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Tous les billets consacrés au festival de bande dessinée d'Angoulême (éditions 2006, 2007 et 2008).
Gogo Monster : De l'harmonica pour des monstres invisibles
L'histoire de Gogo monster est celle d'une poignée d'écoliers : Makoto, le nouveau qui voudrait bien être l'ami de Yuki, gamin étrange qui joue de l'harmonica pour des monstres invisibles et Sasaki qui porte en permanence un carton sur la tête. Il est plutôt difficile de vous résumer ce qui se passe, entre autres parce que je ne suis pas sûr de tout avoir compris : les choses deviennent plutôt confuses quand Yuki et Makoto pénètrent le quatrième étage de l'école, celui qui est fermé pour d'obscure raisons (bien que le fait qu'il s'y passe des choses dignes d'Inland Empire y soit sans doute pour quelque chose). Mon incompréhension n'empêche pourtant pas, au contraire, ma fascination. Taiyou Matsumoto essaye avec son trait tremblant et son encrage un peu sale de nous faire croire qu'il ne sait pas dessiner pour cacher une précision photographique dans la capture des attitudes de ses personnages. Ses perspectives touchent souvent à la limite de la justesse sans jamais la dépasser : l'école est une présence très concrète, un bâtiment plus oppressant que les professeurs qui l'occupent, débilitant par son simple volume et sa laideur fonctionnelle. Le travail sur les décors est véritablement exceptionnel. Je l'avoue, j'ai tout de même quelques petites idées quand au sens de ce que j'ai lu. Au delà de la classique histoire du gamin sensible écrasé institution trop rigide et qui s'évade dans un monde imaginaire, il y a quelque chose de bien plus sombre qui court à travers les pages de Gogo Monster. Quelque chose du genre "les monstres ne sont pas ceux qu'on croit". Il faudra juste que je le relise pour mettre le doigt dessus avec certitude. Quelque chose que, pour une fois, j'ai très envie de faire. ![]()
Pourquoi j'ai lu Pierre
Tout ça ne justifie cependant pas un "prix du public". Cette popularité inhabituelle pour une oeuvre qui sort du domaine des Titeuf et autres Thorgal tient sans nul doute à son sujet. Que ce soit Maus ("j'ai survécu à l'holocauste"), Persépolis ("j'ai du fuir mon pays") et dans une certaines mesure Fun Home ("Je suis lesbienne et mon père s'est suicidé parce que lui aussi"), toutes les BD "différentes" qui parviennent à attirer un large public (qui souvent ne lit pas de BD par ailleurs) traitent d'un sujet important, du genre qui justifierait bien un épisode de "Ca se discute - jour après jour". Sans vous gâcher le suspense, Pourquoi j'ai tué Pierre commence avec un enfant qui se lie d'amitié avec un prêtre. Malheureusement, au delà de sa simple qualité de témoignage, l'album ne va nulle part. Il ne tire ni réfléxion, ni poésie de ce matériau brut. Il ne produit aucun sens et relève plus du groupe de parole que de la littérature. Bien sûr, si c'est tout ce que l'on attend d'un livre, il n'y a aucun mal à ça, et la popularité de celui ci n'est sans doute pas usurpée. Si vous voulez un peu plus de vos BD, il y a tout le reste de l'impeccable palmarès d'Angoulême, à commencer par NonNonBâ. Les Vingt-quatre heures de la BD
Parmi les auteurs réunis pour l'événement (qui a eu lieu mardi et mercredi), on retrouve Trondheim, forcément, mais aussi Boulet, Mathieu Sapin... Soit il y a eu un pic incroyable de zeitgeist et de synchronicité, soit ils se sont tous mis d'accord pour tourner ensemble autour du thème du réchauffement planétaire et des boules de neiges. Les planches sont visibles sur ce site (même si, malheureusement, il est plein de scripts paranoïaques qui font tout ramer). Ce ne sont sans doute pas les meilleures conditions possibles pour produire une bonne BD, mais c'est un bon moyen pour obtenir des auteurs quelque chose d'inatendu, voire un coup d'oeil plus direct dans leur subconscient qu'à l'accoutumé. Malheureusement, à ce niveau là, j'ai trouvé que tout le monde est resté très professionnel. Sans doute sont-ils habitués à travailler sous la pression des deadlines. Scott Mac Cloud : du l'art à des cochons
Angoulême : Alter-rien
Notre quête touchait à son but. Les rumeurs ont couru jusqu'à nos oreilles grandes ouvertes sur un regroupement d'alter festivaliers. Des fanzineux pirates traînant leurs guêtres et leurs crayons usés devaient se retrouver dans un café d'Angoulême. Nous nous sommes mis en chasse mais... Il a neigé toute la journée de samedi sur Angoulême, notre logeur nous a assuré n'avoir vu ça que deux fois depuis qu'il a déménagé dans le coin, il y a onze ans. La neige, c'est vache, c'est traître. Glissants, titubants et les pieds mouillés, nous avons tenté une heure durant de retrouver ce fameux café, paumé dans un dédale de rues (encore plus intriguant lorsqu'on débarque dans la ville pour la première fois, avec les verres de lunettes tout blanchis). Peine perdue, désolé, game over, nous n'avons rien trouvé d'autre que des bonhommes de neige, des combats de boules de neiges, des trottoirs détrempés de neige. Bref, de la neige, qui gèle et qui mouille, de la poudreuse sur nos bouilles, et - mince ! - nous revenons bredouilles.Angoulême : la BD en live Inauguré lors de l'édition 2005 du festival, le concept d'un concert de dessins peut paraître d'un intérêt limité sur le papier : une poignée de dessinateurs se succèdent pour dessiner chacun leur case d'une BD au scénario pré-écrit et, pendant que le public regarde la bande dessinée se construire sur un écran géant, sur scène un groupe assure l'ambiance sonore.C'était donc suspicieux que nous sommes entrés dans le théâtre d'Angoulême, mais le doute a laissé la place à l'émerveillement au premier trait tracé. Une véritable magie était à l'oeuvre, celle de formes surgissant en quelques coups de pinceaux là où l'instant d'auparavant il n'y avait rien. La musique de The String Machine (un duo de cordes accompagné d'un DJ et d'un percussionniste) n'y était pas pour rien, invoquant des ambiances multiples à chaque fois en accord avec le dessin. En guise de rappel orgiaque, tous les dessinateurs (dont Charles Berbérian, Blutch et Hervé Tanquerelle) improvisent une ultime page, qu'ils remplissent tous en même temps. Si une fois descendus de notre nuage on se surprenait à regretter que le scénario anecdotique de Zep sur les mésaventures d'une souris de cartoon n'ait pas laissé la place à la magie et la poésie qui présidaient au reste de la soirée, ce n'était là qu'une minuscule paille dans un magnifique diamant. Angoulême : Show Chaud Choco Creed Parmi les nombreuses expositions organisées autour du festival, celle de Choco Creed était sans doute la plus visible, annoncée a grand renfort d'affiches de toutes les couleurs un peu partout dans Angoulême. L'expo elle-même fourmillait d'illustrations, sculptures, badges, tablettes de chocolats, figurines, planches de skate... au design flashy et plein de petites trouvailles. Cependant, alors que dans nos bouches fondaient les bonbons offerts à l'entrée et que nos oreilles étaient pleines de la musique live jouée dans un coin de l'expo, une question est parvenue à se formuler dans notre esprit embrouillé : "où est la BD ?" En lot de consolation, on en trouvera un peu sur le très joli site de Choco Creed. Angoulême : la BD entre 4 planches On vous a déjà parlé de Ferraille. Cette association d'artistes, aussi une maison d'édition, s'est enrichie d'une création cinématographique, présentée dans le cadre du Festival de la BD d'Angoulême. Son nom ? Entre 4 planches, ou l'histoire de Sammy, jeune dessinateur de BD - idéaliste et mauvais - travaillant au sein de la monolithique boite d'édition Ferraille Illustré. Sammy ne réussit pas à produire quoi que ce soit qui intéresse son éditeur et, pour ne pas se faire virer, en arrive à voler le travail d'un de ses admirateurs fanzineux (et boutonneux), Poupinou et Ratafiole. Le plagiat rencontre un énorme succès, car dans le monde de Ferraille, le public est stupide, les journalistes aussi, et l'art n'a d'autre vocation que d'être mièvre, consensuel, creux et assouvi au dieu Argent... Finalement, après la mise en situation jouant la critique, le film s'engage dans une histoire grinçante et surréaliste, dans laquelle le fanzineux floué va se venger de Sammy avec l'aide de sa photocopieuse douée de parole. Il va assassiner une femme avec un crayon, puis faire porter le chapeau à Sammy. La police le tabasse avant même de lui poser des questions, son avocat lors du procès est une marionette (littéralement), son éditeur lui colle sous le nez le camembert des ventes de Poupinou et Ratafiole alors que Sammy trône dans une chaise électrique... Les gens des Requins Marteaux (Ferraille) veulent nous faire rire. Humour grinçant, violence caricaturée, happening et conclusion tellement tirés par les cheveux qu'ils déclenchent les rires à la seconde. Entre 4 Planches a reçu les honneurs d'Angoulême, ceux du théâtre dans lequel il était projeté, et sans doute bientôt, ceux des internautes lorsqu'il arrivera sur le réseau.Angoulême : Manhwa, la nouvelle BD venue d'Asie Vendredi, 14 heures. Une rencontre avec de jeunes auteurs coréens est organisée. Ces dessinateurs de Manhwa (version coréenne du manga) représentent une nouvelle génération de dessinateurs, la première à s'affranchir de l'influence japonaise, qui a longtemps marqué l'art de la bande dessinée en Corée.Un peu d'histoire : c'est en 1909 que la BD débarque en Corée, suivie des forces coloniales japonaises l'année d'après. La BD coréenne est interdite, puis remplacée par des mangas de propagande qui incitent les Coréens à faire tout ce qui est suceptible d'aider les impérialistes nippons, par exemple : du riz. Après la seconde guerre mondiale, le pays est libéré puis divisé en deux (1948) et soumis à une forte censure. C'est dans les années 1980 qu'arrive la vraie libération bédéiste, la censure s'effondre et les manhwas commencent à se développer. Ironie du sort, le grand modèle à suivre en matière de BD est celui du manga japonais, et il faudra attendre les années 2000 pour voir émerger un véritable courant spécifiquement coréen, engendré par quelques auteurs-fondateurs de la fin du siècle. Le nouveau manhwa se caractérise par son attachement au quotidien, loin des robots géants et des écolières à jupe courte, adoptant un ton intimiste et parfois autobiographique finalement assez proche de la BD indépendante européenne. La logique de production à la chaine des mangas est aussi abandonnée au bénéfice d'un travail plus minutieux sur des planches souvent en couleurs. En France, Kana édite quelques uns de ces auteurs, comme Byun Byung-jun, l'auteur de Cours Bong-gu !, (et illus. reprise sur son site web) ou le duo Byun Ki-hyun / Choi Kyu-sok (Nouilles Tchajang). (billet rédigé avec l'aide précieuse de 2Goldfish, qui signe aussi l'illustration du haut) Angoulême : la BD venue du froid
Angoulême : de Pilote à Poisson Pilote
Pilote est l'une des grandes figures de la bande dessinée française. Fondée par Goscinny, la maison d'édition/magazine a accueilli nombre de grands noms d'hier... et aujourd'hui sous son nouveau pédigrée (uniquement dédié à l'édition) "Poisson Pilote" (illus., leur TRES BEAU site). L'exposition "De Pilote à Poisson Pilote" au théatre d'Angoulême présente donc une histoire faite de références et de filiations, jumelant tour à tour l'oeuvre de deux auteurs issus de deux époques. Les planches se croisent, les thématiques flirtent, les styles se répondent. Gotlib adopte Larcenet comme fils spirituel, à cause de la construction narrative, de l'élaboration d'une ambiance, mais aussi pour la manie irrésistible qu'ont les deux auteurs de déraciner les personnages historiques de leur univers. Sattouf est l'héritier de Lauzier, là c'est clair : c'est pour le sexe ! La même obsession de "la chose", les mêmes errements, la même timidité malhabile, les mêmes angoisses. Fred, le papa de Philémon, est rapproché de Sfar (géniteur du Chat du Rabin), pour l'univers imaginaire.
L'expo est servie, légitimée, par une très habile sélection des planches mises en parallèle, l'évidence est débusquée sans jamais être créée, même lorsqu'elle se tapit dans l'inconscience obscure des livres à bulles. Les auteurs parlent les uns des autres, se respectent, s'estiment et se touchent (l'âme, bien sûr...). Le tout est parachevé par des projections vidéo montrant la plupart des "couples" en interview, soulignant la complémentarité de leurs propos. Angoulême: le marché de la BD pas très discuté
A Angoulême, un contre-festival ?Des stands de fanzines itinérants parcourent Angoulême, remballant lorsque les flics arrivent. Nous partons à leur poursuite, stay tuned... Angoulême live : BD et InternetA peine débarqué à Angoulême (comprenez le "vrai" monde avec des bandes dessinées réalisées sur support physique) que la thématique "Internet et Bande Dessinée" nous saute déjà à la figure. L'exposition "Coconino World" - sous titre : "Un monde d'image au milieu du Web"- présente une sélection de planches et de dessins de presse, d'abord numérisés et publiés sur Internet, puis sous forme physique. Clairement un retour d'ascenceur de la part du réseau, un nouveau pas dans la direction d'une mémoire par le web, qui va même, dans le caractère noble de l'exposition, jusqu'à rendre hommage à certains illustrateurs injustement oubliés des encyclopédies bédéastes. Le britannique George Cruikshank, les américains T.S Sullivan (illus.) ou Harry Grant Dart, sont mis à l'honneur, exposés dans leur format originel grâce au travail de répertoriage du réseau. Une façon de réaffirmer la survivance du concret, sans minimiser l'utilité (comme ici, vitale) de la dématérialisation. Angoulême 2006, pour patienter... Grand Prix 2005 de la Ville d'Angoulême (qui récompense un auteur pour l'ensemble de son oeuvre), Georges Wolinski présidera le jury de la 33e édition du Festival international de la bédé d'Angoulême, qui se tiendra du 26 au 29 janvier 2006. Le 6 décembre dernier étaient rendus publics les quarante-deux albums qui composent la sélection officielle, répartis en six catégories, dont les très attendus nominés pour le Prix du Meilleur Album. De nombreuses manifestations et expositions entourent, comme chaque année, l'événement. Avec cette année une expo rétrospective consacrée à Wolinski, qui semble régner en maître sur cette 33e édition, dans laquelle ses plus grands fans auront le plaisir de découvrir des petites raretés, tels que certains de ses dessins d'enfance. Et une nouveauté, à signaler : le festival organise, avec l'Office franco-québécois pour la jeunesse, un tout nouveau concours "BD contre le racisme", qui s'adresse à de jeunes auteurs français et québécois. Une belle (et utile) idée.(illus. Olivia Sturgess de Floc'h & Rivière, un des nominés) |
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