Certains romans féériques ne révèlent leur qualité de chef-d'œuvre qu'une fois terminés, reposés et brièvement détestés. Pendant 410 pages, La Faculté des rêves est un puzzle noir, ultrasensible, halluciné, au désespoir. A la 411e, la dernière pièce est posée, l'héroïne meurt pour de bon (on le sait dès la première page) et cette mort enfin dite, vécue jusqu'à l'incandescence, scelle le texte comme on referme un tombeau.
De quoi s'agit-il ? De Valerie Solanas, pute hystérique, martyre américaine, génie féministe, clocharde céleste, d'une femme surhumaine et atrocement fragile qui, le 3 juin 1968, tira à bout portant sur Andy Warhol - un geste inexplicable mais si logique dans sa démence qu'il fallait bien un livre en forme de cauchemar pour tenter d'en percer le sens.