En même temps qu' Indigènes , le film de Rachid Bouchareb, sort également le livre complémentaire "Noirs blanc beurs libérateurs de la France" (toutes les illus de cette notule en sont tirées)qui retrace notamment l'épopée de De Gaulle en Afrique du Nord et subsaharienne pour recruter des résistants. Le refoulé colonial refait doncune énième fois surface et même Chirac fait semblant de découvrir le problème des anciens combattants étrangers dont les pensions ont été gelées en 1959.
C'est dans ces années-là et suivantes qu'une autre génération d'Indigènes, issue des mêmes colonies du Mahgreb et d'Afrique subsaharienne viendra grossir les effectifs de l'industrie française du bâtiment. Dans les années 1970, le groupe Bouygues a employé jusqu'à 88% d'immigrés sur ses chantiers. Francis Bouygues expliquait qu'ils n'étaient pas chers, peu qualifiés et n'hésitant pas à travailler douze à seize heures par jour pour pouvoir retourner rapidement au pays. ( voir quelques uns de ces propos sur le site de l'INA).
Le plus gros des maçons ne faisait rien d'autre que résumer la philosophie tacite du pays : lier cette immigration exclusivement au travail et donc à un accueil de type provisoire. Mais les foyers créés dans les années 195O, pour parquer la chair à truelle et effectuer plus aisément le contrôle social, sont devenus des résidences permanentes et la plupart de ces ouvriers ne sont jamais repartis, sans jamais être intégrés dans les structures ordinaires de la vie sociale.
C'est seulement aujourd'hui qu'on commence à mesurer les effets de cette nonchalance sur fond de retour du refoulé colonial : arrivés à l'âge de la retraite, isolés et avec peu de ressources, ces immigrés vont connaître un vieillissement plus dur que les nationaux (vous me direz c'est cohérent) : années de travail non déclaré, et périodes difficiles de chomage pour une main d'oeuvre vieillissante et usée, difficulté à constituer un dossier de retraite, absence de mutuelle complémentaire....
Unique source de revenus pour leur famille restée au pays, ces immigrés ont eux-même du mal à imaginer « leur inactivité nouvelle »et encore plus de mal à financer leur entrée dans une maison de retraite, et plus généralement leur dépendance croissante au fil du temps. Les chercheurs en sciences sociales ne se sont intéressé au vieillissement de ces populations qu'à partir de la fin des années 1970. L'Etat français ne s'en préoccupe pas vraiment pour l'instant. Qui pour faire un film sur un Algérien de 70 ans qui meurt seul dans un foyer Sonacotra de la banlieue parisienne ?
Noirs, blancs, beurs, libérateurs de la France par Charles Oana. Editions Duboiris.
NB : Un excellent numéro de Retraite et société, le vieillissement des immigrés (N44 janvier 2005) qui détaille avec précision la situation des isolés aujourd'hui.
De Lil', posté le 13.04.07 à 11:35
Bon bulletin ! Si je peux ajouter un truc, j’ai appris que pour ces tirailleurs, il leur était interdit de libérer certains départements français tel que l’Alsace…
Si on souhaite compléter nos connaissances sur ce sujet, je vous conseille cet essai de B.Stora-Immigrances-Editions Hachette. Un bref résumé est dispo sur le lien suivant : http://www.alapage.com/-/Fiche/Livres/2012372619/?donnee_appel=REF33&nopp=1&dinsight=476&IDTF=1230366