ami Mathieu Sapin (auteur du Journal de la Jungle et de Supermurge) de tenir un journal en BD du tournage. Les premières pages sont déjà lisibles sur le site du film et le résultat, avec ses traits d'encre noir griffonnés et ses lavis de couleurs approximatifs fait beaucoup penser à... du Sfar. Que le maître ait été trop occupé importe peu, c'est presque du Sfar et c'est sur Sfar, ça devrait suffir aux fans.
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