Le filon des manuscrits bidons dévoilé dans TechnikartVendre un bouquin qu'on n'écrira jamais, non seulement c'est possible, mais en plus, ça rapporte. Olivier Malnuit de Technikart dévoile, dans un article du dernier numéro, via des anecdotes éloquentes et bien choisies, "Le filon des manuscrits bidons". Si le milieu de l'édition n'est pas connu pour être des plus reluisants, les pratiques décrites-là sont plutôt effarantes. Pour l'avoir vécu, Malnuit sait comment ça se passe. Question de fric (ou autre, mais tout y revient toujours), les directeurs de collection ont plutôt intérêt à faire signer moult contrats. Quand bien même ceux-ci ne seraient que paroles en l'air et billets verts, et n'aboutiraient jamais à la publication d'un bon livre (ni d'un mauvais d'ailleurs).
Pour ce genre d'échange, il existe un contexte propice : les petites fêtes mondaines où l'alcool coule à flot, ce qui permet à l'assemblée d'avoir chaud, aux éditeurs et écrivains de se rapprocher au point d'oser la main amicalement posée sur l'épaule. D'ailleurs, l'écrivain qui vend ses manuscrits bidons entre deux gorgées de vin, simplement en présentant l'idée géniale d'un génial bouquin à venir, porte un nom : l'apéro-pitcheur. Explications : "Pitch, pour cette manie détestable, depuis les années Ardisson, de tout résumer comme une critique de Télé Z. Apéro parce que les manuscrits dont on n'écrit que le titre commencent toujours autour d'un verre et s'arrêtent après avoir vidé la bouteille."
Ainsi Olivier Malnuit a-t-il lui-même vendu plus d'un livre fantôme mais prometteur : Journal d'un beauf au pays des branchés, La France s'emmerde, La France des RER. Il a eu l'idée du livre, il n'a jamais pu l'écrire. Et quand un pseudo-écrivain se fait une véritable profession de vendre des concepts à tout bout de champ sans jamais y donner suite, il devient un "pitchator", une "mitraillette à concepts". Le pitchator présente parfois un certain danger pour certains éditeurs, qui à force de verser des annonces dans le vent, risquent d'y laisser des plumes...
Il ne faut pas croire cependant que dans l'histoire, l'éditeur est celui qui se fait amèrement rouler. Ne pas oublier que celui-ci appartient à une espère qui connaît ses intérêts et sait comment les faire fructifier. Dans une interview qui vient compléter l'article de Malnuit, Emmanuel Pierrat (le superavocat de l'édition, auteur du Livre noir de la censure) explique que "certaines maisons d'édition comme Grasset [...] signent avec des gens qui ont un vrai pouvoir, un carnet d'adresses ou une influence auprès des jurys des prix littéraires, en échange d'un bon paquet d'à-valoir. Jusqu'à peu, toute la presse signait ainsi chez Grasset". Des pots-de-vin déguisés en projet littéraire, c'est beau, non ?
Source : "Le filon des manuscrits bidons", par Olivier Malnuit, Technikart n°121, avril 2008.
Commentaires
De Lester, posté le 03.04.08 à 10:07
![]() Yep, bon article. Et les Flu alors, ils ont quoi dans leurs cartons ? De Joest, posté le 03.04.08 à 11:56 ![]() Ca a l'air intéressant. C'est où qu'il faut s'inscrire pour déposer un nom de livre et toucher des avances sur recette? ![]() De Hardi 's son, posté le 03.04.08 à 15:03 ![]() Avoir "l'idée " d'un livre et l'écrire, c'est la différence de taille entre un kangourou nain et un rhinocéros. Pondre une "idée" de bouquin, bourré dans une soirée, n'a jamais accouché d'un roman. C'est tout au plus une activité de créatif de pub ou de télé. C'est prendre le problème à l'envers: les scénaristes "pitchent" eux aussi, mais seulement quand ils ont du matos qui suit derrière (continuité dialoguée, bible, synopsis consistant). Bref, des professionnels. Pas des fumistes. De Dahlia, posté le 03.04.08 à 15:55 ![]() Si je comprend bien. Il y a des jours qui arrivent à signer des contrats avec de bons gros et juteux à-valoir (schling-schling par ici la monnaie) sur la simple foi d'un titre et d'un pitch et qui sont payés alors qu'ils ne les écrivent jamais???? Ahurissant... De Dahlia, posté le 03.04.08 à 15:57 ![]() Il y a des gens, pas "il y a des jours", désolée. (faudrait la fonction prévisualiser dans les commentaires. ou que je me relise mieux ahum) De Silex, posté le 03.04.08 à 16:50 ![]() Dahlia serait donc une apéro-posteuse ? Elle lance son commentaire sans l'avoir travaillé, et Flu l'achète sans se rendre compte qu'il contient une odieuse faute (gens/jours, tsss) qui prouve d'ailleurs qu'elle buvait au moment de pitcher son commentaire ! Ahurissant ! ![]() De Hardi 's son, posté le 03.04.08 à 17:55 ![]() Non, je crois que des petits malins cherchent à se faire mousser en faisant accroire que l'on paie cher leurs vannes et leurs pitchs dans les soirées rasoirs du tout-Paris branchouille (ça ou se jetter dans la Seine, hein...). Le problème, c'est que tout le monde fait ça à la téloche. C'est du job de gagman, ça, rien à voir avec de la littérature, bordel de schnouf! Le truc est vieux comme l'immonde : mieux vaut faire envie que pitié. Tentative de légende urbaine bobo ratée. De g@rp, posté le 03.04.08 à 20:53 ![]() Tentative de légende urbaine bobo ratée ? Pas si sûr... Pas si sûr du tout. De Maxence, posté le 04.04.08 à 14:09 ![]() J'aime bien Malnuit, c'est vraiment l'empêcheur de penser en rond de Technikart, si le mag n'était pas aussi mauvais, je l'acheterais encore rien que pour lui. Ses papiers sont des petits bijoux, parfois totalement gonzos, totalement n'importe quoi, mais comme ces apéros-pitcheurs, il a toujours de très bonnes idées qui au final font oublier le pourquoi-du-comment du papier original et là où il voulait (devait ?) vraiment en venir à l'origine...
Cependant une question me taraude... comment s'en sortent les pitchador justement ? Les avocats des éditeurs ne font rien ? Moi j'ai l'exemple d'un collègue, qui, pour ne pas avoir lu le contrat correctement, et ne pas avoir rendu le manuscrit à temps, s'est retrouvé à devoir remboursser ses à-valoir et à payer 5000 € en plus de dédommagement... alors... "Tentative de légende urbaine bobo ratée ?" je ne sais pas mais le papier de Malnuit y ressemble quand-même un peu...
Par contre, les pots de vins des éditeurs pour faire parler de leur livres, là j'y crois. Offrir continuellement des livres gratuits aux journalistes pour qu'ils en parlent, même quand ils n'en parlent pas, mais juste pour faire des "cadeaux," c'est déjà des pots de vins.
On touche à la subtilité du métier de "critique", le journaliste est il un "critique" ou un "publicitaire non-salarié par l'éditeur " ? De Céline, posté le 04.04.08 à 15:11 ![]() A propos des pitchators, Malnuit précise que les éditeurs ne tentent pas vraiment grand-chose pour récupérer les à-valoir de façon légale : ça leur ferait dépenser plus de fric qu'ils n'en récupèreraient. SI c'est une tentative de légende urbaine bobo, elle n'est pas si ratée que ça. C'est quand même assez crédible, je pense notamment aux politiques dont tout le monde s'arrache le nom. Je me souviens de Bachelot qui avait, je crois, annoncer sur un plateau TV le montant des à-valoir qu'elle avait reçu pour son bouquin délateur : un truc comme 25 000 euros ? De bregman, posté le 04.04.08 à 22:42 ![]() Je ne crois que très moyennement à la fréquence de ce genre de situations : les maisons d'édition seraient donc assimilées à des entreprises qui ont trop d'argent à jeter par la fenêtre ? Elles savent généralement très bien ce qu'elles font, et ne misent que très rarement sur des poulains pour rien. Un éditeur bourré, ça se promène souvent avec un contrat sous le bras ? ![]() De Maxence, posté le 05.04.08 à 11:40 ![]() En même temps Bergman, quand tu vois qu'une partie de l'édition en France appartient à Largardère et Thompson (trafiquant d'armes et compagnie...) ; )
Bref, de l'argent, oui, ils en ont les éditeurs, enfin, les gros éditeurs (Hachette, Albin M., Robert Lafont, le cousin de celui qui fait les chiottes, etc.) Héhéhé. M'étonnerait que le pitchadorisme marche chez Bourgois, L'olivier, Metaillé, etc... Ajouter un commentaire |
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