Avec Contre-Jour, son septième roman, Thomas Pynchon saisit le zeitgeist de l'époque qu'il décrit, l'esprit du temps si vous voulez. Historiquement, Contre-Jour se situe dans un pli de l'histoire, un moment charnière, entre une époque encore innocente, encore au seuil de l'enfance, où tous les rêves sont réalisables, les utopies acceptables, et un siècle matérialiste, un monde plus dur, âpre au gains, dont l'invention emblématique est certainement la découverte, évoquée au début du livre, de la technique de conversion de l'électricité en énergie « domestique » par Nikola Telsa (ainsi que sa future distribution commerciale).
C'est l'ère du capitalisme naissant que stigmatise Pynchon dans ce nouveau roman. L'entrée dans une époque obsédée par le profit et qui verra bientôt triompher l'esprit du capital au bénéfice des puissants financiers de l'époque, signant ainsi la fin des « aventuriers » que sont les Casse-cou, ces adolescents évoluant au dessus du sol dans des communautés d'aérostiers, et celle des anarchistes illuminés comme Webb Traverse, personnage dont la descendance parcourt ce roman d'un bout à l'autre. L'année 1893, celle où débute Contre-Jour, représente donc bel et bien la fin d'une époque habitée d'idéalisme, de découvertes et d'innovations jusqu'alors innocentes et dévolues au bien de tous.
Contre-Jour, par delà les aventures rocambolesques de ses protagonistes, nous mène de l'âge de la vapeur à celui de l'électricité, dans un enchaînement de découvertes qui préfigure la course et la conquête technologique sur notre planète. Une obsession qui hante tous les livres de Pynchon, des premières fusées (dans L'Arc-en-ciel de la Gravité) à la naissance d'un réseau de communication global rendant obsolète les modes de communication alternatifs (Vente à la criée du lot 49), en passant par la fusion de l'atome, la bombe atomique, la guerre, "les" guerres, le terrorisme et la paranoïa (V.), celle de la fin des années 60 (Vineland), celle de la guerre froide et celle que nous vivons aujourd'hui. Avec Contre-Jour, Pynchon se livre donc à une sorte de généalogie des symptômes qui ont annoncé le monde d'aujourd'hui. Le livre est un voyage à rebrousse temps pour expliquer comment nous en sommes « arrivés là »...
"On écrit l'histoire pour se débarasser du passé" disait Goethe. Il faut croire que c'est ce que fait Thomas Pynchon. En réécrivant l'histoire à sa sauce, il se débarasse du passé et nous offre un nouvel avenir.
Thomas Pynchon, Contre-jour, éditions du Seuil, septembre 2008.
Lire la chronique de Contre-Jour
Lire notre dossier Thomas Pynchon
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Marrant, je l'attendais celle là !
C'est tellement bien d'être contre finalement... Toi aussi tu es à contre-courant Damo, c'est super continue... Surtout que Pynchon est tellement estimé comme tu dis ! Hahaha ! C'est bien connu, il a toutes les chances d'être le Pulitzer cette année, mieux, le seul anglo-saxon a gagner le Goncourt allez, soyons idiot (heuuu, fou pardon) ; )
Pendant ce temps là, un auteur qui avait un énorme talent vient de mourir : David Foster Wallace.
http://www.nytimes.com/2008/09/15/books/15wallace.html
Cela signifierait donc qu'aucun type brillant n'a jamais dit du mal de Pynchon ces 40 dernières années?
Il n'y aurait donc que des idiots ou des médiocres à ne pas aimer Pynchon?
C'est bien ce que tu es en train de dire, Damo?
Pourquoi est-ce que tu l'attendais celle-là, Max ?! On lui reproche quelque chose ? Connais pas Pynchon et j'ai donc trouvé ta chronique fort intéressante -je l'avais déjà lu d'ailleurs- Je viens de lire le dossier, pas mal aussi, ça donne envie de voir ça de plus près !
Tu as raison Stalker, il faut croire qu'aucun type brillant n'a trouvé à redire sur Pynchon. Il faut bien un début, hein ?! Vas-y Damo, si tu considères que cet auteur est surestimé j'aimerais bien savoir pourquoi.
Les contreverses m'amusent beaucoup !
Elle comportait peut-être (je n'ai pas eu le temps de la lire) trop de mot dépassant le cadre de la nettiquette (poil à la ...tte !)
Sinon, si ! Il y a bien un gars brillant qui a écrit du mal du dernier Pynchon !!! Un critique du Point... (hein quoi, j'ai dit une connerie ??)
Damo mon poulet nous t'écoutons
Maxence mon doux tu es définitivement doué
oui j'aime aussi les interpellations affectives incongrues
Daniel De Almeida