Roman d'anticipation sociale féministe, la Servante Ecarlate, dont je n'avais jamais entendu parler avant de l'emprunter (en bibliothèque), rentre direct, comme on disait au temps des hit-parades, dans mon top 20. Sorte de mélange entre le roman féministe, 1984 d'Orwell et V for Vendetta, c'est un roman sublime sur ses 3 piliers : son histoire, ses intentions et son style. Dans une société légèrement éloignée de nous s'est fondée une République Ultra Conservatrice qui en guise de protection des femmes les a placées en "espèce protégée" au sein de la société. Dominée par des Commandants, pseudo-Guides de la Nouvelle Nation, les femmes sont réparties en fonction : les Marthas font les servantes, les Epouses commandent les Maisons et n'ont plus de commerce charnel avec leurs maris et les Servantes Ecarlates, enveloppées dans des burkas rouges et blanches, des pieds à la têtes, procréent en dehors de tout affect. Le livre repose sur la narration d'une des servantes, rebaptisée Defred, qui découvre peu à peu sa condition et évoque, chapitre après chapitre, les traces de son ancienne vie.
Ce qui est précieux dans la servante écarlate, c'est la minutie d'Atwood à tisser le monde de Defred, le degré d'élaboration et de cohérence auquel elle parvient pour caractériser cet état virilo-fasciste, l'art littéraire dont elle se sert pour suggérer et puis faire partager le climat d'opression et ses quelques failles et zones de respiration. Ce qui époustoufle c'est cette vision anticipatrice d'une "condition féminine" radicale pas si éloignée de ce que nous avons connu et de ce qu'on retrouve (peut-être) dans les pays islamistes. Comme dans V pour Vendetta, le roman échappe à la caricature et prend soin de ne jamais faire un tableau noir de ces évocations apocalyptiques. C'est ce gris noir qui terrifie et rend toute la mécanique fasciste possible : il y a toujours du bien dans le mal, du possible dans l'impossible, qui sont la condition suffisante pour qu'il se réalise, un jour, quelque part sans qu'on y prenne garde.
Si vous êtes une femme, EN PLUS, il me semble que la lecture de ce roman figure parmi les devoirs de "classe", comme un impératif.
| L'écriture fait-elle souffrir ? Atelier de trivialités (14) |
| Adam Thirlwell ne réussit qu'une petite Evasion |
| Ken Bruen : Jack Taylor goes America ? Vraiment ? |
| Entretien avec Pascal Fioretto, pasticheur en série |
| Entretien : Mangez Teulé si vous voulez ! |
| Entretien avec Seth Grahame-Smith, fan de zombies... et de Jane Austen |
| Speed de William Burroughs Jr, un roman sous amphétamine |
| Exclusif : la foot-tape londonienne de Marc Levy |
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métiers
Je trouve que ce "conte" (puisque la traduction du titre l'a visiblement oublié) est une oeuvre très moderne. Il ne faut pas oublier qu'il a été écrit et édité dans les années 80! C'est un livre à lire absolument c'est certain, et surtout à étudier, pour ainsi en découvrir la clé, et pour ne pas omettre certains détails vite passés à la trappe lors d'une première lecture! En ce qui concerne la traduction, il me semble que mis à part le titre, c'est plutôt pas mal. J'ai juste trouvé quelques phrases bizarrement construites en français, mais bon!