Affaire Kundera: la défense riposte
Un procès verbal de police datant de 1950 prouverait que Kundera aurait dénoncé Miroslav Dvoracek, un jeune déserteur de l'armée tchèque passé à l'Ouest. La déposition indiquerait que l'écrivain, alors étudiant à Prague, aurait rapporté à la police avoir su par Miroslav Dlask que sa petite amie Iva Militika s'apprêtait à rencontrer l'espion (cf. billet du 14/10). Pour sa défense, l'écrivain a vigoureusement affirmé : « Je n'ai jamais vu cet homme, je ne le connais pas du tout. Ce n'est pas vrai, le seul mystère que je ne peux pas expliquer est la façon dont mon nom s'est retrouvé là. » Il conteste par ailleurs l'authenticité du document. Ligne de défense renforcée, mercredi, par le témoignage d'un historien de la littérature tchèque, Zdenek Pesat. L'historien, très âgé et malade, se souvient avoir recueilli les confidences de Miroslav Dlask, en 1950. Le petit ami d'Iva Militka lui avait alors déclaré être allé à la police dénoncer Dvoracek. « Sans doute pour éviter à son amie d'être punie pour avoir fréquenté un émigrant voire un agent provocateur », analyse Pesat. Une thèse renforcée par l'ancien président tchèque et artisan de la "Révolution de velours" de 1989, Vaclav Havel. Celui-ci écrit ses doutes quant à la véracité de l'évènement "qui n'a pas pu avoir lieu de manière aussi stupide", selon lui, dans les colonnes de l'hebdomadaire Respekt qui avait publié le fameux rapport de police. L'ancien homme d'Etat va même jusqu'à exhorter les historiens à éviter tout anachronisme moral. "Même si Kundera est vraiment allé à la police pour annoncer qu'il y avait un espion quelque part, ce qui n'a pas eu lieu à mon avis, il faut essayer - au moins essayer - de le voir dans le contexte de l'époque (...) à l'époque, beaucoup de dénonciations étaient motivées par la peur et il n'était pas nécessaire d'être un communiste zélé ou fanatique pour faire de telles choses", écrit-il. En France, pays d'adoption de l'écrivain tchèque, c'est l'auteure Yasmina Reza qui prend la plume dans le Monde du 18 octobre pour défendre Kundera. Elle dénonce notamment "l'inconséquente traînée de poudre médiatique, l'ambiguïté de certains titres, l'affreux conditionnel ("aurait dénoncé"...), plus sournois et accusateur qu'une affirmation, ce qui a lieu c'est l'introduction du doute, la salissure, l'ombre subite portée sur une vie et une oeuvre d'exception." Elle rejoint ainsi François Taillandier qui, dans l'Humanité du 16 octobre, addresse sa solidarité à Kundera et villipende le " petit thésard névrosé qui trouve son malpropre plaisir à renifler, dans je ne sais quel vieux commissariat pourri, des paperasses dont on ne voudrait pas pour se torcher. (Et) tous ceux qui brandissent la sale trouvaille parce qu'ils vous détestent."
Affaire à suivre, donc... Commentaires
De Togo, posté le 20.10.08 à 13:17
![]() Ce qui est bien avec cette affaire, c'est qu'il s'agit d'une pure querelle d'opinion, car après tout Yasmina Reza n'en sait strictement rien de la culpabilité réelle ou fausse de Kundera... Qu'est-ce qui lui permet de plaider l'innocence sinon une conviction personnelle ? Alors oui, elle a une chance sur deux, d'avoir raison. Mais rien d'autre. De flocon, posté le 05.03.09 à 12:58 ![]() A-t-on des preuves de l'authenticité des documents? Aujourd'hui Kundera risque-t-il des ennuis en justice? Ajouter un commentaire |
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