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Alan Moore, tous les billets consacrés à l'auteur de V pour vendetta sur le blog Mille Feuilles.

+ lire aussi le dossier Alan Moore sur Flu.

Alan Moore, romancier gourou

Posté par Myosotis le 28.01.08 à 16:04 | tags : alan moore, roman

Premier roman d'Alan Moore, le "plus grand scénariste de BD de tous les temps", La voix du feu est sorti, en version originale, dans une présentation aussi ésotérique que son propos, illustrée de photographies de José Villarubia qui en renforçaient le côté inquiétant et sanglant.
La traduction française impeccable arrive 11 ans après l'original (peu importe), au moment où Moore semble complètement aspiré par les passions magiques qui constituent le ressort essentiel de ce roman.

Un deuxième roman, intitulé Jérusalem, est annoncé, ainsi que, bientôt, un livre-somme sur les arts magiques puis un tryptique de La Ligue des gentlemen extraordinaire (dont le Black Dossier récent et excellent ressemble à un grimoire) qu'on dit sous influence mystique.

Moore est passé de l'autre côté du réel, s'il a jamais été des nôtres. Les propos d'un Snake and Ladders ou de Prométhéa ont peu à peu gagné sa conscience créatrice pour l'habiter entière et en faire un espace passionnant où l'ordre des choses ne relève pas du sens commun.
Moore est l'inventeur des Multivers (les univers qui se déploient sur des continuités et dimensions parallèles), mais aussi l'initiateur dans le omaine des BD des jeux temporels qui ont pu naître chez Wells (accouchant du steam punk), chez Poe (la littérature d'inspiration gothique) ou plus tard chez Philip K Dick (la dimension techno-parano). Dans cette Voix du feu, il nous entraîne dans une série d'historiettes toutes situées dans son village natal de Northampton entre le néolithique et 1995. Les histoires sont écrites chacune depuis le point de vue d'un narrateur différent (un homme préhistorique débile, un romain en mission, une sorcière, un pendu, la maîtresse d'une condamnée, un juge venu rendre sentence après un vol de bétail et finalement Alan Moore lui-même qui prendra la parole en dernier) et évoquent sur plus de trois mille ans d'histoire, la vie de ce territoire paumé à l'Est des Midlands, sur la rivière Nene.

Comme Moorcock et le maître du genre Ian Sinclair, Alan Moore est un artisan topographe de génie qui, raconte-t-il dans le dernier récit, a récupéré des montagnes de documentation concernant sa ville natale : des registres, la liste de tous les faits divers recensés depuis des lustres, des meurtres, des grimoires, des mentions dans des chroniques historiques; et dégagé des sortes de "constantes" ou "images récurrentes" qui, en motifs, viennent émailler l'histoire de la bourgade.

Parmi celles-ci, on trouve des odeurs, mais aussi des figures : celles d'une fille rousse vénéneuse, celle de têtes décapitées, de feux, qui éradiquent le Mal ou le provoquent, et qui viendront donner sa couleur et son unité à l'ensemble. Côté histoires, Moore ne craint pas d'en rajouter et nous offre des scènes souvent formidablement conçues (l'envoyé de Rome qui découvre que l'Empire n'a plus les moyens de fondre de vraies pièces d'or; le traître du Complot des Foudres lynché à la nuit de Guy Fawkes; le juge à la gorge tranchée par des Furies à poil, le templier converti qui rentre chez lui....) dans un style ultraréaliste au point d'en devenir pompier.

Comme les photos de Villarubia, les instantanés de Moore sont saturés de mots, d'odeurs, de chair et finissent parfois par écoeurer. La style est "populaire", presque rabelaisien ou sur le mode des Contes de Canterbury, toujours charnel (les scènes suggérées ou assumées de sexe sont toutes ultra convaincantes et dérangeantes) mais verse parfois dans un excès qui évoque le souci d'authenticité des films de Conan le Barbare. L'histoire d'ouverture contée avec ses propres mots (je vous laisse imaginer) par un demeuré du néolithique, chassé de sa tribu et qui se lie avec la femme du sorcier (l'homme-Hob, figure centrale, barbue et méchamment dominante, du roman), est quelque peu désarmante au delà de la cinquantième page.

Certaines histoires sentent la peau de bête et ont le côté repoussant et trop fort du gibier. Moore a une telle puissance évocatrice que la succession des contes nous accable aussi souvent qu'elle nous enchante. Certains twists sont de toute beauté et la plupart des nouvelles des chefs d'oeuvre de composition dramatique. Le propos pris dans son ensemble suggère l'histoire d'une ville de campagne à l'image de celle des hommes : violente, barbare presque et dominée par l'absence de dieu et de raison.

Moore démontre brillamment que les passions dominent le monde et sont capables d'ouvrir sur des dimensions (sanglantes, mystiques, ésotériques) que seul l'art peut mettre en évidence. Sa vision historique est noire et sans échappatoire, ce qui d'une façon ou d'une autre, perturbe l'accueil d'un livre qui ne nous laisse pas grand chose ni grand monde à qui nous raccrocher. Comment aimer ce qu'on nous raconte alors .

La Voix du feu est le premier jalon-synthèse d'une obsession dans laquelle on se fait prendre comme dans le filet du rétiaire. On y respire mal, on aime pas ça mais on ne peut pas s'en extirper aussi facilement. Le livre est admirable mais trop radical et monochrome pour être aimable. Le roman, avec toutes ses imperfections (trop d'intensité tue l'intensité....), est suffisamment bien tourné pour nous faire changer notre regard sur le cours des choses. Ce n'est pas un petit effet. Cet homme-là avant d'être un auteur, a tout du gourou : la capacité à nous faire voir le monde par ses propres yeux, sans qu'on s'en aperçoive.

 

La Voix du Feu - Alan Moore

Calmann Levy - janvier 2008 - 330 pages (20 euros)

 

 


Le Livre Noir de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires

Posté par 2goldfish le 26.12.07 à 10:30 | tags : comics, vo, alan moore
Ce Black Dossier n'est pas le véritable troisième tome des aventures de la Ligue des gentlemen extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neill. La Ligue, rappelons-le, est une Bd au concept simple et génial : les héros de la littérature victorienne parmi lesquels Alan Quatermain, l'Homme Invisible et le Capitaine Némo, sont embauchés par les services secrets britanniques pour lutter ensemble contre les menaces du monde moderne : Fu Manchu, les Martiens de la La Guerre des Mondes etc...
Jusqu'ici, nous avons eu droit à deux aventures en Bd de la Ligue, et à une, paraît-il, horrible adaptation cinématographique.

Black Dossier n'est donc pas le troisième épisode de la série, mais plutôt un interlude ou un supplément de luxe qui s'avère finalement encore meilleur que le matériel d'origine. Dans les première pages de la Bd, nous retrouvons Mina et Allan, les deux héros des précédents volumes, mystérieusement rajeunis dans le Londres des années 1950 alors en pleine transition après la chute du régime de Big Brother. Mina séduit un espion playboy, qui aime les vodka-martini secouées mais pas frappées, qui se fait appeler Jimmy (pour des raisons de droit, comme plusieurs de ses collègues des fifties, il ne sera jamais plus clairement identifié). Elle l'utilise pour infiltrer l'ancien Ministère de l'Amour et subtiliser le fameux Black Dossier.
La suite de la Bd sera une course poursuite entre les voleurs et Jimmy, assisté d'Emma Peel et Bulldog Drummond (espion britannique pré-Bond), pourtant cette course poursuite n'est qu'une succession d'entractes, ce qui nous permet de souffler entre deux tranches du Black Dossier volé, intégralement reproduit dans les pages de l'album.

Ce dossier est censé présenter l'histoire de la Ligue, de sa première incarnation avec Gulliver, Prospero et Davy Crockett aux plus récentes aventures d'Allan et Mina en Amérique parmi les beatniks. Moore et O'Neill s'en donnent à coeur joie et multiplient les pastiches : d'une fausse pièce inachevée du célèbre biographe William Shakespeare à un hilarant mix entre l'auteur comique P.G. Wodehouse et l'effrayant H.P. Lovecraft en passant par une Tijuana Bible (Bd porno) "1984" et un très drôle chapitre à la Kerouac dans lequel Mina et Allan stoppent le diabolique Docteur Sachs. Il y a forcément plus de références qu'on ne saurait reconnaître, mais peu importe, ça fait partie du jeu : Black Dossier est deux fois plus ludique encore que les précédentes aventures de la Ligue. Les dernières pages font même usage de la troisième dimension grâce à une paire de lunettes fournies avec le livre.


Black Dossier est cependant plus que ludique. C'est aussi une histoire de la fiction et de son rôle depuis l'aube de l'humanité, un traité de dissidence sexuelle plus condensé et efficace que Lost Girls et une démonstration de l'étendue du talent de dessinateur de Kevin O'Neill. D'une certaine façon, c'est un travail plutôt mineur pour Alan Moore, et pourtant on est encore une fois époustouflé par son génie.

Une ultime précision : l'avenir pourrait me faire mentir, nous avons déjà eu de telles frayeurs finalement infondées avec Lost Girls, mais il semblerait bien que le président de DC comics, très en colère après Alan Moore, ait décidé d'empêcher la publication de ce Black Dossier en dehors des USA. Sa lecture demande un très bon niveau en anglais. Toutegois, voyons les choses du bon côté : le dollar ne vaut plus rien pour nous autres riches Européens et même en tenant compte des frais de port, on peut importer la Bd pour une bouchée de pain.


The League of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier
Alan Moore, Kevin O'Neill
DC Comics/America's Best Comics

Top Ten : ce qui reste après l'Alan Moore

Posté par Myosotis le 13.12.07 à 11:00 | tags : comics, alan moore
Alors que leur créateur lance cet automne le troisième tome de sa La Ligue des gentlemen extraordinaires, tome 1 (on reviendra prochainement sur ce Black Dossier très attendu), les superflics mutants du 10e district s'offrent leur première escapade sans Alan Moore et Gene Ha, sous la plume de l'écrivain newbie Paul Di Filippo et du dessinateur Jerry Ordway.
Rappelons que Top Ten est l'une des séries-phare lancée par Alan Moore dans le cadre de sa ligne tout public ABC et un mélange assez savoureux de 21 Jump Street, de Mike Hammer (?) et de n'importe quelle sitcom américaine. Di Filippo, qui semble être un auteur de SF connu (?), mais qu'on ne connait pas, se tire plutôt pas mal de la lourde charge qui consiste à succéder à Moore.

S'appuyant sur des personnages solides auxquels il n'ajoute pas grand chose, il situe l'intrigue de cette nouvelle mini-série cinq ans après les derniers événements qui avaient secoué Néopolis. On retrouve la bande de Top Ten rassemblée pour un barbecue champêtre telle qu'on l'avait laissée ou presque : le vieux commissaire gay est aux manettes, le chien robot en chef de meute lancé dans une procédure d'adoption avec sa fidèle épouse humaine, ToyGirl (la fille aux jouets mécaniques) à la colle avec un Ken en plastique qui s'envoie en l'air avec Barbie derrière son dos, un couple bleu de frère et soeur incestueux, etc. Di Filippo ajoute quelques recrues à la fine équipe, dont une très jolie sirène qui se balade tantôt dans son bocal les seins à l'air ou allume sa collègue goudoue en ondulant sur sa queue.

Côté intrigue, la nouvelle aventure est tordue mais ne manque pas de piment : les Top Ten ont fort à faire avec une sorte de Dr Fatalis spectral géant (tête de mort à l'appui) qui distribue de la drogue de synthèse virale contaminant tout le monde et qui transforme les gens en zombie. Ajoutez à cela que la mairie est tenue par un babouin débile aux manières de cochon, que celui-ci manque déclencher un conflit social en remplaçant le commissaire homo par un ancien militaire et cela donne une bonne mixture irracontable, sans que cela ne déshonore aucunement l'esprit libre et libertaire de la série. Di Filippo en fait peut-être un peu trop dans le pathos (la mort de la mère du CowBoy) et se perd parfois dans les pistes qu'il a lui-même ouvertes. Pourtant, on ne peut pas lui en vouloir d'avoir essayé de rivaliser avec l'intensité narrative d'Alan Moore. Côté dessin, et c'est la bonne surprise, Jerry Ordway fait oublier le Gene Ha des premiers épisodes (on met de côté le Top Ten 49rs et ses ambiances crépusculaires) en truffant ses planches de détails subliminaux (des apparitions de cartoon célèbres comme Popeye, Jimmy Corrigan et d'autres) et en respectant le cahier des charges : Néopolis est une ville de BD sublime, un bonheur pour les yeux et un personnage à elle toute seule.

On a beau patauger un peu vers la fin, Top Ten : Au delà de l'ultime frontière est une prolongation honorable à une série importante, un bon divertissement dans un environnement impeccable, où les héros parlent super-pouvoirs mais aussi crise du logement, adoption ou sexualité. Le nouveau duo a, en cela, accentué l'une des tendances de Moore et Ha qui était de faire primer la vie des policiers sur leurs enquêtes. L'équilibre de l'ensemble en pâtit peut-être, mais on s'amuse plutôt bien et cela suffit à notre bonheur. On n'ira pas néanmoins jusqu'à conseiller ce tome à ceux qui n'ont pas apprivoisé les personnages de Top Ten et leurs petits secrets en de précédentes occasions : ils n'y verraient que du (petit) feu et ce serait dommage.



Top Ten : Au delà de l'ultime frontière
Paul Di Filippo, Jerry Ordway
Marvel Panini France

Alan Moore, Art Siegelman et Dan Clowes dans les Simpsons

Posté par 2goldfish le 20.11.07 à 16:40 | tags : comics, vo, alan moore, littérature en vidéo
Dans le dernier épisode de la saison 19 (!) des Simpsons diffusé aux USA, une nouvelle librairie de comics "alternative" s'ouvre à Springfield et organise une séance de dédicace avec Daniel Clowes, Art Spiegelman et Alan Moore.
Dans les années 1980, alors qu'il n'était "que" l'auteur du brillant strip Life In Hell, Matt Groening aurait pu s'asseoir à la même table. Observez bien le poster de Lost Girls derrière Moore, parce que depuis que Delcourt s'est dégonflé, la diffusion sur Canal+ de cet épisode sera sans doute ce qu'on aura de plus proche d'une publication de cette BD en France.
Oui, bon, euh... C'est vrai que les Simpsons, à la télé, c'est plus ce que c'était.
C'est quand même un moment important dans la reconnaissance culturelle des comics alternatifs. Ou pas. Enfin, c'est un peu amusant, je crois. Euh, je fais quoi là, déjà ?

Steve Ditko, l'autre papa de Spiderman

Posté par 2goldfish le 24.09.07 à 09:56 | tags : alan moore, comics, web, vo
Steve Ditko, co-créateur de Spider Man avec Stan Lee (enfin, est-ce vraiment le cas ?) a récemment fait l'objet d'un documentaire sur la BBC réalisé par Johnathan Ross. L'intégralité du documentaire est visible sur youtube, mais vous pouvez commencer avec cet extrait, une bonne introduction pour ceux qui ignoreraient tout de Ditko. De comment il est grave talentueux et complètement ouf d'Ayn Rand et de son objectivisme (une "philosophie" de l'égoïsme), de pourquoi c'est Stan Lee seul qui apparaît dans les films Spiderman et de quoi ont l'air Neil Gaiman et Alan Moore en vrai :

 

Promethea peu à peu la révélation

Posté par Myosotis le 11.06.07 à 13:31 | tags : alan moore, comics

Preuve qu'il ne faut jamais désespérer, Panini prend la relève de Semic pour nous offrir en mars ce tome 4 de Promethea, oeuvre majeure du génie Alan Moore, et sur le tome 3 de laquelle nous, pauvres français, étions restés bloqués plus de 3 ans. Par delà l'interrogation qui subsiste : pourquoi sommes nous traités si mal ? Pourquoi faut-il compter sur ce goutte à goutte misérable pour avoir accès à une série qui s'est achevée depuis quasiment 2 ans ailleurs ?, cette publication est une excellente nouvelle. Il restera à Panini un livre normalement pour boucler cette incroyable aventure dans la kabbale et la mystique propre à Alan Moore.
Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, Promethea est l'histoire d'une jeune étudiante timide "posant au lesbianisme"(mais peu importe puisqu'elle dépassera assez vite les genres) qui est choisie pour devenir la prochaine incarnation d'une ancienne déesse et superhéroïne, Promethea. Promethea est la création littéraire d'un poète et de plusieurs dessinateurs de comics qui incarne la féminité (donc l'écriture, l'inspiration) et est armée d'un caducée (bâton doré à tête de serpent). La jeune Sophie Bangs se change alors en une sublime créature dotée de pouvoirs magiques et qui va, durant toute la série, partir à la découverte de ses pouvoirs (soit de sa nature féminine) en voyageant dans un monde magique où lui seront dévoilés peu à peu la grande sémiologie du monde, sa sexualité, son énergie, l'étendue de son pouvoir.

Dit comme cela Promethea ressemble à un comics traditionnel mais il s'en éloigne au fil des tomes. Sur le 4, Moore quitte les sentiers battus, faisant exploser avec JH Williams III, le dessinateur, les codes de la case et des bulles, pour déstructurer la bande-dessinée et nous donner à lire un manuel de mystique panthéiste et humaniste. Il ne faut pas lire Promethea pour suivre une histoire (on s'en fout très vite - encore que...) mais pour réfléchir avec et hors du livre et en prendre plein les mirettes.
Le tome 5 réservera à ceux qui tiendront jusqu'au bout une sorte de révélation graphique et sacrée qui annonce le futur grand livre de Moore sur la magie. Promethea y sera notamment à 2 doigts de provoquer la fin du monde (histoire cross over qu'on retrouve dans les pages de Tom Strong - bloqué par ailleurs en cours de traduction), tandis que Moore offrira sur sa dernière livraison, une représentation inédite : l'épisode 32 est un épisode-monde où le numéro est une seule et même page-synthèse. Mais on en reparlera.

Promethea est LA bd à lire, la plus exigeante et atypique que nous ait proposé Alan Moore jusqu'ici. Elle paraîtra ampoulée et précieuse à certains, voire carrément chiante comme la mort, mais elle représente en quelque sorte le stade suprême de ce qu'on appelle l'intelligent comics, le pendant de l'essai philosphique ou du livre religieux, dans l'univers narratif extrêment codifié de la BD tous publics. Rappelons que Promethea est publié par la ligne ABC, censée faire partie d'un ensemble mainstream destiné aux ados américains.

D'ici quelques mois, Moore produira aussi le volume 3 de sa ligue des gentlemen extraordinaires. Autre événement très attendu.

Promethea 4
Alan Moore 

 


Alan Moore revient sur la pornographie

Posté par 2goldfish le 11.05.07 à 11:59 | tags : sexe et littérature, alan moore, vo, web

Maintenant que la poussière de la campagne médiatique préventive autour de Lost Girls est retombée, un certain consensus critique semble s'être établi autour du fait que toutes les bonnes intentions et les grandes ambitions d'Alan Moore et Melinda Gebbie, pour louables qu'elles sont, le mariage de la pornographie et de l'art n'a pas fonctionné. Le nom du fautif étant le point sur lequel le consencus se brise, j'avais pour ma part de l'art et de la pornographie choisi de blâmer les deux également, et de Moore et Gebbie accuser le premier surtout de lourdeur didactique. Peu importe puisque la campagne de soutien au livre a marché : il s'est vendu en grande quantité et surtout il a jusqu'ici évité presque tous les ennuis juridiques qu'on lui prédisait.

Si on revient une fois encore sur Lost Girls, c'est que Moore l'a fait aussi en se fendant d'un petit essai sur l'histoire de la pornographie pour l'excellent mais défunt magazine américain Arthur. Son contenu est résumé par l'auteur lui même : "Des cultures sexuellement progressives nous ont données les mathématiques, la littérature, la philosophie, la civilisation et le reste quand des cultures sexuellement répressives nous ont donné le moyen âge et l'holocauste. Ce n'est pas que j'essaye de donner du poids à mon argument, bien sûr." Pour en arriver là Moore dresse une histoire de la sexualité et de sa représentation de la Vénus de Willendorf à nos jours en passant par la grèce antique, les oeuvres pornographiques perdues d'Aubrey Beardsley et William Blake et Traci Lords.

Tout cela est écrit sur un ton discursif très digeste, autrement plus en tout cas que ne l'est Lost Girls, d'autant que Moore n'a pas ici à avoir honte d'être didactique. Se pose pourtant un problème récurrent chez l'anglais, de plus en plus apparent dans la croissance exponentielle de l'universalisme de ses ambitions : il est et reste anglais et anglo-centriste. Lui qui ne quitte jamais sa ville de Northampton prétend n'en avoir pas besoin puisqu'il serait capable d'invoquer n'importe quel lieu dans son living room. Une idée séduisante qu'on est prêt à croire venant de lui mais qu'il n'a pas l'air très soucieux de mettre à l'épreuve.


Le Destin d'Eddie Campbell

Posté par 2goldfish le 15.03.07 à 10:33 | tags : web, bd, alan moore, vo, blogosphère livres

Il n'a commencé que depuis quelques mois, mais Eddie Campbell est déjà l'un des blogueurs les plus intéressants pour tout amateur de BD. Les détails de sa vie intime servant déjà de matière première à ses BD, The Fate Of The Artist (c'est le nom du blog et de son dernier album) sert plutôt à son auteur à parler de son art.
Il revisite ainsi page par page le script d'Alan Moore pour From Hell, dont seuls les premiers chapitres avaient été publiés. C'est l'occasion de constater que, comme Moore le disait dans ses propres annotations à son chef d'oeuvre, si lui nous imposait un appendice conséquent, les notes qu'Eddie Campbell peut produire sur son travail de documentation sont beaucoup plus fournies encore. On découvre aussi que, comme on le soupçonnait, il est l'un des seuls (si ce n'est LE seul) à avoir été plus loin que les scénarios particulièrement détaillés d'Alan Moore.

Plus intéressant pour qui ne nourrit pas une fascination excessive pour tous les détails de From Hell, Campbell se livre aussi à un exposé de quelques "règles" de son invention pour une narration non mélodramatique pour la bande dessinée. Il réfute notament l'existence généralement admise du temps dans la page de BD et établit la nécessité de l'autonomie dramatique de la case dans la planche.

Il est aussi question de BD en général, de musique, de peinture et de geckonidés, autant de sujets sur lesquels Campbell se montre toujours aussi éloquent et cultivé. A cet instant, je ne vois pas ce que ce type pourrait faire pour que je l'aime plus.


Entretien pas extraordinaire avec Alan Moore

Posté par 2goldfish le 22.01.07 à 14:51 | tags : comics, alan moore
les travaux extraordinaire d'alan moore Réalisé en 2003 pour le cinquantième anniversaire d'Alan Moore, ce livre d'entretiens avec George Khoury commence très bien : l'intervieweur lui demande quand et où il est né et Moore se lance dans un long monologue sur l'histoire de l'Angleterre, de Northampton et de sa famille, en commençant à la préhistoire. Une perspective vertigineuse typique de l'approche holistique du scénariste. Avec les témoignages écrit de ses deux filles sur ce que ça fait d'avoir un père qui a "embrassé le prépuce fumant de Belzeebub", d'autres témoignages en BD de Kevin O'neill ou Dave Gibbons et les reproductions de nombreux travaux déterrés pour l'occasion, dont de vieilles BD dessinnées par le scénariste lui même, une atroce nouvelle d'héroic fantasy écrite à dix sept ans et quelques scénarios jamais dessinés, il y a largement de quoi ravir le fan que je suis.
Malheureusement, passé l'évocation de l'enfance de Moore, l'entretien s'embourbe dans les détails de publications : qui a dessiné quoi, dans quel ordre, pour quel éditeur et qui l'a dessiné, déja ? (l'entretien semble retranscrit sans aucun travail éditorial, d'où de nombreuses répétitions lourdingues). Dans les pires moments, le livre ne ressemble plus qu'a une bibliographie commentée. On croirait qu'Alan Moore n'a plus eu de vie du moment où il s'est acheté une machine à écrire, pourtant il a épousé une femme, eu deux filles, a accueilli une seconde femme dans son ménage, est devenu une star internationale, a été quitté par ses deux femmes en même temps et est devenu magicien (du genre Aleister Crowley plutôt que David Copperfield). La bonne volonté journalistique que Khoury met à vérifier tous les faits plombe l'entretien au détriment de toute profondeur. On se retrouve avec un livre le cul entre deux chaises, trop superficiel pour le fan de Moore et trop spécifique pour le néophyte. Et la traduction laisse beaucoup à désirer.
Alan moore par Eddie CampbellCes entretiens sont cependant l'occasion d'observer la carrière d'Alan Moore avec un peu de perspective, de remettre les choses à plat et dans l'ordre. De V pour Vendetta dont le personnage principal est une idée plus qu'un homme à La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et sa synthèse littéraire, en passant par l'accouchement spirituel du XXème siècle par Jack l'Eventreur dans From Hell, on retrouve toujours la même préoccupation pour les créations de l'esprit qui trouvera son aboutissement dans la pratique de la magie. L'origine de cette préoccupation est peut-être dans cette période où à dix sept ans Moore fut expulsé de son école pour un petit deal de LSD et maintenu loin de tout travail n'impliquant pas des carcasses de mouton mort par un directeur d'école revanchard. De son propre aveu, l'univers créatif de Moore est dès lors devenu "toute sa vie". Il y a en tout cas sûrement dans cet incident les racines de son rejet de l'autorité et de ses problèmes à travailler avec DC Comics, Marvel ou Hollywood, des partenaires de travail beaucoup moins agréables pour lui que les moutons.
Quoi qu'il en soit, pour peu que vous lisiez l'anglais, je vous recommande deux entretiens avec Moore : le premier avec le magazine Blather a propos de plusieurs oeuvres de Moore, le second avec Dave Sim à propos de From Hell et du reste de l'univers.

Les travaux extraordinaires d'Alan Moore
George Khoury
TwoMorrows

Alan Moore triple-déboule (3)

Posté par Myosotis le 03.01.07 à 17:25 | tags : alan moore
Le meilleur morceau de la hotte Alan Moore est évidemment l'édition, deux ans après sa sortie anglaise, du Top Ten 49rs, quatrième volume et préquelle de la saga du precinct de Neopolis, scénarisée par Moore et dessinée par Gene Ha. Top Ten, on l'a déjà dit, est une BD importante qui intègre à la BD les codes de la série télé, mélangeant brillamment la série policière fantastique, le sitcom classique (la bande d'amis, l'étude d'un milieu de vie) et une approche historique des super-héros, à mi-chemin entre Supreme et Tom Strong. 49rs revient sur les origines de Neopolis, ville créée à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, pour héberger (et isoler) les superhéros ayant servi l'effort de guerre (allié ET nazi). La ville devient donc à la fois une ville musée, une ville de héros, mais aussi une ville ghetto où les Nations réconciliées parquent les superhéros, devenus indésirables dans le monde libéré. Les pinceaux de Gene Ha, dont c'est ici la réalisation la plus soignée, font merveille pour décrire l'architecture d'une Neopolis en construction, sorte de cité futuriste aux accents d'Amérique des années 30. Les gratte-ciels s'élèvent tandis que les superhéros les survolent dans d'étranges machines volantes, aéronefs ou balais mécaniques. (http://www.geneha.com/) Top Ten 49rs retrace l'arrivée des descendants des personnages principaux de la série. Les protagonistes vedettes sont ici un jeune homme surnommé Jetlad, pilote d'avions archidoué, adulé pendant la guerre comme enfant-soldat, et Leni Muller, surnommée SkyWitch, Allemande et ex-pilote de la LuftWaffe, elle aussi recyclée à Néopolis après avoir fui l'Allemagne Nazie. Les deux anciens ennemis vont découvrir leur nouvelle vie ensemble, s'alliant pour la seconde avec la Police de la ville, pour le premier avec une bande de pilotes de guerre les SkySharks. Comme toujours chez Moore, la simple évocation de l'intrigue ne suffit pas à épuiser la richesse des thèmes brassés ici : étude de la ville pionnière et de l'effacement difficile des racismes d'après-guerre, découverte de son identité sexuelle (pour le jeune Jetlad) et mise en place d'une cité idéale, banditisme, étude politique,..... Moore offre à Gene Ha un scénario de toute beauté, d'une légéreté incroyable, si l'on se penche sur sa densité narrative, et qui trouve ici une exécution quasiparfaite. Top Ten 49rs est une BD haut de gamme, servie pour tous publics, ce qui était à l'époque l'un des défis de la ligne ABC, créée par et pour Moore.
Top Ten 49rs
Alan Moore

Alan Moore triple-déboule pour Noël (2)

Posté par Myosotis le 28.12.06 à 09:27 | tags : alan moore, essai


Deuxième article de Moore pour cette fin d'année, l'édition française de son fameux poème-essai sur l'homosexualité, le Miroir de l'Amour, est une curiosité à réserver aux "completists", aux esthètes ou à ceux qui ont développé un intérêt spécial pour le sujet. Illustré par les sublimes photographies de Jose Villarubia, le poème de Moore répond à un contexte spécifique, puisqu'il avait été écrit, en 1988, pour soutenir un mouvement artistique opposé à la clause 28 du gouvernement Thatcher. A l'époque, ce texte interdisait à quiconque, et aux enseignants en particulier, la présentation de l'homosexualité comme une organisation de vie familiale respectable. En clair, omerta sur tout ce qui présente les pédés comme des gens normaux. C'en était suivie, une réaction artistique très forte, liée aux premières actions de masse antisida et incarnée par le mouvement BD AAARGH !, Artistes contre l'Homophobie Répandue du Gouvernement. Le poème de Moore est simple et brillant : il revient dans un esprit d'humanisme libre, sur les origines de l'"inversion", depuis l'Antiquité jusquà aujourd'hui. Ce qui intrigue ici, c'est la matière du poème, poétique, en prose, qui intègre avec une facilité déconcertante des éléments historiques mais également juridiques d'une grande précision. Moore réussit un prodige que peu avaient mené à bien avant lui, à savoir la composition d'une ode à l'amour réaliste et d'obédience mystico-scientifique. On retrouve dans ce poème l'intensité démonstrative d'Oscar Wilde dans ses écrits dits de la Geole de Reading (lettres et poèmes).

Des policiers affirmèrent parler
au nom de Dieu,
décrivant les malades du SIDA
vautrés dans un cloaque de leur propre fait,
pendant que le conseiller conservateur Brownhill
se souvenant d'une ancienne solution finale
offrit de "gazer les pédés".

Margaret Thatcher
loua leur franc-parler.


Clairement du grand art.



Alan Moore triple-déboule pour Noël (1)

Posté par Myosotis le 18.12.06 à 09:25 | tags : comics, alan moore
Les fans d'Alan Moore n'auront pas connu plus beau Noël depuis pas mal d'années. Le cru 2006 apporte en effet pas moins de 3 ouvrages de leur scénariste-vedette servi sur un plateau. Evidemment, et en attendant les prochaines aventures de la La Ligue des Gentlemen extraordinaires, tome 4(prévues début 2007), les 3 livraisons n'ont clairement pas la même épaisseur.

Du premier, le plus ancien, je ne dirai rien pas grand chose si ce n'est que c'est la seule intervention de Moore pour Marvel. Captain Britain, pensé et voulu comme un Captain America brittanique, est dessiné par Alan Davis (voir le Clou - que je n'aime toujours pas) et évolue dans une Angleterre fasciste qui rappelle, parfois, V pour Vendetta, l'intégrale. Le héros, créé et par Chris Claremont et sorti des oubliettes par Moore, n'a pas encore l'amplitude qu'il donnera aux Watchmen mais hérite des interrogations de Moore sur les super-héros. Captain Britain se fait souvent dérouiller par ses adversaires et, derrière son déguisement et sa musculature, se pose pas mal de questions. Le tout est à recevoir comme un Moore des premiers temps, en retrait par rapport à d'autres créations telles que Supreme, Top Ten (pour citer ceux qui se rapprochent le plus de l'univers de Captain B) ou V évidemment. Sur ce dernier, Moore prendra le temps de s'attarder sur cet Angleterre qui, bizarremment, passe au second plan sur Captain. Ici, le décor est anecdotique ce qui laisse penser que la réappropriation du personnage par le scénariste n'a pas été pleinement réussie. De la même manière, Moore n'exploite sans doute pas suffisamment le contexte celtique de Brian Braddock, se contentant de quelques apparitions de Merlyn dans sa saga. On notera déjà une apparition d'Alice (du Pays des Merveilles), au détour d'un épisode qui est l'un des meilleurs et des plus ambitieux de la série.


En attendant Lost Girls

Posté par Myosotis le 25.10.06 à 11:39 | tags : alan moore, comics
En attendant la sortie en France des 3 volumes de Lost Girls, Alan Moore donne une (assez rare) interview en français dans le numéro de novembre de la revue comics ComicBox. Je parle à chaque fois de la qualité de ce magazine et cela ne se dément pas cette fois-ci avec quelques interviews très réussies dont celle de Phil Jimenez et de l'ancien Carmine Infantino, un article sur le trio Batman/Superman/Wonderwoman et un développement sur Captain Britain, en plus des pages de BD, consacrées ce double-mois à Conan le Barbare (bof, bof).
En ce qui concerne Moore et Lost Girls, on notera la confirmation de l'imbroglio juridique qui empêche la sortie européenne des Filles Perdues. Le roman graphique "pornographique" mêlant les personnages d'Alice au Pays des Merveilles, de Dorothy du Magicien d'Oz et de Wendy, de Peter Pan, les héritiers du nain James Barrie, dont les droits de l'oeuvre sont affectés jusqu'à l'année prochaine à un hôpital pour enfants, ont préféré s'opposer à la sortie de l'ouvrage. Cette réaction est d'autant plus vive, explique Moore, que l'hôpital, comme la presse s'en est fait l'écho dernièrement, devrait sortir un roman séquelle du livre phare de Barrie, dans lequel Wendy aurait vieilli et retrouverait un Peter Pan quasi intact au pays des enfants perdus. La concurrence d'un Lost Girls et d'un Peter Pan 2 pourrait expliquer le choc des cultures, d'autant qu'on est sûr que le Peter Pan de l'orphelinat n'aura pas les mêmes arguments que celui du druide anglais. Alan Moore, bon joueur, et qui se voit mal ôter le pain de la bouche des enfants, s'est fait une raison et attendra donc le temps qu'il faut pour goûter au succès dans son propre pays.

 


J'ai lu Lost Girls

Posté par 2goldfish le 17.10.06 à 10:31 | tags : alan moore, sexe et littérature, bd, vo
lost girlsApparement, je suis le premier ici, et j'ai de la chance. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je vous parle d'une BD pornographique d'Alan Moore et Melinda Gebbie dans laquelle trois femmes nomées Alice, Wendy et Dorothée se retrouvent dans un hotel suisse à la veille de la première guerre mondiale pour se raconter leur biographies sexuelles. C'est une oeuvre très ambitieuse censée réconcilier le lecteur avec son imagination sexuelle.
Lost Girls est déjà un succès critique et commercial, et pas encore la victime d'un procureur américain bien pensant (ce qui ne saurait tarder, n'en doutons pas). C'est effectivement une oeuvre hautement recommandable à tout lecteur majeur, mais ce n'est pas le chef d'oeuvre absolu annoncé.
Premier problème, Lost Girls n'est pas une révélation. C'est peut-être la différence culturelle, puisqu'en tant que français nous avons la réputation d'une attitude éclairée vis a vis du sexe, mais je n'ai pas attendu cette lecture pour savoir que l'imagination sexuelle est une chose formidable, que la pornographie peut-être de l'art ou que la guerre n'est jamais que l'expression de pulsions homosexuelles refoulées (ou "les soldats, c'est tous des pédés"). Ce n'est pas un crime, mais Lost Girls ne fait jamais que répéter (avec un très bon sens de la formule), des idées pas si originales que ça.
Lost GirlsBeaucoup plus grave, l'écriture de Moore ruine souvent l'efficacité de son propos. Plutôt qu'une vraie BD, Lost Girls ressemble trop souvent à l'un de ces livres illustrés que lisent ses personnages. Moore répète volontiers que selon certaines études, en stimulant en même temps les deux hémisphères de notre cerveau via le texte et l'image, la BD serait le plus efficace moyen de communiquer une information. Ici, avec ces deux éléments mis en parallèle plutôt qu'entremêlés, le lecteur adopte un rythme mécanique (je regarde l'image, je lis le texte, je regarde l'image suivante...).
Mon cerveau monopolisait donc mes flux sanguins au détriment de mes corps caverneux. Sans doute chez d'autres l'effets sera-t-il inverse. L'important c'est que, contrairement à Gebbie qui a apporté tout son art au dessin des actes les plus bestiaux (voir à ce sujet Dorothée et le lion du Magicien d'Oz), Moore ne réussi pas à marier l'art et la pornographie, juste à les faire cohabiter.
Lost Girls
Alan Moore et Melinda Gebbie

La Saga de Miracleman, suite : De Neil Gaiman au néant

Posté par 2goldfish le 31.08.06 à 13:24 | tags : alan moore, bd
MiraclemanNous avions laissé Miracleman en plutôt bonne position, avec un relatif succès chez un éditeur américain du nom d'Eclipse et une nouvelle équipe créative avec les talentueux Neil Gaiman au scénario et Mark Buckingham au dessin. Voilà pour la couverture. A l'intérieur des pages, Miracleman a dépassé son statut de simple super héros pour devenir Dieu sur Terre, accompagné de tout un petit panthéon, il a imposé un "âge des miracles" à l'humanité. Une part de cet état de choses avait sans doute été établit par Alan Moore à la demande de Gaiman, qui s'est toujours préoccupé des panthéons, que ce soit dans American Gods ou Sandman.
Le Miracleman de Gaiman n'est plus du tout une histoire de super héros. Il n'est même plus vraiment le sujet principal. La place des hommes dans ce nouvel âge où l'argent, les armes, la faim et jusqu'à la notion même d'impossible ont disparu, voilà ce qu'on nous raconte dans une série d'histoires courtes centrées sur une mère inséminée artificiellement par Miracleman, l'après vie d'Andy Warhol ou une espionne qui se retrouve sans secrets. Tout ça est assez proche du très littéraire Sandman, ce qui est sans doute l'un des plus haut compliment qu'on puisse faire à une BD. En dépasant le simple sujet des super héros, avec une narration beaucoup plus moderne (et moins verbeuse) Gaiman a incontestablement fait mieux que Moore.
Kid MiraclemanLa suite, avec la resurrection de Kid Miracleman, troublé par un monde qui accepte l'homosexualité que lui même réprime, sera malheureusement brusquement interrompue par la faillite d'Eclipse. Miracleman erre depuis dans les limbes du copyright. Todd MacFarlane, auteur de comics champion du droit des créateurs a racheté Eclipse, pensant racheter Miracleman avec. Malheureusement, MacFarlane ne s'est plus tellement soucié des créateurs une fois qu'il est devenu magnat des comics, et a eu à ce propos quelques problèmes avec Gaiman. Or, Miracleman n'était pas la propriété d'Eclipse, mais de ses auteurs (Moore avait généreusement laissé ses droits à Gaiman). MacFarlane n'avait donc aucun droit sur le personnage, et après une série d'opérations malhonnêtes de sa part et un long et compliqué procès, il a finalement été établi que le personnage ne lui appartenait effectivement pas.
Miracleman - WarholGaiman aurait alors théoriquement pu publier la suite de son oeuvre, mais Mick Anglo, créateur originel de Miracleman dans les années cinquante, clame être le vrai détenteur des droits, qui n'auraient jamais appartenus à Alan Moore (trompé par l'éditeur de Warrior). Ajoutez à cela Alan Davis, dessinateur de quelques uns des premiers numéros avant de se facher avec Moore, qui réclame lui aussi sa part du gateau, et on peut douter de voir un jour le retour de Miracleman. Ironie du sort, ce personnage né d'un plagiat en est aujourd'hui victime : l'indécrottable MacFarlane a crée un personnage du nom de Man of Miracles.
Au dernières nouvelles, Gaiman ne lâche pas l'affaire et a utilisé les gains de son procès pour monter une fondation dont le but est de clarifier puis obtenir la propiété du personnage, pour sans doute une publication chez... Marvel, auquel cas le personnage pourrait reprendre son nom de Marvelman. Tout cet imbroglio serait comique s'il n'avait maintenu l'une des plus belles oeuvres de la bd américaine innaccessible depuis douze ans. La seule solution pour qui ne veut pas se ruiner sur ebay, en attendant une hypothétique fin des combats, c'est le téléchargement.

La saga de Miracleman : De Superman à Alan Moore

Posté par 2goldfish le 22.08.06 à 11:40 | tags : alan moore, bd
MarvelmanAu début était Superman. Tout le monde connait plus où moins l'histoire : créé dans les années trente par deux fils d'immigrants juifs, ce surhomme parachuté sur terre devient le champion des Etats-Unis. Une jolie petite métaphore pour le rêve américain (ou pour Jésus si on en croit le film de Bryan Singer) et une histoire qui ne finit jamais pour les lecteurs de comics. On connait moins Captain Marvel, surhomme encappé inventé deux ans après l'apparition de Superman. Il lui manque le charme métaphorique de son inspiration, qu'il dépassera pourtant en popularité durant les années quarante. Il donnera ainsi naissance à toute la "Marvel Family" (Captain Marvel Jr, Mary Marvel, Uncle Marvel et les trois Lieutenants Marvels). En 1953, suite à un procès de DC, l'éditeur de Superman, Captain Marvel et sa famille disparaissent (il est intéressant de noter que DC avait entre temps repiqué le concept de la franchise en inventant Superboy et Supergirl).
De l'autre côté de l'Atlantique, l'éditeur anglais Len Miller qui reprenait les aventures du Captain Marvel américain se retrouve avec un comic book au titre très populaire mais sans plus rien à mettre dedans. Pas le moins du monde intimidé par la possibilité d'un autre procès de DC, il engage le dessinateur Mick Anglo avec qui ils teignent les cheveux du Captain Marvel, lui retirent sa cape et le rebaptisent Marvelman. Il vivra avec sa propre famille son lot d'aventures anecdotiques avant de s'éteindre en 1963.
MiraclemanTout cela ne serait d'un intérêt que très limité si en 1982 n'avait été lancé Warrior, magazine anglais dans lequel ont trouvait aux côtés de V pour Vendetta une nouvelle version de Marvelman scénarisée par Alan Moore. Après quelques péripéties parmis lesquelles le passage du titre chez l'américain Eclipse, des menaces de l'éditeur Marvel qui font que le personnage sera rebaptisé Miracleman et un gros turnover des dessinateurs, Moore est tout de même parvenu à raconter son histoire jusqu'au bout.
On évoque souvent Miracleman en même temps que Watchmen en exemple de la façon dont Moore a réinventé les super héros. Tout les héros amnésiques à la morale floue pris dans des histoires violentes vaguement justifiées par une citation de Nietzsche qui fleurirent dans les années quatre-vingt-dix n'auraient sans doute pas existé sans le travail de Moore (qui l'a publiquement regretté depuis). Mais alors que Watchmen est un chef d'oeuvre, Miracleman n'est qu'une demi réussite, plombé par la même surabondance de textes ampoulés que Swamp Thing.
Il est beaucoup plus intéressant de mettre Miracleman à côté de V pour Vendetta. Alors que V évolue dans une angleterre devenue fasciste après une catastrophe mal définie, libérant le peuple tout en refusant d'être un héros, Miracleman parle d'un homme devenu héros qui causera une terrible catastrophe puis utilisera ses pouvoirs pour imposer un âge d'or à l'humanité. Chaque oeuvre est un reflet de l'autre, aportant une richesse et une ambiguïté supplémentaire à deux histoires qu'on jugerait presque simpliste autrement. Certains indices laissent d'ailleurs penser que Moore aurait envisagé que les deux personnages ne soient qu'un.
On reviendra bientôt sur la suite et fin de Miracleman, que Moore avait confié à un débutant du nom de Neil Gaiman.

Kickback : la revanche de David Lloyd

Posté par Myosotis le 10.04.06 à 14:51 | tags : david lloyd, alan moore, bd

Surfant (par anticipation) sur le succès programmé de l'adaptation ciné du cultissime V for Vendetta (pas si mauvais finalement - je l'ai enfin vu, même si très à l'Ouest du comics originel), les opportunistes éditions Carabas redonnent une visibilité à Kickback, très bon polar écrit et dessiné par David Lloyd, sorti il y a 2 ans en 2 volumes.


On déplorera que Carabas n'ait pas profité de l'occasion pour reprendre une traduction parfois bizarre et des erreurs de typographie agaçantes, mais Kickback n'en reste pas moins une BD efficace, au scénario solide transcendé par le dessin verdâtre et angoissant de Lloyd. L'artiste, co-auteur en 1982 de V for Vendetta avec Alan Moore, n'a jamais bénéficié d'une telle exposition en France. Sa carrière qui a sans doute pâti de son style très caractéristique reste en demie-teinte, sans série régulière, ni personnage marquant.
Lloyd produit avec Kickback un one-shot tout à fait intéressant, empruntant à la série noire et au polar américain, entre Bullitt et les films de Bogart. Le dessin est soigné, les ambiances glauques et urbaines très bien rendues. Le héros est sans surprise un flic légèrement corrompu qui se retrouve pris au piège de conspirations à tiroir après le massacre spectaculaire d'un truand. L'enquête lui donne aussi l'occasion de faire un retour sur lui-même façon Mike Hammer en psychanalyse....

Pas le bouquin du siècle donc mais une histoire qui mérite quand même qu'on s'y attarde.
Pour ceux que ça intéresse, interview de l'auteur ici


MAJ 18/04 : chronique de V pour Vendetta sur Flu + interview de David Lloyd
Lire aussi le dossier Alan Moore




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