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Liberté et harcèlement, retour sur les procès de la littérature

Posté par Gwenola le 19.05.09 à 18:25
Poètes, vos papiers ! Depuis la censure du second empire où, au nom de l'ordre moral, l'on condamnait sans vergogne certains auteurs à l'exil ou au silence, jusqu'aux récents procès intentés pour «dénigrement des valeurs religieuses » à des auteurs d'ouvrages jugés licencieux, une épée de Damoclès judiciaire plane constament au-dessus de la tête des écrivains.
Le 20 août 1857 s'ouvrait l'un des plus retentissants procès en sorcellerie de l'histoire littéraire : celui de Charles Baudelaire, poursuivi pour outrages aux mœurs par Ernest Pinard. Ce procureur impérial particulièrement virulent contre Flaubert (il avait failli obtenir l'interdiction de Madame Bovary, et réussi à condamner l'éditeur des Mystères du Peuple d' Eugène Sue au nom de la morale), parvint surtout à faire interdire de publication Les Fleurs du mal, considéré comme le joyau de la poésie française. Le jugement ne fut cassé qu'en 1949). Alimenté par la réputation sulfureuse de l'accusé et l'acharnement aveugle de justice, le procès du poète fait l'objet d'une étude éditée par Librio dans la collection "Les grands procès de littérature" : Les fleurs du mal, L'oeuvre de Baudelaire condamnée de Joseph Vebret propose un éclairage articulé autour de la problématique de la liberté d'expression, en y joignant des pièces d'archives juridiques. Un second ouvrage - Madame Bovary, L'oeuvre de Flaubert condamnéeest consacré au procès du chef d'oeuvre flaubertien.

Procès kafkaïens pour littérature licencieuse
Les procès d'hier rappellent ceux d'aujourd'hui. Celui, par exemple, de l'éditeur turc des Exploits d'un jeune Don Juan, un texte d'Apollinaire condamné pour obscénité. Celui des Versets sataniques bien sûr, qui vaudront à son auteurSalman Rushdie d'être condamné à l'exil perpétuel pour "incitation à la haine religieuse", celui de la journaliste américaine Sherry Jones accusée de faire de la soft pornographie, celui de Nedim Gürsel qui devra à nouveau répondre des accusations portées contre son roman controversé, Les Filles d'Allah (publié en 2008) pour "atteinte aux croyances d'une communauté" par le même tribunal que le Nobel Ohran Pamuk. Déjà victime de la junte pour son texte, La Première Femme, dans lequel il décrivait le dépucelage d'un jeune provincial par une prostituée d'Istanbul, l'auteur sera de nouveau entendu par le tribunal pour le 26 mai prochain. "La liberté d'expression a des limites", déclarait le 5 mai le plaignant à l'origine des poursuites contre Gürsel, adepte des théories créationnistes. Il y a tout lieu de le croire en effet. Entre crimes d'honneur et accusations de blasphème, les écrivains ont encore beaucoup de soucis à se faire.





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