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La mort d'Edgar Poe a-t-elle été une bonne chose pour lui ?

Posté par Myosotis le 07.10.09 à 16:47 | tags : elucubration, poésie

Si 1849 avait été 2009, et si Poe avait vécu jusqu'à aujourd'hui (admettons), il est probable que ce mercredi 7 octobre aurait été un jour de deuil international. Edgar Allan Poe serait mort il y a 160 ans tout rond et nous ne serions pas nés pour en parler. A moins que.... le problème des distorsions temporelles est toujours assez délicat à manier. Disons, pour faire simple, que Poe a disparu il y a bien longtemps et qu'il n'avait pas à l'époque la reconnaissance qu'il a aujourd'hui. Un peu éloigné de ses rêves de jeunesse (il rêvait très grand de célébrité et d'honneurs), Poe n'en était pas moins un artiste reconnu, rémunéré assez cher par des magazines et un écrivain confirmé. Son Corbeau (publié au début de l'année 1845) lui avait valu pas mal de succès mais Poe n'avait pas pu en profiter. Son épouse était morte un ou deux ans plus tard et Poe avait suivi, un peu seul (il avait eu l'idée et l'occasion de se remarier mais n'était pas allé au bout, sa prétendante, une poétesse, ayant exigé de lui qu'il renonce à l'alcool), un peu drogué, malade, souffrant du coeur et d'on ne sait trop quoi. La mythologie Poe, évidemment, n'existait pas, pas plus que la notion encore embryonnaire de poète maudit qui viendrait avec la fin du XIXème siècle.

 

Du coup, mort à 40 ans à Baltimore, Poe avait tout le temps devant lui pour devenir l'une des figures incontournables de la littérature internationale. Son oeuvre devait croître, prospérer avec les ans pour devenir l'une des plus influentes des XIXème et XXème siècles, servant de réservoir pour la littérature (gothique), le cinéma et tous les arts passés, présents et à venir. Certains ont débattu pour savoir si Poe était méchant, s'il était vraiment mort ou juste passé de l'autre côté, s'il était ambitieux, s'il était arriviste (il essaya de trouver un temps une planque dans l'administration). Pour la petite histoire, Poe aurait pu tout simplement être mort connement. Une légende veut (et elle est étayée par plusieurs ouvrages) qu'il ait été ramassé à demi ivre par des militants politiques chargés de soutenir des candidats à l'élection du shérif de la ville. Les militants avaient coutume à l'époque de faire ingurgiter à des inconnus des cocktails de bibine et de narcotiques, puis de les emmener en téléguidage remplir leur rôle citoyen au bureau de vote. Poe aurait pu les rencontrer par hasard, se laisser entraîner et n'aurait pas résisté à l'absorption du breuvage. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. La mort. Pour la bonne bouche et pour fêter l'événement, on relira agréablement et en vo (je ne me risquerai pas à une traduction maison après Baudelaire et quelques autres) l'un de ses poèmes les plus "optimistes" (je plaisante), le joli The Happiest Day. Le poème est sublime et se lit comme souvent chez Poe comme un formidable texte de pop music. J'avais une prof de lettres qui disait aux cancres en s'énervant : "Putain, mais lisez au moins Poe." Comment est-ce qu'on peut ne pas aimer Poe ?

 
I. The happiest day-the happiest hour
My seared and blighted heart hath known,

The highest hope of pride and power,
I feel hath flown.

II. Of power! said I? Yes! such I ween
But they have vanished long, alas!
The visions of my youth have been--
But let them pass.

III. And pride, what have I now with thee?
Another brow may ev'n inherit
The venom thou hast poured on me--
Be still my spirit!

IV. The happiest day--the happiest hour
Mine eyes shall see--have ever seen
The brightest glance of pride and power
I feel have been:

V. But were that hope of pride and power
Now offered with the pain
Ev'n _then_ I felt--that brightest hour
I would not live again:

VI. For on its wing was dark alloy
And as it fluttered--fell
An essence--powerful to destroy
A soul that knew it well.

 

 

Le poème est tiré du joli réservoir de littérature en ligne, l'endroit où l'on trouve tout ce qu'on veut lire et ne pas lire.





Commentaires

De Docteur C, posté le 08.10.09 à 00:49 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Baudelaire n'a traduit que Le corbeau, pour les poèmes. L'édition la plus célèbre des poèmes est le fait de Mallarmé, mais c'est un florilège d'une quinzaine sur une bonne cinquantaine existants. J'ai cherché dans E.A.Poe (contes, essais, poèmes, collection Bouquins Robert Laffont) ainsi que sur internet, et je n'ai trouvé aucune traduction. En tout cas il ne figure pas dans cette anthologie, ni dans les sommaires que j'ai pu consulter. Alors mes amis traducteurs en herbe, vous pouvez vous lâcher, vous êtes en terrain vierge, a priori, c'est comme la conquête de l'Amérique, hu dia! Crypto : chien

De Docteur C, posté le 08.10.09 à 01:00 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Erratum : j'ai confondu l'édition de l'œuvre intégrale de la pochothèque (histoires, essais et poèmes) avec l'édition Robert Laffont (collection bouquins) que je possède. Le poème est traduit, dans cette intégrale de la pochothèque, donc. Au temps pour moi.

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