Hellboy 2 et la Golden Army : le livre ou le film (6)
Del Toro n'a pas hésité cette fois à féconder l'univers steampunk de Hellboy avec son imagerie baroque et gothique : le film ne lésine pas sur les effets de couleurs, les dorures et embrasse à bras le corps les fantasmes d'irréalité et de fantaisie du comics, si bien qu'on se sait parfois plus dans un film de Del Toro que dans une adaptation de Mignola. "Ce qui est bien, c'est que tu t'es approprié la chanson", on dirait dans le jury de la Star Ac. C'est exactement ça.
Etrangement, Del Toro réussit avec ce second volet bien foutu à se débarrasser d'une des pires tares des adaptations de comics sur grand écran : l'obligation de faire sérieux, ou d'essayer de donner le change. Secondé par Mignola, qui a écrit une bd spéciale (une séquelle en forme de préquel, disons, ou de produit dérivé) destinée à détailler un peu plus l'origine de la Golden Army dont il est question dans le film (prologue notamment), Del Toro ne s'est refusé aucune fantaisie. La première et la plus payante est d'avoir fait entrer sur scène le personnage fabuleux du Johann Kraus, le médium dématérialisé, sorte de fumée spirite contenue dans un scaphandre et qui fait parler les corps et les objets. Kraus est une merveille cinématographique, un personnage incroyable qui sur le plan visuel dépasse finalement son double BD originel. Selma Blair continue avec son visage parfait d'incarner une Liz Sherman très équilibrée, érotique et responsable qui oppose sa sagesse et son esprit pratique à la force et au côté rêveur d'Hellboy. Etrangement, et alors qu'il constituait l'atout n°1 du premier film, c'est le personnage principal qui pêche ici un tantinet. Les tentatives d'humaniser Hellboy (la scène de beuverie avec Abe) ne fonctionnent pas et les séquences de comédie, même si elles sont ponctuées par des bons mots... très efficaces, ne parviennent pas à convaincre. A décharge du cinéaste, ces séquences ne sont généralement pas non plus les plus réussies des comics. Toujours est-il que Hellboy est clairement en retrait ici et se fait manger la feuille par les seconds rôles.
On peut trouver Hellboy 2 assez peu satisfaisant au final (le scénario est ultrafragile et difficile à avaler, le méchant foireux) mais reconnaître qu'il constitue, ce qui n'est pas fréquent, une vraie réussite d'adaptation, une vraie transposition de l'univers de la BD, avec ses qualités et ses faiblesses. Contrairement à Wanted et à Hulk, il y a ici un vrai travail d'auteur et une sorte d'égalité de moyens (et de fins) entre les médias. Match nul donc, en ce qui nous concerne. Commentaires
De teddybear, posté le 28.10.08 à 19:00
![]() J'ai vu le film et il est terrible. Et pourtant je n'aime pas les BD de Mike Mignola, trop stylisée pour moi. Hellboy déménage et c'est tant mieux !!!!! Pour moi, c'est le meilleur film de superhéros depuis Spiderman 1 et Superman Returns. Il mérite le détourt. De Galoo, posté le 03.11.08 à 11:50 ![]() Je craignais pas mal l'effet suite de Hellboy. Le premier collait tellement à l'esprit Mignola que je craignais qu'un film non-inspiré d'un ouvrage propre à Mignola parte en sucette. Mais c'était sans me rappeler du travail de Del Toro sur le Labyrinthe de Pan, création personnelle. Du coup, j'étais subjugué. Certes, le style de Mignola, sombre et gothique mais plutôt "carré" se perd pas mal dans des passages comme celui du marché des trolls. Mais ça n'en est pas plus mal, visuellement parlant, les créatures difformes de Del Toro en mettent plein les mirettes. Et je suis d'accord, la BD a une narration en béton. Après, on est fan du style de dessin ou pas, je peux le comprendre. Ajouter un commentaire |
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