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Autobiographie : tout savoir sur la vie des gens, racontée par eux-mêmes.

Geraint Anderson (et les autres) : quand les traders prennent la plume

Posté par Céline le 04.05.09 à 13:03 | tags : édition, news, autobiographie
Geraint AndersonQuelques mois après la sortie du Das kapital de Viken Berberian (voir l'entretien sur Fluctuat), plusieurs titres récemment publiés s'attachent à décrire un monde des affaires avide, malhonnête, décadent jusqu'à la caricature. Après la chick lit, la biz lit ?

En janvier dernier, on avait donc déjà eu droit à Das Kapital (Gallmeister), roman prophétique révélant les coulisses de la Bourse américaine, mais aussi à Un trader ne meurt jamais, de Marc Fiorentino (Robert Laffont) - là le titre est assez éloquent. La tendance très business des parutions se poursuit : avec Geraint Anderson notamment, ce financier repenti découvert sur Arte (Tracks) il y a quelques temps déjà, et dont le livre City Boy - Confessions explosives d'un trader repenti, vient de paraître en France aux éditions Balland. Avant de publier ce livre et de quitter son job, Anderson balançait déjà pas mal sur le monde de la finance, via des chroniques qu'il publiait sous le nom de CityBoy dans un journal gratuit (The London Paper). Cocaïne, débauche, zéro scrupule : l'ex-analyste financier nous décrit les traders comme on aime les imaginer depuis American Psycho, et comme, visiblement, il sont pour de vrai...

Dans le même genre, on trouvera également aux éditions Max Milo Le Loup de Wall Street, ou l'autobiographie de Jordan Belfort, un requin de la finance au parcours si trépidant que Scorsese en fera l'un de ses prochains films. Belfort est un magnat de la bourse, doué pour l'escroquerie, qui est allé si loin qu'il a fini arrêté par le FBI.

Au rayon français, le témoignage de Kerviel n'étant pas encore prêt, on pourra signaler les Confessions d'un banquier pourri, livrées par "un ancien dirigeant d'une grande banque française" qui se cache derrière le pseudo "Crésus". Ce dernier promet de tout nous dire sur le krach de septembre 2008, sur la faillite de la banque Lehman, sur le système abject des établissements bancaires...

Bien noter que tous ces ouvrages sont présentés comme de véritables témoignages. De l'argent (plein d'argent), du scandale (gros scandales) : on sait que dans le monde des affaires, la pure (triste) réalité dépasse la fiction.




Phase 7 : la bédé, c'est ingrat !

Posté par 2goldfish le 30.01.09 à 14:50 | tags : comics, autobiographie

Créer une bande dessinée est le travail le plus ingrat qu'il soit. Ou pas loin. C'est l'impression que laisse la lecture de nombreuses BD autobiographiques. Les enfants chinois qui travaillent avec un fusil dans le dos à la confection des produits qui nous rendent heureux tous les jours auraient peut-être quelque chose à redire, mais le dessinateur de bédé a assurément besoin de beaucoup d'abnegation, d'énergie et simplement de temps, en tout cas bien plus que ses amis peintres, romanciers ou cinéastes (sans même parler de ces gros flemmards de photographes).
 
Phase 7 d'Alec Longstreth est donc encore une de ces bédés qui retrace l'histoire de son auteur avec la bédé, de comment il est tombé dedans parce qu'à l'école il était le geek de service, et de comment il a canalisé ses tendances obsessionelles dans la production de petits dessins dans de petites cases qui s'enchaînent par centaines, par milliers. Ce qui vraiment lui permet de se distinguer, c'est que jamais Longstreth ne se plaint. Il est dur à la tâche, motivé comme personne et il se dégage de ses dessins une fraîcheur et un enthousiasme qui change du misérabilisme d'un Joe Matt ou d'un Chris Ware. Et tout ce travail paye : les premières pages de Phase 7, tirées des premiers minicomics de l'auteur, sont d'un amateurisme que tout le travail du monde ne pourrait masquer mais petit à petit, l'application de l'auteur porte ses fruits et le trait se fait plus assuré, plus juste, les personnages moins raides et la mise en scène beaucoup moins laborieuse...
 
L'ironie dans tout ça, c'est que si Alec Longstreth travaille beaucoup, beaucoup sur son graphic novel "Basewood" depuis déjà plusieurs années, il n'a encore accompli qu'un tiers de sa tâche, et personne n'a jamais lu de lui que ces mini-comics moins ambitieux qui parlent principalement de ses ambitions, et de tout le travail qu'il met dans ce graphic novel que, s'il devait mourir demain, personne ne verra peut-être jamais. Quel travail ingrat !

 
Alec Longstreth, Phase 7, L'Employé du Moi.

 

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Le jour où Ballard est mort

Posté par Myosotis le 08.09.08 à 10:56 | tags : autobiographie, ballard, cimetière, élucubration

Le jour où Ballard est mort, je ne serai pas triste. Le jour où Ballard est mort, je ne serai pas triste car ce ne serait pas fairplay : je ne l'ai jamais rencontré, il ne fait pas partie de ma famille, ne me connait pas. On ne peut pas être vraiment vraiment triste lorsque quelqu'un disparaît qu'on a jamais approché physiquement. Est-ce toujours vrai ? Le jour où Ballard est mort, je n'irai vraisemblablement pas travailler pourtant, je n'écrirai pas un mot (ne comptez pas sur moi pour faire sa nécrologie, dire combien il est un écrivain important pour moi et tous les autres), je ne lirai rien, pas même du Ballard. Le jour où Ballard est mort, je ne l'apprendrai sans doute que quelques jours plus tard. Les nouvelles de Shepperton ne me parviennent pas tous les jours et personne ne me mettra au courant. Il est plus que probable que les médias français n'en parleront pas. Ils le diraient si Amélie Nothomb mourait, si Michel Houellebecq mourait (il a eu des ennuis de santé récemment, n'est-ce pas?, cela a été publié dans le journal), si PeeWee Herman mourait dans un accident de voiture ou de la chtouille vietnamienne.

Ballard ne compte pas ici et assez peu ailleurs qu'en Angleterre où il est possible que même le grand public en ait déjà entendu parler une fois ou deux. Le jour où Ballard est mort, je serai simplement paumé et en train de vivre une nouvelle expérience : la première mort d'un écrivain dont je me considère le contemporain, et même s'il est né en 1930, et dont j'aurai pu guetter la sortie des livres en temps réel, dont j'aurai lu et vu l'évolution à quelques mois de distance, celle qui sépare l'écriture de la publication. Je n'aurai jamais connu ça avant : la disparition d'un maître (quel sale mot), d'un seigneur des lettres, d'un prince de la fiction, d'un pape de l'anticipation. Je n'irai pas aux funérailles (trop loin, trop cher), je n'honorerai pas sa mémoire. Je ne le connais pas. Je n'enverrai pas un carton à sa famille. Je ne connais pas son adresse. Le jour où Ballard est mort, je serai seul avec ses héritiers pour lire le futur. Il le faisait pour nous avec souvent un temps (deux temps, trois temps) d'avance et mieux que tout ce que nous pourrions faire par la suite.

 

Le jour où Ballard est mort, il y aura un trou dans le ciel et le présent tombera dedans. Je publierai, si je suis encore ici, un post blanc (ce que je n'ai jamais fait) sans un mot, sans titre et tout le monde (enfin, ceux qui seront encore là et s'en souviendront) saura que c'est de cela dont il s'agit. Les autres penseront à un bug informatique, ce qui reviendra au même. Des boussoles seront déposées sur le sol en signe de respect. Elles n'indiqueront plus le Nord, pendant un quart de millionième de seconde, elles n'indiqueront plus le Nord, cela ne se remarquera pas tant le laps de temps sera bref, elles indiqueront le ciel, le soleil, n'importe quel astre idiot auquel instantanément et dans un de ces réflexes primitifs dont il nous avait appris l'expérience, nous, les hommes modernes associons le départ de quelqu'un qu'on aime. Le jour où Ballard est mort, je serai seul avec les enfants. Peu de gens savent que Ballard a perdu sa femme très tôt et a élevé seul ses trois enfants, parmi les livres et les meubles. L'histoire ne dit pas s'il bénéficiait des services d'une nounou à domicile, s'il avait une femme de ménage qui, de temps à autre, pouvait le surprendre en train de travailler. Personne ne lui a jamais posé cette question.

Si le jour où Ballard est mort ne s'écrit pas correctement ("le jour où Ballard sera mort", commande la Grammaire), c'est parce que ce jour est proche. The Miracles of Life, son dernier livre sorti il y a quelques mois en Angleterre, est l'une des plus belles autobiogaphies d'écrivain vivant qui soit. Il n'y a pas un mot de trop. Vers la fin, Ballard parle de la maladie qui va l'emporter : un cancer de la prostate qui épargne... la prostate mais s'est déjà emparé des os. Ballard est soigné par un médecin qui ne ressemble pas du tout aux médecins de ses livres (et heureusement), ce qui lui a permis de tenir jusqu'ici et de boucler ce retour sur sa vie. Les Miracles risquent d'être son dernier livre. Le jour où Ballard est mort aurait déjà pu se conjuguer au passé, si la science n'était venue à la rescousse.

Elle lui devait bien ça après toutes ces années de bons et loyaux services. Le jour où Ballard est mort, le monde ne frissonne pas. Il ne fait ni plus chaud, ni plus froid. Il ne pleut que si des gouttes argentées venues des nuages deviennent plus lourdes que l'air. Le jour où Ballard est mort, rien ne change. Peut-être est-ce qu'il y a juste un peu moins de vent, moins de souffle. Certains le ressentiront. La plupart ne remarqueront rien. Le jour où Ballard est mort est un autre jour. Le jour où Ballard est mort, nous non.




Regarde toujours la vie du mauvais côté

Posté par 2goldfish le 08.04.08 à 10:56 | tags : autobiographie, comics, vo

En lisant les carnets de Chris Ware, il y a de fortes probabilités pour que vous vienne l’envie de balancer le bouquin contre le mur en criant « Mais cesse donc de geindre, mollusque ! » ou quelque chose dans ce goût là.

C’est une chose de lire les histoires de Jimmy Corrigan ou Quimby The Mouse et voir Ware peindre des personnages parfaitement pitoyables, c’en est une autre de retrouver le même misérabilisme dans son autoportrait.

C’est que les carnets de dessins de Ware sont bourrés de croquis pas toujours intéressants visiblement réalisé surtout quand il n’avait vraiment rien d’autre à faire, d’où une multitude de portraits d’inconnus attendant à l’aéroport, d’amis vus de dos en train de conduire et de paysages urbains probablement observés depuis un arrêt de bus.

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Pour en savoir plus sur le Graphic Novel, lisez le dossier spécial sur Flu

 

The Acme Novelty Library Date Book Vol. 2 1995-2002

Chris Ware

Oog & Blik




Aharon Appelfeld : l'école de la sérénité

Posté par Céline le 13.03.08 à 12:24 | tags : autobiographie, news, roman, actu du salon du livre

Parmi les écrivains israéliens invités au salon du livre, il y aurait comme une distinction à faire entre la Nouvelle et l'Ancienne génération. Les p'tits jeunes, ce sont des Etgar Keret, Orly Castel-Bloom, Zeruya Shalev, dont le travail n'est pas de prendre nécessairement pour thème central l'histoire conflictuelle de leur peuple.

Aharon Appelfeld, lui, relève assurément de la tradition des anciens. D'ailleurs, il fait partie de ces vétérans dont le port du béret impose le respect. Dans un entretien paru sur Bibliobs, il reconnaît aimer ces jeunes écrivains, mais venir d'"une autre perspective".

Dans la plupart de ses romans, Appelfeld s'inspire de sa propre expérience pour évoquer la réalité quotidienne de la population juive avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
La chambre de Mariana, son dernier roman, rappelle à la fois Tsili et Histoire d'une vie, deux ouvrages qui laissaient aussi une grande part à l'autobiographie. Il retrace le parcours de Hugo, qui a été confié par sa mère à Mariana, une prostituée qui vit et travaille dans une maison close.

Attention : il faut détromper ceux qui, à lire ce rapide résumé, s'attendraient à un récit accablant de désespoir. L'univers dans lequel Appelfeld fait évoluer Hugo sait être lumineux, émouvant, et n'a pas pour objectif de faire justice de la barbarie des hommes.

"Parmi nous les survivants, les écrivains, Aharon Appelfeld a su trouver un ton unique, irréversible fait de tendresse et de retenue." Primo Levi

Aharon Appelfeld sera donc présent au salon du livre du 14 au 19 mars (gagnez des places avec Fluctuat !), et assistera à plusieurs conférences et séances de décidace (infos Salon du livre).

 

Lire la chronique de La Chambre de Mariana sur Fluctuat

Gagner des places pour le salon du livre avec Fluctuat




Grégoire Bouillier : Jeu, tu, il...

Posté par Céline le 12.03.08 à 10:34 | tags : autobiographie, autofiction
Quatre ans après la parution de L'Invité mystère, son deuxième roman, Grégoire Bouillier revient avec une nouvelle : Cap Canaveral. Celle-ci figure dans le recueil 10 Ans, 10 auteurs, 10 nouvelles de J'ai Lu - qui fête avec cet ouvrage les 10 ans de la collection nouvelle génération - mais paraîtra également dans une version plus achevée chez Allia, qui avait déjà édité ses précédents romans.

Grégoire Bouillier est un auteur qui revendique sa liberté. Qui souhaite créer un espace littéraire nouveau, affranchi de ces conventions qui veulent absolument scinder en deux la littérature, entre autobiographie et fiction. Le modèle incontournable de cette conception de la littérature, c'est assurément Michel Leiris, auteur de L'âge d'homme, et auquel Bouillier fait volontiers référence dans ses textes.

Dans un entretien avec Fluctuat, Grégoire Bouillier nous fait un nouveau rapport sur lui... sur ce qu'il écrit surtout.

On attendait de vos nouvelles depuis quatre ans. Pourquoi une aussi longue absence ?

Gregoire Bouillier : J'étais simplement occupé ailleurs. Faire les choses à mon rythme est une liberté à laquelle je tiens et je me suis arrangé pour n'avoir aucune pression du côté de l'écriture. C'est mon luxe. L'idée de pondre chaque année à la même période un bouquin, comme si le principe créatif s'effaçait au profit d'une logique de production, m'ennuie d'avance. Cela me fait penser aux impôts, qui tombent toujours à la même période.

Lire la suite de l'entretien

 

Fluctuat vous propose de gagner des exemplaires du recueil 10 Ans, 10 auteurs, 10 nouvelles :

Accéder au concours Nouvelle génération

 




Philippe Marcadé : French Connection

Posté par Céline le 26.02.08 à 12:01 | tags : autobiographie
Si vous entendez parler d'un petit français, débarqué à New York en pleine effervescence punk, et qui au hasard des rencontres se met à fréquenter les NY Dolls, les Ramones, Blondie, Nancy Spungen et autres noms mythiques de l'époque, qu'en pensez-vous ? Et si l'on ajoute que ce même français est devenu le chanteur des Senders, un groupe qui aurait cartonné longtemps sur les scènes de l'Underground new-yorkais, vous y croyez ?
Pas vraiment le choix, parce que c'est là l'histoire de Philippe Marcadé, alias Flipper, et que Flipper a des preuves. Des photos, des disques. Et surtout, des souvenirs trop captivants pour avoir été montés de toutes pièces. Le voilà qui nous raconte, sur un ton presque ingénu, ce soir où il a fumé sans le savoir un joint avec Bob Marley dans sa loge. Et les fois où Madonna lui faisait de l'œil en le croisant...
Philippe Marcadé
Scali



American Splendor : de vieux jours comme les autres

Posté par 2goldfish le 25.02.08 à 13:15 | tags : autobiographie, comics

The Quitter d' Harvey Pekar, paru dans la collection Vertigo il y a quelques mois, nous avait laissé un peu perplexe quand à l'opportunité de sa publication... Un jour comme les autres, c'est déjà un peu plus ça. L'album regroupe en fait quatre comic books "American Splendor" écrit par Harvey Pekar en 2006. Il ne s'agit donc toujours pas des American Splendor vintage qui font que Pekar est célèbre et qui manque toujours cruellement au lecteur francophone mais ça y ressemble pas mal.

Plutôt que le trompeur graphic novel initiatique The Quitter, cet album nous donne à lire l'essence même du talent de Pekar. Il s'y met en scène débouchant ses toilettes, attendant un avion ou pestant contre ses éditeurs.

Chacune de ces courtes anecdotes est dessinée par un auteur différent et, si pas mal de types pondent des dessins plutôt anecdotiques, il faut bien le reconnaitre, il y a aussi un paquet de beaux noms : Gilbert Hernandez, Eddie Campbell, Hilary Barta, Chris Weston...

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American Splendor : Un jour comme les autres

Harvey Pekar

Vertigo/Panini




Graffiti Kitchen : Eddie Campbell vieillit

Posté par 2goldfish le 14.11.07 à 09:00 | tags : autobiographie, comics

Après La Bande Du King Canute parue un peu plus tôt cette année, Cà et Là poursuit la traduction d'Alec, la série autobiographique d'Eddie Campbell avec Alec, Tome 2 : Graffiti Kitchen. Il s'agit en fait de l'adaptation de l'album anglophone Three Piece Suit, qui rassemble trois travaux de longueur moyenne de Campbell : Graffiti Kitchen, qui donne donc son nom à l'édition française, Little Italy et The Danse Of Lifey Death qui inspire sa couverture.

Le premier tiers, Graffiti Kitchen, est une oeuvre de jeunesse de Campbell, datant du début des années 1980. C'est aussi le plus intéressant. Le style est le même que celui de La Bande Du King Canute, mais plutôt qu'une série de courtes vignettes il s'agit ici d'un véritable graphic novel d'une cinquantaine de pages, qui raconte avec beaucoup d'auto-dérision, un peu de surréalisme et de poésie trois mois qu'il a passé partagé entre les lits d'une mère et de sa fille.

Ce qui distingue l'autobio de Campbell des autres, c'est son but. Il ne croit pas mener une vie passionante, ni que sa seule "sensibilité" suffit à justifier de nous en parler. Campbell est intéressé par la BD comme média (ou art, si vous voulez) et un de ses soucis est de la libérer des "genres" et du drame en général. Quoi de moins dramatique qu'un journal ? Que ce soit dans son dessin proche du crayonné, évitant toujours de définir clairement les visages, dans son découpage "gauffrier" sans fioriture (et souvent sans cases non plus, un peu comme chez Eisner) ou dans ses textes sardoniques, Campbell attaque tout sous un angle indirect, s'assurant ainsi de nous maintenir lui et nous d'un côté, le pathos de l'autre et un beau gros espace entre les deux.

Le tiers suivant s'intitule La Petite Italie en référence au Nord-Est de l'Australie, région pleine d'Italiens d'origine, où il passait alors quelques mois avec sa femme au milieu des années 1980 et le bouquin se termine sur La Danse de La Vivie et de La Mort (oui, je sais, mais comment l'auriez-vous traduit, vous ?) datant du début des années 1990, et dans les pages de laquelle on retrouve l'auteur définitivement installé au pays des kangourous avec femme et enfants, devenu auteur de BD à plein temps.

Le dessin de Campbell a évolué pour le mieux vers un travail plus fini, mais qui garde l'énergie et la justesse de ses ébauches. En revanche, il n'y a dans ces deux derniers tiers qu'une série d'anecdotes domestiques, certes attachantes et pleines d'esprit, entrecoupées de quelques moments de clairvoyance sur la vie, la mort, etc... C'est bien fait, frais et léger, pourtant il faut bien reconnaître qu'après l'ébouriffante première partie, on passe la suite à attendre en vain que quelque chose se passe.

Alec, Tome 2 : Graffiti Kitchen
Eddie Campbell
Cà et Là




L'oeil d'Eddie Campbell

Posté par 2goldfish le 07.03.07 à 13:36 | tags : autobiographie, bd

 

Alec, c'est l'alter ego d'Eddie Campbell dont il raconte la vie depuis vingt-cinq ans, et La Bande Du King Canute, c'est le nom du premier graphic novel de la série, criminellement ignorée par les édteurs français jusqu'ici. De Campbell en français on ne connaissait "que" les dessins de From Hell, une reconstituion minutieuse de la Londres victorienne et, pour faire court et injuste, une analyse holistique des conséquence du meurtre sur la société et l'histoire. On ne pourrait pas trouver plus différent de From Hell qu'Alec, qui se contente de taper dans la veine surexploitée du quotidien de l'auteur qui ne mène même pas une vie d'artiste.

Pour être juste cependant, il faut dire que quand Campbell a commencé au début des années quatre-vingt, la chose était beaucoup plus rare, du moins en BD. On peut même dire que si on en sait beaucoup trop sur le petit déjeuner préféré de tant d'auteurs et sur leur ex-pote un peu fou, celui dont ils admiraient la flamboyance mais qui a fini par révéler un côté sombre (comprendre : un égocentrisme incompatible avec celui de l'auteur), c'est un peu la faute d'Eddie Campbell. Pas seulement parce qu'il a officié parmi les premiers dans le genre, mais surtout parce qu'il l'a si bien fait.

Ce qui séparera toujours le génie du simple érudit, c'est que les deux ne voient pas le même monde. Les dessins de Campbell révèlent un oeil très sélectif, ne s'attardant sur aucun détail inutile et empruntant des raccourcis parfois étonnant pour révéler un essentiel qui aurait sans doute échappé à tout autre. A ce titre, son écriture est l'équivalent parfait de son dessin : le monde tel que Campbell le voit forme un tout unique, du genre qui vous fait tout observer d'un oeil nouveau.

Alec, La Bande Du King Canute

Eddie Campbell

Cà et Là

 




Pascal Girard: BD ininflammables

Posté par 2goldfish le 05.03.07 à 10:11 | tags : autobiographie, bd

L'un de mes gros défauts sur ce blog est, pour autant que j'en puisse juger, de sans cesse répéter les mêmes jérémiades sur ces auteurs de BD autobiographiques qui nous parlent de leurs rognures d'ongle et de la fois où ils ont dormi en bas parce que leur tante était venue à maison et qu'elle avait oublié son pull. Je crains de vraiment commencer à vous fatiguer avec ça. Quand en plus je me met à me plaindre aussi de ceux qui s'attaque à de vrais "grands" sujets comme les religions pédophiles, j'ai peur que la prochaine étape soit pour moi de me lamenter qu'il n'y ait plus ni jeunesse ni saisons.

Heureusement, il arrive de temps en temps des BD comme celles de Pascal Girard, dont "Dans Un Cruchon" et "Nicolas" qui viennent toutes les deux de paraître et qui attaquent petits et grands sujets avec le même regard bon enfant. Rien de véritablement transcendant là dedans, juste des "petits rien" et des "tranches de vies" suffisamment conscientes de leur propre nature pour ne pas irriter. Il serait vraiment difficile de s'énerver après des albums de si petit format, ce serait comme de mettre le feu à un chaton. Ou plutôt, l'analogie précédente étant quelque peu condescendante, un enfant intelligent, drôle et charmant, du genre qui ne devient même pas pénible passé quelques minutes en sa compagnie. Du genre qui rachète toute son espèce à nos yeux. Bruleriez-vous cet enfant ?

 

Pascal Girard

"Dans un Cruchon" et "Nicolas"

Mécanique Générale




Pourquoi j'ai lu Pierre

Posté par 2goldfish le 02.03.07 à 10:28 | tags : angoulême, autobiographie, bd, prix

Pourquoi j'ai tué Pierre a reçu le prix du public à Angoulême, sans quoi je ne m'y serais probablement pas interessé. Comme quoi les prix servent bien à quelque chose, même si la nature de celui-ci a teinté ma lecture d'un aspect plus anthropologique que critique. Cette BD est, pour changer une autobiographie : celle du scénariste Olivier Ka. Les dessins du dénommé Alfred ne sont pas dégueu : ils ressemblent certes un peu trop à du Larcenet, mais tout le monde aime Larcenet, non ? Et les couleurs d'Henri Meunier mériteraient vraiment que son nom apparaisse sur la couverture, mais tel est le triste sort du coloriste de BD que de voir son nom relégué aux côtés de celui de l'imprimerie truc et de l'ISBN. Dans l'ensemble il s'agit d'un album d'une certaine qualité, honnête et bien réalisé, dont on ne dira pas qu'il est mauvais et qui en plus offre un inattendu petit tour de passe-passe formel sur la fin.

Tout ça ne justifie cependant pas un "prix du public". Cette popularité inhabituelle pour une oeuvre qui sort du domaine des Titeuf et autres Thorgal tient sans nul doute à son sujet. Que ce soit Maus ("j'ai survécu à l'holocauste"), Persépolis ("j'ai du fuir mon pays") et dans une certaines mesure Fun Home ("Je suis lesbienne et mon père s'est suicidé parce que lui aussi"), toutes les BD "différentes" qui parviennent à attirer un large public (qui souvent ne lit pas de BD par ailleurs) traitent d'un sujet important, du genre qui justifierait bien un épisode de "Ca se discute - jour après jour". Sans vous gâcher le suspense, Pourquoi j'ai tué Pierre commence avec un enfant qui se lie d'amitié avec un prêtre. Malheureusement, au delà de sa simple qualité de témoignage, l'album ne va nulle part. Il ne tire ni réfléxion, ni poésie de ce matériau brut. Il ne produit aucun sens et relève plus du groupe de parole que de la littérature. Bien sûr, si c'est tout ce que l'on attend d'un livre, il n'y a aucun mal à ça, et la popularité de celui ci n'est sans doute pas usurpée. Si vous voulez un peu plus de vos BD, il y a tout le reste de l'impeccable palmarès d'Angoulême, à commencer par NonNonBâ.




Comment j'ai fui Lignes de fuite

Posté par 2goldfish le 04.01.07 à 09:31 | tags : autobiographie, bd
lignes de fuite
Il m'arrive parfois, quand je lutte entre mon ennui et la volonté de finir le livre que j'ai entre les mains de m'imaginer être devant l'auteur et de lui faire la leçon. Je peux être assez arrogant dans ma tête. Evidemment, alors que je n'ai même pas fini d'expliquer tout ce qui ne va pas au pauvre auteur balbutiant, je me rends compte que je n'ai rien retenu des trois dernières pages et je dois retourner en arrière. L'auteur me regarde alors avec un sourire narquois.
Dans le cas de Lignes de Fuites, roman graphique américain en noir et blanc plus ou moins autobiographique, j'ai commencé par la simple existence du bouquin. Il faut vraiment avoir eu une vie assez extraordinaire pour justifier cent cinquante nouvelle pages de BD narcissique comme il en est déjà trop parues. OK, le décor (Maui) change un peu, mais pour le reste, c'est encore l'histoire d'un gentil garçon qui quitte l'innocence et le lycée en même temps. On a : un copain mouillé dans des combines louches et qui n'a pas aussi bon fond qu'on croit ; une fille qui s'est laissée toucher un peu, mais qui reste un mystère ; un père qui se saigne aux quatre veines et qu'on déçoit ; deux trois choix stylistiques convenus (nombreuses vues subjectives, beaucoup de plans rapprochés, des digressions sur la faune et la flore locale ...) : "tu dessine bien, je t'accorde ça, mais tu aurais pu te contenter d'écrire "cliché" sur chaque page, mon pote, on aurait compris.
"Mais ça c'est vraiment passé comme ça ! " me répond l'auteur implorant (je me rend la tâche trop facile, vraiment). Laisse moi t'apprendre un truc sur la littérature, gamin : ça n'est pas parce que c'est vrai que c'est bon ou que c'est juste. Si ta vie ressemble à un épisode d'Hartley Coeurs à Vifs, ce n'est pas au lecteur d'en faire les frais. As-tu songé à faire intervenir des ninjas ou des pirates à un moment ?
Si j'avais un peu plus de conscience professionnelle, le fait de n'avoir trouvé aucune preuve de la nature biographique de l'oeuvre devrait me pousser à trouver un angle d'attaque différent, c'est déja bien embêtant. En plus Lignes De Fuites a été très bien reçu outre-atlantique et a gagné un Harvey Award, notamment. Je passe peut-être à côté de quelque chose. Je suis peut-être en train de ruiner ma crédibilité. Le pire cependant, c'est peut-être de se sentir coupable après avoir démoli un auteur en public. En particulier quand c'est pour Flu, ou le public dépasse largement le cercle de mes amis, et quand l'auteur a l'air d'un bon gars. Je vous assure que ça me travaille. J'essaie même de me donner le mauvais rôle dans mes billets pour compenser. On fait un métier difficile, ma bonne dame.



Erik Rémès ou la position de l'homo debout

Posté par Myosotis le 26.06.06 à 10:07 | tags : autobiographie, autofiction, livre, sexe et littérature, web

Je n'aimais pas tellement la gay pride lorsque j'habitais Paris car j'étais perturbé, comme beaucoup d'hétéros (?), par la présence dans le métro ou la rue des homos les plus visibles et les plus laids, qu'on ne voyait qu'à cette occasion, ceux qui ont du poil aux pattes et portent des shorts de cuir noir moule-organes. La présence de ces types m'a toujours fait flipper et me méfier de cette manifestation. Cela m'est resté.
Du côté des écrivains gay, après la disparition de Guillaume Dustan, je continue d'accorder pas mal de crédit à Eric Rémès, écrivain et ancien journaliste de 41 ans, qui sans être tout à fait sur la même ligne que Dustan, qui a été son premier éditeur n'en est pas si éloigné. Son écriture est précise et ses positions bien marquées. Rémès a fait parler de lui avec son roman Serial Fucker, accusé de faire l'apologie du bareback, ce qui n'était pas du tout le cas. Dernièrement, Rémès, et il  vaut mieux aller le lire que d'en causer pendant des heures (je ne veux pas dire trop de conneries sur une littérature dont je ne suis pas un spécialiste), a retravaillé son site et l'a enrichi d'extraits (les 2 premiers chapitres) de son prochain roman  Amour Kannibal (!) dont je reproduis ici le 4ème de couverture :

"J’ai commencé par les animaux. Éventrer – étriper – dépecer : je me masturbe toujours en pensant à cet continuité de mouvements, toujours forts excitants. Lorsque arrive la puberté, vers l’âge de douze ans, pervers, un nouvel élément vient s’insinuer dans mon fantasme et l’idée de manger finit par s’ajouter tout naturellement à mon rituel. Pendant des années, j’ai rêvé de consommer de la chair humaine, sans jamais me laisser aller à le faire, sans même oser penser que cela puisse vraiment se produire un jour. C’est très difficile de devenir un homme libre, de se débarrasser de ses peurs et de ses préjugés. Et peut-être même n’est-ce pas totalement souhaitable. Si ce n’est que moi, je l’ai fait".

Journal d'un cannibale.  Erik Rémès. A suivre sur le site de l'auteur.

Serial fucker. Editions Blanche




Gore Vidal

Posté par Easywriter le 19.06.06 à 11:51 | tags : autobiographie

Les éditions Galaade rééditent plusieurs ouvrages de Gore Vidal. On reparlera des rééditions de Kalki et de Julien dans un de ces ambitieux dossiers dont on a le secret ; mais pour l'heure arrêtons nous sur palimpsestes. Soit 600 pages d'une autobiographie qui dessine en creux le portrait intellectuel et politique des USA du début du 20 ème siècle. Mondain et bien né, Vidal connaît les Kennedy, Gide et Anaïs Nin et a traversé une partie de l'Italie en jeep avec Tennessee Williams - ce qui est assez classe, admettez-le.
Contempteur de la faux-culterie américaine et du moralisme liberticide qui la nourrit, Vidal excelle aussi  dans la putasserie jubilatoire, la phrase assassine et bien sentie. Dans l'abondant name-dropping que constitue Palimpsestes, il taille des portraits parfois expédiés en quelques lignes .
A propos de Truman Capote, Vidal indique - après avoir contesté la plupart de ses vantardises sexuelles-  que c'est le mensonge absolu qui est " la vraie forme d'expression artistique, limitée, mais, paradoxalement authentique. de     Capote(...)Contempler le visage de Capote alors qu'il ajoutait détail après détail, c'était comme observer le processus brut de la création dans toute sa folie furieuse."  Vidal est parfois une hyène mais sa liberté totale d'écrivain et de penseur, doublée de la virtuosité de son style, devrait faire de Palimpsestes la meilleure lecture de votre été.

Palimpsestes
, de Gore Vidal. Les  Editions Galaade publient également Julien et Kalki.



Tolkien par Tolkien

Posté par Van le 02.01.06 à 16:50 | tags : autobiographie, christian bourgois, livre
"Tout ce dont je me souviens à propos de la naissance de Bilbo le Hobbit est que je corrigeais des copies du School Certificate (...). Sur une page blanche, j'ai griffonné : "Dans un trou vivait un Hobbit". Sans savoir pourquoi, aujourd'hui encore" (lettre à W.H. Auden). Soixante ans de correspondances de J.R.R. Tolkien avec ses éditeurs, sa femme, ses enfants, ses amis, ont été rassemblées dans un ouvrage, pour le plus grand bonheur des plus grands fans de ce créateur de génie. Génèse et architecture du Seigneur des Anneaux, dont l'écriture lui aura pris seize ans, sont racontées simultanément au fil de ses récits épistolaires. Un genre d'autobiographie, écrite au jour le jour. L'histoire d'une oeuvre commentée par son propre créateur. Un petit cadeau fait à tous les lecteurs (et spectateurs) de la trilogie mythique.

J.R.R. Tolkien

Lettres
Traduites de l'anglais par Vincent Ferré et Delphine Martin
Christian Bourgois Editeur, 2005



Têtes à tarte

Posté par Van le 02.12.05 à 13:07 | tags : autobiographie, livre
Noel GodinSorti récemment chez Flammarion, un récit des jouissifs attentats pâtissiers de Noël Godin (alias Le Gloupier, alias l'entarteur belge). Entartons, entartons les pompeux cornichons !, c'est le titre de son dernier bouquin, mais c'est aussi, ça ne vous aura pas échappé, un bel alexandrin. Alexandrin qu'il déclamait en spéciale dédicace à chacune de ses victimes. En l'occurrence, "les pompeux cornichons", c'était pour notre BHL national, sa victime préférée ; il n'avait pas tellement apprécié. Rien que pour le plaisir, rappelons qu'il n'avait pas loupé Sarko, Chevènement, Bill Gates, Douste-Blazy, Godard, PPDA, Pascal Sevran...
Les dessous de sa croisade anarcho-humoristique contre quelques "grands" de ce monde donc, histoire de leur réapprendre un peu l'humilité, et de les faire déguster.





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