Je viens se passer par hasard sur ton blog will tear us apart. J'ai poussé un premier soupir en lisant le jeu de mots, j'ai fait semblant de m'énerver mais au fond je savais bien à quoi m'attendre. C'est peut-être pour ça que j'évitais soigneusement tes interventions au Masque et la Plume – ce thé dansant de la critique où tu es censé, j'imagine, jouer les punks, enfant gâté et inoffensif qui pisse partout.
Pour ça aussi que j'évitais aussi tes livres, et puis je sais que la crise de la quarantaine donne envie aux journalistes d'écrire de mauvais bouquins (j'ai moi même dans un carton deux ou trois projets pourris que j'espère vous épargner). En plus te regarder vieillir c'était accepter d'en faire autant et j'ai un problème aussi avec ça.
J'ai appris à lire dans les années 90 et dans les Inrockuptibles. A l'époque, ta chronique s'appelait la voix de son maitre. Avec celle de Gilles Tordjman – qui a toujours été meilleur que toi – c'était un rendez-vous que nous étions quelques-uns à ne jamais manquer. On était d'accord avec toi sur la nullité de Stéréolab, le talent de Dominique A, les mauvais chanteurs français ou Paul Auster. Tu étais l'arbitre des élégances pour quelques jeunes lycéens égarés de Province. Pas un public très glam j'en conviens : juste quelques types lettrés et un peu gauches, habitant des bourgades où ne passait aucun de leurs groupes favoris et qui faisaient semblant d'avoir des avis définitifs.
Habitués très tôt à l'intellectualisation faux-derche des émotions, nombre d'entre nous sont devenus journalistes. A l'époque où toi tu commençais à te ringardiser. Conscience trop évidente de soi, narcissisme littéraire, c'est de ta faute même si c'est surtout l'époque qui changeait. La pop anglaise apparaissait pour ce qu'elle était : une musique de casse-couilles à moitié dépressifs. Et les Inrocks pour ce qu'ils étaient aussi : des psychorigides. Leur style de provincial distancié, leur moralisme insupportable, n'avaient plus la côte. Les jeunes journalistes qui avaient biberonné chez eux, troquaient la pose littéraire pour un style plus direct et franc, genre Technikart. Une écriture personnelle que la vogue du blog a définitivement consacrée.
Le blog, donc. Dernier virage que tu as loupé. Editorialiste à bout de souffle, trop pénétré de l'importance supposée de ses propos et de la pertinence de son style. Le blog aurait du te permettre d'être un vrai vieux con, toujours plus intéressant que les anciens jeunes. Mais non, voilà ce que tu écris toi : En fumant un petit peu d’herbe//En écoutant le dernier Delerm/J’ai pensé au dasein de Joe Dassin /Ainsi qu’à la courbure de tes reins.
C'est nul, Arnaud, et c'est tout. Comme de préciser à chaque billet, écrit en tout liberté - j'en ai des frissons sur les bras.Tu mets à côté à chaque fois et pas seulement quand tu écris « demain la France l'emportera contre l'Italie ». J'ai peur que tu deviennes le Gérard Miller de l'écrit. Blog will tear us apart. Tu me donnes la chair de poule. J'ai peur que dans dix ans Flyer dise la même chose de moi. Par sécurité, j'ai pas mis de référence bidons aux Smiths à Joy Division ou Kaurismaki dans mon titre. Mais j'en fais une quand même, facile, si tu permets. Nous ne vieillirons pas ensemble.
Cordialement
Le blog d'Arnaud Viviant.
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(même si je n'ai rien à rajouter à ce portrait)
Quelle idée aussi d'aller lire le blog d'Arnaud Viviant. C'est vrai que c'est affligeant ce qu'il dit, merde.
Comme disait le cousin par alliance d'Oscar Wilde, si tu n'admires pas un écrivain après un bon livre, tu le mépriseras moins quand il fera de mauvais. Ca doit valoir aussi pour les journalistes.
"en fera de mauvais" (erratum)
Monsieur Easywriter,
Rendez-vous devant la Rotonde du bassin de la Villette demain à 5H45, en compagnie de vos deux témoins. Vous me rendrez raison pour vos propos insultants.
signé : La musique de casse-couilles à moitié dépressifs
A monsieur pop anglaise aka La musique de casse-couilles à moitié dépressifs:
Contre vous, Monsieur, un gentleman ne peut pas se battre. Il ne peut que vous faire batonner par ses gens.
N'attendons pas que la mort nous trouve du talent
Aimons-nous Viviant
S'il faut danser, je veux danser maintenant
Aimons-nous Viviant!
Pour autant je ne suis absolument pas d'accord avec toi quand tu laisses entendre que les Inrocks sont devenus meilleurs avec les nouvelles plumes qui y sont entrés, quand chacun sait pertinnement que c'est justement ça qui a foutu le journal en l'air et que la qualité des articles a baissé nettement avec leur arrivée.
Secundo, Technikart c'est pas loin d'être aussi nul que VSD. Mais bon, c'est juste mon avis.
Est-ce un cri d'amour ? ;-)
je ne parlais pas des nouvelles plumes des inrocks mais des nouvelles plumes tout court
@pdf2006
j'en ai bien peur...
Je me souviens d'un excellent journal très chic sur lequel on évitait de poser sa tasse de café pour ne pas le salir et qui peu à peu, par négligence est devenu comme beaucoup d'autres, du simple papier imprimé qui servait à faire de la pub ou à satisfaire l'ego des journalistes...
Quant aux blogs, il servent encore trop souvent à emballer le poisson...(Je veux dire par là, qu'ils se périment vite.
c'est exactement ce que je dis : les inrocks ont été presque une bible pour moi, un journal chic et assez distancié -époque mensuelle - sobriété revendiquée de la maquette, noir et blanc pour les couleurs etc..
encore une fois ça collait avec une époque et surtout avec des choix esthétiques très forts. devenu hebdomadaire, ce magazine était condamné à une forme de banalisation -la valse des produits culturels au sein d'un calendrier plus rapide - la fameuse "actu, coco!" - rend plus dépendant de l'industrie t il devient dur de tenir le cap : les inrocks ont totalement échoué là-dedans et leur haute tenue ,un rien hautaine, désormais publiée chaque semaine est devenue une pose qui dans la répétition m'est apparue comme moralisante : quand ils ne parlaient pas de tout ça se voyaient moins, et les inrocks à de rares exceptions près n'ont jamais eu aucun humour et là ça se voyait mechamment
, en plus ils se sont mêlés de problématiques société auxquelles ils n'ont rien apporté et sont devenus très gauche morale sous la houlette de sylvain bourmeau.
Voilà. à partir du départ de gilles tordjman en 1997 j'ai commencé à espacer mes lectures pour abandonner totalement il y a cinq ou six ans. promis j'arrête avec ma vie:)
Je me demande si ce n'est pas le triste destin de tout journaliste: englué dans l'actualité, dans un rythme de pensée très court, est-ce qu'on ne devient pas nécessairement un vieux con avant l'heure? La question reste ouverte.
pfff... c'est malheureusement le cas je le crains...
Quant à devenir un vieux con, je ne me sens pas trop menacé mais la pression monte.
Ils se regardent écrire, mais il n'y a pas que chez eux qu'on rencontre des phrases aussi clichés que celle-ci : "huit cents pages d’une prose magnifique, d’une richesse et d’une puissance évocatrice rares"... Dans Flu, également.
qui a écrit ça ?
Moi?
à propos de quoi ?
Jamais je lis 800 pages ca va pas?
moi aussi j'aurais pu l'écrire
au fait il a disparu son blog non?
moi aussi j'aurais pu l'écrire
au fait il a disparu son blog non?
Tu n'as pas d'idées ?
Au fait, avec tous les posts que tu lances, quand prends-tu le temps de te tenir au courant de l'information ? Et accessoirement de dormir ?
Arnaud Viviant revend sur internet les romans qu'il recoit en service de presse.
Je le sais car je viens d'en acheter un, excellent du reste, qu'il n'a visiblement pas lu. Quand on n'arrive pas à vivre comme critique, y a toujours la possibilité de remettre dans le circuit des bouquins qu'on recu gratos. Et qu'importe si l'auteur et l'éditeur sont floués deux fois plutôt qu'une! Sans parler des libraires...
alors après avoir chroniqué à l'événement (c'était il y a un moment) il a tenu (et tiens toujorus peut être) une chronique dans play boy
il vient de faire paraître un ouvrage sur lenoard cohen aux éditions du castor astral
J'aime .... j'aime beaucoup et étrangement à l'opposé de bcq ici je n'y vois aucune haine ou méchanceté d'easywriter.
N'y manquait que la posture parfois grotesque avachie sur les ondes d'e-télé du Viviant. La formule "ready made" à la bouche prete à bondir même à contre temps comme un félin sur le tard...Un once tout au plus.
De la pure critique factuelle... la plus fracassante !
Merci Monsieur