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Faut-il un plan de sauvetage pour les écrivains en ces temps de crise ?

Posté par Mélanie le 11.12.08 à 15:53 | tags : édition, news

Des losers, les écrivains ? Rares sont ceux qui vivent correctement de leur plume et ce constat - qui sent le vécu - a amené l'écrivain et journaliste Paul Greenberg à réfléchir pour le New York Times à un plan de sauvetage censé renflouer les écrivains.

Comment procéder ? Mener plutôt une politique de grands travaux à la Roosevelt ou un contrôle de la surproduction comme dans l'agriculture ? Avec une bonne dose d'humour et d'autodérision, Greenberg singe une approche qui se voudrait pragmatique des problèmes économiques d'une caste en crise.

Le New Deal des écrivains

Lors de la grande dépression des années 30, le président américain Franklin Delano Roosevelt a lancé le Federal Writer's Project qui a employé quelque 6 000 auteurs au chômage sur des projets de longue haleine de recherche et d'écriture de guides, d'ouvrages d'histoire orale, d'éthnographies pour "décrire l'Amérique aux Américains". Le programme a non seulement maintenu en vie les écrivains mais les a aussi encouragé à se multiplier. Aujourd'hui, 185 000 américains déclarent des revenus provenant principalement de l'écriture (hors journalisme).

Pour Greenberg, l'approche keynésienne de Roosevelt a ses effets pervers, notamment celui d'un appel d'air provoquant une crise de surproduction. Il faudrait donc se tourner vers le modèle de la politique agricole d'ajustement des productions. Selon le principe économique de base que trop d'offre pour une demande stable fait baisser les prix, Greenberg conlut qu'il faut éliminer le surplus d'écrivains.

Surproduction littéraire

Le journaliste cite l'exemple d'Ann Beattie, l'un de ces auteurs au best seller unique qui, dans un essai publié en 2002, se plaignait de ce monde dans lequel les gens sont plus intéressé par l'idée d'être un écrivain que par l'écriture elle-même: "Nous sommes trop nombreux et les diplômés de MFA (Master of Fine Arts) sont plus nombreux chaque année. A l'arrivée, les éditeurs sont submergés de manuscrits et tout le monde est perdu."

Sur les 275 000 nouveaux titres sont publiés aux Etats-unis chaque année, Greenberg propose d'en éliminer la moitié. Partant du principe qu'il faut une moyenne de deux ans pour écrire un livre, l'Etat pourrait offrir aux "éliminés" deux ans de salaire moyen d'un écrivain - soit 38 000 dollars par an. Soit un plan de 10,5 milliards de dollars - une broutille - pour réduire une offre surabondante.

Au-delà de l'ironie et de la grande autodérision dont il fait preuve, Greenberg pointe plusieurs dérives de l'industrie littéraire. L'écrivain subventionné à l'unique best-seller - il a publié en 2002 Leaving Katya qui lui a valu d'être comparé à Henry James et a bénéficié du mécénat de la Bogliasco Foundation à Gênes - montre le danger de regarder le livre comme n'importe quel autre marché. En ces temps de crise et de remise à plat des dépenses publiques, grande est la tentation de redéfinir les priorités, au risque de couper les vivres aux activités culturelles. Aussi, s'il existe bel et bien une industrie du livre, soumise à des impératifs économiques comme toute autre industrie, peut-on quantifier nos besoins en écrivains comme en produits agricoles et est-il bon de vouloir " fonctionnariser " le travail d'écrivain ?

Source: the New York Times





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