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Le printemps des poètes rend hommage à Jean Tardieu

Posté par Myosotis le 04.03.09 à 10:01 | tags : poésie, news

Jean Tardieu a été choisi pour incarner cette année Le Printemps des Poètes (du 2 au 13 mars) : ce qui est plutôt judicieux et finalement assez osé. Mort en 1995, le poète, dramaturge et homme de radio reste, bien que contemporain, assez peu connu et apprécié des lecteurs.

 

Tardieu est un type insondable, aux poèmes parfois aussi légers que du Prévert ou du Eluard, mais aussi foncièrement angoissé et sombre, sur ses meilleures strophes. Il se raconte que le jeune Tardieu comprit très vite qu'il serait écrivain et poète et qu'il reçut pour toute récompense une conscience névrotique et une nature angoissée qui le menèrent assez souvent au bord du déséquilibre, tout au long de sa vie. Cette part d'ombre qu'il interroge dans ses meilleurs ouvrages le rend hautement fréquentable, lui qui traduisait d'autres immenses « torturés de l'âme et des sentiments » comme Goethe et Hölderlin.

 

Dans ce poème bien tourné, c'est presque le Tardieu grand public qu'on vient chercher. Celui qui s'amuse à rapprocher le poète-écrivain de l'artisan, à faire de la poésie un travail manuel (le recueil Poèmes pour la main droite fait écho aux Concertos pour la main gauche). On appréciera la légèreté et la malléabilité du vers libre, les effets comptés ainsi que la chute un rien angoissante du poème : ce gars qui dépose les armes et sort du cadre est aussi terrifiant que VGE, un soir d'élection, qui se lève de sa chaise et dit bonsoir.

 

Outils posés sur une table


Mes outils d'artisan
sont vieux comme le monde
vous les connaissez
je les prends devant vous :
verbes adverbes participes
pronoms substantifs adjectifs.
Ils ont su ils savent toujours
peser sur les choses
sur les volontés
éloigner ou rapprocher
réunir séparer
fondre ce qui est pour qu'en transparence
dans cette épaisseur
soient espérés ou redoutés
ce qui n'est pas, ce qui n'est pas encore,
ce qui est tout, ce qui n'est rien,
ce qui n'est plus.
Je les pose sur la table
ils parlent tout seuls je m'en vais.

in Formeries, 1976.


Tardieu est parti mais sa poésie continue d'avancer. Ceux qui veulent aller plus loin liront son touchant On vient chercher monsieur jean, ses Histoires Obscures (poèmes) ou encore mieux ses Jours Pétrifiés.





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