Le Prix Décembre 2008 pour Mathias Enard
D'abord remarquée pour sa forme - un long monologue ininterrompu, sans point ni majuscule - l'oeuvre d'Enard se distingue surtout par son érudition : dans un style percutant et d'une violence mémorable, l'écrivain revient sur tous les conflits historiques qui ont fondé un siècle d'Histoire, de la Première Guerre mondiale à celle qui a déchiré la Yougoslavie, en passant par la Guerre d'Algérie et la Seconde Guerre Mondiale. Rien que ça.
Agent de la DGSE sur le point de se reconvertir, le narrateur de Zone, Francis Servain Mirković, prend le train de Paris à Rome, où il doit remettre une précieuse mallette remplie d'archives à un représentant du Vatican. Le voyage sur les rails est l'occasion de dérouler le fil de sa conscience, faite de déceptions existentielles, de traumatismes personnels et d'épisodes historiques. Mirković a tout connu : la guerre, les femmes, la déchéance, la mort, la trahison, et livre ainsi une confession qui ressemble davantage à celle d'un agent de l'Humanité que d'un professionnel du renseignement.
Mathias Enard, s'il ne travaille pas, à notre connaissance, pour la DGSE (voir notre entretien vidéo avec l'auteur), rassemble lui aussi pas mal de vécu : spécialiste du monde iranien, il a effectué de longs séjours d'études au Moyen-Orient (Iran, Liban, Egypte...). Remarqué pour son premier roman, La Perfection du tir, il a également publié Remonter l'Orénoque (Actes Sud) et Bréviaire des artificiers (Verticales). Et à Barcelone où il enseigne l'arabe et anime plusieurs revues culturelles, il ne cesse d'écrire. Avec, espérons-le, la même ambition qui lui a permis d'achever l'oeuvre totale que représente Zone.
Photo : Mathias Enard en septembre 2008, © POL EMILE/SIPA Commentaires
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