Rien de tel qu'un portrait de serial-killer historique pour bien démarrer l'été. Ca fait moins vulgaire que de lire la bio de Guy Georges ou d'Emile Louis, ça donne "un genre" et c'est souvent plus troublant qu'un polar ou un livre de fille. Parmi les personnages horribles nés de nos livres d'histoire, Gilles de Rais est sans aucun doute le plus effrayant.
Compagnon de Jeanne d'Arc, pilier de la noblesse des Pays de Loire, Gilles de Rais finira exécuté (brûlé plus exactement) à l'issue d'un double procès civil et religieux en 1440 à Nantes. Le livre d'Alain Jost, publié dans la collection Marabout, revient sur les différents aspects de ce personnage devenu légendaire, en historien, replaçant les agissements du maréchal de France dans son contexte, c'est-à-dire une France pas encore sortie des années noires du Moyen-Age, de la Guerre de Cent Ans et qui n'existe pas même en tant qu'Etat souverain.
Excellent complément au livre de Georges Bataille sur le même thème (Le Procès de Gilles de Rais), le livre de Jost s'intéresse à l'homme par delà sa légende noire et nous apprend comment le jeune Gilles de Rais va, à partir d'une homosexualité sans doute traditionnelle et commune, verser peu à peu dans le sadisme, la pédophilie, la nécrophilie, la magie noire : pour faire face, à ses démons, mais aussi à ses problèmes d'argent. Sans effets de manche, Jost dresse un portrait de Gilles de Rais en utilisant les ressorts de l'histoire, de l'économie, de la psychanalyse. C'est cette approche presque pluridisciplinaire (et emmenée en seulement 230 pages) qui fait de ce livre un essai à la fois instructif et plaisant.
Plus sidérant est finalement l'évocation en 1992 d'une parodie de révision du procès de Gilles de Rais par des avocats, historiens et politiques modernes (dont il avait, paraît-il, été fait écho à l'époque), parfois très très connus. Un exemple de mauvais goût comme seule notre époque peut se les permettre et une version burlesque et visionnaire de ce qui se passera quelques années plus tard à Outreau.
Gilles de Rais est peut-être le premier monstre français sur lequel la société et l'histoire ont failli se tromper.
Gilles de Rais, par Alain Jost. Collection Marabout.
De ventolin, posté le 10.07.06 à 11:31 
Rappelons aussi l'excellent
Là-bas de Husymans, qui tournicote autour de Rais.
(je tape le crypto: video)
De pfff, posté le 01.02.08 à 14:36 
Lisez d'autres ouvrages avant d'avoir une telle opinion...Si Jost avait vraiment utilisé les "ressorts de l'histoire" etc aurait peut-être ressenti comme un doute quant à sa culpabilité. Pour les ressorts dont vous parlez je vous conseille Gilles de Rais, de Jacques Heers. Et vous comprendrez la "chute" De GIlles de Laval.
Si Jost avait utilisé les ressorts de l'Histoire etc... J'aurai lu dans votre résumé le rôle de Jehan de Malestroit, de Jean V et des héritiers de Gilles de Laval (Sire de Rais). Il ne fait aucun doute quand à son innocence. Pourquoi la cour ducale n'a-t-elle pas signé le dernier acte (et pas des moins importants) ? Jost ne précise pas la torture subit par Henriet et Poitou (ses fidèles compagnons..et les seuls qui soient restés) pendant 4 jours avant de passer au tribunal et d'accuser Gilles de Rais. Lisez Matei Cazacu, Gilbert Prouteau, Jacques Chiffoleau et je répète, même si je trouve qu'il y a des contre-sens dans son livre, Jacques Heers.
Personne ne peut dire vraiment qu'il est totalement innocent ou totalement coupable mais on peut avoir un doute. Les preuves restantes de l'époque étant peu nombreuse. Les archives départementales de Nantes concervent le procès (en latin et en français) si ça vous dit.
Pour la "parodie de procès" demandez donc à l'Unesco de vous envoyer la cassette du procès ou encore à Jean-Yves Goeau-Brissonière de vous envoyer sa plaidoirie.
Pour Outreau La presse ni y est pas allée de main morte. Et pour le parallélisme Rais/Outreau c'est un peu fort.