Ne vendez pas PessoaFernando Pessoa est le plus insaisissable des poètes du siècle dernier. Mais aussi, le plus incontournable. Grande figure du patrimoine littéraire portugais, l'auteur du Livre de l'intranquillité mérite d'être (re)découvert, et à l'infini, infinie comme l'est son œuvre signée sous différents "hétéronymes" (un terme auquel tient Pessoa, celui de pseudonyme ne correspondant pas à son projet). Bernardo Soares, Alberto Caiero, Ricardo Reis, Alvaro de Campos : ces noms où résonne un inquiétant mystère. La douleur et la rêverie, transfigurées par l'écriture, triomphantes face au néant qui les guette derrière chaque verbe. Mais encore ces lectures qui font mal.... "Mon isolement m'a façonné à son image et à sa ressemblance. La présence d'une autre personne - même d'une seule - entrave aussitôt ma pensée et, tandis que pour un homme normal le contact avec autrui est un stimulant pour son expression et son discours, ce contact, chez moi, est un antistimulant - si toutefois ce mot forgé de toutes pièces est jugé recevable par la langue. Je suis tout à fait capable, en tête en tête avec moi-même, d'imaginer d'innombrables traits d'esprit, de promptes réparties à des phrases que personne n'a prononcées, fulgurations d'une sociabilité intelligente sans personne à la ronde ; mais tout cela s'évanouit dès que je me trouve en présence d'une personne physique ; je perds toute intelligence, je ne peux plus dire un mot et, en moins d'une petite heure, je tombe de sommeil. Oui, parler avec les gens me donne envie de dormir. Seuls mes amis imaginaires, appartenant à un monde spectral, seuls les entretiens se déroulant en rêve possèdent pour moi une réalité véritable et un juste relief, et l'esprit se trouve aussi présent en eux qu'une image dans un miroir." (Le Livre de l'intranquillité, Christian Bourgois, extrait du fragment n°49 (p.78))
Plus de soixante-dix ans après la mort de Fernando Pessoa, une affaire concernant des manuscrits et lettres signés de sa main fait polémique au Portugal. Le neveu du poète, en possession de ces documents, a décidé de les vendre aux enchères, ce qui rendrait impossible une étude de ces écrits inédits. Le trésor comporte notamment une correspondance avec Aleister Crowley, un écrivain, astrologue et magicien britannique, connu pour ses activités occultes, et qui aurait initié le satanisme en Grande-Bretagne. Pessoa a également laissé le manuscrit d'un roman inachevé, "Boca Do inferno" ("La Bouche de l'enfer"), qui traite du faux suicide de Crowley.
Cet épisode laisse imaginer le grand intérêt que peut présenter la correspondance en possession de l'héritier. La Bibliothèque Nationale de Lisbonne tient donc à s'opposer fermement à la vente. Si son directeur, Jorge Couto, ne parvient pas à trouver un accord avec la famille, il pourrait bien employer des mesures juridiques : depuis 2007, une loi permet aux bibliothèques d'empêcher la vente de manuscrits considérés comme héritage national.
Source : The Independant (14 juin 2008) Commentaires
De Quel monde, posté le 18.06.08 à 14:30
![]() Ca fait drôle de se dire qu'une correspondance privée peut relever un jour du patrimoine national ! Je ne trouve pas ça tout à fait normal, mais bon, à partir du moment où cette même correspondance est monnayable... !!! ** De Ronfleur, posté le 19.06.08 à 11:06 ![]() Rzzzz... rzzzzzz.... rzzzzzz..... rzzzzz.... Ajouter un commentaire |
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