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Gilbert Hernandez explore l'enfer, comme au cinéma

Posté par 2goldfish le 13.11.09 à 10:31 | tags : bd

La constante des histoires de Palomar, c'est la communauté : l'auteur, Gilbert Hernandez, a passé des années à peupler sa ville de familles, certaines devenant de véritables dynasties au fur et à mesure des albums. L'Enfer est pavé de bonnes intentions s'inscrit de façon très tangentielle dans la saga : il s'agirait d'un film dans lequel Fritz, demi-soeur de Luba, joue un tout petit rôle (elle n'a qu'une ligne de dialogue et a surement été castée dans son rôle de prostituée pour sa poitrine énorme plus que pou ses talents d'actrices). Avec un autre dessinateur moins talentueux, on aurait simplement pu croire qu'il recyclait dans une histoire indépendante le dessin d'un personnage secondaire par manque d'imagination.

 

L'histoire de ce film/album, donc, c'est celle d'Empress, une petite fille abandonnée dans une décharge au milieux d'autres enfants quasi-sauvages et de prédateurs sexuels. Dès qu'un adulte l'approche, Empress croit que c'est son père, même lorsqu'il la viole. Elle se sortira de la décharge dans un second acte où sa vie est partagée entre une éducation intellectuelle donnée par un homme qui veut la sauver et ses propres pulsions qui la mènent dans les bas fonds de la ville, au milieu des putains. Dans le dernier acte, elle est mariée à un homme respectable dans une ville hantée par un tueur d'enfant. Autant vous le dire tout de suite, tout ça ne finit jamais bien. Dans la vision nihiliste d'Hernandez, Empress n'a aucune chance. On peut la sortir de la décharge mais on ne peut pas sortir la décharge d'elle. Empress est à l'opposé des personnages classiques de Palomar : elle n'a aucune attache, aucune place dans la société. C'est un personnage qui ne connait pas l'empathie parce qu'elle même est coupée de ses propres sentiments.

 

Ca pourrait n'être qu'une histoire scabreuse, et L'Enfer est pavé de bonnes intentions est certainement un exutoire aux pulsions les plus sombres d'Hernandez, mais on peut faire confiance à l'auteur pour donner une profondeur et une subtilité à son propos qui ne feront jamais de lui un pur artiste du "ça" à la Robert Crumb. Les années passant, on le compare de moins en moins à Gabriel Garcia Marquez et de plus en plus à David Lynch à cause d'une série de BD de plus en plus hallucinées, noires et dérangeantes. L'enfer... garde pas mal de ses qualités mais retrouve une structure plus classique à travers le prétexte du film dans la BD. Une bonne vieille tragédie en trois actes, c'est toujours efficace et ça semble avoir revigoré Hernandez qui dessine mieux que jamais. Pour reprendre la métaphore cinématographique, ses acteurs n'ont jamais été mieux dirigé. Chaque petite nuance dans leur expression faciale ou corporelle est parfaitement juste (allez, on pourra reprocher à Fritz de surjouer mais c'est son premier film). Chaque séquence est magistralement monté. Tout est fait pour donner un maximum de force à cette plongée dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine.





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