Il m'arrive très rarement (jamais en réalité) de ne pas aller au bout d'un livre. Je trouve ça bête d'avoir perdu son temps sur 100 ou 200 pages pour s'arrêter en chemin, mais cela pourrait bien se produire avec Les aventures de Lucky Pierre de l'américain Robert Coover. Je me souvenais de Coover pour la Bonne et son maître, un roman érotique qui m'avait bien plu à l'époque et j'ai lu quelques critiques qui recommandait chaudement son dernier ouvrage. Les Aventures de Lucky Pierre sont le récit du quotidien d'un type qui s'appelle Lucky Pierre et qui est une star du porno dans une ville bizarre appelée CinéCity où tout tourne autour deLucky Pierre et de ses films de boules. LP se lève, se fait sucer par des nymphes employées par lui, se fait habiller, prend une fille en levrette sur le canapé, monte dans l'ascenseur, se fait sucer, prend un taxi, baise sur la banquette arrière, puis se rend au travail (il est filmé en permanence), où il devra baiser avec sept ou huit filles, leur mettre des doigts etc. L' écriture de Robert Coover est précise, travaillée dans le registre burlesque, presque balzacienne dans sa manière de couler simplement sur le réel mais malgré toutes ses promesses de style et de sexe, rien ne se produit avec ce livre. Les répétitions sadiennes sont alignées comme des pins morts dans une forêt des Landes et les descriptions d'orgie ne me tirent même pas un quart d'érection. Je vois bien que Coover fait de son Lucky Pierre un Ulysse moderne et qu'il s'en donne les moyens stylistiques. Mais, du coup, et à cause de tous ses efforts, ce livre majoritairement érotique devient juste intelligent, littéraire, formidablement bien écrit et surprenant, critique, second degré, alternant les flashs cinématographiques et les champs d'analyse du personnage (LP a des états d'âme), mais surtout SUPERCHIANTISSIME. Coover arrive avec une matière première en or à faire du Régis Jauffret. C'est désespérant et cela explique pourquoi la critique a aimé et pas moi.
De Mikael, posté le 19.05.06 à 10:26
je n'ai pas lu celui-ci, la critique au moment de sa parution outre-atlantique m'en avait dissuadé, peut-être à tort.
Mais je reste impressionné par "the public burning", sorte de méga complot parano-holywoodien centré autour des époux Rosenberg et qui renouvelait à mon sens un genre inauguré par Nathanel West dans "The day of the locust".
panique, show biz et politique spectacle mêlés dans un grand embrasement des sens de la vision et du Moi.
peut-être devrais je lire Lucky pierre, après tout, à l'aune de ce passé glorieux et voir où il en est dans l'Amérique de Bush