L'écrivain Stéphane Zagdanski condamné pour injure sur son blog
L'affaire Zagdanski vs Malausséna
L'écrivain et philosophe Stéphane Zagdanski a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir injurié sur son site internet le neveu d'Antonin Artaud, Serge Malausséna, unique ayant-droit de l'écrivain mort en 1948. Zagdanski, en grand admirateur d'Antonin Artaud l'évoque dans son essai consacré au cinéma, La mort dans l'oeil, tant cet écrivain, acteur, dramaturge, qui a flirté avec le surréalisme avant de céder à la folie et de finir interné le fascine. Et Malausséna lui adresse un mail en février 2007 pour lui demander de retirer un extrait de l'émission radiophonique d'Artaud, "Pour en finir avec le jugement de Dieu", placé en fond sonore sur une page de son site internet perso baptisé "Paroles des jours". Furieux, Zagdanski publie le lendemain sur son blog une lettre ouverte à l'héritier d'Artaud qu'il traite, entres autres amabilités, d'"ultime chiure électrochoquante", de "crétin chicaneur" arguant que "cela fait longtemps que des milliers d'anonymes peuvent se procurer en quelques secondes sur internet l'intégralité des enregistrements d'Artaud, gratuitement et sans avoir à rendre compte à ta malsaine caboche monomane". Maulausséna, pas certain de pouvoir faire reconnaître sa requête d'ayant droit par la justice, se venge de Zagdanski en l'attaquant pour "injure". Injure reconnue par la 17e chambre correctionnelle qui a estimé que "ni la nature essentiellement littéraire du site sur lequel ce texte a été mis en ligne, ni la qualité d'écrivain du prévenu ne confèrent à ce dernier une immunité particulière", ont encore relevé les juges, avant de conclure que les propos "méprisants" et "particulièrement virulents" étaient bien "injurieux".
Les blogs et les sites d'info indépendants dans le viseur
Si, contrairement à l'affaire de Filippis, la responsabilité directe de Zagdanski est avérée et qu'il n'y a pas eu de dérive de procédure, cette histoire fait figure de parabole au moment où, face au flou juridique qui règne sur la blogosphère, les politiques et législateurs tiennent un double discours entre respect de la liberté d'expression, essence même des blogs, et répression de ses dérives. Ainsi, on l'a entendu, Nicolas Sarkozy - toujours prompt à surfer sur la vague émotionnelle - s'est déclaré favorable à une dépénalisation des délits de presse tels que l'injure et la diffamation. Or quasiment au même moment, le Sénat votait en lousedé un projet de loi visant à prolonger les délais de prescription de ces délits de trois mois à un an, spécifiquement lorsqu'ils sont commis sur internet ! Dans le but avoué de favoriser la mutliplication des affaires, dans les tribunaux déjà submergés, rappelons-le. Seuls seront exemptés les sites d'info adossés à des titres de presse papier (Libé, le Monde, l'Express etc...). Dans la ligne de mire, donc, les blogs sur lesquels officient de nombreux journalistes et les sites d'info indépendants.
Ce projet de loi doit encore passer devant la commission des lois de l'Assemblée. Espérons que les députés se souviendront de leur vive "émotion" lors de l'affaire de Filippis au moment de voter...
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