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C'est celui qui le dit qui y est (8) : pourquoi lire Virgine Despentes...

Posté par Myosotis le 16.06.08 à 10:28 | tags : elucubration, littérature en vidéo, roman
Virginie Despentes est souvent identifiée comme l'une (ou l'un) des écrivains français les plus trash qu'il nous soit possible de lire et qui bénéficie, bon an mal an, d'une renommée nationale. Si son aura a beaucoup pâli ces dernières années, son succès populaire reste important et les critiques s'accordent pour saluer (c'est toujours mauvais signe) la validité de ses intuitions, l'originalité de son univers, lire... "c'est une freaks qui fait peur, on n'aime pas trop ce qu'elle fait, on ne le comprend pas, mais c'est pour cela que c'est bien."
Sorti en 1995, au sein d'un recueil de onze nouvelle paru sous le titre Mordre au travers, le texte qui a servi de support à cette adaptation filmée est sans doute ce que Despentes a écrit de plus percutant, d'affreux et de terriblement réaliste. Despentes n'est pas contrairement à ce qu'on pourrait penser une sorte de Palahniuk hexagonal. Elle choque rarement pour choquer et semble habitée en permanence par le sens de sa propre lutte. Dans "A terme", Despentes expose clairement sa philosophie des personnages : tout le monde est plombé par le destin, tout le monde est plombé par ses déterminismes sociaux. Une mère accouche seule et entreprend de torturer son nouveau-né. Il ne s'agit pas de méchanceté gratuite mais d'une forme (assez peu) subtile et ultraviolente de report du désamour ou de la privation de tendresse qu'elle a elle-même reçu sur l'être qui naît.
Il y a toujours chez Despentes (peut-être un peu moins avec le temps) une rage désespérée qui donne à son oeuvre une force de percussion et un impact étonnants. Les héros doivent faire face à un double fardeau dont le dégagement est généralement impossible : celui d'être des femmes, dominées, malmenées et réduites la plupart du temps au statut de pots à jouir, celui d'être pauvres, qui plus que tout, les rend incapables de s'échapper de la mouize. Despentes est aussi scandaleuse que l'était Zola en son temps. Elle est scandaleuse d'avoir toujours la plume ancrée dans le réel, un réel poisseux, surréel et surgras, à la limite du fantastique tant il sent la théorie qu'on a placée, au chausse-pied (mais totalement intuitivement), dans un cadre narratif. Son style (qu'on aime ou qu'on aime pas, disent ceux qui ne savent pas trop quoi en penser) n'est rien comparé à ce qu'elle exprime. On peut considérer qu'elle écrit mal, qu'elle écrit vulgaire, qu'elle manque de contenance, mais ce n'est pas l'essentiel.
Despentes est l'exemple même d'une écriture qui se laisse déborder par sa propre énergie, qui est fondée par sa propre capacité à se déborder elle-même. L'écriture chez elle n'est que le vecteur maladroit d'un récit (ses livres les plus travaillés sont des échecs littéraires qui font toc), qu'on imagine aussi bien porté par l'oral (le conte) que par l'image (le cinéma). Est-ce à dire que Despentes n'est pas un écrivain ? C'est à peu près le contraire qu'il faut entendre. Despentes est, à sa façon maladroite et imparfaite, une figure possible de l'écrivain de demain, un écrivain pour lequel l'usage de la langue ne serait plus qu'un accessoire, un truchement, un canal aussi étroit qu'une connexion 256kb, pour se connecter au torrent des histoires, au torrent du réel. Si nous nous branchions directement sur le flux, il est probable que nous ne résisterions pas à sa puissance. Despentes est là pour en donner une représentation, une interface médiocre qui nous donne une idée de ce que serait un roman téléchargé depuis l'endroit où il est pensé : la boîte noire du cerveau tordu, pervers et lugubre de n'importe quel écrivain.
C'est pour cette raison que Despentes dépassera toujours des types comme Moix qui joue au scandaleux pour la galerie, la chochotte Mazarine et ses Oui-Oui fout le bébé au frigo pour la télé ou même Ravalec et ses histoires vieille France à la Audiard. Despentes est branchée à la source comme Dantec l'est dans son genre. C'est là qu'on trouve la meilleure poudre, la plus forte et celle dont il ne faut pas abuser.




Commentaires

De Ariel, posté le 16.06.08 à 11:06 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

J'aime bien ce qu'elle dit : Même aujourd'hui alors que les femmes publient beaucoup de romans, on rencontre rarement de personnages féminins aux physiques ingrats ou médiocres, inaptes à aimer les hommes ou à s'en faire aimer. Au contraire, les héroïnes contemporaines aiment les hommes, les rencontrent facilement, couchent avec eux en deux chapitres, elles jouissent en quatre lignes et elles aiment toutes le sexe. La figure de la looseuse de la féminité m'est plus que sympathique, elle m'est essentielle (...) Je préfère ceux qui n'y arrivent pas pour la simple et bonne raison que je n'y arrive pas très bien, moi-même. C'est curieux, j'imaginais que les antihéros étaient tendance ! Enfin, disons surtout qu'il y a un désir, une volonté aujourd'hui de voir surgir de l'oubli des personnages "vrais" ! Non ?!

 

Il y a toujours chez Despentes (peut-être un peu moins avec le temps) une rage désespérée qui donne à son oeuvre une force de percussion et un impact étonnants. Que devient l'écrivain s'il n'y a plus cette rage, si le temps est venu de l'apaisement ?

 

Intéressant Myosotis... Faut que je vois ça de plus près ! Tu parlais d'une absence de vrai discours féministe... !

 



De Philippe, posté le 16.06.08 à 12:28 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C'est juste dommage que son style soit si imbuvable et rédhibitoire. Elle a de bonnes idées mais le reste ne suit pas.

De Billy the kid, posté le 16.06.08 à 13:03 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Despentes est, à sa façon maladroite et imparfaite, une figure possible de l'écrivain de demain, un écrivain pour lequel l'usage de la langue ne serait plus qu'un accessoire, un truchement.

Ca donne froid dans le dos.



De Teenage, posté le 16.06.08 à 15:23 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
@Billy the kid, on devrait interdire l'écriture/l'expression aux gens qui n'ont pas le permis...

De Billy the kid, posté le 16.06.08 à 16:17 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Hey Teenage, cool. Je ne fais que reprendre les propos de Myosotis. Il faut savoir ce que vous voulez, d'une côté on parle de l'importance de l'écriture et puis là ce n'est qu'un accessoire.

Ce que j'en pense, elle écrit comme un pied. Elle choque rarement pour choquer ? mon cul. Après une petite baisse de régime supplémentaire de sa rage désespérée et il ne restera plus rien, pour répondre à ta question Ariel. 



De sophie, posté le 16.06.08 à 22:41 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Despentes une écrivain vous voulez rire ?????

De sisi, posté le 08.01.09 à 07:56 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Dégueu !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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