Fil d'actu : ballard  Editions, rééditions, interviews, rendez-vous medias, tout, absolument tout sur James Graham Ballard.
J'ai reçu hier matin dans ma boîte aux lettres le programme télé (gratuit de la ville du Mans) pour les fêtes de fin d'année et j'ai réalisé que, comme la précédente, Arthur et Patrick Sébastien risquaient de m'accueillir en 2008 si je n'y prenais garde. Je ne lis pas, par principe, les soirs de Nouvel An ou de Noël, mais je regarde la télé. Pas de bamboula en instance, pas d'amis dans le périmètre (voilà ce que c'est que d'habiter Le Mans et de travailler le jour du réveillon) et juste la perspective d'un repas, peut-être surgelé, à partager en amoureux devant une émission enregistrée dans les derniers jours du mois d'août. Cela ne sentait pas très bon et je me doutais bien que je n'allais pas être le seul à devoir me les farcir. Heureusement, je me suis souvenu que j'avais toujours en stock (sur Youtube) l'adaptation par la BBC d'une nouvelle de J.G. Ballard, mon écrivain chouchou, tirée du recueil Fièvre guerrière. La nouvelle qui a servi à cette excellente adaptation s'appelle The Enormous Space et raconte l'histoire d'un type, Gerard Ballantyne, plutôt doux et BCBG, qui a assisté à un accident de voiture qui le hante. Lorsque sa femme demande le divorce (chose qu'il n'avait pas vu venir), Gerard décide de s'enfermer chez lui et de n'en plus bouger, histoire de se couper complètement d'un monde qui lui veut du mal. S'enfonçant peu à peu dans la folie (il survit en se nourrissant exclusivement de ce qu'il trouve dans la maison, comme s'il était dans le Sahara ou dans la Jungle), le héros va vivre une expérience extraordinaire qui change le Cocooning en une sorte de Koh-Lanta hardcore. Le renfermement sur soi (et sur la maison - on se croirait dans une adaptation filmée de Levinas) se double d'une plongée métaphysique qui est tout aussi bouleversante et spectaculaire que la perspective du lieu clos et parfaitement étanche. Je ne raconte pas la fin de cet excellent film, mais je me suis promis de le revoir avant le 31 décembre, histoire de me pousser dehors de chez moi ou d'échapper aux autres croque-morts en différé. Ceux qui hésitent à se mettre un masque, une plume dans les cheveux (ou ailleurs) et à jeter des confettis, pourront toujours jeter un oeil sur cet Home sinistre. Il vaut mieux sortir que de voir ça. Ballard a à peu près senti toutes les tendances du monde contemporain, vu toutes les horreurs et les risques auxquels il nous exposait, à l'exception de Sébastien et Arthur un soir de nouvelle année. S'il avait incorporé le modèle de la télévision française à sa nouvelle, il est probable que des millions d'Anglais seraient morts à l'heure qu'il est.


Le nouveau JG Ballard arrive chez Denoël en avril ! Autant Millenium People nous avait ennuyé (avis tout à fait subjectif que je partage avec moi-même) et surtout pas du tout convaincu avec son évocations de "pauvres bobos autodestructeurs", autant Kingdome Come ("Que ton règne arrive") semble jouissif et éloquent ! Voyez plutôt : Massacre dans un supermarché, retour du primitif qui est en nous, culte de la violence, J.G. Ballard semble avoir encore choisi de dénoncer cet ennui qui nous coûte la vie, mais de manière un peu plus passionnée cette fois. S'il s'agit d'un messie, c'est bien du fils de Béhémoth qu'il est question, la grande et puissante créature maléfique issue de notre excès d'égoïsme et de consommation. Aaah.. James Graham, que ton règne arrive ! Comptez sur nous pour en reparler très vite.
J.G. Ballard - Kingdome Come (Denoël)


Cauchemar ou mauvais trip, l'idée m'est venue que nous étions peut-être en train de devenir un pays sans héros. Si vous vous souvenez de la Foire aux Atrocités, l'un des livres précurseurs de James Graham Ballard, il évoquait (je résume son propos) que la capacité d'une nation à se penser comme telle tenait dans sa capacité à produire du mythe et, notamment, via le mécanisme des morts sacrificielles. A l'époque, c'était facile, l'Amérique venait de sanctifier Marylin, James Dean, JFK et quelques autres et étaient au fait de son rayonnement mortuaire. En extrapolant, on peut considérer que la puissance d'un pays se mesure au pouvoir qu'a ce pays de faire participer les autres (le monde) à son propre deuil. Il y a eu bien sûr le 11 septembre (bien que d'un statut forcément différent), mais également avant et après la mort de Ronald Reagan ou celle de Kurt Cobain. Si l'on considère la France, on voit bien que nous n'avons plus les moyens de nous payer une mort d'importance mondiale. C'est un signe que même le savant déclinologue De Closets n'a pas mis en évidence. La France est un pays sans morts. Aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur, nous n'avons plus un héros capable d'arracher les larmes du peuple tout entier. Zidane est bien vivant, mais nous plaçons de grands espoirs en son décès prochain (une intoxication alimentaire au Bifidus Actif ?). VGE n'aura le pouvoir que de rassembler une foule rigolarde. Signe des temps, il n'y a guère qu'un Johnny Halliday, sorte de clone triste d' Elvis, grotesque mais au filet de voix juste, qui puisse aujourd'hui espérer devenir le prochain héros français à mourir avec panache. A cette seule idée, on frémit. Un pays qui érigerait un monument à ce héros-là, mériterait bien son mauvais sort.


Je viens d'achever la lecture du dernier roman de JG Ballard, Kingdom Come, sorti il y a quelques semaines en version anglaise. Il serait étonnant que le roman fasse date lorsqu'il sortira en France, ni même qu'il soit retenu comme l'un des romans importants de l'écrivain (à moins que celui-ci décède avant d'en avoir écrit un autre, ce qui est toujours possible). Kingdom Come est ballardien jusqu'au trognon : même personnage-héros que d'habitude, même structure (un décès qui amène l'intrusion d'un pseudo-enquêteur dans un milieu de comploteurs), même construction linéaire (les secrets sont levés un peu vite et la progression peu soutenue) et quelques autres défauts, même chute quelque peu attendue (l'échec de la révolution). Le principal mérite de Kingdom Come est de porter une vision politique ou post-politique qui vous suit longtemps après la fin du livre. Le monde, dit Ballard, tourne désormais ou tournera bientôt autour des micro-communautés de classes moyennes communiant dans de grands ensembles commerciaux totalitaires. Dans Kingdom Come, l'attachement à la Nation (anglaise ici) ne tient plus sur les valeurs, ne tient plus sur la culture mais repose sur un mécanisme d'affiliation aux loisirs de proximité (cartes de fidélité, club de gym, club de supporters), à une Paroissiale Galerie Marchande où se pratiquent les sacrifices, les offrandes et les cultes. Le mouvement s'interrompt pour n'exister que comme déambulation marchande ou fièvre acheteuse des fins de semaine. En radicalisant ses théories, énoncées dans SuperCannes et surtout Millenium People, selon lesquelles le centre des pays occidentaux n'est plus au centre mais dans les marges (banlieues pavillonnaires), selon lesquelles la violence totalitaire (raciste, de classe, communautariste) est le seul divertissement disponible pour les hommes normaux, Ballard ouvre (mal) un champ des possibles terrifiant parce que probable et en germe. Kingdom Come est un prolongement sous une forme romanesque du séminal Livre des Passages de Walter Benjamin replaçant le lieu de commerce au coeur de la modernité et, en un sens, au coeur de la barbarie contemporaine. Kingdom Come JG Ballard



Ils se mirent tous deux en route dans la voiture d'Halloway et roulèrent pendant plus d'une heure en direction des zones industrielles du nord-ouest de la ville. Là, au milieu des centrales électriques et des entrepôts ferroviaires, des fonderies et des dépôts de charbon, Buckmaster essaye de montrer à Halloway comment le XXème siècle avait succombé à une mort issue de ses propres oeuvres. Il le conduisit sur les rives de lagons artificiels remplis de déchets chimiques, le long des canaux argentés par une écume métallique, au milieu de paysages entièrement recouverts par des milliers de tonnes d'ordures non traitées, dans des champs où s'empilaient boîtes de conserve, morceaux de verre et machines abandonnées. Mais tout en écoutant les mises en garde du vieillard, tout en l'entendant avertir qu'un jour ou l'autre, il ajouterait sa part à ces moraines terminales, Halloway était en extase devant ce décor. Loin de défigurer le paysage, ces produits au rebut de l'industrie du XXème siècle avaient une beauté sauvage et fantasque. Halloway était fasciné par les reflets luisants des canaux frangés d'écume métallique, par l'étrange mélancolie sous-marine des voitures noyées dont la masse le contemplait du fond des lacs abandonnés, par les brillantes couleurs des montagnes d'ordures, par les cintillement des millions de boîtes de conserve incrustées dans une matrice de boîtes de détergent et de papier d'aluminium.....
Les pages 94, 95 de l'Ultime Cité sont à se damner. Faut-il vraiment partir en vacances après tant de beauté? Déserter la Méditerrannée pour Roubaix,Charleroi, Leipzig, Liverpool, Givors ?


 Un ballon survola le parking de l'hôpital, portant l'image stylisée d'un albatros. Sur l'écran du téléviseur, l'évangéliste du basket-ball avait entamé sa péroraison fnale. Neil continuait de presser la touche son d'un pouce ferme mais la porte de la chambre s'ouvrit. L'infirmière Crawford, véliplanchiste originaire du Cap qu'il avait rencontrée lors d'une soirée sur la plage à Waikiki, s'approcha du téléviseur et augmenta le volume. "Et n'oublions pas celui qui a tout donné dans la lutte contre le terrorisme écologique : Neil Dempsey, actuellement sur un lit d'hôpital au Nimits. La balle française qui le frappa était destinée à chacun et chacune d'entre nous, à tous les albatros, tous les dauphins et toutes les baleines bleues. Nous sommes avec toi, Neil, couchés près de toi dans ton lit de souffrance... L'infimière Crawford souleva d'un geste enjoué le drap de Neil, roulant les yeux lorsqu'il cacha son entrejambes avec le boîtier de la télécommande. "Neil, il y a quelqu'un dans ton lit ? j'espère simplement que tu n'as pas donné le principal. Nous attendons toutes un petit cadeau." Un extrait charmant qui présente l'attendrissant héros masculin du roman : le jeune Neil à la découverte de sa vigueur de jeune homme. La Course au Paradis est un roman sur la pulsion. Ce sera le grand thème de Ballard par la suite.


La Course au paradis, flanqué de son splendide titre original "Rushing To Paradise", n'est pas le roman le plus connu de Ballard, ni celui sur lequel on cause le plus. Publié en 1994, il n'est pas sans rappeler par ses thèmes et ses intentions la Servante Ecarlate dont je causais il y a quelques jours. L'originalité du livre est, en effet, qu'il admet une héroïne féminine. Le Dr Barbara est un médecin anglais, radié du Conseil de l'Ordre pour avoir pratiqué une euthanasie, qui a changé de vie pour défendre des causes écolo. Elle mène ainsi une croisade pour la sauvegarde des albatros sur l'atoll de Saint Esprit menacé par la reprise des essais nucléaires français (autre singularité : l'ennemi est français). Un jeune homme, nageur compulsif et obsédé par la perspective d'une explosion nucléaire, se joint à elle pour mener la lutte. Le jeune Neil, héros candide du roman, tombe évidemment amoureux du Docteur charismatique et illuminée, ce qui l'emmène (classique chez Ballard) à franchir la ligne jaune. Ici, cette ligne jaune est féministe et écologiste. On croit d'abord à une écolo-intégriste lorsque le Dr Barbara auréolée du succès de son combat refuse l'aide extérieure envoyée par les associations de part le monde. La deuxième partie du roman montrera que le mal est plus profond et que le docteur cherche à protéger non pas les albatros, mais les femmes, espèce menacée. A partir de là, le roman devient tout à fait autre chose et s'envole vers un exposé magistral sur la folie et l'oppression. Le Dr Barbara devient une sorte de mante religieuse. Ce qui est réussi dans la Course au Paradis, en plus de sa fin à la Psychose, c'est ces portraits de femmes savoureux : la vieille amoureuse, la belle énergique, les hippies sexy. C'est l'un des seuls romans de Ballard où la psychologie l'emporterait presque sur l'intrigue.


 "La cinémathèque était silencieuse et une pâle lumière bleue emplissait ses couloirs mornes. Je rajustai ma veste dans le miroir derrière la caisse. Une tache de vomissure sanglante séchait sur le badge d'identification épinglé sur ma poche de poitrine. Ou j'avais été malade de peur, ou l'un des vigiles était plus blessé que je ne l'avais cru. J'enfilais ma cagoule et me rendis au bureau du directeur. Les prisonniers étaient étendus sur le tapis près de la table. " Je veux bien concéder à certains que Millenium People n'est pas le meilleur Ballard. Je veux bien concéder également (cet extrait le prouve) que l'écriture de Ballard n'est pas ce qui se fait de mieux sur le marché. Mais quand Millenium People fait sa sortie en Poche, il vaut mieux ne pas cracher dessus. Il suffit pour être le meilleur écrivain du monde d'envisager le présent comme s'il était déjà un futur incarné, de lire dans sa trace molle et insipide ce qui se passera (ou ne se passera pas) demain d'une façon spectaculaire, dynamique et pré-sciente. C'est ce que fait Ballard ici. Millenium People est une caricature de composition ballardienne : le psychologue David Markham enquête sur la mort mystérieuse de son ex-femme et infiltre un groupuscule terroriste composé de classes moyennes et supérieures de la Marina de Chelsea. Le nouveau terrorisme plan-plan lutte contre la hausse du prix du m2 à Londres, la vie chère, la dictature des loisirs et la dégradation de son niveau de confort. Il s'attaque aux symboles de notre culture du loisir et de l'ennui : les médiathèques, les supermarchés, les boutiques de mode, les institutions de fonctionnaires. Ce qui est beau chez JG Ballard, c'est qu'il écrit toujours le même livre (on a toujours droit au même héros, à la même femme, au même gourou charismatique et déviant, aux mêmes adjectifs débiles dans les descriptions), mais avec, à chaque fois, une idée de génie différente. Cette idée, en 5 lignes et 1 pensée étirée sur 250 pages, suffit à faire de lui ce qu'il est et à enfoncer la concurrence.


 Si si on peut lire Millénaire mode d'emploi de Ballard mais surtout pas Millenium People ou Super Cannes (ses deux pires livres, et quelle idée de conseiller cela, surtout en disant "ils feront très bien l'affaire"). Lisez plutôt la "trilogie de béton", le top du top : Crash, IGH, L'île de Béton. Certes c'était il y a longtemps déjà. Plus récemment lire le sublime Massacre à Pangbourne, Mille et Une Nuits, 2 euros. Il culminait alors dans ce genre Catastrophisme, Anticipation Politique (ou sociale) et donc Millénaire mode d'emploi c'est plutôt pas mal pour se rendre compte de son parcours. Et le parcours d'un winner c'est forcément intéressant :)


Je disais, il y a quelques jours, que si on voulait découvrir JG Ballard, il valait mieux se reporter à ses romans que lire ses articles et diverses déclarations, aussi intéressants fussent-ils. Hé bien, nous y voilà et pas qu'un peu. Les Editions Denoël servent sur un plateau et rassemblés en une magistrale trilogie dite "du béton" : Crash, Concrete Island (l'Ile de Béton en VF) et High Rise (I.G.H, pour Immeuble de Grande Hauteur), soit trois chefs d'oeuvre d'anticipation sociale. Ces trois livres soit 576 pages et 30 euros forment dans l'oeuvre de Ballard une séquence magique et proche de la perfection. Parus à la file en 1973, 1974 et 1975, ils marquent la sortie de l'auteur des fictions catastrophiques et catastrophistes des années précédentes (les excellents Sécheresse ou l'Innondation) pour des romans où l'objet de la catastrophe devient l'homme et ses conditions d'existence. A partir de ces livres, et à quelques exceptions près (la Bonté des femmes, roman écolo-féministe notamment), Ballard s'occupe de la tragédie humaine dans notre siècle : il parle technologie, il parle vie urbaine, il parle sécheresse des coeurs et des corps. Je ne dis rien sur Crash qui a été largement commenté au moment de la sortie du film de Cronenberg. C'est un livre clé qui renvoie aux annonces prophétiques de The Atrocity Exhibition : un livre parfait sur le corps mais aussi sur la célébrité et la froideur des civilisations contemporaines. L'Ile de Béton est son double en solo. Pas de couple ici, mais un homme qui se perd avec son automobile, se blesse lors d'un accident, dans un îlot autoroutier, coincé entre deux bretelles de motorway dont il ne peut s'évader. Concrete Island , c'est à la fois Robinson Crusoé mais également la Tempête de Shakespeare avec ses envolées chimériques et ses Caliban d'Outre-périphérique, un roman monde qui tient sur un timbre poste, une miniature, conte philosophique écrit sans un mot de trop. L'homme meurt et le monde tourne comme un moteur 16 soupapes, à toute berzingue, autour de lui. C'est le message. IGH, High Rise, est mon préféré des trois. C'est le roman des propriétaires d'appartement, le roman des 80% de français qui veulent accéder à la propriété, des 99% qui se soucient de leurs conditions de vie. Une résidence est bâtie près de Londres avec tout le confor t moderne mais dans le respect des traditions ancestrales : servitudes communes, équipements ultraperfectionnés partagés, les riches sur les étages élevés, les pauvres au rez-de-chaussée. High Rise est une image miroir de Millenium People, le dernier roman de Ballard, mais à l'échelle d'un seul immeuble. On y sent toute la sauvagerie des relations de voisinage : ce mélange d'hostilité (les bruits qui descendent, les mauvaises manières, les poubelles qui puent), de politesse (le bonjour matinal, les pots d'accueil, les assemblées de locataires) et de barbarie latente (je pisse sur ta porte). Le génie d'IGH se de faire basculer le tout, parce que l'immeuble est trop parfait, trop archétypal de notre monde, dans une magnifique guerre civile, une guerre domestique, une guérilla résidentielle. Barricades du 5ème étage. Locataires contre propriétaires. Massacres au vide-ordures. Je pourrais en parler pendant des pages et des pages. Ce livre rappelle que ce qui fait peur et est susceptible de tout faire vaciller dans la barbarie n'est pas tant le nucléaire, la pollution, la macro-économie, que les relents de nature humaine hérités de l'origine des temps. L'horreur sera domestique ou ne sera pas. IGH, c'est le Rwanda à la portée des Occidentaux. Le pays où l'hypocrisie de classes et le pistolet remplacent la machette et la race.


Réservé principalement aux "completists", ce recueil de publications de James Graham Ballard étalées sur plus d'une trentaine d'années, s'il est par principe à saluer, n'est pas d'un intérêt extraordinaire. Soit vous pensez déjà que Ballard, romancier anglais âgé de 76 ans, est l'un des plus grands écrivains encore vivants pour sa capacité à réfléchir et à rendre en fictions simples, dynamiques et percutantes une vision du monde originale et juste, et vous n'avez pas vraiment besoin de lire ce que lui-même pense des choses ou en pensait avant qu'elles n'arrivent. Vous savez que Ballard est un visionnaire et a toujours (et ce n'est pas une exagération de pure forme) vu juste depuis qu'il écrit sur à peu près tout ce sur quoi il a écrit. Vous serez alors peut-être surpris de le voir disserter (plutôt médiocrement) sur ses auteurs favoris et encore. Soit vous ne le connaissez pas et vous seriez mieux inspiré de vous procurer ses livres dont les 3 derniers en date feront très bien l'affaire : Millenium People, SuperCannes et la Face cachée du soleil, plutôt que de lire ces vieux articles et réflexions. Ceux qui parlent anglais et que ça intéresse pourront se procurer le récent Conversations with JGB, sorti l'année dernière et qui a le mérite de reprendre des interviews et de faire sonner le vieux Ballard comme un jeune homme. Ballard n'est évidemment pas le meilleur styliste en activité (on peut trouver qu'à l'instar de Dantec, il écrit mal, laisse trop de place à des séquences dialoguées qui sonnent faux) mais c'est indubitablement le pape de l'anticipation sociale, ce genre littéraire, presque inconnu en France et qui fut théorisé autrefois sur le vieux flu et ailleurs. L'anticipation sociale, qui pour un tas de raisons, est ce que je trouve le plus urgent et le plus excitant de lire et d'écrire par les temps qui courent. Pour en savoir plus : www.ballardian.com, le site le plus original dédié au vieux maître, mêle assez intelligemment hommages, travaux sur l'oeuvre, prolongations et pastiches.


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