Le livre-scandale de Carla del Ponte, La chasse. Moi et les criminels de guerre (Feltrinelli, encore inédit en France) sort aujourd'hui en Serbie alors que l'ex-procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) figure en bonne place du classement des personnalités les plus haïes par les Serbes.
Ils la voient, en effet, comme celle qui a "tué" Slobodan Milosevic (mort en prison en 2006, en attente de son jugement). Un solide argument de vente pour Marko Vidojkovic de la maison d'édition Profil Knjiga qui a tiré La chasse... à 2 000 exemplaires, ce qui est très honorable pour un essai en Serbie. Les Serbes reprochent, en outre, à Carla del Ponte son silence - avant 2008 et la sortie de son livre - à propos d'une éventuelle affaire de trafics d'organes sur 300 serbes kidnappés et déportés dans le nord de l'Albanie, dans lequel serait impliqué Hashim Thaci, l'actuel chef du gouvernement kosovar. Une plainte a d'ailleurs été déposée par les parents des disparus contre l'ex-procureure pour "dissimulation de crime".
Pasionaria de la justice
Ce sont surtout les freins de la communauté internationale, qui a tenté de l'empêcher de faire son travail de procureure du TPIY qu'elle raconte dans son livre honni. L'OTAN qui obstrue son enquête sur l'intervention de ses troupes au Kosovo en 1999, la CIA qui n'a pas daigné capturer plus tôt le criminel de guerre serbe Radovan Karadzic, finalement arrêté en juillet 2008. Tandis qu'elle fournit à la Cour internationale de justice des documents prouvant la culpabilité directe de Milosevic, celle-ci écarte en février 2007 toute responsabilité serbe dans le cadre de la plainte pour génocide déposée en 1993 par la Bosnie. Pour del Ponte, la communauté internationale- dont Bernard Kouchner à la tête de la mission de l'ONU au Kosovo (MINUK) - est plus soucieuse de préserver la paix fragile dans la région que d'y traquer la vérité- indispensable pour espérer la réconciliation.
Raillée et placardisée
Si la presse a monté en épingle l'affaire du trafic d'organes - exemple parmi d'autres des crimes de l'UCK (armée de libération du Kosovo) sur lesquels ont l'a empêchée d'enquêter - c'est surtout pour la faire passer pour folle via la position du TPIY qui démonte l'affaire. Evitant soigneusement d'affronter la complexité de la situation dans les Balkans et la part d'ombre du Kosovo, "gentil" de l'histoire, les médias s'en sont tenus à la version officielle. Au moment de la sortie du livre de del Ponte, le Kosovo déclarait son indépendance qu'il fallait soutenir contre les "méchants" Russes et Serbes. Et ne surtout pas s'attarder sur le véritable propos de l'ex-procureure qui questionne la transparence et l'efficacité de la justice internationale.
Aujourd'hui ambassadrice de Suisse à Buenos Aires, Carla del Ponte gêne toujours. Et le gouvernement helvétique de la sommer de ne pas accompagner la promotion de son livre lors de sa sortie, en avril 2008, en Italie. La chasse..., co-écrit avec un journaliste du New York Times, sortira aux Etats-unis en janvier 2009 sous le titre de Madame Prosecutor. Confrontations with humanity's war criminals and the culture of impunity (Other Press).
On en attend toujours la traduction française.
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