Lancé par Place de la Médiation ("formation et conseil en bien être au travail") et Technologia (cabinet d'expertise), le prix du roman d'entreprise, qui sera remis par Xavier Darcos le 7 décembre, doit récompenser "l'auteur le plus apprécié pour la lucidité de son regard sur le monde professionnel et les qualités littéraires de son œuvre".
Le jury, composé de quinze lecteurs représentatifs du monde professionnel, a retenu trois ouvrages sur sa sélection finale, qui ont pour point commun de mettre en avant la violence de l'entreprise et le mal-être de ses salariés : Jeune professionnel de Guillaume Noyelle (Bartillat), Les heures souterraines de Delphine de Vigan (JC Lattès), Notre part des ténèbres de Gérard Mordillat (Calmann-Lévy).
De fait, celui des trois qui se verra nommé comme le meilleur roman d'entreprise pourrait bien regretter que ce prix soit si mal nommé. Car le "roman d'entreprise", nous apprennent le site romandentreprise.com (première occurence sur Google) et les éditions Comédia, est "un moyen de communication unique en France, un concept créatif dérivé des romans personnalisés grand public ".
Et encore : "Concevoir un roman spécifique et personnalisé en fonction de chaque destinataire vous permettra de faire émerger vos messages perdus dans le flot de la communication classique." Et d'autres choses bien plus horribles encore, comme un extrait de roman d'entreprise personnalisé :
"Ce matin-là, le docteur Grace Bonim arrive tôt à son cabinet situé adresse exacte à Dijon. Une longue journée l'attend. Arrivée au cabinet, son assistante lui tend son agenda. Journée chargée, (elle regarde rapidement les noms des clients, un eczéma, 2 psoriasis, une acné juvénile, etc. la routine), qui se termine par un RV avec un patient qu'elle ne connaît pas : Monsieur Zadong-Li."
Ou le tarif : 4000 euros, hors coût de fabrication.
Ou la liste des avantages offerts par ce concept : "La lecture représente un moment agréable = rapprochement intuitif de la qualité du moment avec l'offreur ou son produit".
L'idée du roman d'entreprise est tellement flippante, et absurde, nulle et drôle, qu'elle donne immédiatement l'idée d'en faire un livre qui pourrait concourir pour la prochaine édition du prix du roman d'entreprise.
MAJ 8 décembre : le premier prix du roman d'entreprise a été remis le 7 décembre à Delphine de Vigan, pour Les Heures souterraines.
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