Phase 7 : la bédé, c'est ingrat !![]()
Créer une bande dessinée est le travail le plus ingrat qu'il soit. Ou pas loin. C'est l'impression que laisse la lecture de nombreuses BD autobiographiques. Les enfants chinois qui travaillent avec un fusil dans le dos à la confection des produits qui nous rendent heureux tous les jours auraient peut-être quelque chose à redire, mais le dessinateur de bédé a assurément besoin de beaucoup d'abnegation, d'énergie et simplement de temps, en tout cas bien plus que ses amis peintres, romanciers ou cinéastes (sans même parler de ces gros flemmards de photographes). Phase 7 d'Alec Longstreth est donc encore une de ces bédés qui retrace l'histoire de son auteur avec la bédé, de comment il est tombé dedans parce qu'à l'école il était le geek de service, et de comment il a canalisé ses tendances obsessionelles dans la production de petits dessins dans de petites cases qui s'enchaînent par centaines, par milliers. Ce qui vraiment lui permet de se distinguer, c'est que jamais Longstreth ne se plaint. Il est dur à la tâche, motivé comme personne et il se dégage de ses dessins une fraîcheur et un enthousiasme qui change du misérabilisme d'un Joe Matt ou d'un Chris Ware. Et tout ce travail paye : les premières pages de Phase 7, tirées des premiers minicomics de l'auteur, sont d'un amateurisme que tout le travail du monde ne pourrait masquer mais petit à petit, l'application de l'auteur porte ses fruits et le trait se fait plus assuré, plus juste, les personnages moins raides et la mise en scène beaucoup moins laborieuse... L'ironie dans tout ça, c'est que si Alec Longstreth travaille beaucoup, beaucoup sur son graphic novel "Basewood" depuis déjà plusieurs années, il n'a encore accompli qu'un tiers de sa tâche, et personne n'a jamais lu de lui que ces mini-comics moins ambitieux qui parlent principalement de ses ambitions, et de tout le travail qu'il met dans ce graphic novel que, s'il devait mourir demain, personne ne verra peut-être jamais. Quel travail ingrat !
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Commentaires
De stair, posté le 31.01.09 à 22:42
![]() Ouais enfin je pense quand même que c'est bien plus dur d'écrire Le Voyage Au Bout De La Nuit que Black Hole ou Ice Haven. Dieu sait que je suis fanatique de BD, mais affirmer que c'est une activité plus difficile que la littérature c'est quand même prendre le risque de passer pour un gros fumiste. Il y a quand même une hiérarchie entre art majeur et art mineur qu'il est simpliste de vouloir nier. A moins de tout vouloir niveller par le bas et de faire de Hergé l'égal de Balzac. Nier cette hiérarchie c'est d'ailleurs selon moi nuire à la BD plus qu'autre chose... Mais bon c'est un autre débat. De 2goldfish, posté le 01.02.09 à 18:39 ![]() Pas d'accord. Ce n'est pas parce qu'il n'existe peut-être pas d'équivalent en BD du Voyage Au Bout De La Nuit qu'il ne peut pas en exister, et si Céline s'était mis en tête de faire une BD plutôt qu'un roman, il en aurait surement encore plus bavé. A "niveau" égal, il est forcément plus difficile de créer une BD qu'un roman. Par exemple, faire du Marc Lévy en BD, ça prend forcément beaucoup plus de temps qu'en roman. De Docteur C, posté le 11.02.09 à 20:56 ![]() Je ne suis pas forcément d'accord : si la bande dessinée est majoritairement plus laborieuse que la littérature quant à son exécution, ce n'est pas nécessairement le cas, gardons-nous des généralités. Pour illustrer par une comparaison qui frise l'absurde, une page de Madame Bovary aura été plus difficile et longue à écrire qu'une planche de La vallée des merveilles à faire, ce qui n'est pas un critère de hiérarchie de valeur entre les deux oeuvres. Pour autant, le livre en question de Flaubert est d'une autre trempe que la bande dessinée en question de Joann Sfar. A contrario, une planche de Richard Corben est nettement plus intéressante qu'une planche de Blanc-Dumont (j'ai cherché l'exemple de deux dessinateurs laborieux, je suis tombé sur Corben qu'il me pardonne). Céline se qualifiait de laborieux, et ce qui importe, ce n'est pas tant le temps passer à l'exécution d'une oeuvre particulière que l'apprentissage qui l'a précédé et l'a rendu possible. En ce sens, le labeur littéraire peut être tout aussi chronophage que celui en bande dessinée, même si l'exécution de l'une peut prendre moins de temps que celle de l'autre. Et de nombreux dessinateurs "en trois traits" démentent cette généralité, je ne crois pas qu'énoncer que pour obtenir une qualité "égale" la bande dessinée nécessite plus de temps soit juste : le Pascin de Sfar vaut mieux que bon nombre de romans, pour un labeur égal, voir moindre, s'agissant de l'exécution de l'oeuvre proprement dites. crypto : papy Ajouter un commentaire |
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