La saga de Miracleman : De Superman à Alan Moore Au début était Superman. Tout le monde connait plus où moins l'histoire : créé dans les années trente par deux fils d'immigrants juifs, ce surhomme parachuté sur terre devient le champion des Etats-Unis. Une jolie petite métaphore pour le rêve américain (ou pour Jésus si on en croit le film de Bryan Singer) et une histoire qui ne finit jamais pour les lecteurs de comics. On connait moins Captain Marvel, surhomme encappé inventé deux ans après l'apparition de Superman. Il lui manque le charme métaphorique de son inspiration, qu'il dépassera pourtant en popularité durant les années quarante. Il donnera ainsi naissance à toute la "Marvel Family" (Captain Marvel Jr, Mary Marvel, Uncle Marvel et les trois Lieutenants Marvels). En 1953, suite à un procès de DC, l'éditeur de Superman, Captain Marvel et sa famille disparaissent (il est intéressant de noter que DC avait entre temps repiqué le concept de la franchise en inventant Superboy et Supergirl).De l'autre côté de l'Atlantique, l'éditeur anglais Len Miller qui reprenait les aventures du Captain Marvel américain se retrouve avec un comic book au titre très populaire mais sans plus rien à mettre dedans. Pas le moins du monde intimidé par la possibilité d'un autre procès de DC, il engage le dessinateur Mick Anglo avec qui ils teignent les cheveux du Captain Marvel, lui retirent sa cape et le rebaptisent Marvelman. Il vivra avec sa propre famille son lot d'aventures anecdotiques avant de s'éteindre en 1963. Tout cela ne serait d'un intérêt que très limité si en 1982 n'avait été lancé Warrior, magazine anglais dans lequel ont trouvait aux côtés de V pour Vendetta une nouvelle version de Marvelman scénarisée par Alan Moore. Après quelques péripéties parmis lesquelles le passage du titre chez l'américain Eclipse, des menaces de l'éditeur Marvel qui font que le personnage sera rebaptisé Miracleman et un gros turnover des dessinateurs, Moore est tout de même parvenu à raconter son histoire jusqu'au bout.On évoque souvent Miracleman en même temps que Watchmen en exemple de la façon dont Moore a réinventé les super héros. Tout les héros amnésiques à la morale floue pris dans des histoires violentes vaguement justifiées par une citation de Nietzsche qui fleurirent dans les années quatre-vingt-dix n'auraient sans doute pas existé sans le travail de Moore (qui l'a publiquement regretté depuis). Mais alors que Watchmen est un chef d'oeuvre, Miracleman n'est qu'une demi réussite, plombé par la même surabondance de textes ampoulés que Swamp Thing. Il est beaucoup plus intéressant de mettre Miracleman à côté de V pour Vendetta. Alors que V évolue dans une angleterre devenue fasciste après une catastrophe mal définie, libérant le peuple tout en refusant d'être un héros, Miracleman parle d'un homme devenu héros qui causera une terrible catastrophe puis utilisera ses pouvoirs pour imposer un âge d'or à l'humanité. Chaque oeuvre est un reflet de l'autre, aportant une richesse et une ambiguïté supplémentaire à deux histoires qu'on jugerait presque simpliste autrement. Certains indices laissent d'ailleurs penser que Moore aurait envisagé que les deux personnages ne soient qu'un. On reviendra bientôt sur la suite et fin de Miracleman, que Moore avait confié à un débutant du nom de Neil Gaiman. Commentaires
De myosotis, posté le 22.08.06 à 14:24
![]() Bizarre. C'est clairement pas ce que je préfère d'Alan Moore, peut-être que je devrais relire Miracleman. Dans mon souvenir, je n'aimais pas trop le dessin et les couleurs. Je me souvenais pas que c'était Totleben qui était derrière. Par contre (et c'est toujours Totleben), j'aime vraiment beaucoup le Swamp Thing, dont les 3 tomes de Moore, sont ressortis ces 2 dernières années. Je trouve pas ça bavard du tout, du tout. Pourquoi tu dis ça ? C'est gothique, bizarre à souhait, plein d'inventions et de renvois littéraires incroyables. Il y a bien quelques histoires merdiques (quelques histoires de zombies à la noix ou d'esclaves noirs) mais le tout reste d'un excellent niveau (l'histoire d'amour entre Abe et la créature, les trucs de la mafia, Constantine,...) De 2goldfish, posté le 22.08.06 à 14:59 ![]() De mémoire : une des premières (si ce n'est la première) phrase de Moore dans Swamp Thing: "les nuages de coton hydrophile tamponent en vain les poignets sanglant du crépuscule". (je m'en souviens parce que Moore se moquait beaucoup de sa propre phrase dans Writing Comics). Y'avait quand même de très bons trucs dans Swamp Thing. Miracleman n'est pas génial, mais le parrallèle avec V me l'a fait apprécier beaucoup plus. De Filaplomb, posté le 22.08.06 à 16:53 ![]() Jamais trop accroché aux super héros, moi ! Par contre juste pour lui faire de la pub, il y a un blog ici qui reprend du superman mais façon maison : http://unpied.canalblog.com C'est souvent plus drôle que l'original !!! (et ses boys power aussi !!!) De dkorsh, posté le 22.08.06 à 17:50 ![]() Tu oublies la redéfinition du personnage de Swamp Thing par Moore, qui l'emmène trés trés loin (prolongement de Frankenstein). Miracleman Moore + Gaiman, ça fait partie des énormes runs mythiques. Une sorte de passage de témoin. énorme on vous dit. De vysepreacher, posté le 23.08.06 à 09:55 ![]() Miracleman est une série extraordinaire. pas moins. Je l'ai lu il y a peu de temps (par des moyens, faute de mieux, que la morale réprouve) et de très nombreuses scènes ont (encore) une force inouie. [Attention Spoilers !] : en vrac : le personnage de kid miracleman (un méchant vraiment impressionnant), tout le volume 3 (et sa fameuse baston à Londres, facon Godzilla) ; le "suicide" de Moran ; la manière extraordinaire du comics de s'appuyer sur son age d'or pour aller vers d'autres horizons (bien plus réussie et avec nettement moins de "textes ampoulés" que dans Supreme). Ajouter un commentaire |
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