Truman Capote et Ralph Ellison : angoisse de la page blanche ou procrastination ? Pourquoi certains écrivains mettent-ils tant d'années à accoucher de leur œuvre ? Il semble que seules deux hypothèses se présentent : ou nos génies sont confrontés à l'angoisse de la page blanche, ou ils souffrent de procrastination chronique. Dans un article publié dans Slate à l'occasion d'un dossier "spécial procrastination", la journaliste Jessica Winter revient sur ces deux maux qui frappent traditionnellement les écrivains même les plus talentueux. Deux noms de la littérature américaine se prêtent bien au sujet : d'une part, Truman Capote, qui après des années de projets et de promesses littéraires, finit par ne publier que quelques bribes de l'épopée annoncée. D'autre part, Ralph Ellison, qui après le succès de son Invisible Man (1952), travailla quarante ans durant sur son second roman, pour finalement mourir sans l'avoir vraiment achevé. Capote et Ellison ont-ils souffert de panne d'inspiration, où ont-ils repoussé le moment d'écrire au point que le temps finisse par leur manquer ? Pour tenter d'obtenir une réponse, ou du moins quelques éclairages, la journaliste de Slate contacte deux biographes des écrivains concernés : Gerald Clarke, auteur de Capote, et Arnold Rampersad, auteur de Ralph Ellison : A Biography. Rampersad établit une distinction entre "l'écrivain qui ne peut pas commencer à écrire, et celui qui écrit sans relâche, sans toutefois parvenir à trouver son travail satisfaisant". Selon lui, Ellison appartient à cette deuxième catégorie. Gerald Clarke suggère la même chose au sujet de Truman Capote, en précisant que celui-ci "n'autorisa jamais la publication des écrits qu'il ne jugeait pas à la hauteur. Et en dépit de ses boires et déboires, il écrivait bien, très bien même, y compris dans ses dernières années". En d'autres termes, Ellison et Capote étaient tous les deux victimes de leur propre perfectionnisme, un syndrome qui fait finalement le pont entre la procrastination et l'angoisse de la page blanche.
Mais ne faudrait-il pas inclure dans cette explication un autre symptôme très répandu, et appelé, lui, mauvaise foi ? Car au perfectionnisme, à l'anxiété provoquée par un succès trop précoce, au manque d'amour-propre qui peuvent tour à tour empêcher l'écriture, s'ajoutent encore d'autre prétextes plus élaborés pour expliquer le retard ou l'absence de l'œuvre annoncée. Ellison affirmait avoir perdu le manuscrit de son second roman dans un incendie en 1967, ce que son biographe Arnold Rampersad tient pour un probable mensonge. Quant à Capote, il accusait son ancien compagnon John O'Sheah de détenir le manuscrit de Answered Prayers. Lorsque les deux amants se réconcilièrent, Capote admit quasiment qu'"en fait celui-ci n'avait jamais existé".
L'article présente également des visions très drôles d'écrivains en flagrant délit de procrastination, qui tantôt s'occupent de ranger leur bureau, tantôt traînent sur YouTube, Google ou Facebook à la recherche de nouveaux groupes à rejoindre... Il existe sans doute autant d'excuses pour ne pas écrire qu'il existe d'écrivains, et sans doute la plus sincère d'entre elles est-elle aussi la moins acceptable : écrire est un processus lent et douloureux, qui demande parfois le sacrifice d'une vie entière.
Commentaires
De Rom, posté le 20.05.08 à 17:16
![]() Moi aussi, je procrastine et ai du mal à écrire mes textes. Mon Dieu ! Suis-je un grand auteur ou un génial flemmard ? Non. Ne répondons pas... De Julien, posté le 21.05.08 à 16:34 ![]() La peur de ne plus être à la hauteur... ? ** Ajouter un commentaire |
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