Je parierais un bras (ou un doigt mineur) que 90% (je suis sympa) des gens ignorent tout d'Antoni Grabowski. A l'heure où l'on vient de désigner Van Rompuy, pour le meilleur et pour le rire compte tenu des circonstances, comme une sorte de Président de l'Europe (au rabais), il était tout naturel de revenir rapidement sur l'oeuvre poétique d'un des premiers Européens de la poésie.
Antoni Grabowski est un homme du XIXème siècle (il est mort en 1921), polonais, ingénieur chimiste de formation, connu surtout pour avoir été le "père de la poésie en Espéranto". On pourrait débattre longtemps de l'intérêt de cette langue vivante... morte, des promesses qu'elle suscita en son temps et des limites évidentes qu'elle rencontra très vite. Grabowski crut au pouvoir de l'espéranto toute sa vie durant (il parlait lui-même une trentaine de langues couramment d'après la légende) et plus encore et par dessus tout au pouvoir des mots, ce qui tombe bien, parce que cela définit assez bien la poésie. Grabowski fit beaucoup de traduction et composa quelques poèmes directement en espéranto.
Exemple de choix avec son jour de pluie et démonstration simplissime. L'Espéranto, c'est comme l'Europe. Ca sonne bien quand on le lit mais franchement on n'y comprend pas grand chose.
La Pluva Tago
La tago malvarma, malgaja,sensuna;
Ne haltas la ventoj kaj pluvo aûtuna;
Vinujo je l' muro putranta sin tenas,
Sed ĉiu ekblovo foliojn deprenas,
Kaj la tago-malvarma, sensuna.
Mia vivo malvarma, malgaja, sensuna:
Ne haltas la ventoj kaj pluvo aûtuna;
Miaj pensoj sin tenas je tempoj pasintaj,
Sed falas en vento esperoj velkintaj,
Kaj la tagoj - malvarmaj, sensunaj.
Ekhaltu, ho, koro malgaja, ne plendu!
Post nuboj la suno radias - atendu!
Ne sola vi tiel kun sorto hatalas,
En la vivon de ĉiu la pluvo ja falas,
Kelkaj tagoj - malvarmaj, sensunaj.
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Les limites qu'elle rencontra très vite, ce furent celles de la politique, d'abord de la France et maintenant des tout puissants américains et leurs séries qui nous vantent sans cesse la prétendue universalité de leur culture.
Ne pas venir s'étonner d'une Europe au rabais quand la seule valeur qu'elle prétend défendre est celle du libre-échange qui repose sur la compétitivité des différences de taxation, comme si c'étaient les seules différences qui méritent d'être défendues.
Je croyais que l'espéranto pouvait être compris par tout le monde. C'est vrai que c'est imbitable.
Par contre d'aucuns prétendent l'anglais sur les notices comme "aisément compréhensible" par tout un chacun. On demande à mon voisin de pallier?
Et désolé si imbitable, quand on ne connaît pas, c'est insultant.
et oui l'esperanto ça marche.
Mais comme toute langue vivante
il faut se donner la peine (mimine) de l'apprendre.
et le jeu en vaut vraiment la chandelle
amike
http://fr.lernu.net/
Bonjour à tous,
Bien sûr, c'est l'éternel débat entre "belle idée morte dans l'oeuf" et "langue vivante au statut particulier que ne veulent pas les dominants", et le débat entre facile et incompréhensible.
.... Bon, je ne peux pas m'empêcher d'en rajouter une couche quand même : a mes yeux, c'est aujourd'hui moins la volonté des "puissants" qu'un manque d'intérêt de la plupart des gens pour la plupart des sujets ; toutefois il est vrai qu'au fil de l'histoire l'espéranto a subi les coups des régimes. On cite généralement l'allemagne nazie qui le voyait comme la langue des juifs et des communistes, et l'URSS où il était considéré comme la langue du cosmopolitisme bourgeois. Mais la France n'a pas été très éclairée non plus.
Bref, ce que je voulais dire, c'est que je suis d'accord que cela paraît incompréhensible au début, l'espéranto mais quelques règles permettent de débroussailler, et énorme avantage : ces règles s'appliqueront toujours et sans exception :
Voyez tous ces mots qui finissent en -o : ce sont des noms ; et tous ceux qui finissent par -a : ce sont des adjectifs.
Ainsi, le radical pluv- correspond à la pluie (on le retrouve en Français dans pluvieux); et le radical tag-, et bien c'est tag en Allemand : le jour.
La Pluv-o = la pluie
La Pluv-a tag-o = le jour pluvieux
Et à partir de quelques regles on fonde une langue, quasiment de manière mathématique. Alors on peut se dire que si cette langue est trop régulière, trop mathématique, elle devient fade et peu poétique, mais justement le poème de Grabowski montre que la régularité n'empèche pas la poésie.
Pour finir, et sans vouloir faire le malin, j'avoue aimer énormément les textes en espéranto écrits par des auteurs japonais. Par sa construction l'espéranto permet beaucoup de tournures ; ainsi cela a de beau que l'on reçoit plus directement d'un esprit étranger que si le texte était passé par le filtre de la traduction. Et oui, rappelons-le : l'espéranto ne se limite pas à l'Europe !