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Tous les billets consacrés au festival de bande dessinée d'Angoulême (éditions 2006, 2007 et 2008).
Blutch, Winshluss et les autres lauréats d'Angoulême
Le Grand prix revient à Blutch, pour Le Petit Christian. Pilier des éditions de L'Association, Blutch succèdera donc à Dupuy et Berberian à la présidence de la prochaine édition. Le prix du meilleur album est revenu au Pinocchio, de Winshluss aux éditions Requins Marteaux.
Les 5 Essentiels de l'année : Tamara Drewe, de Posy Simmonds, aux éditions Denoël Graphic. Le Journal d'un ingénu, d'Émile Bravo, aux éditions Dupuis. Lulu femme nue, d'Étienne Davodeau, aux éditions Futuropolis. Le petit Christian, Tome 2 de Blutch, à L'Association. Martha Jane Cannary, de Christian Perrissin et Matthieu Blanchin, aux éditions Futuropolis.
Essentiel SNCF/FNAC : Mon gras et moi, de Gally, aux éditions Diantre.
Les autres prix : Essentiel Jeunesse : Le Petit Prince, de Joann Sfar, aux éditions Gallimard Essentiel Patrimoine : Opération mort, de Shigeru Mizuki, aux éditions Cornélius. Le prix Révélation : Le goût du chlore, de Bastien Vivès aux éditions KSTR.
Lire aussi : Le Festival Angoulême 2009 : petite sélection Anne Rouquette dessine sans tricher Ruppert et Mulot font leur bordel sur le web et à Angoulême Que reste-t-il de L'Association en 2009?Anne Rouquette dessine sans tricher Retenu pour la sélection officielle du festival d'Angoulême 2009, l'album Bons, mauvais, grands et petits joueurs, première bédé de l'illustratrice Anne Rouquette, révèle une plume et un coup de crayon aussi originaux que talentueux.
Comme son titre l'indique, l'ouvrage propose, à travers de petites scènes de la vie quotidienne, de subtiles variations sur le thème du jeu. L'idée est très simple, mais bien trouvée, d'autant plus qu'Anne Rouquette l'exploite à merveilles, l'illustrant à travers tous les âges et toutes les époques. Le jeu concerne aussi bien les petits que les grands. Les petits jouent à être grands (le papa et la maman ou... la guerre, sur PC) quand les grands tombent en régression (que peuvent faire les mamies à la maison de retraite à part jouer aux dominos ?). Les Moyen-âgeux jouaient déjà à Colin Maillard, quand les trentenaires modernes préfèrent le Monopoly. Au jeu on doit également ce grand avantage de révéler les caractères de chacun : flambeur, tricheur, imaginatif, de bonne ou de mauvaise foi...
Excellente observatrice, Anne Rouquette croque des tranches de vie, des parties de jeux, enfantins ou libertins, avec audace parfois, toujours avec poésie. Une petite fille fait partouzer ses Barbies (on a tous fait ça, pas vrai ?). Un peu plus loin, la même gamine joue, avec sa sœur, à faire « des expériences » sur les insectes qui les « dégoûtent ». Plus tard encore, elle invente autre chose : « On dirait que les chaussures ce sont des mines et que si tu marches dessus PAF ! t'as plus qu'une jambe ».
Assez simple, et même parfois proche du croquis (c'est en noir et blanc), le dessin d'Anne Rouquette sert parfaitement le thème du jeu, finalement celui du je, et naturellement... existentiel : scènes fugaces, expressions en mouvement, passage de la lumière à l'obscurité. Et faute de pouvoir jouer autant qu'on le voudrait, c'est avec plaisir qu'on plonge quelques instant dans ces histoires si drôles, si justes, et où, au final, on (se) perd rarement.
Anne Rouquette, Bon, Mauvais, grand et petit joueur, éditions Lito, 2008.
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Ruppert et Mulot font leur bordel sur le web et à AngoulêmeEn tant que présidents du festival d'Angoulême cette année, Philippe Dupuy et Charles Berbérian ont eu le droit d'offrir une expo à un auteur de leur choix. Peut-être parce qu'ils sont deux pour un siège eux aussi, ils ont choisi Ruppert et Mulot. En plus de proposer une expo sur les lieux du festival, ces derniers lui ont également donné un prolongement web assez conséquent sous la forme d'une maison close dans laquelle ils ont invité plusieurs auteurs à s'encanailler : Frantico, Florence Cestac, Lewis Trondheim, Boulet, Killoffer... Le principe est relativement simple : chacun des auteurs se représente (ils en ont l'habitude, en France personne ne dessine rien mieux que soi même) en tant que client ou prostitué dans cette maison close dont les murs sont fournis par Ruppert et Mulot, et les bédés s'improvisent à trois ou quatre mains à partir de là. L'idée de départ est emballante mais les résultats sont assez plan plan, il faut bien le reconnaitre...
![]() Lire aussi : Que reste-t-il de L'Association en 2009 ? Comic Strip, le premier mensuel de BD gratuit
La 36e édition du Festival d'Angoulême s'ouvre aujourd'hui La 36e édition du Festival d'Angoulême s'ouvre aujourd'hui. Envers et contre tout. Ce n'est pas la crise qui empêchera cette année la bande dessinée de s'épanouir : le programme s'annonce éclectique, ouvert sur le monde, et promet de belles rencontres.Rencontres, notamment avec les auteurs figurants sur la sélection officielle. Sur les 56 titres retenus cette année, sept "Essentiels" se verront distingués par le grand jury. Rencontres, aussi, avec la bd venue d'ailleurs, à travers des expositions consacrées à l'Afrique du Sud, à la Corée, au mangaka Shigeru Mizuki, aux auteurs flamands... La WebTV du festival propose aux internautes de suivre en direct les grands moments de la manifestation, comme "les 24 heures de la bande dessinée", une course d'endurance graphique au terme de laquelle les participants doivent présenter une bd achevée... Votez pour votre BD préférée du festival d'Angoulême
La Fnac et la SNCF, partenaires du festival, réitèrent l'expérience qui a récompensé Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet l'année dernière, et proposent de feuilleter les albums ou de les télécharger sur votre Iphone ou Ipod touch. Si l'on perd la sensation du papier et le plaisir d'admirer un bel album en "vrai", le visionnage "nomade" -directement sur votre ordi- rendu possible par la technologie Ave!Comics, révèle véritablement le potentiel cinématographique de la BD, le tout, gratuitement.
A vos votes, donc, et rendez-vous le 1er février pour connaître le lauréat du prix Essentiel. Angoulême 2009 : le programme et la sélection officielleCe matin en conférence de presse au centre Pompidou à été annoncé le programme du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême. Côté organisation, on nous assure que financièrement tout va bien, grâce à la FNAC, la SNCF, la Caisse d'Epargne etc... Mais le retrait du soutien du ministère de la culture va forcément se faire sentir à un niveau ou à un autre. Sur le papier cependant, le programme est vraiment alléchant, peut-être un peu plus que d'habitude : il y a l'obligatoire expo des présidents Philippe Dupuy et Charles Berbérian , des concerts dessinés avec les équipes musiciens/dessinateurs Arthur H / Christophe Blain, Rodolphe Burger / Dupuy & Berbérian et Arno / De Moor & Nix, et pour les spécialistes la perspective des expos consacrées aux manwhas alternatifs, à Winshluss de Feraille et à Shigeru Mizuki ; enfin la présence de Joe Daly, Daniel Clowes, Chris Ware ou Posy Simmonds sont suffisantes pour nous vendre le festival. La sélection officielle est fidèle à elle-même : un peu de tout, de tous les éditeurs surtout, ce qui ne contentera peut-être personne mais ne fachera probablement pas non plus.
American Elf de James Kochalka The Autobiography Of A Mitroll, Mum Is Dead, tome 1 de Bouzard Les Bidochon, Tome 19 : Internautes de Binet BigFoot, Troisième Balade - créatures de Nicolas Dumontheuil adapté de Richard Brautigan Bons, mauvais, grands et petits joueurs de Anne Rouquette Bottomless Belly Button de Dash Shaw Cité 14 Saison 1 de Gabus et Reutimann De Gaulle à la plage de Ferri Esthétique et filatures de Tanxxx et Lisa Mandel Ferme 54 de Galit et Gilad Seliktar Filles Perdues d’Alan Moore et Melinda Gebbie La force des humbles de Irata Le goût du chlore de Bastien Vivès Le goût du paradis de Nine Antico Les Gouttes de Dieu, tome 1 de Tadashi Agi et Shu Okimoto La Guerre d'Alan, tome 3 de Emmanuel Guibert Gus, tome 3 de Christophe Harding Was Here, tome 1 de Midam et Adam L’Héritage du colonel de Varela et Trillo La Jeune Fille et le nègre de Judith Vanistendael Jonathan, Elle, tome 14 de Cosey Le Livre des destins, La Métamorphose, tome 2 de Le Tendre et Biancarelli Lock Groove Comix n°1 de Jean-Christophe Menu Loin d'Etre Parfait d'Adrian Tomine Long John Silver, Neptune, tome 2 de Dorison & Lauffray Lucien, Tome 9 : Toujours la banane de Frank Margerin Lulu femme nue, premier livre de Étienne Davodeau Le Marquis d’Anaon, La chambre de Kheops, tome 5 de Bonhomme & Vehlmann Martha Jane Cannary, tome 1 de Blanchin et Perrissin Marzi (1984-1987) : la Pologne vue par les yeux d’une enfant de Savoia et Sowa Mattéo de Jean-Pierre Gibrat Max Fridman, tome 5 de Vittorio Giardino Mon Frère nocturne de Joanna Hellgren Mon gras et moi de Gally Nage libre de Sébastien Chrisostome No comment de Yvan Brun Oncle Gabby de Tony Millionaire Pauvres zhéros de Baru, Pierre Pelot Le Petit Christian, tome 2 de Blutch Pinocchio de Winshluss Pluie du paradis de Yu lu Le Roi des mouches, L’Origine du monde, tome 2 de Mezzo et Pirus Salade de fluits, tome 2 de Mathieu Sapin Séquelles de Hugues Micol Shutter Island de Christian De Metter, Dennis Lehane Spirou et Fantasio, Le Journal d’un ingénu de Émile Bravo Tamara Drewe de Posy Simmonds Tout seul de Christophe Chabouté Trésor de Lucie Durbiano Le Tricheur de Ruppert et Mulot Undercurrent de Toyoda Ushijima, tome 3 de Manabe Le Voleur de Visages de Junji Ito Wanted de Mark Millar, Malcolm Jones et Mounts
Gogo Monster : De l'harmonica pour des monstres invisibles
L'histoire de Gogo monster est celle d'une poignée d'écoliers : Makoto, le nouveau qui voudrait bien être l'ami de Yuki, gamin étrange qui joue de l'harmonica pour des monstres invisibles et Sasaki qui porte en permanence un carton sur la tête. Il est plutôt difficile de vous résumer ce qui se passe, entre autres parce que je ne suis pas sûr de tout avoir compris : les choses deviennent plutôt confuses quand Yuki et Makoto pénètrent le quatrième étage de l'école, celui qui est fermé pour d'obscure raisons (bien que le fait qu'il s'y passe des choses dignes d'Inland Empire y soit sans doute pour quelque chose). Mon incompréhension n'empêche pourtant pas, au contraire, ma fascination. Taiyou Matsumoto essaye avec son trait tremblant et son encrage un peu sale de nous faire croire qu'il ne sait pas dessiner pour cacher une précision photographique dans la capture des attitudes de ses personnages. Ses perspectives touchent souvent à la limite de la justesse sans jamais la dépasser : l'école est une présence très concrète, un bâtiment plus oppressant que les professeurs qui l'occupent, débilitant par son simple volume et sa laideur fonctionnelle. Le travail sur les décors est véritablement exceptionnel. Je l'avoue, j'ai tout de même quelques petites idées quand au sens de ce que j'ai lu. Au delà de la classique histoire du gamin sensible écrasé institution trop rigide et qui s'évade dans un monde imaginaire, il y a quelque chose de bien plus sombre qui court à travers les pages de Gogo Monster. Quelque chose du genre "les monstres ne sont pas ceux qu'on croit". Il faudra juste que je le relise pour mettre le doigt dessus avec certitude. Quelque chose que, pour une fois, j'ai très envie de faire. ![]()
Pourquoi j'ai lu Pierre
Tout ça ne justifie cependant pas un "prix du public". Cette popularité inhabituelle pour une oeuvre qui sort du domaine des Titeuf et autres Thorgal tient sans nul doute à son sujet. Que ce soit Maus ("j'ai survécu à l'holocauste"), Persépolis ("j'ai du fuir mon pays") et dans une certaines mesure Fun Home ("Je suis lesbienne et mon père s'est suicidé parce que lui aussi"), toutes les BD "différentes" qui parviennent à attirer un large public (qui souvent ne lit pas de BD par ailleurs) traitent d'un sujet important, du genre qui justifierait bien un épisode de "Ca se discute - jour après jour". Sans vous gâcher le suspense, Pourquoi j'ai tué Pierre commence avec un enfant qui se lie d'amitié avec un prêtre. Malheureusement, au delà de sa simple qualité de témoignage, l'album ne va nulle part. Il ne tire ni réfléxion, ni poésie de ce matériau brut. Il ne produit aucun sens et relève plus du groupe de parole que de la littérature. Bien sûr, si c'est tout ce que l'on attend d'un livre, il n'y a aucun mal à ça, et la popularité de celui ci n'est sans doute pas usurpée. Si vous voulez un peu plus de vos BD, il y a tout le reste de l'impeccable palmarès d'Angoulême, à commencer par NonNonBâ. Les Vingt-quatre heures de la BD
Parmi les auteurs réunis pour l'événement (qui a eu lieu mardi et mercredi), on retrouve Trondheim, forcément, mais aussi Boulet, Mathieu Sapin... Soit il y a eu un pic incroyable de zeitgeist et de synchronicité, soit ils se sont tous mis d'accord pour tourner ensemble autour du thème du réchauffement planétaire et des boules de neiges. Les planches sont visibles sur ce site (même si, malheureusement, il est plein de scripts paranoïaques qui font tout ramer). Ce ne sont sans doute pas les meilleures conditions possibles pour produire une bonne BD, mais c'est un bon moyen pour obtenir des auteurs quelque chose d'inatendu, voire un coup d'oeil plus direct dans leur subconscient qu'à l'accoutumé. Malheureusement, à ce niveau là, j'ai trouvé que tout le monde est resté très professionnel. Sans doute sont-ils habitués à travailler sous la pression des deadlines. Scott Mac Cloud : du l'art à des cochons
Angoulême : Alter-rien
Notre quête touchait à son but. Les rumeurs ont couru jusqu'à nos oreilles grandes ouvertes sur un regroupement d'alter festivaliers. Des fanzineux pirates traînant leurs guêtres et leurs crayons usés devaient se retrouver dans un café d'Angoulême. Nous nous sommes mis en chasse mais... Il a neigé toute la journée de samedi sur Angoulême, notre logeur nous a assuré n'avoir vu ça que deux fois depuis qu'il a déménagé dans le coin, il y a onze ans. La neige, c'est vache, c'est traître. Glissants, titubants et les pieds mouillés, nous avons tenté une heure durant de retrouver ce fameux café, paumé dans un dédale de rues (encore plus intriguant lorsqu'on débarque dans la ville pour la première fois, avec les verres de lunettes tout blanchis). Peine perdue, désolé, game over, nous n'avons rien trouvé d'autre que des bonhommes de neige, des combats de boules de neiges, des trottoirs détrempés de neige. Bref, de la neige, qui gèle et qui mouille, de la poudreuse sur nos bouilles, et - mince ! - nous revenons bredouilles.Angoulême : la BD en live Inauguré lors de l'édition 2005 du festival, le concept d'un concert de dessins peut paraître d'un intérêt limité sur le papier : une poignée de dessinateurs se succèdent pour dessiner chacun leur case d'une BD au scénario pré-écrit et, pendant que le public regarde la bande dessinée se construire sur un écran géant, sur scène un groupe assure l'ambiance sonore.C'était donc suspicieux que nous sommes entrés dans le théâtre d'Angoulême, mais le doute a laissé la place à l'émerveillement au premier trait tracé. Une véritable magie était à l'oeuvre, celle de formes surgissant en quelques coups de pinceaux là où l'instant d'auparavant il n'y avait rien. La musique de The String Machine (un duo de cordes accompagné d'un DJ et d'un percussionniste) n'y était pas pour rien, invoquant des ambiances multiples à chaque fois en accord avec le dessin. En guise de rappel orgiaque, tous les dessinateurs (dont Charles Berbérian, Blutch et Hervé Tanquerelle) improvisent une ultime page, qu'ils remplissent tous en même temps. Si une fois descendus de notre nuage on se surprenait à regretter que le scénario anecdotique de Zep sur les mésaventures d'une souris de cartoon n'ait pas laissé la place à la magie et la poésie qui présidaient au reste de la soirée, ce n'était là qu'une minuscule paille dans un magnifique diamant. Angoulême : Show Chaud Choco Creed Parmi les nombreuses expositions organisées autour du festival, celle de Choco Creed était sans doute la plus visible, annoncée a grand renfort d'affiches de toutes les couleurs un peu partout dans Angoulême. L'expo elle-même fourmillait d'illustrations, sculptures, badges, tablettes de chocolats, figurines, planches de skate... au design flashy et plein de petites trouvailles. Cependant, alors que dans nos bouches fondaient les bonbons offerts à l'entrée et que nos oreilles étaient pleines de la musique live jouée dans un coin de l'expo, une question est parvenue à se formuler dans notre esprit embrouillé : "où est la BD ?" En lot de consolation, on en trouvera un peu sur le très joli site de Choco Creed. Angoulême : la BD entre 4 planches On vous a déjà parlé de Ferraille. Cette association d'artistes, aussi une maison d'édition, s'est enrichie d'une création cinématographique, présentée dans le cadre du Festival de la BD d'Angoulême. Son nom ? Entre 4 planches, ou l'histoire de Sammy, jeune dessinateur de BD - idéaliste et mauvais - travaillant au sein de la monolithique boite d'édition Ferraille Illustré. Sammy ne réussit pas à produire quoi que ce soit qui intéresse son éditeur et, pour ne pas se faire virer, en arrive à voler le travail d'un de ses admirateurs fanzineux (et boutonneux), Poupinou et Ratafiole. Le plagiat rencontre un énorme succès, car dans le monde de Ferraille, le public est stupide, les journalistes aussi, et l'art n'a d'autre vocation que d'être mièvre, consensuel, creux et assouvi au dieu Argent... Finalement, après la mise en situation jouant la critique, le film s'engage dans une histoire grinçante et surréaliste, dans laquelle le fanzineux floué va se venger de Sammy avec l'aide de sa photocopieuse douée de parole. Il va assassiner une femme avec un crayon, puis faire porter le chapeau à Sammy. La police le tabasse avant même de lui poser des questions, son avocat lors du procès est une marionette (littéralement), son éditeur lui colle sous le nez le camembert des ventes de Poupinou et Ratafiole alors que Sammy trône dans une chaise électrique... Les gens des Requins Marteaux (Ferraille) veulent nous faire rire. Humour grinçant, violence caricaturée, happening et conclusion tellement tirés par les cheveux qu'ils déclenchent les rires à la seconde. Entre 4 Planches a reçu les honneurs d'Angoulême, ceux du théâtre dans lequel il était projeté, et sans doute bientôt, ceux des internautes lorsqu'il arrivera sur le réseau.Angoulême : Manhwa, la nouvelle BD venue d'Asie Vendredi, 14 heures. Une rencontre avec de jeunes auteurs coréens est organisée. Ces dessinateurs de Manhwa (version coréenne du manga) représentent une nouvelle génération de dessinateurs, la première à s'affranchir de l'influence japonaise, qui a longtemps marqué l'art de la bande dessinée en Corée.Un peu d'histoire : c'est en 1909 que la BD débarque en Corée, suivie des forces coloniales japonaises l'année d'après. La BD coréenne est interdite, puis remplacée par des mangas de propagande qui incitent les Coréens à faire tout ce qui est suceptible d'aider les impérialistes nippons, par exemple : du riz. Après la seconde guerre mondiale, le pays est libéré puis divisé en deux (1948) et soumis à une forte censure. C'est dans les années 1980 qu'arrive la vraie libération bédéiste, la censure s'effondre et les manhwas commencent à se développer. Ironie du sort, le grand modèle à suivre en matière de BD est celui du manga japonais, et il faudra attendre les années 2000 pour voir émerger un véritable courant spécifiquement coréen, engendré par quelques auteurs-fondateurs de la fin du siècle. Le nouveau manhwa se caractérise par son attachement au quotidien, loin des robots géants et des écolières à jupe courte, adoptant un ton intimiste et parfois autobiographique finalement assez proche de la BD indépendante européenne. La logique de production à la chaine des mangas est aussi abandonnée au bénéfice d'un travail plus minutieux sur des planches souvent en couleurs. En France, Kana édite quelques uns de ces auteurs, comme Byun Byung-jun, l'auteur de Cours Bong-gu !, (et illus. reprise sur son site web) ou le duo Byun Ki-hyun / Choi Kyu-sok (Nouilles Tchajang). (billet rédigé avec l'aide précieuse de 2Goldfish, qui signe aussi l'illustration du haut) Angoulême : la BD venue du froid
Angoulême : de Pilote à Poisson Pilote
Pilote est l'une des grandes figures de la bande dessinée française. Fondée par Goscinny, la maison d'édition/magazine a accueilli nombre de grands noms d'hier... et aujourd'hui sous son nouveau pédigrée (uniquement dédié à l'édition) "Poisson Pilote" (illus., leur TRES BEAU site). L'exposition "De Pilote à Poisson Pilote" au théatre d'Angoulême présente donc une histoire faite de références et de filiations, jumelant tour à tour l'oeuvre de deux auteurs issus de deux époques. Les planches se croisent, les thématiques flirtent, les styles se répondent. Gotlib adopte Larcenet comme fils spirituel, à cause de la construction narrative, de l'élaboration d'une ambiance, mais aussi pour la manie irrésistible qu'ont les deux auteurs de déraciner les personnages historiques de leur univers. Sattouf est l'héritier de Lauzier, là c'est clair : c'est pour le sexe ! La même obsession de "la chose", les mêmes errements, la même timidité malhabile, les mêmes angoisses. Fred, le papa de Philémon, est rapproché de Sfar (géniteur du Chat du Rabin), pour l'univers imaginaire.
L'expo est servie, légitimée, par une très habile sélection des planches mises en parallèle, l'évidence est débusquée sans jamais être créée, même lorsqu'elle se tapit dans l'inconscience obscure des livres à bulles. Les auteurs parlent les uns des autres, se respectent, s'estiment et se touchent (l'âme, bien sûr...). Le tout est parachevé par des projections vidéo montrant la plupart des "couples" en interview, soulignant la complémentarité de leurs propos. Angoulême: le marché de la BD pas très discuté
A Angoulême, un contre-festival ?Des stands de fanzines itinérants parcourent Angoulême, remballant lorsque les flics arrivent. Nous partons à leur poursuite, stay tuned... Angoulême live : BD et InternetA peine débarqué à Angoulême (comprenez le "vrai" monde avec des bandes dessinées réalisées sur support physique) que la thématique "Internet et Bande Dessinée" nous saute déjà à la figure. L'exposition "Coconino World" - sous titre : "Un monde d'image au milieu du Web"- présente une sélection de planches et de dessins de presse, d'abord numérisés et publiés sur Internet, puis sous forme physique. Clairement un retour d'ascenceur de la part du réseau, un nouveau pas dans la direction d'une mémoire par le web, qui va même, dans le caractère noble de l'exposition, jusqu'à rendre hommage à certains illustrateurs injustement oubliés des encyclopédies bédéastes. Le britannique George Cruikshank, les américains T.S Sullivan (illus.) ou Harry Grant Dart, sont mis à l'honneur, exposés dans leur format originel grâce au travail de répertoriage du réseau. Une façon de réaffirmer la survivance du concret, sans minimiser l'utilité (comme ici, vitale) de la dématérialisation. Angoulême 2006, pour patienter... Grand Prix 2005 de la Ville d'Angoulême (qui récompense un auteur pour l'ensemble de son oeuvre), Georges Wolinski présidera le jury de la 33e édition du Festival international de la bédé d'Angoulême, qui se tiendra du 26 au 29 janvier 2006. Le 6 décembre dernier étaient rendus publics les quarante-deux albums qui composent la sélection officielle, répartis en six catégories, dont les très attendus nominés pour le Prix du Meilleur Album. De nombreuses manifestations et expositions entourent, comme chaque année, l'événement. Avec cette année une expo rétrospective consacrée à Wolinski, qui semble régner en maître sur cette 33e édition, dans laquelle ses plus grands fans auront le plaisir de découvrir des petites raretés, tels que certains de ses dessins d'enfance. Et une nouveauté, à signaler : le festival organise, avec l'Office franco-québécois pour la jeunesse, un tout nouveau concours "BD contre le racisme", qui s'adresse à de jeunes auteurs français et québécois. Une belle (et utile) idée.(illus. Olivia Sturgess de Floc'h & Rivière, un des nominés) |
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