La déprimante histoire de Steve Ditko, co-créateur de Spiderman
En attendant de vous parler du très bel album qui accompagne aux Etats-Unis une énième édition des Watchmen de Dave Gibbons et Alan Moore, Watching The Watchmen, un autre beau livre est sorti, il y a peu, qui raconte une histoire presque aussi triste et catastrophique : la vie de Steve Ditko, le dessinateur star, co-créateur reconnu sur le tard du super-héros le plus rentable de l'histoire des comics : Spiderman. A 81 ans, Steve Ditko fait partie des légendes sombres de l'univers des comics et reste un personnage insondable dont ce livre, Strange and Stranger : the world of Steve Ditko, explore avec beaucoup de nuances, d'intelligence et dans un environnement graphique somptueux les contradictions. Le livre, disponible uniquement en vo, est, non seulement le parfait compagnon du documentaire dont l'extrait ci-dessus est issu (une interview d'Alan Moore) mais surtout la première vraie critique rétrospective d'une oeuvre et d'une vie incroyables placées sous le sceau de l'intransigeance et du suicide commercial.
Lee censure parfois Ditko et le remplace à la couverture par des artistes qui font de Spiderman un dieu grec, tandis que le natif de Pennsylvanie continue de le peindre comme un jeune homme. Les récits sont encore contradictoires sur cette affaire mais les deux hommes s'opposent également par des personnalités très différentes : Lee est sûr de lui, un brin réac, Ditko est, à cette époque, plus jeune et ouvert. Il vit, dans une étrange association locative, avec Eric Stanton, un artiste fétichiste aux photographies très osées, même pour le début des années 60. Lors de leur travail commun, Lee et Ditko accouchent en plus de Spiderman d'une autre création intéressante : le Docteur Strange qui continue de faire les beaux jours de Marvel et dont leurs numéros communs sont des chefs d'oeuvre du genre. Le trait de Ditko est à la fois d'une précision affolante, d'une rigueur rare et pourtant d'une souplesse qui lui donne une légéreté incroyable. A l'image de Spiderman dont les mouvements désordonnés jurent avec la raideur des autres superhéros, Ditko invente un genre qui, au même titre que ses maîtres Jerry Robinson et Jack Kirby, fera date.
La seconde partie du livre explore ce qui s'apparente assez vite à la décadence de Steve Ditko : transformation progressive de l'homme en un adepte zélé des théories objectivistes de la philosophe écrivain Ayn Rand, mêlant individualisme moral, ultra rationalisme et libertarisme ; transformation du dessinateur qui coupe les ponts avec les majors en un dessinateur inégal, capable du meilleur comme d'envoyer tout valdinguer sur un coup de tête. Ditko se fâche avec presque tous ses éditeurs, impose, sur ses propres créations, des textes qui envahissent tout l'espace disponible, philosophent et assénent à tout va des vérités que lui seul partage. Auréolé par son passé et hanté par la figure un brin envahissante du Tisseur, Ditko survit en alternant les travaux de commande, refusant de gonfler son compte en banque en vendant des planches originales....
L'homme est difficile à cerner, à approcher. Il décide de boycotter les conventions de fans, se dit en permanence trahi par les uns et les autres, claque les portes pour des motifs insoupçonnables : une couleur ou un papier qui ne lui plaît pas, une coupe de trois mots dans une bulle, etc. En 1975, son retour chez DC avec le personnage intéressant de Shade (lequel lui survivra longtemps) tourne au fiasco. Quelques années plus tard, il revient chez Marvel où il travaille sur diverses franchises comme le Submariner ou les dégradants Power Rangers. Lorsqu'il se retire définitivement en 1998 des comics grand public, l'impression de gâchis est intense. Ditko vit aujourd'hui à New York et continue de dessiner pour divers supports, survivant sur d'anciennes amitiés mais refusant le moindre contact avec la presse ou les journalistes. Cet homme reste une énigme, même pour ses amis les plus proches, un mystère pas très sympathique et qui navigue à des centaines de miles de son personnage emblématique..... A suivre.
Commentaires
De paris, posté le 16.12.08 à 21:58
![]() J"aime beaucoup Steve Ditko. Ses années sur Spiderman sont époustouflantes. Qu'il pense et croit ce qu'il veut quelle importance tant que ses dessins sont bons. De Mystery, posté le 05.02.09 à 15:33 ![]() J'aurais aimé lire la suite! De jimmyraker, posté le 07.04.09 à 14:57 ![]() Quel gachis ? si mr ditko a eu envie de tout fiche par terre et de ne dessiner ce qu'"il veut c'est son droit il me semble ! un gachis pour vous mais pas pour lui ! ce qui me gêne un peu c'est que romita, lee et d'autres dessinateurs tirent toute la couverture à eux alors que le vrai créateur de spiderman c'est steve ditko et n'en déplaise aux fans de romita et autres je préfère cent fois son style aux autres ! vive ditko le vrai dessinateur de spiderman ! na ! De Odkin, posté le 07.08.09 à 00:25 ![]() Ditko est un génie, donc capable du meilleur comme du pire, et il a fait les deux. Je ne connais personne qui a su mieux que lui dessiner des maisons hantées ou des sorcières, alors le reste on s’en fout. C’est un artiste, là où Romita est plus un artisan. Il faut les deux dans les comics, les artistes pour créer et les artisans pour pérenniser. Sans Ditko ( et Kirby) il n’y aurait pas de Spiderman, sans Romita, il y aurait un Spiderman un peu différent, voilà ou est ce qui les séparent. Je parle de Spidey car c’est la création star de Ditko, mais il a créé toute sa vie. Comme Kirby, il a préféré dessiner plutôt que d’ « échouer » directeur artistique ou un placard du même genre, comme tant d’autres de talent, mais n’ayant pas la même fibre artistique. Ajouter un commentaire |
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