Atiq Rahimi : les raisons d'un Goncourt surprise
Alors pourquoi lui ?
1. La théorie des dominos
Celle-ci règnerait sur la logique des prix littéraires selon Clara Dupont-Monod de Marianne pour qui "la question n'était pas: qui récompenser mais: qui ne pas récompenser? Exit Olivier Rolin , trop évident. Michel Le Bris, édité chez Grasset, ne pouvait convaincre les jurés "vendus "à Gallimard, éliminé car ayant touché le gros lot avec le Nobel de Jean-Marie le Clézio... Restait Atiq Rahimi et son éditeur POL qui fête opportunément ses 25 ans d'existence... Du gagnant-gagnant donc, selon la journaliste, pour le jury Goncourt qui "prouve" sa modernité et son indépendance, pour Gallimard, distributeur de POL et pour l'auteur dont l'ouvrage tiré à 20 000 exemplaires en août est en rupture de stock et réimprimé à 120 000 exemplaires. Rappelons tout de même que Clara Dupont-Monod a raté de peu le Goncourt 2007 pour son roman La passion selon Juette publié chez...Grasset!
2. L'étranger écrivant en français est furieusement tendance
Membre du jury Goncourt, Bernard Pivot , bien qu'il reconnaisse une petite cuisine interne - "Roblès ayant eu le Médicis, il était normal qu'on se tourne vers Rahimi." - s'est dit "très sensible au fait que ce soit un Afghan qui ait choisi d'écrire cet ouvrage en français". Et à la suite du Nobel, il est de bon ton de se glorifier du rayonnement culturel de la France et du dynamisme de la francophonie. Après Milan Kundera et Jonathan Littell, Rahimi a choisi d'écrire en français, "langue réthorique et de liberté" pour lui. Mais pour Pivot, ce prix est surtout le signe que "le Goncourt renoue avec la tradition qui consiste à parler du monde".
3. Un enthousiasme sincère pour une oeuvre engagée
Car, force est de constater une réelle tendance en faveur de la distinction d'oeuvres sociales, engagées et en contact direct avec des sujets d'actualité forts, à l'instar du film de Laurent Cantet, Entre les murs, récompensé de la palme d'or lors du dernier festival de Cannes. Edmonde Charles-Roux, présidente du jury, justifie ainsi le choix de l'Académie: "c'est un livre qui défend la cause féminine". Et le Goncourt, selon elle, "cherche à récompenser un livre social". Même ligne du côté de la jurée, Françoise Chandernagor pour qui "le livre s'est imposé par son actualité. L'Afghanistan est un pays qui nous intéresse et qu'on cherche à comprendre."
Aussi Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères s'est empressé de féliciter l'auteur afghan engagé, dans la foulée de l'annonce du prix, tant il est "fier d'avoir soutenu cet auteur dans le cadre de son Programme d'aide à la publication et d'avoir contribué à la production de son film Terre et cendres". Tandis que Rahimi s'est déjà illustré en s'opposant publiquement à l'expulsion de 54 Afghans clandestins arrêtés la semaine dernière dans le Pas-de-Calais, demandant à la France de leur accorder l'asile politique dont il a lui-même bénéficié à la fin des années 80. "Les renvoyer dans leur pays, c'est les condamner à un avenir incertain, c'est prendre le risque de les laisser aux mains des fondamentalistes qui détournent le désespoir de cette jeunesse à des fins religieuses extrémistes" a-t-il déclaré aujourd'hui via un communiqué du Réseau éducation sans Frontières (RESF). Commentaires
De michelle, posté le 13.11.08 à 11:06
![]() Dévoré le roman de Ratiq Rahimi juste avant qu'il n'ait le Goncourt. Bravo, bravo encore. Son écriture se lit comme une partition de musique, sans fioritures, juste les mots qu'il faut. Rien de plus, rien de trop. Merci. De sisley, posté le 01.12.08 à 23:31 ![]() C'est court, puissant ,et plein de bruissements...C'est un beau texte ,je l'ai lu "plombée" par le silence et les bruits.Curieux qu'un homme puisse dire cet univers féminin avec autant d'impudeur.Curieux que le silence des femmes soit "si bien pris en charge" par une écriture d'homme. De Pat, posté le 15.12.08 à 18:17 ![]() Tout simplement "magnifique"... A offrir sans hésitation... Ajouter un commentaire |
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